‹ Paris sous NapoléonChapitre 49 sur 53 · ÉMERY ET LA COLLATION A MAURT DBS POUVOIRS · texte numérisé non relu

ÉMERY ET LA COLLATION A MAURT DBS POUVOIRS

d'administrateur GAPITULAIRB (pages 259-260.)

Lorsque les sulpiciens s'occupèrent de réunir des documents sur la vie d'Ëmery, un jésuite fixé en Belgique, le P. Le Blanc, adressa en 1842 à l'abbé Paillon une très longue lettre, dont voici les passages essentiels :

c ... J'étais à Paris quand Bonaparte nomma Maury. M. d'Astros, alors vicaire général de Paris, ne fut sûr de cette aventure que très peu de jours avant sa réalisation. Il me chercha aussitôt pour m' engager à me rendre très secrètement à Semur, chez Mme de la Rivière (je pense que je ne me trompe pas de nom) (1), pour demander (2) à S. Em. di Pietro exilé ce que le chapitre devait faire, s'il pouvait abandonner ï administration à Maury. Je partis le lendemain pour Semur. Mais deux jours après mon départ (ne pouvant absolument être de retour), Bonaparte nomma Maury qui s'envola vite à Paris, assembla le chapitre et lui dit avec son assurance que s'il survenait des difficultés, ce ne serait pas au chapitre, mais à lui Maury que le gouvernement en demanderait compte; qu'il ne voulait pas répondre des faits du chapitre, mais seulement des siens personnels, qu'en consé-

(1) Ce nom est en effet très exact. (Geoffroy ob Grandmaison, Napoléon et les cardinaux noirs, p. 75.)

(2) De sa part, d'Astros (note du P. Le Blanc),

quence il fallait que le chapitre le nommât administrateur^ de sorte que tout fût décidé par lui.

c Tandis qu'on avertissait les chanoines de se réunir, M. d'Astros, pressé par le temps et ne pouvant encore rien savoir de S. Em. di Pietro, courut consulter M. Émery sur ce qu'il fallait faire. M. Émery répondit qu'en des temps aussi rudes, où on attaquait le dogme, on devait céder à Bonaparte pour cette administration, qui n'était que de discipline. M. d'Astros le dit aux chanoines et à bien d'autres, et le chapitre sans aucune difficulté nomma Maury administrateur. Dés qu'il fut dit dans Paris que les sulpiciens, prétendait-on. étaient de cet avis, tous les prêtres moralement y acquiescèrent, et il n'y eut à peu près personne qui pensât même à examiner l'afTaire. D'ailleurs on est toujours porté à adopter une décision, vraie ou fausse, qui délivre de bien des embarras qu'aurait donnés la résistance.

c Deux jours après cette échauffourée, je revins de Semur à Paris et je me hâtai d'annoncer à M. d'Astros que S. Ém. di Pietro jugeait que le chapitre ne pouvait, sans péché très grave, donner l'administration à Maury. M. d'Astros me dit : < Je c l'ai pourtant fait, mais pour ne pas le faire j'aurais dû < croire (ce sont ses termes) que le soleil n'éclairait que pour * moi dans Paris. » C'est-à-dire que les prêtres de Paris regardaient comme certain qu'on le pouvait et le devait, et cela d'après la décision qu'on attribuait av^ sulpiciens.

c Je fus, bientôt après cette entrevue, à mon ordinaire chez M. d'Astros, etc. (sic). M. Montaigne (4) me dit positivement que les sulpiciens n'étaient pas du tout de l'avis de M. Émery, mais qu'au milieu de tant de gi*os brouillages (sic) ils n'avaient pas voulu faire une espèce de schisme avec lui, qu'ils s'étaient tus et avaient laissé dire et croire que les sulpiciens approuvaient cette cession d'autorité. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner si les sulpiciens ont eu raison de se taire, ce serait changer à la question présente...

« .., Trois ou quatre semaines environ après mon retour de Semur, un de mes amis prêtre s'y rendit pour les suites et les effets de cette affaire. S. Ëm. di Pietro lui remit en main copie du bref de Sa Sainteté contre Maury; je l'ai

(1) C'était un membre influent de la compagnie de Saint- Sulpice.

reçue de suite de cet ami et je Tai divulguée autant que j'ai pu.

« Je veux espérer que M. Emery a eu dans son avis des intentions tant angéliques que vous voudrez, quoique je ne puisse pas voir sur quel motif il les a formées et appuyées. Mais le fait est qu'il a été seul cause première et efficace de l'intrusion de Maury... On peut bien ajouter que cette intrusion a été en quelque sorte cause de celles qu'on a opérées en d'autres diocèses, où l'on jurait, pour les faire, in verha magistrorum de Paris... On ne peut donc louer M. Émery de sa conduite dans cette affaire, où il s'est trompé si grossièrement. Je n'ai pas ouï dire qu'il ait fini par y voir clair... (1). »

Tout en témoignant d'une évidente animosité contre la mémoire d'Émery, cette lettre est d'une précision qui ne laisse pas d'être impressionnante. Il n'est point exact sans doute que Maury ait harangué les chanoines avant d'avoir reçu les pouvoirs : mais le langage qu'on lui prête a pu très vraisemblablement être tenu dans des conversations particulières. Ce qui est plus grave, c'est que le chapitre est ici représenté comme ayant voté les pouvoirs à l'unanimité, sur le conseil de d'Astros, tandis que celui-ci, comme l'a établi son biographe, a toujours raconté qu'il y avait eu une minorité opposante, dont lui-même faisait partie.

D'Astros, devenu archevêque de Toulouse, vivait encore en 1842 : les sulpiciens pensèrent que le parti le plus simple et le plus sûr était de lui soumettre les imputations formulées contre leur ancien supérieur. L'abbé Vieusse, directeur au séminaire de Toulouse, écrivait k l'abbé Faillon, le !•' août 1842 :

< ... Quant au fait particulier de la consultation de M. Émery relative au cardinal Maury, Mgr l'archevêque m'assure que jamais il n'a consulté M. Émery sur ce point; qu'il a constamment ignoré ce que pensaient les sulpiciens sur le sentiment de leur supérieur; que du reste il n'a jamais su quelle était l'opinion de M. Émery, qui cependant passait dans l'opinion publique pour n'être pas sévère sur cette matière. Il m'a ajouté que le 'cardinal di Pietro était alors à Paris, et qu'il avait répondu, non point, comme le porte votre narration, qu'on ne pouvait élire sans péché

(1) Papiers Émery,

très grave, mais que Télection ou collation des pouvoirs serait nulle... (1). » ^

Cette réponse contient, elle aussi, une sérieuse inexactitude, excusable à trente-deux ans de distance : en octobre 1810, il y avait quatre mois que di Pietro, comme tous les autres cardinaux noirs, avait été exilé de Paris et relégué dans une petite sous-préfecture. Ce qui est probable, c'est que, le refus définitif de Fesch étant depuis longtemps prévu, d'Astros avait posé de vive voix à di Pietro, avant le 10 juin 1810, le cas de conscienee qui le préoccupait, abstraction faite de la persoBnalité de Maurj'. Cette défaillance de mémoire sur un point de détail ne me paraît pas de nature à infirmer le démenti très net donné par d'Astros aux allégations du P. Le Blanc. 11 convient de remarquer qu'en 1842 le prélat septuagénaire était en possession de toutes ses facultés, que postérieurement il prit une part active à la campagne en faveur de la liberté d'enseignement, et soutint une polémique contre dom Guéranger. Le lecteur jugera : j'ai tenu à mettre sous ses yeux les pièces mêmes qui m'avaient été communiquées par la confiante loyauté des modernes disciples de l'abbé Emery.

(1) Papiers Emery,

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