SAINT-CHRISTOPHE
L'église paroissiale de Saint-Christophe , qui étoit située sur la place du Parvis, entre la rue Neuve Notre-Dame et la rue Saint-Christophe, avoit été bâtie à l'époque où l'ancien hôpital de Saint-Christophe (a), aujourd'hui l'IIôtel-Dieu , étoit devenu entièrement la propriété du chapitre de Notre- Dame, événement que l'abbé Lebeuf place en 1099 (*)» et billot eu 1 097 (c). Elle fut érigée en paraisse sous le règne de Philippe-Auguste. Rebâtie au commencement du xvi* siècle, elle subsista jusqu'en 1747» époque où elle fut démolie.
La circonscription de cette paroisse s'élendoit dans les rues Saint-Christophe, Neuve Notre-Dame, du Sablon (aujourd'hui détruite), et dans la place du Parvis.
Collège des Djx-huit. — En 1 171, un certain Jocius de Londonna, de retour de Jérusalem, étant allé visiter l'Hôtel-Dieu, y vit une chambre dans laquelle, de toute ancienneté, logeoient de pauvres écoliers. Il l'acheta du procureur de l'Hôtel-Dieu , et la laissa à l'établissement, à la charge de four-
(a) Voyez l'article suivant. (c) Tome I, quartier de la Cité, p. 106.
(6) Tome ï, p. 24.
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nirdes lits à ces pauvres écoliers, auxquels il assigna quelques revenus (a). Ces écoliers, au nombre de dix-huit, furent ensuite transportés dans une grande maison qui étoit sur le parvis Notre-Dame, devant la porte de l'Hôtel-Dieu, et que, pour cette raison, on appeloit encore du temps de Sauvai la maison des Dix-huit (b). Je n'ai pu trouver à quelle époque ils furent transférés dans la rue des Poirées, en face du collège de Cluny ; mais il paroit certain qu'ils étoient encore au parvis Notre-Dame en i5oi (c).
L'Hôte l-Dieo. — Il existoit dans le vu* siècle, à Paris, un monastère de femmes sous le titre de Saint-Christophe. Il en est fait mention dans un acte de donation de Vandemir et d'Ercamberte , sa femme, en date de l'an 690 (d). Suivant Jaillot (e), ce monastère étoit situé en face de l'église de Saint-Étienne, à peu près à l'endroit où est aujourd'hui l'Hôtel-Dieu. Au ix4 siècle, cette maison étoit devenue un hôpital, c'est-à-dire, suivant la signification primitive du mot, un lieu où l'on exerçoit l'hospitalité envers les pauvres et les pèlerins. On a des lettres de Tévéque Inchade, datées de l'an 829, par lesquelles il donne au chapitre de Notre-Dame quelques terres dont la dime est affectée à l'hôpital des pauvres de Saint-Christophe, auxquels les chanoines lavoient les pieds, à certaines époques déterminées (/"). Le chapitre de Notre-Dame possédoit la moitié de cet hôpital; l'autre moitié appartenoit à 1 evêque. En 1002, Renaud, évéque de Paris, céda au chapitre tous ses droits sur l'Hôtel-Dieu, à l'exception de la chapelle, dont le chapitre ne devint propriétaire qu'en 1097. Ce fut à cette époque qu'on bâtit l'église de Saint-Christophe, dont j'ai parlé dans l'article précédent. Mais la chapelle de l'Hôtel-Dieu, reconstruite vers l'an i58o, par les soins et aux frais d'Oudart de Maucreux, bourgeois de Paris, n'en continua pas moins à être sous l'invocation de Saint-Christophe.
En 1 1 68, un statut du chapitre de Notre-Dame ordonna que les chanoines qui viendroient à décéder ou à quitter leur prébende, donneraient un lit garni à l'hôpital de Saint-Christophe. Cette mesure peut bien être, comme l'a pensé l'abbé Lebeuf {g), l'origine de la conversion de cet hôpital en maladrerie ou Hôtel-Dieu. En augmentant les ressources de cet établissement,
(a) Jaillot , tome V, quartier Saint-Andrédes-Arcs , p. 1 43 et suiv.
(*) Livre VIII, page 373.
(c) Jaillot, tome V, quartier Saint-Andrédes-Arcs, p. i44-
[//) Mabillon, Diplom., livre VI, n° t4< (c) Tome I, quartier de la Cité, p. io5. (/) Jaillot, Tome I , quartier de la Cité, p. 4r.
(g) Tome I, p. 26.
ET STATISTIQUE. 407 elle dut bientôt le mettre à même de recevoir à la fois des pèlerins ou des pauvres qui ne séjourn oient que peu de temps , et des malades à demeure.
Une charte de 11 99, citée dans l'histoire du diocèse de Paris (a), nous apprend qu'à cette époque , l'hôpital de Saint-Christophe reçut une augmentation de revenu, et qu'il contenoit déjà des malades. Un certain Adam, clerc du Roi, donna à l'hôpital deux maisons dans Paris, « à condition que, « le jour de son anniversaire , on fournirait sur le revenu de ces maisons, (( à ceux seulement qui seroient malades, tout ce qu'il leur viendroit dans « la pensée de vouloir manger, pourvu qu'on pût le trouver. »
C'est dans les statuts dressés pour cet hôpital, vers l'an 1220, par le doyen Étienne et le chapitre de Notre-Dame , qu'on trouve pour la première fois le nom de Maison de Dieu ou Hôtel-Dieu, nostra Domus Dei Parisiensis (bi).
Les agrandissemensque fit Saint-Louis à l'Hôtel-Dieu et les libéralités dont il le gratifia, ont fait qu'il en a été regardé comme le fondateur. Vers le milieu du xV siècle, les bâtimens de l'Hôtel-Dieu commencèrent à s'étendre à l'occident du côté du Petit-Pont. Au commencement du siècle suivant, cette maison envahit la rue du Sablon , qui étoit entre la rivière et la rue Neuve Notre-Dame, et parallèle à cette dernière rue. En i53i, le cardinal Antoine Duprat fit bâtir la salle du Légat. Henri IV, en 1606, fit rebâtir la salle Saint-Thomas, et construire les piles du pont Saint-Charles. La salle Saint-Charles fut terminée la même année par les libéralités de M. Pomponne de Bellièvre. Le pont aux Doubles fut livré à la circulation en 1654. Son nom vient de ce qu'en vertu d'une ordonnance royale, les piétons qui passoient sur ce pont payoient un double tournois. Enfin, en 17 16, pour subvenir aux frais de nouveaux bâtimens, Louis XV institua les droits de l'Hôtel-Dieu sur la recette des théâtres, et, en 1724, les bâtimens du petit Chàtclet furent adjugés à cet hôpital.
Quant à l'administration de l'établissement, elle étoit demeurée tout entière entre les mains du chapitre jusqu'en 1 5o5. Le service de la maison étoit fait sous sa direction, par des hommes et des femmes qui, sans prononcer des vœux monastiques et sans professer aucune règle religieuse, étoient néanmoins soumis à une espèce de régularité claustrale, et portoient les titres de frères et de sœurs. En i5o5, un arrêt du parlement confia l'administration temporelle à huit bourgeois notables et à un receveur nommé par les prévôts des marchands et les échevins. En i654, leur nombre fut
(a) Lebeuf, tome I, p. 26. (b) Ibid., p. 2$.
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porté à douze, sous l'inspection et l'autorité de l'archevêque et des principaux magistrats.
Quant à l'administration spirituelle, elle fut confiée en i54o à huit chanoines réguliers de l'ordre de saint Augustin , sous la surveillance du chapitre. Leur nombre, par la suite, fut porté k vingt-quatre. Vers le milieu du xviie siècle, la réforme du personnel de ce vaste établissement se termina par les soins et l'exemple d'une pieuse femme, nommée Geneviève Bouquet, qui parvint à établir parmi ses compagnes employées au service des malades uu noviciat régulier, des vœux, une vie commune, en un mot, toutes les habitudes du cloître.
L'administration des hôpitaux est aujourd'hui, comme chacun sait, une institution purement civile; l'influence religieuse n'a plus laissé de traces que dans la partie du service intérieur confiée aux femmes.