SAINT-G E RM AIN-LE-VIE UX
Tous les auteurs s'accordent à dire que l'église de Saint-Germain-le-Vieux avoit été bâtie à peu près sur l'emplacement de la chapelle de Saint-Jean , ancien baptistère de la cathédrale. S'il en est ainsi , cette église existoit dès le milieu du v* siècle , car l'auteur de la vie de sainte Geneviève, écrite peu de temps après la mort de cette sainte , raconte qu'au bruit de l'invasion d'Attila , elle se retira avec plusieurs dames dans la chapelle baptismale de l'église de Paris, pour fléchir par ses prières la colère de Dieu (c). Quatre siècles après, une nouvelle invasion, plus terrible peut-être que la première,
(a) Toinc I , quartier de la Cité , p. g3. (c) Lebeuf, tome I, p. 20.
(A) Tome I, p. 387.
ET STATISTIQUE. 4i5 força les religieux de Saint-Germain-des-Prés à se réfugier dans la Cité, emportant avec eux , pour les dérober aux insultes et aux ravages des Normands, les reliques de leur saint patron. Elles furent reçues dans la chapelle de Saint-Jean, et, en reconnoissance, les religieux de Saint-Germain , lorsqu'ils se retirèrent, laissèrent une partie de leurs reliques dans cette église, qui dès lors prit le titre de Saint -Germain. Elle étoit érigée en paroisse dans le commencement du xm* siècle (a).
Quant au surnom de cette église, je n'en ai encore trouvé d'autre explication satisfaisante que celle qui est donnée par Adrien de Valois (b). 11 est certain que des trois églises de Paris, dédiées sous l'invocation de saint Germain, c'étoit celle qui avoit été désignée le plus nouvellement par ce titre. D'un autre côté , tous les anciens actes s'accordent à la nommer Sanctus- Germanus-Vetus , Saint-Germain-le-Vieil ou le Viel. Quelques auteurs ont voulu tirer ce surnom qui, suivant eux, ne seroit que l'altération du surnom primitif, de la position de l'église sur le bord de la rivière. D. Duplessis (c) a prétendu que la Seine, en face de Saint-Germain-le-Vieux , pouvoitdans certains cas être passée à gué, et que dans cette supposition il falloit écrire non pas ecclesia Sancti-Germani-V eteris , mais ecclesia Sancti- Germani-de-Vado. J'ai déjà rapporté l'opinion de l'abbé Lebeuf (d) , qui veut que l'on écrive Saint-Germain-l'Evieux, aquosus, du mot ancien ève ( eau ) , parce que l'église de Saint-Germain-le-Vieux étoit voisine delà rivière , et dans un lieu marécageux qu'on appeloit Marché-Palu. Ces deux explications, outre qu'elles ont l'inconvénient de contredire tous les anciens textes sans exception , me paroissent trop forcées pour mériter quelque confiance. Je sais qu'on a dit ève pour eau , mais le mot Yévieux , dans le sens, d'aquosus, ne se trouve nulle part. D'ailleurs l'étymologie proposée par l'abbé Lebeuf n'est fondée que sur la ressemblance des deux épithètes Yévieux et le vieux , et sur la facilité qu'on auroit eu à les confondre. Or, anciennement le mot vêtus ne se traduisoit pas par le vieux , mais par le vieil, le viez ou le viel, mots qui n'ont pas plus de ressemblance avec évieux, que vêtus n'en a luimême avec de vado ou avec aquosus.
Jaillot, qui a très bien prouvé le peu de fondement des deux opinions que j'ai tâché de réfuter en m'appropriant ses argumens , en a adopté une qui me paroit tout aussi peu plausible. Il croit (e) que le surnom de Saint-Germain-
(o) Lebeuf , tome I , p. 44°- (<*) Tome I, p. 439 et suiv.
(b) De Basil., p. 4<j3. («) Tome I , quartier de la Cité, p. 84.
(c) Nouf. Annal., p. 74.
4l4 RÉSUMÉ HISTORIQUE
le-Vieux venoit de ce que saint Germain, avant son épiscopat, avoit logé dans le lieu où étoit cette église. Il me semble que cette explication, pour être satisfaisante, auroit besoin d'être appuyée de la preuve péremptoire de deux faits : i\ que saint Germain avoit logé dans le lieu même où fut depuis l'église de Saint-Germain-le-Vieux ; or c'est ce que Jaiilot lui-même regarde comme peu certain (a) ; 2*« que la chapelle attenante à l'hospice où il descendoit en venant à Paris, eût pris, à cause même de ce fait, le nom de Saint-Germain , et le contraire est prouvé par les anciens titres.
Je m'en tiens donc à l'opinion d'Adrien de Valois, qui pense que le surnom de le Vieux venoit tout simplement de l'ancienneté de l'édifice. L'église de Saint-Germain-le-Vieux a subsisté jusqu'en 1802, époque où des maisons particulières se sont élevées sur son emplacement (b).
La circonscription de cette paroisse embrassoit la rue de la Calandre , l'emplacement du marché Neuf, la rue et le cul de-sac des Cargaisons, et la rue de la JuWerie. C'est dans la maison , n° 10 , de la rue de la Calandre , que, s'il faut en croire une vieille tradition , saint Marcel , évêque de Paris, est venu au monde. Autrefois le clergé de Notre-Dame faisoit une station devant cet édifice, le jour de l'Ascension, jour auquel on portoit en procession la châsse qui renfermoit les reliques du saint évêque (c).