SAINT-ANDRÉ-DES-ARTS
L'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, appelée d'abord de Saint-Vincent, fut bâtie par le roi Childebert, à la sollicitation de saint Germain lui-même. On y mit des religieux du monastère de Saint-Symphorien d'Autun , dont saint Germain étoit abbé avant d'être promu à l'épiscopat. Le saint évéque avoit, en conséquence, une affection particulière pour l'église et le monastère de Saint-Vincent, dont les dépendances s'étendoient, à l'est, jusqu'aux limites de la paroisse Saint-Séverin. La principale preuve qu'il donna de son vif intérêt pour ce monastère fut de l'affranchir entièrement de la juridiction épiscopale.
Les successeurs de saint Germain ne montrèrent pas la même bienveillance. Plusieurs fois ils tentèrent de dépouiller de son privilège l'abbaye de
(a) Tome I, p. 497- (c) DuUure, tome II, p. 4«-
(6) lbid., p. 5i4.
43o RÉSUMÉ HISTORIQUE
Saint-Germain-des-Prés , mais leurs tentatives demeurèrent sans succès. La nouvelle clôture exécutée par Philippe-Auguste parut à l'évéque de Paris une occasion favorable pour faire revivre ses anciennes prétentions. II demanda que tout le territoire dépendant de Saint-Germain-des-Prés, qui avoit été renfermé dans l'enceinte des nouveaux murs , fût soumis à la juridiction épiscopale. L'abbé de Saint-Germain résista à ses prétentions, et en appela au souverain pontife; mais ensuite il n'attendit pas la décision de la cour de Rome, et consentit à s'en rapporter à des arbitres. Ceux-ci, par leur sentence, qui fut prononcée en 1210, attribuèrent à l'évéque la juridiction dans toute l'étendue de la ville, et, afin d'indemniser l'abbaye de Saint-Germain de la perte d'une partie de son territoire , on lui accorda , entre autres choses, la faculté de bâtir, dans l'étendue du terrain qui lui échappoit, une ou deux églises paroissiales dont elle nommerait les curés.
Telle fut l'origine des églises de Saint-Côme et de Saint-André (a).
Je ne reviendrai pas sur l'orthographe et la signification du surnom de celte église dont j'ai déjà parlé ailleurs. C'est une question assez oiseuse par elle-même , et qui le devient bien davantage si l'on fait réflexion qu'il n'y a jamais eu à Paris qu'une seule église du nom de Saint-André, et que dès lors il n'y avoit aucune nécessité à la distinguer par un surnom.
Cette église étoit donc à peu près neuve lorsque notre manuscrit a été composé. En 1G60, elle fût rebâtie en partie.
Lebeuf {b) nous apprend qu'elle renfermoit les sépultures de plusieurs familles illustres, telles que les de Thou, les Séguier, les Joly de Fleury. André Ducliesnc y fut enseveli en 1640.
L'église de Saint-André , environnée de tous les côtés par des rues, ne pouvoit avoir son cimetière contiguà ses murailles. Il étoit, comme on sait, dans une rue voisine à laquelle il a laissé son nom. Parmi les persounes de distinction qui s'y trouvoient inhumées, Lebeuf cite le fameux jurisconsulte Dumoulin et Henri d'Aguesseau, père du célèbre chancelier. L'église et le cimetière de Saint-André ont subsisté jusqu'à la révolutiou de 1789.
En 199a, cette paroisse comprenoit les rues Saint-André, des Grands- Augustins, de l'Éperon, du Jardinet, Mignon, Serpente, Haute-Feuille, aux Poitevins , du Cimetière , Pavée et de l'Hirondelle ; de plus , les bords de la Seine, du côté où furent depuis les Augustins.
(a) Jaillot , tome V , quartier Saint-André- {b) Tome I , p. 460 et suiv. ilcs-Arcs, p. 8 et suiv.
Collège de Saint-Denys. — A l'article de la rue des Grands-Augustins, nommée autrefois la rue à l'abbé de Saint-Denys, j'ai dit quelques mots de l'hôtel où dcmeuroit , dans le dernier siècle , le trésorier de la manse abbatiale de Saint-Denys, réunie à la communauté des dames de Saint-Cyr. Cet hôtel étoit situé dans le bas de la rue des Grands Augustins, à droite, c'està-dire du coté delà rue Pavée. De l'autre côté, tout l'espace compris entre les rues Contrescarpe, Saint-André, des Grands-Augustins et Christine, avoit été acheté, vers le milieu du xme siècle, par Mathieu de Vendôme, abbé de Saint-Denys, pour y fonder un collège. Cet établissement prit le nom de collège Saint-Denys, et fit donner à la rue celui de rue à l'Abbé ou aux Écoliers de Saint-Denys. J'ai dit ailleurs, d'après un ancien terrier de Saint- Germain-des-Prés , qu'on réunit les deux bâtimens par une galerie couverte, qui eonduisoit d'un côté à l'autre de la rue des Grands-Augustins, ce qui lit donner au bout méridional de cette rue le nom de rue de la Barre. Du reste, je n'ai pu trouver de renseignemens sur l'époque où ce collège a cessé d'exister.
Les Sachetins. — Les frères aus Sas, nommés aussi Sachets et Sachetins, à cause de la forme de leurs habits qui ressembloient h des sacs, étoient des religieux mendians de l'ordre de saint Augustin. Ils dévoient à la libéralité de Saint-Louis la maison qu'ils occupoient sur la rive gauche de la Seine et ses dépendances Ça). Le concile de Lyon, tenu en 1 274» avoit supprimé tous les ordres mendians, à l'exception des Dominicains, des Cordcliers, des Augustin*, et des Carmes. Mais soit que les Sachetins fussent parvenus à déguiser le véritable état de leur maison, soit que l'austérité de leur règle leur eût valu quelque déférence de la part de l'autorité ecclésiastique, soit enfin qu'un reste de vénération pour la mémoire encore toute récente de Saint-Louis protégeât contre la décision du concile une maison que le saint monarque avoit paru affectionner, ils se maintinrent jusqu'en 1293, époque où Philippe-le-Bel céda leur maison aux Grands-Augustins, dont j'ai parlé ailleurs.