SAINT-DENYS-DE-LA-CHARTRE
Le centre de cette petite paroisse, dont on ignore l'origine, étoit dans
(«) Dulame, tome II, p. 41. (6) Jaillot, lome I , quartier de la Citt ,
ET STATISTIQUE. 4o9
mie chapelle de l'église collégiale de Saint-Denys-de-la-Chartre, désignée sous le titre de Saint*Denys~de-la-Chartre, et non sous celui de Saint-Gilles et Saint-Leu, comme l'avance Jaillot sans eu donner aucune preuve (a).
Saint Denys , qui avoit prêché le premier la religion chrétienne aux Parisiens, étoit pour eux l'objet d'une vénération spéciale. On lit, dans les Actes de sainte Geneviève (b), qu'elle alloit souvent au milieu de la nuit, accompagnée de quelques autres vierges, faire ses prières dans l'église de Saint-Denys, à la clarté des flambeaux. Il est impossible, même en supposant que sainte Geneviève demeurât à la Chapelle-Saint- Denys, comme quelques auteurs l'ont prétendu , d'admettre que l'église où la patronne de Paris alloit prier avec ses compagnes au milieu de la nuit, fût celle de l'abbaye de Saint- Denys, fondée par les Parisiens a l'instigation de sainte Geneviève ellemême. On ne peut supposer non plus que ce soit l'église de Saintp-Dcnysde-la-Chartre; car, quelle que soit la date de sa fondation, elle ne peut guère remonter au-delà des dernières années du vie siècle. Le surnom qu'elle porte dans les anciens titres, Sanctus Dionysius de Parisiaco carcere, surnom qu'on a également donné à une église voisine dédiée sous le titre de Saint-Symphorien , et dont je'parlerai dans l'article suivant , indique suffisamment qu'elle fut, dans le principe, auprès des prisons de Paris (c). Or, Grégoire de Tours racontant l'incendie qui ravagea la Cité en 586, dit que la flamme consuma d'abord la maison qui étoit contre la porte qui s'ouvroit du côté du midi, et que le feu alloit se communiquer aux prisons, lorsque saint Germain apparut aux prisonniers et les délivra. Il n'y a pas d'erreur possible sur la position de ces prisons, car l'historien ajoute ensuite que l'incendie se propagea dans toute la Cité avant de menacer l'autre porte. Ainsi les prisons de Paris étoient, en 586, au midi de la Cité. On peut croire qu'après la délivrance, surnaturelle ou non, des prisonniers, elles devinrent la proie des flammes, et qu'on les transféra dans la suite au nord de la ville, dans un endroit voisin de celui où fut bâtie l'église de Saint- Denys-de-la-Chartre.
Mais la nécessité de donner un surnom à cette église n'indique-t-elle ps l'existence simultanée d'une autre église de Saint-Denys dans la Cité? « Je suis
(a) Tome I, quartier de la Cité , p. ?4- Jc (*) Ja'llot, ib., p. 68. — Lebeuf, tome 1 ,
ne parle cjuc du titre sous lequel la paroisse p. 33^ et suiv.
étoit connue ; il paraît , du reste, que son pa- (r) On traduisoit en vieux langage le mot
tron étoit réellement saint Gilles , mais saint car cet , prison, par chartre. (iilles seul et non conjointement avec saint Lcu.
Ski
4,o RÉSUMÉ HISTORIQUE
« tenté de croire * , dît Jaillot en parlant de l'église où sainte Geneviève alloit faire ses prières (a), « je suis Unité de croire qu'elle étoit près de la tf cathédrale, suivant l'usage des premiers temps de bâtir des oratoires autour « des grandes basiliques; et quand on les a supprimés, la basilique dont « ils étoient les dépendances en a adopté les patrons. Il y en a plusieurs (( exemples, et Saint-Denys est un de ceux que la cathédrale a toujours re- « connus. » Après cela, il sembloit tout naturel de conclure que celle église, où sainte Geneviève alloit invoquer la protection de saint Denys, n'étoit autre que celle de Saint-Denys-du-Pas, bâtie près de la cathédrale, et dont l'origine se perd dans l'antiquité la plus reculée. Pour moi, cette conséquence me semble assez plausible, et je suis étonné qu'elle ne soit point venue daus l'esprit de Jaillot.
Cet auteur place, par conjecture, la date de la fondation de Saint-Denysde-la-Chartre après l'incendie de la grande abbaye de Saint-Denys par les Normands. L'église de Saint-Denys-de-la-Chartre fut desservie d'abord par des chanoines séculiers. Vers le commencement du xue siècle, elle tomba en commande , c'est-à-dire que l'administration des revenus et la nomination aux prébendes furent accordées à des laïques. Ainsi Louis de France, frère de Louis VU, la possédoit à titre d'ablié en 1 133. Vers la même époque, les religieux de Saint-Martin-des-Champs, obligés de quitter Montmartn où ils a\ oient une maison, pour faire place à des religieuses de l'ordre d< Saint-Benoît, fondées par la reine Adélaïde femme de Louis VII, reçurent en échange l'église et le monastère de Saint-Denys-de-la-Chartre, qui devint alors un prieuré dépendant de Saint-Martin-des-Champs. C'est probablement à cette époque qu'une des chapelles de l'église fut érigée en paroisse.
Ce prieuré tomba encore une fois en main laïque, vers les première* années du xvu* siècle. Enfin il fut réuni en !7o4 à la communauté de Saint- François de Sales , que le cardinal de Noailles avoit établie pour les prêtres pauvres et infirmes. L'église a été détruite en 1810 (A); c'est sur l'emplacement qu'occupoient cette église et ses dépendances que sont aujourd'hui situées l'extrémité occidentale du quai de la Cité et les premières maisons bâties entre ce quai et la rue du Haut-Moulin.
Si nous recherchons, à l'aide de notre manuscrit, l'étendue de la paroisse Saint-Denys-de-la-Chartre, nous trouvons qu'elle renfermoit les bords de la Seine , la rue du Haut-Moulin , une partie de la rue de Glatigny, et la petite place qui étoit devant l'entrée du couvent.
fl; Tome I , quartier de la Cité, p. 69. (b) Dulaure , tome I, p. 2; 1 .
ET STATISTIQUE. 4,, Saint-Symfhomen. — Cette église n'étoit séparée de celle qui fait l'objet de l'article précédent que par la rue du Haut-Moulin . Au commencement du xiii' siècle, un certain Mathieu, comte de Beaumont, ne pouvant exécuter le vœu qu'il avait fait d'aller en Palestine, voulut s'en racheter par quelque fondation pieuse. En conséquence, il fit don à l'évéque de Paris d'une ancienne chapelle de Sainte-Catherine à demi ruinée, qu'il possédoit dans cette ville, à la charge d'en faire une église sous l'invocation de saint Denys et d'y établir deux prêtres, se réservant à lui et à ses héritiers le droit d'y en établir un troisième dont ils auroient la présentation (à). La nouvelle église fut bâtie et dotée par les libéralités d'Eléonore, comtesse de Vermandois, et de Garnîer de Saint-Ladre, bourgeois de Paris (b). Quoiqu'elle eût été dédiée sous l'invocation de saint Denys, sainte Catherine , saint Symphorien et saint Biaise, on la nomma simplement Saint-Symphorien-de-la-Chartre, afin qu'on ne pût la confondre avec l'église voisine qui portoit déjà le nom de Saint-Denys.
En 1618, Henri de Gondi, évêque de Paris, transféra dans l'église de Saint-Symphorien la paroisse de Saint-Denys-de-la-Chartre. Quatre-vingls ans après, le chapitre et la paroisse furent supprimés; les biens et les paroissiens furent attribués à l'église de Sainte-Madeleine, dont je parlerai plus bas.
En 1704, la chapelle prit le nom de Saint-Luc en devenant le siège de la confrérie des peintres, des sculpteurs et des graveurs qui reconnoissent saint Luc pour leur patron. Vendue comme propriété nationale, en 179a , elle est devenue un magasin de poteries.