AVERTISSEMENT III
mique contre le plus impérieux des chefs d'État (1). La lecture de sa correspondance vient de me convaincre que c'était là une pure légende. Bien loin de s'opposer à la politique douanière ou financière de Napoléon, Mollien a exalté, encouragé, parfois suggéré les mesures qu'il devciit rétrospectivement censurer. Plus tard, à la lumière des événements, les inconvénients de ces mesures lui apparurent si évidents que, de bonne foi peut-être, il s'imagina les avoir toujours combattues. Les autobiographies offrent de fréquents exemples de ces plus ou moins inconscientes déformations de souvenirs : pour s'en étonner outre mesure, il faudrait mal connaître la nature humaine; mais il n'en convient pas moins de rétablir la vérité historique quand l'occasion s'en présente, et c'est à quoi je me suis efforcé. Il demeure acquis d'ailleurs que Mollien fut un administrateur de premier ordre, probe, laborieux, instruit, vigilant : seulement il employa ses remarquables facultés à servir la politique napoléonienne, et non à la discuter, comme il s'en est vanté par une sorte d'anachronisme, une fois devenu pair de France de la royauté constitutionnelle.
J'ai consulté la seconde édition, si soigneusement mise à jour et si abondamment documentée, de l'Histoire des classes ouvrières et de l'industrie en France de 1789 à 1810, où M. Levasseur a résumé les
(1) Cf. le CorresTpondani du 25 mars 1898.