‹ Paris sous Louis XVChapitre 7 sur 24 · Fameux magicien, rival de Zoroastre · texte numérisé non relu

Fameux magicien, rival de Zoroastre

Demoiselle Magny ,o4, à présent Morel, cy-devant danseuse da magasin, rue Meslée,

1756, 26 novembre.

La demoiselle Magny, présentement connue sous le nom de Morel, demeure depuis cinq mois rue Meslée, chez un marbrier, même maison que la demoiselle Lenoir, ci-devant danseuse à la Comédie-Française, avec laquelle elle fait ordinaire. La demoiselle Lenoir est grosse et prête d'accoucher des œuvres du sieur Gaulet fils, qui la fait toujours vivoter.

Quant à la demoiselle Magny, elle est depuis six mois entretenue par M. Legrand de Beauregard, commissaire des gendarmes de la Garde, rue de Thorigny, qui lui donne 500 livres par mois ; il est garçon.

11 prend presque tous ses repas chez elle. M. de Roquemont et la demoiselle Rosaline, sœur de la Lenoir, y viennent aussi fort souvent. C'est là ce qui compose cette société.

1753, 2 mars.

La demoiselle Magny, danseuse au magasin de l'Opéra, demeure chez l'épicier faisant le coin de la rue des Petits-Augustins et de celle du Colombier, au premier sur la rue, vis-à-vis les murs de Fabbaye de Saint-Germain-des-Prés.

Elle est née à Paris, rue du Four, faubourg Saint- Germain, âgée de dix-sept ans, petite, brune, bien faite, de beaux yeux, de belles dents, maniérée, danse joliment. Son père nommé Noizet, dit la France,, était et est encore domestique de confiance, ce qu'on appelle un maître Jacques chez le vieux Bazin, procureur au Parlement, rue delà Harpe, près le collège d'Harcourt. Noizet, se trouvant veuf, son maître lui dit de faire venir auprès de lui la petite fille dont il s'agit ici qui, pour lors, pouvait avoir cinq à six ans. Bazin en prit soin et Féleva comme pour lui jusqu'à l'âge de douze ans. Effectivement il s'en servit ; et les premières leçons qu'il lui donna lui ayant fait naître l'envie de les répéter plus souvent, elle se faufila avec des domestiques et insensiblement elle passa à tous les polissons du cours où elle, deuxième, vendait des bouquets de Barbeaux dans la belle saison.

Après avoir fait le métier pendant quelque temps, elle fut, avec sa camarade, demander du service chez la Hécquet, demeurant alors rue Cadet, aux Porcherons. Elles furent agréées et on

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commença par les faire traiter, car la petite Noizet avait la chaudepisse etsacamarade la vérole.

Au bout d'un an et demi que la petite Noizet eût demeuré chez laHécquet sous le nom de Victoire, elle trouva le baron de Cran, jeune homme de Saumur, qui paya sa rançon et Fentretint pendant environ six semaines. Elle demeurait avec lui rue de Tournon, chez Dubois, à l'hôtel d'Angleterre.

Elle échut ensuite à un nommé Guérin, officier, qui la mit d'abord au couvent de la Visitation, à Saint-Denis ; puis il la mena en Flandre d'où elle est revenue au bout de six mois, assez mal dans ses affaires puisqu'à son arrivée, elle fut obligée de se mettre chez la Lasalle, rue Beaurepaire,où elle reprit ses premiers exercices.

Un nommé Mouton, négociant, se disant américain, la retira de cette maison, lui fit meubler en siamoise, par Gorbin le fils, tapissier, rue Saint-Roch, l'appartement qu'elle occupe aujourd'hui, lui donna quelques robes, une montre d'or, une bague et fournit aux frais du ménage tant qu'il resta ici. Quoique absent depuis deux mois (il est à Nantes) il lui envoie toujours quelque secours d'argent et l'invite par plusieurs lettres à venir le rejoindre ; mais comme, depuis son départ, elle a fait ici une nouvelle conquête dans la personne du sieur Elie, gentilhomme Irlandais, jeune et d'une jolie figure, demeurant rue Jacob, à l'hôtel d'Allemagne, qu'il lui donne 400 livres par mois, elle ne paraît rien moins que disposée

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à aller trouver le sieur Mouton qui ignore le motif des délais qu'elle lai apporte.

Elle va souvent voir son père chez Bazin, et Bazin lui-même qui est actuellement fort mal. On assure que cet homme doit lui laisser en mourant tout son mobilier tant en considération des services du père que de ceux de la fille.

1755, 1er janvier.

La demoiselle Magny, ci-devant danseuse au magasin de FOpéra, demeure actuellement rue Saintonge, au Marais, près le boulevard, chez Richard, charpentier, au fond de la cour, dans un petit bâtiment neuf dont elle occupe la totalité.

Elle est entretenue depuis trois à quatre mois par M. Legier de la Tour, auditeur des Comptes, demeurant rue du Puits, au Marais, vis-à-vis la grille des Blancs-Manteaux ; il est garçon. 11 soupe et couche fort souvent chez sa maîtresse.

La demoiselle Magny est actuellement sur sa vingt-et-unième année. Elle s'appelle Marie-Françoise de Suage, ainsi qu'il résulte de son extrait de baptême dont on joint ici copie.

Extrait des registres des baptêmes

de V église paroissiale et archipresbitérale de Saint-Séverin à Paris.

L'an mil sept cent trente-quatre, le vendredi, vingt-neuvième jour du mois d'octobre, fut baptisée Marie-Françoise, née de mercredi, 27 du présent mois, fille de Claude de Suage, bourgeois de Paris, et de Françoise Hodoyer, son épouse, demeurant rue de la Huchette, de cette paroisse. Le parrain, Perrein, garçon chirurgien, rue Saint-Honoré, paroisse Saint-Roch ; la marraine, Marie-Henriette Leroux, épouse d'Adrien Petit, demeurant rue Taranne, paroisse Saint-Sulpice. La marraine a déclaré ne savoir signer. Le père et le parrain signés avec Thomas, vicaire.

Gollationné sur Foriginal par moi, prêtre dépositaire des registres de la dite paroisse, le 22 mai

Signé : Pradel.

1755, 7 mai.

La demoiselle Magny est entretenue depuis environ trois mois par le sieur de Marine le cadet, demeurant rue Gourtauvillain avec son frère aîné, agent de change, et la dame leur mère.

Il prend aussi le titre d'agent de change et se mêle de négocier des effets. Le sieur Moret fils

lui en a tout récemment escamoté pour 3.000 livres qu'il a adjointes à 8.000 à 9.000 livres qu'il a volées à son père ainsi que nous l'avons remarqué dans le temps, à l'article de la demoiselle Dancourt chez laquelle il fréquentait.

Il n'est pas question de fixe entre le sieur de Marine et la demoiselle Magny ; il lui donne tout ce qu'il peut et à en juger par l'extérieur, les choses jusques ici vont assez bien pour elle. Reste à savoir si elles se soutiendront encore toujours sur ce pied-là. x

La demoiselle Mainville l0% ci-devant Rosette, à V Opéra-Comique, rue de la Magdeleine, faubourg Saint- Honoré.

1753, 6 août.

Depuis la mort de M.Bernard, doyen des doyens des maîtres des Requêtes, et surintendant de la maison de la reine (24 juillet dernier), M. le comte de Goubert, son fils, a fait pour 20.000 livres au moins de présents à la demoiselle Mainville, sa maîtresse, à laquelle il parait être attaché plus que jamais, car le lendemain même de la mort de son père, lui, revenant de la Cour, où il avait été solliciter pour la charge de surintendant de la maison de la Reine, qu'il n'a pas eue, puisque l'agrément a été donné au président Hénault moyennant 5.000 livres de rente qu'il fait à la veuve, le comte de Goubert, dis-je, s'est détourné de son chemin pour aller rendre visite à la demoiselle Mainville, qui est actuellement à Neuilly avec la Duplessis, cousine des demoiselles Le Duc, qui lui sert de dame de compagnie.

Note : On sera en état de donner au premier

jour l'histoire très complète de la demoiselle Mainville. Pour être un peu ancienne, elle n'en est pas moins bonne.

1752, 8 avril.

La dame Mainville est fille d'un soldat du régiment de Provence. Elle arriva dans cette ville, en 1737, en très mauvais équipage et fut maquignonnée d'abord par plusieurs appareilleuses de très bas aloi. Au sortir de leurs mains, elle se trouva assez bien dressée pour servir chez les dames Poulet, Richardot, de la rue Sainte- Anne, et Beine, trois maquerelles, et comme elle était jolie, elle achalandait fort ces boutiques et se fit petit à petit un fond suffisant pour se mettre en ménage et en état de travailler pour son compte. D'abord elle détailla beaucoup, ensuite elle fit la conquête du Duc de Grussol, qui lui voulut beaucoup de bien, mais lui en fit très peu. Cette intrigue manqua même d'avoir un dénouement tragique car le duc, cherchant de l'argent, Baptiste, notaire, lui offrit 100.000 livres à condition que la duchesse, sa femme, signerait. C'était rendre la chose impossible. Mme de Grussol n'avait pas du tout envie de se prêter aux folies de son mari. Comment faire ? Il ne trouva point de meilleifr expédient que celui de faire passer Rosette (car c'est ainsi qu'on la nommait alors), pour sa femme. Elle parut donc chez le notaire avec le nom et l'éclat de la duchesse de Crussol et signa comme telle le contrat. La friponnerie ne tarda pas à être décou-

verte ; le notaire voulut éclater et la pauvre Rosette n'en eût pas été quitte pour l'Hôpital siM.de Grussol n'eût pas été le principal acteur de la pièce ; mais le duc d'Uzès qui, pour l'honneur de son fils, voulut assoupir l'affaire, paya et il n'en fut plus question *. Le roman finit par cette aventure et Crussol, pour dédommager sa maîtresse de sa frayeur, lui laissa un contrat de mille écus de rente dont elle n'a pas encore touché le premier sol. Bientôt après, le comte d'Estain, lieutenant général des armées du roi, parent du comte d'Estain, élevé avec Mgr le Dauphin, se chargea de la veuve. C'était bien tomber de mal en pis, car les affaires du pauvre seigneur étaient déjà si délabrées que les créanciers le firent mettre au Châtelet et il n'en serait pas sitôt sorti sans M. de Souvré qui satisfit pour lui et l'en retira. Ces mauvais commencements dégoûtèrent Rosette des gens de qualité et la déterminèrent à se tourner du côté de la finance.

Deunoncourt, fermier général, la mit d'abord dans son sérail ; mais il ne la garda pas longtemps, car, au bout d'un mois, du Vaucel, receveur des offrandes, qui a entretenu la Rollet, demeurant rue des Bons-Enfants, la lui débaucha et la belle s'en accommoda mieux que du vieux fermier. Il donna des meubles, de la vaisselle d'argent, quantité de bijoux, et sa maîtresse ne l'en aima pas davantage. Son cœur était à l'abbé

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