IV
officiers d'honneur du Grand-Orient : ainsi Maret, marguillier de la Madeleine, était « grand- conservateur de la Grande-Loge d'administration > ; le sénateur flamand Herwyn, marguillier de Saint-Sulpice, figurait dans le Calendrier maçonnique avec la qualification saugrenue de
< grand-hospitalier de la Grande-Loge symbolique. »
Après la promulgation du Concordat, les théophilanthropes, réduits à une poignée de convaincus, s'obstinèrent pendant quelque temps à protester contre le refus opposé à leur demande d'ouvrir un temple; au dire des agents de Dubois, les femmes étaient les plus exaltées (1). Us tinrent ensuite près de Saint-Sulpice,
< cul-de-sac Férou », des réunions privées, sinon clandestines, qui étaient assez fréquentées; la Société de morale et de bienfaisance, comme ils s'intitulaient à présent, proscrivait la politique par uu article de son règlement, mais elle n'en était pas moins suspecte d'être une réunion de jacobins irréconciliables (2). La théophilantrophie disparut comme groupe distinct vers l'époque où l'Empire fut fondé : il est à penser que beaucoup d'adeptes passèrent dans les Loges maçonniques, à la suite du principal fondateur. Chemin, qui avait probablement été maçon avant la Révolution, qui fut sûrement sous la Restauration membre du Grand-Orient et Vénérable d'une Loge parisienne (3) .
Une secte plus bizarre, au caractère moins nettement antichrétien, était celle des Templiers, qui avaient la prétention de ressusciter l'ordre supprimé par Philippe le
(1) Rapport du préfet de police, 25 messidor an XI (14 juillet 1803) : F. 7, 3831.
(2) Rapport du même, 8 nivôse an XII (30 décembre 1803) :
(3) Mâthiez, la Théophilanthropte et le culte décadaire, p. 82
et 699.
Bel et Clément V (1). Faut-il croire qu'avec l'autorisation du gouvernement et la tolérance du clergé paroissial^ ils firent célébrer en 1808 (2), dans l'église Saint-Paul- Saint-Louis, un service solennel pour l'anniversaire du supplice en 1314 du grand- maître Jacques Molay, service où le catafalque était décoré des insignes de grand-maître et où une oraison funèbre fut prononcée en chaire par le primat en exercice, un certain abbé Glouet qui avait été vicaire constitutionnel à Notre- Dame et faisait partie du clergé < jansénisant > de Saint- Sé vérin (3)? Quand ce prêtre mourut (en 1811), il fut remplacé dans la charge de primat du Temple par Guillaume Mauviel, l'ancien évoque constitutionnel de Saint-Domingue, qui prit comme Templier le nom suggestivement pompeux de « Frère Guillaume des Antilles >.
(1) Cf. Frédéric Mâsson, Jadit, t. II, p. 85-86.
(2) U est à noter que la tragédie de Aaynouard, jouée en 1805, avait donné aux Templiers du moyen âge un regain de popularité et provoqué des controverses sur la légitimité de leur condamnation.
(3) Grégoire, Histoire des sectes, t. II, p. 405-406. (Grégoire donne à Tabbé Glouet la qualification erronée d* « ancien chanoine de Notre-Dame », que j'ai rectifiée d'après des renseignements fournis par M. le chanoine Pisani.)