‹ Paris sous Philippe-le-BelChapitre 101 sur 147 · SAINT-BARTHÉLÉMY · texte numérisé non relu

SAINT-BARTHÉLÉMY

11 paroi t certain que, dès la première race de nos rois, il y avoit un palais dans la Cite, et que l'église de Saint-Barthélemy en étoit la chapelle. J'ai dit, à 1 article de l'abbaye de Saint-Magloire (b) , à quelle occasion Hugues-Capet transforma l'église de Saint-Barthélemy en monastère, et comment les religieux que ce monarque y avoit établis quittèrent plus tard leur maison de la Cité pour le nouveau couvent qu'ils firent construire sur la rive droite de la Seine. Ce fut à l'époque de cette transmigration, c'est-à-dire vers l'an 1140, que l'église de Saint-Barthélemy fut érigée en paroisse (c). L'édifice fut reconstruit et considérablement agrandi au commencement du xiv* siècle. On travailloit encore à le rebâtir en partie au temps où Jaillot écrivoit (d). Les travaux dont parle le savant géographe n'étoient pas terminés lorsque la tourmente révolutionnaire vint renverser toutes les églises de la Cité, à l'exception de Notre-Dame et de la Sainte-Chapelle (e). Il ne reste plus aujourd'hui de Saint-Barthélemy qu'un passage voûté, étroit et obscur, dans lequel on entre par quatre portes.

Cette paroisse comprenoit dans sa circonscription le Palais , la rue de /a Rarilleric, et, en partie, les rues de la Calandre, de la Pelleterie, et le pont au Change.

Sainte-Chapelle. — Baudouin II, empereur de Constantinople , avoifc été forcé de mettre la couronne d'épines entre les mains des Vénitiens, pour sûreté des emprunts qu'il leur avoit faits. Saint-Louis paya ces emprunts, et dégagea la sainte couronne dont l'empereur lui fit cadeau. La précieuse relique fut apportée à Paris le 1 8 ou le ao août 1 25q, et déposée provisoirement dans une chapelle du Palais , appelée chapelle de Saint-Nicolas, que Robert-lu-Pieux avoit fait construire vers l'an io5o. Saint-Louis conçut le projet de faire bâtir une magnifique église pour exposer à la vénération des

(a)JaiUot, tome I, quartier de la Cité, p. ti4-n6.

(A) Pages 384 * *uiv.

(c) Lebeuf, tome I, p. 278.

(rfj Tome I, quartier de la Cité, p. 35.

(e) Didaure, tome I, p. 434-

ET STATISTIQUE. 401 fidèles, la sainte relique dont il étoit en possession. Jaillot (a) pense, contrairement à l'opinion de l'abbé Lebeuf , que la Sainte-Chapelle, construite dans ce dessein , fut élevée sur les ruines de la chapelle de Saint-Nicolas , où

la couronne d'épines avoit d'abord été déposée. Il en donne, à mon avis , une preuve assez plausible. Guillaume Cornu , archevêque de Sens , qui préskloit à la cérémonie de la réception de la sainte couronne , en a laissé une relation dans laquelle, après avoir dit que la couronne d'épines avoit été d'abord exposée dans la chapelle de Saint-Nicolas , il ajoute qu'il ne fut plus ensuite permis de la voir pour certaines raisons , ex causis aliquibus. Si la Sainte-Chapelle, que Saint-Louis entreprit presque immédiatement après la réception de la sainte couronne, ne se fût pas élevée à la place même où étoit la chapelle de Saint-Nicolas , est-il croyable qu'un monarque aussi pieux eût voulu priver ses sujets de la contemplation d'un objet si vénéré, pendant tout le temps que devoit durer la construction de l'église nouvelle .''

L'édilice de la Sainte-Chapelle fut élevé sous la direction de l'architecte Pierre de Montreuil. L'église se composoit de deux parties superposées. L;i partie inférieure, appelée Basse-Sainte- Chapelle, servoit de paroisse aux domestiques des chanoines et des chapelains et aux autres personnes attachées par état au service de la Sainte-Chapelle. Les deux parties furent terminées et dédiées en 1248. On peut voir, dans Jaillot et dans J'abbé Lebeuf {b), les détails des institutions religieuses créées dans cette église par Saint-Louis et ses successeurs.

Personne n'ignore que le lutrin, immortalisé par Boileau , étoit dans le chœur de la Sainte-Chapelle, et que l'illustre satirique a été enseveli au-dessous de la place qu'il occupoil. Aujourd'hui l'on a réparé les dégradations que l'intérieur de cette église avoit souffertes pendant la révolution de 1789, et l'on y a établi le dépôt des archives judiciaires.

Isles. — La Cité se terminoit anciennement à l'endroit où se trouve aujourd'hui la rueduHarlai. L'emplacement de la place Dauphine qui a été construite par Henri IV en même temps que le Pont-Neuf, celui d'une partie des quais de l'Horloge et des Orfèvres, commencés vers l'an i58o et terminés en 161 1, étoient auparavant occupés par deux iles parallèles. Celle des deux qui étoit proche du quai des Augustins fut concédée en 1462 par l'abbaye de Saint>Germain-des-Prés, à qui elle appartenoit, à un certain Hugues Bureau, moyennant 12 deniers de cens et 10 sols de rente annuelle. Depuis ce temps,

{a) Tome I , quartier de la Cité, p. 10. (A) Jaillot, ibid.— Tome I, p. 354 el ,uiv-

4oa RÉSUMÉ HISTORIQUE

elle fut toujours appelée l'île aux Bureaux. A peu près à la même époque, on trouve l'ile voisine, qui étoit plus longue et moins large que File aux Bureaux , désignée sous le nom de l'ile à la Gourdaine. Mais comment se nommoient ces deux îles en iaga? C'est ce qu'il est difficile de déterminer. Suivant la plupart des historiens , la première s'appeloit l'île aux Treilles, l'Ile de Seine ou l'ile aux Juifs; l'autre l'ile de Bucy ou ïûe du Pasteur-aïuc- Vaches. Mais Jaillot (a) prétend que chacun de ces noms s'appliquoit à une île différente , et que toutes ces îles étoient autres que les deux îles situées immédiatement après la pointe occidentale de la Cité. Son autorité, qui n'est appuyée par aucune citation , pourroit paroître insuffisante à quelques lecteurs. Pour moi , je n'entamerai pas une discussion qui m'entraineroit nécessairement hors des bornes que j'ai dû me prescrire. 11 me suffit qu'on ne puisse nier l'existence des deux îles sur lesquelles s'est élevé, avec une partie notable de la Cité, le pont qui forme la communication la plus importante et la plus indispensable entre les deux rives de la Seine. Ce sont les seules que j aie marquées sur mon plan, l'existence des autres n'étant pas prouvée d'une manière incontestable et n'étant d'ailleurs connue que confusément de tous ceux qui n'ont pas fait une étude particulière des antiquités de la capitale.

Saint-Michel. — On ignore la date précise de la fondation de cette chapelle. Philippe-Auguste y fut baptisé en 1 165. Dans les titres de cette époque, elle est nommée Saint-Michel-de-la-Place , ecclesia Sancti Michaeiis de Platea. Le bas de la rue de la Barillerie étoit encore, en i aga, une place qu'on appeloit la place Saint-Michel, et c'est sur cette place qu'étoit située l'église du même nom. Quelque temps après, Philippe-le-Bel agrandit l'enceinte du palais et y renferma la petite église de Saint-Michel qui a subsisté jusque vers l'année 1790.

Le Palais. — On ne sait ni quand, ni par qui a été bâti le Palais-de-Justice, ancienne demeure de nos rois. Sauvai (b) donne à entendre qu'il n'a servi d'habitation qu'aux rois de la troisième race, en disant que Hugues Capet, lorsqu'il fut monté sur le trône, n ne voulut point quitter la demeure de sa « pères et laissa là le palais des Thermes, où se tenaient auparavant les autres « rois. » Il faudroit en conclure au moins qu'antérieurement à Hugues Capet, le palais avoit été la résidence de ses ancêtres, les comtes de Paris.

(m) Tome I, quartier de la Cité, p. ,86 et s. (*) Livre VII, p. 2.

L'abbé Lebeuf a été convaincu que les rois de la première race , outre le palais des Thermes, avoient encore un palais dans la Cité. Jaillot va plus loin, il prétend que le palais de la Cité existait déjà du temps des Romains, et, suivant lui (a), c'est de ce palais qu'a voulu parler Ammien Marcellin, lorsqu'il dit que la Seine et la Marne vont se jeter ensemble dans la mer, après avoir formé l'ile où étoit enfermé le château des Parisiens appelé Lutèce (b). Mais je crois que ce seroit prendre ici le mot castellum dans une acception trop restreinte que de lui donner le sens de citadelle ou de château-fort. Castellum est souvent le synonyme de urbs et de oppidum (c). Or, si l'on réfléchit que l'île dont parle Ammien Marcellin renfermoit la ville entière de Paris, on sera conduit à conclure que castellum, dans le passage que j'ai cité, signifie non pas un château-fort, mais une ville fortifiée. Cette explication reçoit une nouvelle autorité d'un passage de César, où Lutèce n'est plus nommée castellum , mais oppidum , mot auquel on ne voudrait sûrement pas donner la signification de palais ou de château. « Labienus, dit-il , avec quatre légions, part pour Lutèce qui est la ville des m Parisiens, située dans une ile de la Seine (d). »

Je suis fort éloigné cependant de nier qu'il existât un palais dans la Cité pendant le temps de la domination romaine, car alors il faudroit supposer que les empereurs qui ont habité Paris, et ceux qui, en leur absence, tenoient les rênes de l'administration, n'avoient d'autre demeure que le palais des Thermes, et cette hypothèse ne me paroit pas admissible. Les Gaules étoient, à la vérité, soumises à l'empire; mais l'état du pays, depuis le commencement du m* siècle, n'étoit pas fait pour y inspirer aux empereurs et à leurs préfets une grande sécurité. Julien, en entrant dans les Gaules, avoit été obligé d'en c hasser les Allemands qui avoient pris et ruiné la plupart des villes, Ammien le dit formellement (e). Ces barbares, repoussés momentanément sur la rive droite du Rhin, dévastoient continuellement les frontières et ne laissoient passer aucune occasion de pousser leurs ravages jusque dans l'intérieur. Or, Paris n'est pas une position centrale. Située à peu de distance des frontières septentrionales, cette ville étoit plus exposée que toute autre

(a) Tome I , quartier de la Cité , p. 5.

(b) Post circumclausum ambitu insulari Parisiorum castellum , Luletiam nomine.

Amm. , livre XV, ch. n, sect. 3.

(c) ForceUioi , au mot Castellum.

(d) Labienus.... cum quatuor legionibiu

Lidetiam proficiscitur. Id est oppidum Parisiorum, positum in insula fluminis Scquanœ. De Bell. Gall., livre VII, ch. 57.

(e) Recepta oppida Gallicana, antc-direpia à Barbaris et excisa. XX, iv, 1 .

4o4 RÉSUMÉ HISTORIQUE

aux incursions des peuplades du Nord. Ces tribus guerrières souvent vaincues, mais jamais soumises , s'étoient approchées jusqu'à trente lieues de Paris. Elles avoient réduit en cendres les murailles d'Autun ; elles avoient assiégé Julien qui avoit pris ses quartiers d'hiver dans la ville de Sens (a). Ils pouvoient, en descendant la Seine, se trouver en un clin d'œil sous les murs de Paris. Est-il présumable que l'empereur, que son préfet, eussent établi leur demeure, le siège de leur administration, le dépôt de leurs archives, de leurs armes et de leurs trésors , daus un faubourg mal fortifié, n'ayant d'autre communication avec la ville, qu'un pont facile à couper, tandis qu'ils avoient dans l'île une position admirablement disposée, défendue par la nature elle-même et qui, à la moindre apparence de danger, leur donnoit la facilité de mettre en œuvre tous leurs moyens de défense? Il est bien plus raisonnable de penser qu'il existoit dans la Cité même un palais ou un château, où l'empereur et le dépositaire de l'autorité impériale pouvoient se retirer, lorsque leur propre sûreté et celle de la ville étoient menacées par les ennemis du dehors.

Du reste , ces considérations , quoique de nature à rendre très probable l'opinion que Jaillot me semble avoir mal établie, sont loin, je l'avoue, de former une preuve positive et péremptoire. Mais si l'on ne peut prouver directement qu'il existât un palais dans la Cité du temps des Romains , il est à peu près certain qu'il y en avoit un sous la première race de nos rois. Childebert et Clotaire ayant concerté ensemble le projet de se défaire des enfans de Clodomir, se rendent à Paris. C'est dans la Cité que s'accomplit le meurtre des jeunes princes, puisqu'il est dit dans Grégoire de Tours qu'aussitôt après cet assassinat, Clotaire monta à cheval sans manifester aucune émotion , et que Childebert se retira dans les faubourgs , in suburbana coneessit (b). Or cet événement ne se seroit point passé dans la Cité, si Childebert n avoit pas eu à Paris d'autre palais que le palais des Thermes qui étoit sur la rive gauche de la Seine. Dans un autre endroit (c) le même historien, racontant la destitution de l'évêque Émeri que Clotaire avoit placé sur le siège épiscopal de Saintes, dit en parlant du prêtre Héraclius, élu évêque à la place d'Émeri, et député vers Caribert pour faire approuver son électiou, qu'il entra dans les murs de Paris, et se rendit en présence du Roi (d).

Ce palais, après avoir été agrandi ou réparé sous les rois de la seconde

(a) Amm. Marcell. XVI, n, i ; m, 3 j (c) IbiiL, livre IV, ch. 26

«v , 1 • (rf) Parisiaca urbis portas ingressus, Htgn

(A) Grog Tur., livre III, ch. 18. prœsentiam adiil.

ET STATISTIQUE. /fo5

race , par les maires ou les ducs qui s'emparèrent de l'autorité, fut entièrement reconstruit par le roi Robert, fils de Hugues Gapet. Philippe-Auguste, Saint-Louis, Philippe-le-Hardi et Philippe-le-Bel y firent leur demeure. Us se plurent à l'augmenter ou à l'embellir. Philippe-le-Bel y plaça le parlement en i3oa, lorsqu'il l'eut rendu sédentaire. C'est encore à Philippe-le- Bel qu'est due la construction de la grande salle. Dès son origine, cette pièce immense passoit pour une des plus vastes et des plus magnifiques salles du monde. Elle étoit pavée, comme la grande salle d'aujourd'hui, en marbre blanc et noir. L'un de ses bouts étoit entièrement rempli par une table de marbre qui servoit tour à tour aux festins royaux et aux représentations théâtrales de la Bazoche. Autour de ses murs avoient été successivement placées les statues de tous les rois de France, depuis Pharamond jusqu'à François I". Détruite par un incendie, dans la nuit du 5 au 6 mars 1618, elle fut immédiatement reconstruite par l'architecte Jacques de Brosse. Telle que nous la voyons aujourd'hui , c'est encore une des plus vastes salles que l'on connoisse ; elle a aaa pieds de long sur 84 pieds de largeur.

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