‹ Paris sous Louis XVChapitre 8 sur 24 · L'affaire ne fut pas consommée · texte numérisé non relu

L'affaire ne fut pas consommée

1*20 PARIS SOUS LOÙtS XV

de Polignac, qui lui fut donné pour adjoint. H est actuellement chevalier de Malte, colonel du régiment de Brie-Infanterie. Il a deux frères, Fun le vicomte de Polignac qui a épousé M1Ic de Mariem(?) l'autre, le marquis de Polignac, qui a épousé Mlle Lejeune (?).

Le bail de du Vaucel fut de cinq ou six ans, et lui coûta au moins 100.000 écus. Il aurait même continué à* le ruiner si, un beau matin, il n'eût surpris l'abbé entre deux draps avec son infidèle, et ce pauvre cocu, qui en avait trop vu pour pouvoir être trompé davantage, rompit avec elle, qui, désespérée, de son côté, d'avoir perdu une sibonne dupe par la faute de son greluchon, le chassa par contre-coup. Après avoir fait maison nette, elle quitta le nom de Rosette, qui sentait trop sa catin, pour prendre celui d'un certain Mainville qu'on disait qu'elle avait épousé et convola en quatrième noces avec Rondet, fils du bijoutier de la Couronne, ci-devant capitaine dans le régiment du commissaire général cavalerie, aussi bon mari pour le moins que son prédécesseur et pour se mettre en règle, elle le fit doubler par le chevalier de Bonac (celui de Mlle Gaussin). Les choses allaient le mieux du monde dans le nouveau ménage. Le chevalier était intendant des plaisirs et de la maison et ses comptes étaient reçus à la caisse de Rondet quipayait. Aveccesbonnes dispositions, on le mena si bon train qu'au bout de trois ans il ne lui resta rien d'une vingtaine de mille livres de rente qu'il avait eues et il fut si obéré qu'il se

RAPPOBTS DE POLICE 421

vit contraint de quitter la compagnie de cavalerie faute de pouvoir la remettre après lui. Le brillant Ghimène (fils d'un lieutenant général des armées du Roi et ci-devant sous-lieutenant de gendarmerie. 11 a vendu Tannée d'après la bataille de Fontenoy) entra en lice et fit encore beaucoup plus de folies que ses devanciers. 11 venait de vendre tout récemment son emploi dans la gendarmerie et se trouvait possesseur de 70.000 livres en argent comptant. Il donna d'entrée de jeu beaucoup de bijoux ; c'étaient tous les jours de nouvelles parties de plaisir dont le chevalier était l'ordonnateur . Enfin, le marquis ne sachant plus comment divertir sa maîtresse s'avisa de lui servir un plat de son métier. Gomme il est assez fou pour être poète, il acheva une tragédie (intitulée A chmet) qu'il avait déjà ébauchée et en fît le sujet d'une fête superbe qu'il donna à la dame Mainville. Tout Paris y fut invité. Le théâtre, la salle et surtout les habits des acteurs étaient d'une grande magnificence. M. de Ghimène, avec l'air et la taille qu'on lui connaît, faisait le rôle du sultan Achmet. Sarazin était son grand vizir et feu MUeGouelle (?),de malheureuse mémoire, la sultane favorite. Après la pièce, on servit un superbe souper et le marquis fit si bien les choses que cette bagatelle lui coûta 20.000 livres. C'était le reste des 70.000 livres. Le surplus avait été dépensé précédemment en bijoux et autres cadeaux. Il fallut avoir recours à l'industrie. Le lendemain, notre galant va chez La Fresnaye, se fait

montrer des boucles d'oreille, fait semblant de vouloir les acheter et prie le bijoutier de les lui confier pour les faire voir à la personne à qui il les destinait. La Fresnaye y consent et à peine Ghimène en est-il nanti qu'il va les vendre chez Lempereur, à 2.000 livres de perte. Les boucles étaient de 12.000 livres. La Fresnaye qui sut le lendemain l'emploi qu'on avait fait de sa marchandise fit un tapage terrible. Il était même près d'éclater sans la marquise de Ghimène qui accommoda l'affaire avec de l'argent.

(C'est à tort qu'on a dit qu'elle était morte ; la figure qu'elle fait actuellement provient du prix d'une terre qu'elle a vendue en Picardie.)

Ge fut là le dernier effort qu'il fit pour son héroïne qui trouva le moyen de s'en défaire lorsqu'il n'y eut plus rien à pressurer, car quelque temps après, Messieurs les Maréchaux de France lui ayant donné un garde pour le contraindre à payer une somme de 1.000 écus qu'il devait, il eut recours à elle ; mais il en fut éconduit impitoyablement. Cet homme expédié, la belle contracta avec le gendre de Lormoy, rue Poissonnière, capitaine de cavalerie, qui avait déjà un peu anticipé sur le bail de son prédécesseur. La première clause du contrat fut que le chevalier serait chassé. On y consentit moyennant un potde-vin de 100 louis ; mais de Lormoy n'y gagna rien, car quelques jours ensuite, on lui substitua Manci (ci-devant lieutenant aux Gardes, grand joueur. Sa mère est chez la duchesse du Maine)

qui fit les mêmes fonctions, et après trois ans de possession, ses affaires se trouvèrent en si bel ordre que pour ne point aller à l'Hôpital, il fut obligé de la quitter. Pagin, qui l'avait secondé avec Manci, resta maître du champ de bataille et trouva moyen de se soutenir longtemps en faveur en promettant d'épouser. Ce mariage se serait peutêtre conclu si le prétendu n'eût point été placé chez le comte de Glermont, car pour lors, craignant de se faire mépriser par une pareille al-

iance, il l'abandonna* La belle trouva le secret d'en profiter sur le petit Goubert.

Etant tombé dans ses filets, elle fit semblant d'en être fort éprise et lui fit valoir bien cher le sacriice prétendu qu'elle lui faisait de Pagin. Depuis ce temps, les deux amants ne vivent plus que l'un pour l'autre. Les agents du sieur Goubert ne se donnent point de relâche et sont sans cesse occupés à fouiller chez les usuriers pour y déterrer de

'argent ou de quoi en faire pour fournir aux dépenses de Mme Mainville qui a déjà fait voir bien du chemin à ce jeune homme, et si l'on en croit

es apparences, il n'en sera pas mieux traité que

es autres.

Demoiselle Marini ,06

ci-devant danseuse à la Comédie-Italienne , rue de la Grande-Truanderie

La demoiselle Marini et non Mazarini,n'a dansé à la Comédie-Italienne que pendant environ six semaines, moins par défaut de talent que parce que la troupe a appris qu'elle avait été pensionnaire chez la Paris. Cette anecdote, jointe à une visite de corps que les pages lui ont faite pendant le voyage de Fontainebleau, leur a servi de motif pour Fexclure. En sorte qu'elle est retombée dans son premier état.

Depuis cinq à six mois, elle vivotte avec le sieur de Saint-Cyran, mousquetaire noir, qui avait la demoiselle La Couperie. Néanmoins, comme i entre dans sa vingt-sixième année et que son père est mort il y a environ un an, il espère avoir in cessamment la jouissance de son bien et faire les choses un peu mieux. Il demeure rue du Pont-aux- Choux, proche le Boulevard, chez la Dame, sa mère.

1756, 16 avril.

La demoiselle Marini de laquelle nous n'avons rien dit depuis fort longtemps, n'ayant pu se soutenir à la Comédie-Italienne, s'est tournée du côté de l'Opéra-Comique, où elle danse depuis deux ans.

Dans cet espace de temps elle a vécu de pièces et de morceaux. Sur la fin de l'année 1754 elle voulut bien se charger de mettre la dernière main aux affaires, déjà fort délabrées, d'un nommé Lestrade, marchand bijoutier, rue de la Comédie- Française et elle y réussit si bien qu'il fit enfin une banqueroute frauduleuse qui Fa conduit dans les prisons du petit Châtelet où il a fait élection de domicile pendant dix-huit mois.

Le 27 mars dernier, il a trouvé le secret d'en sortir par les intrigues de la demoiselle Michelet, nièce de la Paris, de laquelle il a fait la brillante conquête pendant sa détention (on prétend qu'ils ont fait une affaire considérable en montres et en boîtes d'or, en dentelles, etc., et de partie de l'argent qui en est provenu, on a pris quelques arrangements avec les créanciers). Elle allait coucher avec lui à la prison. Actuellement, elle est grosse de ses œuvres d'environ trois mois et elle se flatte qu'il Fépousera. Peut-être sera-t-il de ce mariage comme il en a été de celui qu'elle devait contracter avec le nommé Courtillier dit la Pierre, ci-devant facteur de l'hôtel du Roule, duquel elle a une fille âgée de trois à quatre ans.

Quant à la demoiselle Marini, depuis environ six mois, elle est entretenue par le marquis de Montpeyroux, gentilhomme originaire de la province de Bourgogne, chevalier de Saint-Louis, capitaine au Régiment de la Reine-dragons, homme âgé de quarante-trois ans et veuf depuis treize. Il n'a qu'une fille unique qui est au Couvent.

La demoiselle Marini est menacée d'être encore bientôt veuve, M. de Montpeyroux étant sur le point d'aller joindre son régiment en Normandie.

1757,4 février.

La demoiselle Marini, danseuse à l'Opéra-Gomique, est morte d'une fluxion de poitrine et de quelques autres maux compliqués, le 13 du mois dernier, âgée de vingt-deux à vingt-trois ans. Comme elle était Vénitienne et non naturalisée, le Domaine s'est emparé de son mobilier après toutefois que sa femme de chambre et son laquais ont eu fait leur main. Elle demeurait rue et à côté de la Comédie-Française, au premier dans le fond de la Cour, au-dessus de la salle de la Rivière, maître en fait d'armes.

Demoiselle Marlet

danseuse à V Opéra-Comique, rue Royale, aux Porcherons.

1749,8 décembre.

Mlle Marlet demeure depuis cinq à six mois rue Royale, aux Porcherons, dans une maison dépendant de Fabbesse de Montmartre, à côté de celle de la demoiselle Lamare. Cette maison n'est point numérotée.

On la croit originaire de Paris, âgée d'environ vingt-cinq à vingt-six ans, grande et bien faite, assez jolie.

Il n'est pas question que M. le Maréchal de Saxe la connaisse, mais bien M. de la Boixière, fermier général, chez qui elle va dîner et souper presque toutes les fêtes et dimanches lorsqu'il se trouve à sa campagne. Hier, 7 de ce mois, elle y dîna. Il y aurait lieu de présumer que M. de la Boixière a quitté la demoiselle Lamare, n'étant pas naturel qu'elle ignore une intrigue qui se passe si près d'elle. D'ailleurs on a vu chez elle hier un jeune homme fort bien mis, dont on se propose

de savoir le nom, ainsi que les circonstances qui ont donné lieu à cet événement.

Mlle Marlet demeure encore avec sa mère et son grand-père qui sont de Paris et qui vivent ensemble, à ce qu'il paraît, avec beaucoup d'économie.

M; de la Boixière l'entretient et lui fait espérer qu'il lui fera meubler un appartement au jour de Tan.

Ce n'est que depuis quelques jours qu'il la revoit. Elle s'est justifiée de différents rapports qu'on lui avait faits, au moyen de quoi il l'a reprise et il en paraît plus amoureux que jamais.

Extrait d'une lettre de la Carlier, du 17 décembre 1749.

«... Quand la mère et la fille vont chez M. de la Boixière, elles montent la rue Royale et passent à travers champs pour se rendre à une petite porte verte qui donne dans le jardin de M. de la Boixière, de façon que rien ne soit su par les domestiques.»

1752, 5 janvier.

La demoiselle Marlet qui demeurait rue Royale, aux Porcherons, demeure actuellement rue Neuvedes-Petits-Ghamps, vis-à-vis la Compagnie des Indes, maison du rôtisseur, sur le même palier que la demoiselle Dumesnil.

Elle est fille de la nommée Marlet, sage-femme, aux petits Carreaux. Son père était valet de chambre. On ignore ce qu'il est devenu y ayant déjà

plusieurs années qu'il a quitté sa femme et qu'elle n'a reçu aucune nouvelle de lui.

La demoiselle Marlet est assez bien faite, d'une moyenne taille, blonde, un peu marquée de taches de rousseur, âgée d'environ vingt ans, jolie.

Sa première conquête connue a été M. de la Boixière, dont Capron lui avait donné la connaissance. Après qu'il s'en fut dégoûté, Capron s'en chargea et a vécu avec elle pendant un an. Depuis elle n'a eu que des passades.

Elle a demeuré successivement, après avoir quitté la rue Royale, à l'entrée de la chaussée d'Antin, chez un menuisier, ensuite rue Notre- Dame-des-Victoires, à l'Hôtel des Suisses, rue Montmartre, chez un sellier près la rue des Jeûneurs et finalement où elle est actuellement. On ne lui connaît pas d'entreteneur fixe ni de miche.

Demoiselle Martigny 108

danseuse de l'Opéra Comique, Rue du Chantre.

1753, 1er juillet.

La demoiselle Martigny, danseuse à FOpéra- Comique, demeure avec la demoiselle Laurence Bardin, veuve Martigny, sa tante maternelle, rue du Chantre, dans la maison du nommé Marteau.

Le nom de Martigny n'est qu'un nom d'adoption. Cette nièce est fille d'Etienne Massu, ci-devant marchand mercier, rue Saint-Louis-en-FIle, lequel par sa mauvaise conduite a été obligé de se retirer comme bon pauvre à Bicêtre, il y a de cela environ un an, laissant de son mariage avec Jeanne Bardin, morte en langueur, cinq enfants dont quatre garçons passés aux Iles et une fille nommée Jeanne Massu, dont il s'agit ici, que la veuve Martigny, sa tante, a prise avec elle il y a environ cinq ans.

Elle est âgée de dix-sept à dix-huit ans, brune de peau et de poil, les yeux noirs assez beaux, de la gorge,d'une taille ordinaire, bien faite.

On ignore par où et quand elle a débuté dans le monde, mais on doute fort que le sieur Legrand de Beauregard, commissaire des gendarmes de la Garde du Roi, demeurant rue de Thorigny, en ait eu les gants. C'est lui qui fait subsister le petit ménage.

On donne 100 livres par an au père de cette fille,, pour lui procurer les petites aisances dont il peut avoir besoin dans la retraite qu'il a choisie ; mais comme ce secours est par trop mince pour un homme qui a grande altération (effectivement, ce n'est pas là non plus le taux de Fordonnance) il vient de temps en temps donner des aubades chez sa fille pour attraper quelque supplément. Après quoi, il retourne à son poste. C'est à l'occasion de ces esclandres réitérées souvent que la dame Martigny et sa nièce ont eu recours au magistrat, il y a environ deux mois, afin qu'il accordât des ordres pour que ledit Massu soit détenu à Bicêtre, aux offres qu'elles font de lui continuer cette pension de 100 livres

1753, 30 juillet.

Lorsque son père (à la demoiselle Martigny), par sa mauvaise conduite, fut obligé de quitter totalement son commerce, il la confia à la demoiselle Martigny, sa cousine, fille jadis à la mode, qui, du produit de ses charmes, s'était fait 4.000 à 5.000 livres de rente viagère.

Le marquis d'Ambre, frère aîné du Comte de

432 PARIS SOIJS LOUtS XV

Lautrec, lieutenant général, avec lequel elle avait vécu trois à quatre ans, y avait contribué de sa part, mais elle ne jouit pas longtemps du fruit de ses travaux, car elle mourut âgée seulement de trente-sept ans. Après sa mort, la dame Martigny, samère,eutles mêmesbontés pour la petite Massu, sa nièce. Elle lui fit apprendre à danser par Laurent, figurant dans les ballets de l'Opéra, qui l'enseigna pendant deux ans ; ensuite, il la présenta à Lany qui promit de la faire recevoir à ce théâtre, moyennant qu'elle se formerait auparavant pendant deux ou trois foires sur celui de FOpéra-Gomique. La demoiselle Massu obéit aux conseils de Lany, après quoi elle le somma de sa parole. Mais comme elle lui faisait ses représentations les mains vides, et que Ton prétend qu'il ne fait rien pour rien, elle s'est lassée de le solliciter. Les Comédiens Français ayant pris le parti de donner des ballets, elle vient d'y entreren qualité de figurante.

Depuis qu'elle est dans le monde, on ne lui connaît que deux ou trois galanteries intéressantes, l'une avec le sieur Dubois de Villiers, joueur, fils d'un faïencier du faubourg Saint-Antoine, qui a trouvé le secret, sans avoir, dit-on, jamais servi, d'obtenir la Croix de Saint-Louis. (On le soupçonne de travailler pour La Chassaigne.) La seconde, avec le sieur de Saint-Martin, officier de mousquetaires noirs. Ces deux entreteneurs ont été de peu de durée ; le surplus s'est écoulé en passades. Actuellement, elle en est,

ainsi que nous Favons déjà dit, au sieur Legrand de Beauregard, commissaire des Gendarmes de la Garde/ qui, je crois, ne la fera pas plus riche que les autres ne Font fait ; mais, comme dit la tante, c'est en attendant mieux. Effectivement, on ne la croit pas femme à s'endormir sur les intérêts de sa nièce lorsqu'elle en trouvera l'occasion et Font tient qu'elle n'est pas en retard de ce côté-là. Elle se flatte que l'hiver prochain pourra amener quelques heureux événements.

Sans être jolie, la demoiselle Martigny plaira toujours. Elle est grande, bien faite, et, quoique un peu bise, elle a de fort beaux yeux, de la gorge et quelque chose de gai et d'enjoué dans la physionomie qui la rendent aimable.

1756, 3 décembre.

La demoiselle Martigny demeure toujours avec sa tante, rue du Chantre, vis-à-vis Huot, traiteur, à l'Hôtel de l'Esprit, maison à porte cochère où elles occupent le -rez-de-chaussée et le premier étage, moyennant 600 livres par an.

Depuis six mois, elle est entretenue, à raison de 400 livres par mois, par le sieur Maubert, fils unique d'un riche marchand de vin en gros de Paris. Il est garçon, âgé de trente-cinq à trentesix ans et jouit de 15.000 à 20.000 livres de rente de la succession de ses père et mère, morts il y a déjà six à sept ans. Il demeure rue Sainte-Croix

de la Bretonnerie, près la rue de l'Homme armé, Le sieur Maubert cherche à se décorer d'une charge chez le Roi, mais ou ne sait encore de quelle nature ni de quel prix elle sera. Il compte aussi lever équipage au premier jour.

Demoiselle Martin109 postulante à la Comédie-Française, rue Dauphine.

1751, 8 novembre.

La demoiselle Martin, postulante à la Comédie- Française, est à Paris depuis environ un an. Après avoir demeuré successivement sous le nom de la demoiselle Vibrice, à l'hôtel d'Orléans, rue des Vieilles-Etuves et rue de Langlade, butte Saint- Roch, chez un tapissier, elle est venue à l'hôtel de Londres, chez Monse, rue Dauphine, où elle est depuis environ six mois, sous le nom de Martin qui est le sien.

Elle est née à Bordeaux. Son père y était musicien et acteur à FOpéra. Elle est petite, brune, es yeux assez vifs, d'une petite figure qui paraît avoir été jolie, mais considérablement fanée, fatiguée ; elle n'a cependant pas plus de vingtieux ans. Sa mère est à Lyon, avec sa fille aînée, Igée d'environ vingt-huit ans, comédienne et daneuse, mariée au nommé Ancelin, danseur de cette roupe. Ils ont, à ce que l'on dit, de leur union,

une petite fille qui fait des prodiges dans le genre de la danse. >

La demoiselle Martin a joué la comédie à Lyon du temps de Maillefert, directeur ; dès l'âge de treize à quatorze ans elle s'acquittait fort bien de ses rôles, surtout dans les opéras comiques où elle chantait joliment. Elle a ensuite passé à Marseille dans la troupe de Molins. Sa première connaissance de cœur fut un nommé Desauville, comédien de cette troupe, que M. Marquetde Bourgade, alors chargé du service des vivres de Farinée du roi en Provence, a pris en amitié ; et soit par rapport à lui, soit par rapport à elle, il Fa nommé depuis à un emploi dans le département de Metz,

Quelque temps avant la séparation des armées, c'est-à-dire vers la fin de 1747, la demoiselle Martin avec plusieurs autres comédiens et comédiennes, au nombre desquels était la demoiselle Victoire, actuellement danseuse à FOpéra de Paris, vinrent à Manheim offrir leurs services à Félecteur Palatin qui les reçut. La demoiselle Martin fit là la conquête du duc des Deux-Ponts auquel elle a bien coûté 200.0001ivres pendant près de trois ans qu'il a vécu avec elle.

Elle a eu de lui deux enfants dont il prend soin ; mais depuis environ quinze mois, il n'a eu avec elle aucune liaison d'habitude. On n'a pu positivement en savoir le motif, si ce n'est un petit indiscret dont elle est accouchée le 19 février dernier, rue de Langlade, chez le tapissier en question, dont le prince désavouait l'origine et la progrès-

sion ; car elle y fît au moins faire une oreille à son passage à Metz avant de revenir à Paris. Quoi qu'il en soit, elle a encore eu le talent, par ses importunités, de tirer de lui une somme de 5.000 livres quelque temps après son accouchement. Il était alors logé rue de la Croix-des-Petits-Champs, à l'hôtel de Bretagne.

Au mois de juillet dernier, pendant le voyage de Compiègne, elle obtint la permission de poursuivre son début aux Comédiens Français ; mais quoiqu'elle y ait été goûtée, à ce que Ton dit, qu'elle eût déjà joué avec succès sur le théâtre de 3aris et qu'elle ait même été gratifiée à Compiègne de 50 louis que le roi lui fit donner, elle n'a point été admise par un effet de la jalousie de la Clairon et de quelques autres actrices. Elle espère cependant, par le crédit de Mme la marquise dont elle se dit protégée, qu'elle sera reçue en dépit de la Cabale.

On ne lui connaît actuellement aucun entreteneur. Un nommé Lemoine, comédien ambulant, la courtise pour le mariage. Elle est fort bien en bijoux, en argenterie et en robes. Son père est ici avec elle, logé dans le même hôtel.

Demoiselle Masson 41° chanteuse à V Opéra, rue du Chantre.

175!, 16 mars.

La demoiselle Masson, chanteuse à l'Opéra, demeurant rue du Chantre, entre un tourneur et un marchand de vin au second, est née à Paris rue des Poulies. Elle est petite, extrêmement puissante, les yeux noirs, brune, âgée de trente-cinq à trentesix ans. Sa mère était sage-femme et l'on croit qu'elle exerce encore la même profession. Elles ont été demeurer quelque temps à Versailles, et à leur retour à Paris, la demoiselle Masson est entrée à l'Opéra.

Il y a cinq ou six ans qu'elle était fort à son aise, mais depuis cette époque qu'elle s'est coiffée de Levasseur, haute-contre à FOpéra, qui par parenthèse est un vilain monsieur, les choses ont toujours été de mal en pis. Ils ont fricassé tant ce qu'elle pouvait avoir, ce qu'on estimait monter à plus de 40.000 livres, que ce que Levasseur a pu gagner depuis, en sorte qu'ils vivent au jour le jour. Et quoique Levasseur n'enseigne aucun éco-

lier à moins de 2 louis par mois et qu'il endosse, suivant les saisons, les habits de velours ou de soie, il est si misérablement logé qu'il ne reçoit uniquement chez lui que la demoiselle Masson; mais plus ordinairement il mange et couche chez elle. On le met cependant sur les rangs pour remplacer ou Rebel ou Francœur contre lesquels on porte journellement des plaintes.

1756, 23 janvier.

La demoiselle Masson a eu, en faveur des étrennes, pour 4.000 livres de vaisselle plate dont M. de Vougny lui a fait présent. Il n'est pas encore question des 2.000 livres de rente qu'il lui a promises.

Abréviations: T. I, II, III, IV signifie : première, seconde, troisième, quatrième série de Paris sons Louis XV. Journal : le Journal des Inspecteurs de M. de Sartine.

Page 1