Paris sous Philippe-le-Bel
Le manuscrit original qui forme la principale base de mon travail (a) contient , paroisse par paroisse et rue par rue , la liste de tous les Parisiens qui étoient soumis à la taille Tan 1293, H rend facile à suivre le trace des murailles dont la capitale étoit alors environnée. Il donne les anciens noms et la position des portes , des rues, des places, des carrefours, des églises paroissiales, des couvens. Il indique remplacement des écoles, des palais, des hôtels, des bains publics. Au moyen du tracé de l'enceinte nous connoissons l'étendue de la superficie, et nous pouvons arriver à déterminer, avec quelque probabilité, le chiffre proportionnel de la population. Par le nombre des contribuables et la somme des impositions, l'on peut se faire une idée de la richesse de l'ancien Paris. Enfin , l'attention qu'ont eue les répartiteurs de la taille de 1 292, de joindre au nom de chaque artisan l'indication de la profession qu'il exerce, nous permet de juger approximativement de l'état du commerce et de l'industrie.
Le rôle de 1292 se compose de 78 feuillets grand in-folio, en parchemin, sur deux colonnes, dont chacune contient environ 52 lignes. Il est parfaitement conservé , complet et sans lacune. Cependant, comme on ne trouve aucun intitulé à la tête du rôle, on peut croire qu'il manque , au commencement , un feuillet qui devoit contenir le titre du manuscrit (A), les motifs de rétablissement de la taille, dont il renferme la répartition , les noms , prénoms et professions des répartiteurs. Le recensement commence par les lombards de
(a) Ce manuscrit a été acheté par la Bibliothèque du Roi en i836; il est Coté sur h» r. ■
garde n» '7°.
(e) J'ai mis au recensement de 1292 un titre analogue à celui du rôle de 1 3 1 3 .
i* PRÉFACE.
toutes les paroisses ; viennent ensuite les menues gens qui demeuraient sur les paroisses de Saint-Germain-l'Auxerrois et de Saint- Eustache. Ils sont énuraérés rue par rue, et paient régulièrement chacun douze deniers de taxe. Cette liste est suivie du recensement général par paroisses. Les paroisses les plus étendues sont divisées en plusieurs quêtes ou arrondissemens , et, dans chacune, les contribuables sont énumérés rue par rue. La répartition commence sur la rive droite de la Seine, se continue dans la Cité, et se termine par la liste des contributions assises sur les habitans de la rive gauche. A la fin du manuscrit est un chapitre particulier pour les Juifs.
Tous les titres contenant l'indication des paroisses, la circonscription de chaque subdivision particulière et les noms des rues, sont écrits à l'encre rouge : trois ou quatre rues seulement , qui avoient été omises par les copistes , ont été rétablies en petits caractères, à l'encre noire, soit en interligne, soit par renvoi. Dans tout le manuscrit l'écriture est une belle minuscule sans ornemens.
Le manuscrit n'est pas tout entier de la même main ; les quarante premiers feuillets sont écrits par un habile copiste : les trente-huit autres sont l'ouvrage d'un écrivain moins exercé. Outre ces deux genres d'écritures, on rencontre encore, le plus souvent en interligne ou à coté d'une rature, des mots tracés ordinairement en abrégé et en écriture cursive. Ce sont des additions ou des corrections faites par le collationneur (a).
Le rôle de 1292 contient peu de noms patronymiques. Presque tous les contribuables sont désignés par leurs prénoms , suivis tantôt d'un sobriquet, tantôt du nom de leur pays , le plus souvent de l'indication de leur profession. Telles sont les trois sources d'où sont dérivés la plupart des noms de familles par lesquels chaque individu est aujourd'hui désigné. Ainsi , pour ne citer que les plus connus , c'est aux noms de métier que nous devons les noms de Le Pelletier , Lefèvre, Fournier , Lesueur , Lepeintre , etc.; les sobriquets nous ont fourni les noms de Le Bossu, Boileau, Lejeune, Beaumarchais, Beauvallet et
(a) Ces mots seront imprimés en caractères italique*.
PRÉFACE. v autres; des noms de lieux ou de pays viennent les noms patronymiques de Legallois, Lallemant, Dubreuil, Dumesnil, Lenormand, Langlois, etc. Quelquefois les contribuables sont simplement désignés par leurs prénoms , surtout lorsqu'il s'agit des enfans d'un père ou d'une mère qui sont aussi portés sur le rôle. D'autres fois, mais rarement, le recensement ne donne que le sobriquet des personnes imposées.
La contribution la plus forte est de cent quatorze livres dix sous ; il n'y en a pas une seule au-dessous de douze deniers. Un sou est toujours exprimé par son équivalent, douze deniers. Depuis deux sous jusqu'à trois livres dix-neuf sous, inclusivement, chaque nombre est exprimé, non en livres et en sous, mais en sous seulement : ainsi le nombre de trois livres dix-neuf sous est écrit Ixxix s. Depuis quatre livres , jusqu'à quatre livres dix-neuf sous , inclusivement , les livres et les sous sont exprimés séparément : nous lisons, par exemple, iiij* , et non pas lxxx''; iiij* x', et non pas xcr1". Depuis cinq livres jusqu'à cinq livres dix-neuf sous, inclusivement, la contribution est exprimée en sous : ainsi nous lisons c' au lieu de vr; ex'' au lieu de v* xs. I^e chiffre de six livres, et tous les nombres entiers ou fractionnaires audessus de cette somme ; sont régulièrement écrits en livres et en sous séparés.
La plupart des additions sont inexactes. Dans la liste spéciale consacrée aux menues genz , chaque contribuable paie sans exception douze deniers ou un sou d'impôt. Il n'y avoit donc, pour trouver la somme de l'impôt total, qu'à compter le nombre des individus imposés. Quelque simple et facile que paroisse cette opération, le résultat donné par le manuscrit présente une erreur en plus de une livre dix-neuf sous. Du reste, on ne peut soupçonner aucune fraude dans les diverses erreurs de calcul que renferme la répartition de la taille, car elles sont tantôt en moins, tantôt en plus.
En entreprenant la publication de ce curieux document, je me suis proposé , non de faire une histoire chronologique et complète de Paris, mais d'en présenter un tableau et d'en tracer un plan aussi exacts que possible pour une époque ancienne et déterminée. Cette époque étoit fixée d'avance par la date du manuscrit qui devoit
vj PRÉFACE.
être la principale source de mes recherches; mais lors même que j'aurois eu la liberté du choix, je n'aurois pu rattacher mon travail à une date plus intéressante.
En 129a, Paris, comme capitale, offroit encore tout l'intérêt d'une cité nouvelle. Réduit, avant Philippe-Auguste, aux proportions d'une simple ville de province, Paris revêtit enfin, sous le règne glorieux de ce monarque, un certain caractère de grandeur qui pouvoit déjà faire présager son importance à venir. A l'époque dont nous nous occupons, une enceinte nouvelle avoit presque doublé l'étendue de la superficie de Paris; de magnifiques monumens avoient décoré l'intérieur de la ville; la eathédrale avoit vu terminer ses murailles colossales et ses tours gigantesques; le Palais, presque entièrement reconstruit sur ses vieux fondemens , s'étoit mis en harmonie avec la grandeur de ses hôtes royaux ; le Louvre , qui n'étoit auparavant qu'un groupe de fortifications grossières, étoit devenu, pour me servir des expressions d'un auteur contemporain , une maison forte et magnifique. L'Université commencent à se peupler de collèges; l'église de Saint-Thomas-du-Louvre, l'abbaye de Saint-Antoine-des-Champs, l'hôpital de la Trinité , l'église et le cimetière de Saint-Honoré , avoient été commencés sous Philippe-Auguste et terminés sous le règne suivant. Saint-Louis avoit fondé les Quinze-Vingts , les Cordeliers, les Jacobins , les Filles-Dieu , les Béguines , les Chartreux , Sainte-Catherine-du-Val-des-Ecoliers , les Carmes , les Sachetins , Sainte-Croix-dela-Bretonnerie et les Blancs-Manteaux. La plupart des rues reçurent à la même époque une dénomination particulière. Elles avoient déjà vu disparoître, sous un pavage depuis trop long-temps désiré, ces boues noires et infectes, aussi pernicieuses pour la santé publique qu'elles étoient incommodes pour la circulation. Enfin les divisions administratives , qui , dans Paris comme dans la France entière , étoient les mêmes que les divisions ecclésiastiques , venoient d'être déterminées; car ou peut se convaincre en lisant Y Histoire du Diocèse de Paris, par l'abbé Lebeuf , que la création de la plus grande partie des paroisses renfermées dans Paris, en 1392, ne remontoit pas au-delà du règne de Philippe-Auguste.
PRÉFACE. vij
Saurai, dans son ouvrage sur les Antiquités de la ville de Paris, cite trois anciens rôles d'impositions que j'ai vainement cherchés aux Archives du royaume, à la Bibliothèque du Roi, et dans d'autres dépôts publics; mais le plus ancien de ces trois rôles ne remonte qu'à l'an i3oo. Il en existe un autre à la Bibliothèque du Roi qui est de l'année i3i3; il est intitulé : Cest le livre de la taille des dis mile livres deus au Roy nostre sires, pour la chevalerie le roy de Navarre, son ains-né fils, assise en la méson Estienne Barbète, en Grève, par Jehan Barbète, Jacques Bourdon, etc. M. Buchon l'a publié en 1827 , à la suite d'une chronique métrique, dont l'auteur, nommé Godefroy de Paris, retrace les événemens du règne de Philippe-le-Bel , depuis l'an i3oo jusqu'à l'an i3i6 inclusivement.
Ce rôle est postérieur de vingt et un ans à celui de iao,a; et l'on verra par mes notes topographiques, que, de 129a à i3t3, plusieurs rues avoient déjà changé de nom.
De plus, le mode de publication adopté par M. Buchon rendoit nécessaire l'impression du rôle de 129a, ou la réimpression de celui de i3i3 avec des travaux accessoires, indispensables pour en rendre la lecture profitable. M. Buchon a publié le texte seul sans notes ni commentaires. Mais l'intérêt de cet ancien document est bien affoibli si l'on n'ajoute, avec une synonymie exacte des anciens noms des rues, des notes propres à l'explication du texte.
J'ai constamment comparé les deux rôles ; quand j'ai trouvé, dans le dernier, quelques rues qui n'étoient pas portées dans l'autre, je n'ai pas manqué de les indiquer ; et, si elles étoient inconnues, de les déterminer lorsque cela m'a été possible. Ën m appuyant ainsi sur deux documens authentiques, écrits à vingt et un ans de distance, pendant le règne de Philippe-le-Bel , qui n'embrasse lui-même que vingt-neuf années, j'aurai pu, j'espère, remplir avec assez d'exactitude le programme indiqué par le titre de mon ouvrage.
Un autre ancien document m'a été d'un assez grand secours dans mes recherches topographiques : c'est le Dit des rues par Guillot de Paris. Mais ce petit poème, malgré son importance historique, malgré les notes dont l'abbé Lebeuf a enrichi le texte en le publiant
viij PRÉFACE.
pour la première fois (a), est aussi insuffisant pour la statistique de l'ancien Paris, que l'édition sans commentaires du rôle de i3i3. Sans le secours de documens plus anciens et surtout plus complets, il ne peut fournir que des notions imparfaites.
Et d'abord le poème de Guillot de Paris ne portant aucune date , on ne peut, avec certitude, fixer l'époque où il auroit été composé. La mention, dans ce poème, d'un certain Dom Séquence, chevecier de Saint-Merry en i 283 , a fait penser à l'abbé Lebeuf que Guillot écrivoit vers les années 1290 ou i3oo; mais on ignore l'âge qu'avoit Dom Séquence en 1 a83 , et l'époque de sa mort. Rien ne prouve que sa vie ne se soit pas prolongée, par exemple, jusqu'à la vingtième année du xrv* siècle. Quoi qu'il en soit, il est certain que le Dit des rues de Paris est postérieur au rôle de 129 a. Je n'en veux d'autre preuve que la mention, dans ce petit poème, de la Mégisserie, de la rue des Bourdonnais, des rues de Béthisy, de l'Abaie-du-Bec (Bardu- Bec), de la Mortellerie, tous noms connus qui ne remontent pas jusqu'à 1292, et dont l'usage n'a été adopté que postérieurement à cette époque, comme je le prouverai dans mes notes topographiques.
Bien plus , je crois l'œuvre de Guillot de Paris moins ancienne que le rôle de i3i3 : voici quelques unes des remarques qui ont déterminé mon opinion.
La rue Hautefeuille n'avoit pas encore de nom en 1 292 , on l'appeloit simplement la rue qui va droit a Saint- Andri (b) ; cette rue n'est pas encore nommée dans le rôle de i3i3. Guillot de Paris l'indique sous la dénomination qui sert encore à la désigner aujourd'hui (c).
Le collège d'Harcourt, commencé l'an 1280, terminé l'an i3i2, dans la rue de la Harpe, fit donner à l'extrémité supérieure de cette rue, qu'on appeloit auparavant rue Saint-Côme, le nom de rue aux Hoirs d'Harcourt. Dans le rôle de i3i3, je ne trouve encore que les noms de rue de la Harpe et de rue Saint-Côme (d). Dans Guillot de
(a) Histoire du Diocèse de Paru, tome î. (c) Lebeuf, Histoire du Diocèse de Paris, (i) Voyez page 322. tome I , page 566.
{d) Pages 177, 178.
PRÉFACE. ht Paris, le nom de rue Saint-Corne a disparu, et a été remplacé par celui de rue aux Hoirs d'Harcourt (a).
La rue de l'Arbre-Sec, qui, dans le rôle de i3i3 (b), est encore désignée par le nom de la Croix érigée à son extrémité septentrionale, est nommée, par Guillot de Paris (c), rue de l' Arbre-Sel, nom qui se rapproche sensiblement de la dénomination moderne.
Il en est de même pour la rue des Vieilles-Étuves Saint-Honoré et pour la rue des Deux-Écus. En i3i3, la première de ces deux rues se nommoit rue Jacques-de-Verneuil ; la seconde, rue Traversainne (d). Guillot de Paris les désigne presque par les noms qu'elles portent aujourd'hui (e).
Enfin il donne la dénomination actuelle de la rue Saint-Honoré (y), qu'on chercheroit vainement dans le rôle de 1 3 1 3.
Je pourrois encore multiplier ces remarques , si je ne croyois avoir suffisamment prouvé l'antériorité du rôle de i3i3 sur le poème de Guillot de Paris. La conjecture que l'abbé Lebeuf a tirée de la mention faite, dans ce poème , du chevecier Dom Séquence, ne sauroit contrebalancer les preuves péremptoires que je viens de donner, et le judicieux abbé n'auroit pas hésité à revenir sur son opinion s'il avoit connu le rôle de i3i3, et s'il avoit pu le comparer avec le manuscrit de Guillot.
, A ces caractères d'une composition trop peu ancienne, qui doivent diminuer un peu l'importance historique du Dit des rues, se joignent des lacunes considérables qui le rendent insuffisant pour la topographie de Paris, même à l'époque où il se rapporte. Parmi ces lacunes , les unes sont dans le plan même du poète , les autres proviennent de l'inattention du copiste auquel nous devons le manuscrit unique de Guillot de Paris.
En terminant son ouvrage, Guillot prévient ses lecteurs qu'il a
(a) Lebeuf, tome I , page 567. (d) Rôle de i3i3, p. 3o , 3a.
<*) Page» 4 , 5 et u. (e) Lebeuf, tome I , page 585.
(c) Lebeuf, tome I , page 58*. {/) Lebeuf, page 583.
x PRÉFACE.
exclu de sa nomenclature les culs-de-sac, ou rues sans chief, et les rues situées hors des murailles.
Gui Ilot ti fait à tous scavoir Que par deçà Grant-Poot pour Toir H'a que deus cent rues mains sis , El en la Cité trente et sis , Outre Petit-Pont quatre-vingt, Ce sont dis mains de seize-vingt , Dedenz les murs non pas dehors.
Les autres rues ai mis hors De sa rime , puisqu'il n'ont chief.
Voilà donc , sans compter les culs-de-sac, bon nombre de rues qui sont exclues de la liste composée par Guillot de Paris, à cause de leur situation hors des murailles qui environnoient la ville. A cette lacune déjà si importante, il faut que l'écrivain , auteur du manuscrit original que nous possédons, en ait ajouté une autre presque aussi considérable, puisque Guillot de Paris, dans sa récapitulation, compte, comme on vient de le voir, 194 rues sur la rive droite de la Seine, tandis que dans son poème il en nomme seulement i83 pour le même quartier.
Maintenant, quel que soit le mérite des notes de l'abbé Lebeuf, son travail, même dans certaines parties où la critique n'auroit eu rien à reprendre au temps où il écrivoit , avoit besoin , de nos jours , d'être entièrement refondu. Plusieurs changemens notables ont été introduits dans le vocabulaire de nos rues depuis la fin du siècle dernier , en sorte que les commentaires de l'abbé Lebeuf demandent euxmêmes un autre commentaire (a). M. Méon a fait entrer le Dit des rues dans la nouvelle édition qu'il a donnée, en 1 808, des Fabliaux et Contes, publiés par Barbazan vers le milieu du siècle dernier.
(a) Indépendamment de ce motif, les notes de l'alibé Lebeuf auraient eu besoin d'une révision un peu attentive. Il s'y est glissé bien des inadvertances qu'on auroit pu facilement faire disparaître. Je n'en citerai qu'une seule : pour prouver que le Parvis étoit une rue au temps de Guillot , il dit : « Ce Heu étoit telle-
•< ment censé une rue, qu'on y vendoit les .. ngnons encore en 1491. On y vend encore « les jambons le Mardi saint ; c'étoit autrefois « le Jeudi saint. ■ (Lebeuf, tome I , p. 575.) Cette note a été textuellement reproduite par M. Méon dans sa seconde édition de Guillot de Paris , Fabliaux, tome II , page 248.
PRÉFACE. xj Mais c'est presque une réimpression pure et simple de la première édition donnée par l'abbé Lebeuf. Le nouvel éditeur a rétabli , à la vérité, dans le texte de Guillot de Paris, tous les passages un peu obscènes que son prédécesseur n'a voit pas osé conserver, mais il n'a pas jugé à propos d'y faire, aux notes du savant abbé, les corrections que nécessitoient les changemens survenus dans la topographie de la capitale depuis près d'un demi-siècle. Ainsi, les rues de la Reynie, de l'École de Médecine, du Tourniquet Saint-Jean , sont encore désignées, dans la nouvelle édition de M. Méon, sous les noms des rues Trousse- Vache, des Cordeliers et du Pet-au- Diable (a) , que personne ne connaît plus. On y lit que le porche Saint- Jacques et la Grande-Boucherie sont des lieux très connus; qu'entre la Grande-Boucherie et le quai de Gèvres se trouvent les rues de la Vieille-Place au Veaux , du Piedde-Bœuf et de la Tuerie, toutes rues très étroites et qu'on a peu songé à embellir, parce qu'elles ne sont habitées que par des tripiers et des bouchers (b). Tout cela étoit vrai au temps de l'abbé Lebeuf, mais aujourd'hui il ne reste plus que le souvenir, déjà un peu ancien, de ces localités, et celles qui ne sont pas détruites sont presque toutes connues sous d'autres dénominations.
En résumé, les deux seuls do eu mens originaux qu'on ait imprimés jusqu'à ce jour sur la topographie du vieux Paris , le rôle de 1 3i3 et le poème de Guillot, sont loin d'avoir complètement rempli le but d'utilité qu'on a du se proposer en les publiant. J'ai relevé avec soin tous les renseignemens qu'ils renferment , et en les combinant avec ceux qui nous sont fournis par le rôle de 1119a, je me suis proposé de tracer une statistique de cette capitale sous le règne de Philippele-Bel.
Les indications des métiers demandoient une attention particulière; on trouvera , dans un relevé exact de toutes les professions indiquées par le manuscrit, l'explication, en très peu de mots, de celles qui ne sont plus aujourd'hui en usage. Quant aux sobriquets par lesquels les
contribuables sont souvent désignés, comme ils ne présentent qu'un
(a) Pages 240 , 264 , 269. (*) Page 274.
xij PRÉFACE.
simple intérêt de curiosité , je me suis mis peu en peine d'expliquer ceux qui n'ont pas de sens arrêté ou qui ne sont susceptibles que d'interprétations forcées. Des notes très courtes au bas des pages donneront la synonymie des surnoms dont le sens est facile à saisir, et dont l'expression seule a vieilli. Pour faciliter au lecteur la vérification des additions contenues dans le manuscrit , j'ai disposé sur trois colonnes les livres , les sous et les deniers, et j'ai substitué des chiffres arabes aux chiffres romains de l'original. Au bas de chaque addition une courte note indique les corrections à faire au chiffre du total , et le nombre de contribuables sur lesquels la somme est répartie. Enfin, lorsqu'une paroisse est divisée en plusieurs quêtes, j'ajoute, à la suite du recensement de la paroisse, une récapitulation qui résume le nombre des personnes imposées et le montant des contributions pour la paroisse tout entière.
J'a h rois voulu pouvoir donner, dans ma préface , l'ordonnance de Philippe-le-Bel , qui doit se rattacher à la levée de la taille de 1292. Mes recherches, à ce sujet, dans les volumes publiés jusqu'à ce jour des ordonnances des rois de France , et dans les cartons des Archives du royaume , ont été sans résultat.
Les notes topographiques formoient une des parties les plus importantes de mon travail. Comme la restitution des anciennes rues détruites , ou qui ont changé de nom, exige souvent des discussions assez longues , il m'a paru convenable de placer toutes les notes , par renvois, à la suite du texte. Pai tâché d'y faire entrer, dans un cadre aussi étroit que possible, les notions les plus intéressantes que j'ai pu me procurer sur chaque localité. Autant que je l'ai pu, j'ai puisé mes preuves dans les indications mêmes du rôle de 129a, dans celles du rôle de 1 3i 3, enfin dans le poème de Guillot de Paris , mais seulement pour la détermination des rues incertaines dont le nom m etoit donné par les deux rôles. Quand ces indications m'ont manqué, j'ai eu recours aux nombreux ouvrages qui ont été publiés jusqu'à ce jour sur Paris. Mais les trois sources principales où j'ai puisé mes preuves sont : Y Histoire et Recherches des antiquités de la ville de Paris , par
PRÉFACE. xiij Henri Sauvai, avocat au Parlement (a) ; l'Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, par l'abbé Lebeuf (b) ; enfin, l'excellent ouvrage de Jaillot, intitulé Recherches critiques, historiques et topographiques sur la ville de Paris (c). Les anciens plans de Paris, conservés à la Bibliothèque du Roi , dans le cabinet des Estampes , m'ont fourni de nombreux et utiles renseignemens : voici ceux de ces plans que j'ai le plus souvent employés.
i°. Le plan de la Tapisserie, ainsi nommé parce que l'original est brodé sur une ancienne tapisserie dont on ignore la date certaine, mais qui remonte à peu près à l'an i • [o.
20. Un ancien plan dont l'original étoit conservé à l'abbaye de Saint- Victor, et qui fut gravé dans le siècle dernier par Dheulland. Jaillot pense que ce plan est du milieu du xvi" siècle , il est connu sous le nom de plan de Saint-Victor.
3°. Le plan de François Quesnel , publié en 1 609.
4°. Le plan de Gomboust, de i65a, souvent cité par Sauvai et Jaillot.
5°. Celui de Berey, sans date, mais qui doit remonter à peu près à la même époque.
6°. Le plan de Bullet, qui est de 1676.