SAINT- BENOIT
Une vieille tradition que Raoul de Prcsle (b) nous a conservée, portoit que saint Denys avoit bâti à Paris trois églises : celle de la Trinité, appelée depuis Saint-Benoit, celle de Saint-Étienne-des-Grès et Notre-Dame-des-
(a) Voyez, pour remplacement de cette maison , p. 3a4- {b) CitédeDieu.édit i53» , fol. 171.
4a* RÉSUMÉ HISTORIQUE
Champs. Mais l'autorité de Raoul dePresle, sur laquelle je m'appuierai volontiers lorsqu'il s'agira d'évéuemens contemporains de cet auteur, me paroit insuffisante pour établir des faits qui se seraient passés plus de dix siècles avant l'époque où il écrivoit. Voici ce que j'ai trouvé de plus certain sur l'église de Saiut-Benoit.
Elle existoit sous ce nom, avant qu'on eût songé à y introduire le culte du célèbre abbé du Mont-Cassin , dont elle n'a commencé à célébrer l'office qu'au xine siècle. A cette époque, on observa que l'église de Saint-Benoit, passant pour avoir été anciennement une abbaye et portant le nom d'un saiut abbé très célèbre, devoit avoir été dédiée sous son invocation, et par conséquent qu'il étoit bizarre queny reconnaissant la Sainte-Trinité pour première titulaire, et saint Boche pour le second, on n'y fît aucune mention de saint Benoit et que l office n'y en Jut pas célébré avec distinction (a). Il existoit donc, au commencement du mm siècle, une église sous le nom de saint Benoit, dont les titulaires ctoient la Sainte-Trinité et saint Bâche. Cette donnée nous aidera à trouver, au moins approximativement, la date de la fondation de cette église.
Il faut d'abord rechercher pourquoi le nom de saint Benoît se trouvoit appliqué à une église qui ne possédoit aucune relique du célèbre abbé et qui n'en faisoit même pas l'office. L'abbé Lebeuf (b) a parfaitement expliqué cette anomalie, qui n'est qu'apparente. Dans le langage du temps, on appeloit Dieu le père et la Sainte-Trinité saint Diez , sire Diez , saint Benedict, saint Benoiast et Benoist sire Diex, conformément aux expressions! atines souvent i^pétées dans l'office de la Trinité : Benedictus Deus, benedictus Dominus Deus , benedicta sancta Trinitas ; d'où la coutume de dire la benoisle Trinité, Dominica benedicta, l'office saint Benoit, l'autel de saint Benoît pour le dimanche de la Trinité, l'office et l'autel de la Trinité. Ainsi en résumé, la Trinité et saint Benoit n'étoient, pour l'église qui portoit ce dernier nom, qu'un seul et même titulaire désigné par deux noms différens.
Mais ce ne fut (pie long-temps après sa fondation que l'église fut connue sous le titre de la Sainte-Trinité. Saint Bâche avoit été le premier titulaire; n'est du moins sous ce nom que l'église est désignée dans le plus ancien titre authentique où il en soit question. Par un diplôme sans date, mais qui paroit remonter vers l'an i o5<>, Henri 1", à la prière d'Imbert, évêquede Paris, donna au chapitre de Notre Dame certaines églises situées dans le faubourg de Paris,
(a) Lebeuf, tome I, p. 2i3. — Voyez austi Jaillot , tome IV, quartier Saint-Benoft , p. 1 10. (A) Tome I, p. 212.
ET STATISTIQUE. 4*5 dont quelques unes avoient été décorées du titre d'abbaye; savoir, celles de Saint-Étienne, de Saint-Julien martyr, de Saint-Séverin et de Saint-Hache, qui étoient depuis fort long-temps , antiquitus , au pouvoir de ses prédécesseurs et au sien fa). Cette charte prouve évidemment qu'Adrien de Valois (b) s'est trompé en avançant qu'il n'y a nulle preuve que l'église de Saint-Benoit existât avant l'an iooo. Mais le mat ont i quitus qui s'y trouve peut-il seul justifier l'opinion de Jaillot (c), qui , sans autre preuve, la croit antérieure à l'an 800 ? Je ne le pense pas, et si nous n'avions pas d'autre base pour calculer approximativement l'ancienneté de cette église, il faudroit convenir qu'Adrien de Valois ne se seroit pas trompé de beaucoup sur sa date.
Examinons cependant si le nom primitif de la basilique de Saint-Benoit n'atteste pas une origine plus ancienne que ne l'a cru ce savant auteur. Saint Bâche el saint Serge, dont les noms ne doivent pas être séparés, avoient souffert le martyre en Syrie. Leur culte est très ancien dans les G«ules, et Grégoire de Tours parle déjà de leurs reliques (d). N'est-il pas probable que le culte de ces deux saints martyrs fut introduit à Paris, par l'évêque Eusebe, qui étoit Syrien lui-même et qui siégeoit vers la fin du vie siècle, époque où les reliques de ses deux saints compatriotes étoient déjà vénérées dans les Gaules? Ce n'est qu'une conjecture , mais elle est d'autant plus plausible que tous les auteurs, à l'exception d'Adrien de Valois, s'accordent à faire remonter la fondation de Saint-Benoit vers le vu* siècle, lorsqu'ils ne la reculent pas jusqu'au temps de saint Denys.
Étienne , abbé de Sainte-Geneviève, écrivant au pape Luce III , qui a siège depuis n8i jusqu'à n8r>, lui rend compte d'une contestation élevée entre le chapelain (capellanus ) de Saint-Benoit et les chanoines de la même église, an sujet de la position de l'autel où se faisoit le service paroissial. J'ai déjà dit que les mots capellanus, ptesbyter, sacerdos, avoient la signification de curé y mot qui n'a été rendu par curatus qu'au xili' siècle. Il est donc certain qu'au plus tard en 1 1 85 , il y avoit à Saint-Benoît une chapelle paroissiale desservie par un chapelain ou curé.
En t2cp,on ajoutoit encore au nom de Saint-Benoit, l'épi thète de Bestourné, c'est-à-dire mal tourné, parce que, contre l'usage , le chœur de l'église regardoit l'occident et que la porte principale étoit à l'orient. 11 existe une assez grande quantité d'actes des xiv* et xvf siècles dans lesquels l'épi thète de
(c) Tome V, quartier Saint-Benoit, p. 1 10. (<f) De Gloria martyr., c. 07.
(a) Gall. Christ., tome MI, instruit!., col. 3i.
{ù) De Basil., p. /f8o et 482.
4a4 RÊSlTMÉ HISTORIQUE
bien-tourné, beneversus, a succédé à l'ancien surnom. Le plus ancien de ces actes paroi t même remonter à l'an 1 364 (a) , d'où il faudroit conclure que l'église de Saint-Benoit avoit été rebâtie sur un nouveau plan avant le règne de Charles V. Elle fut encore reconstruite sous François Ier et subsista ainsi jusqu'en i8i3, époque où l'édifice de l'église devint un dépôt de farine (b). Aujourd'hui on en a fait un théâtre, comme je l'ai dit ailleurs. Le cimetière de cette église a occupé, jusqu'à i6i5, le terrain où est aujourd'hui la place Cambray. A cette époque, on le transféra derrière le collège de France, où il est demeuré jusqu'à la destruction de l'église.
Voici les rues que notre manuscrit place dans la circonscription de la paroisse Saint-Benoit : les rues Saint^Jacques, des Poirées, des Mathurins, du Cloître Saint-Benoit, de l'École-de-Médecine , de la Harpe, Pierre-Sarrazîn, Saint-Hilaire, Saint-Étienne-des-Grés, Fromentel, Saint-Jean-de- Beauvaia, des Carmes et des Noyers.
Collège de Cluny. — Ce collège, dans lequel on entrait par le bout méridional de la rue de la Harpe, occupoit tout le terrain enfermé entre cette rue, la rue de Cluny, la place Sorbonne et la rue des Grés. II avoit été fondé en 1169 par Yves de Vergy, abbé de Cluny, en faveur des religieux de cet ordre qui veuoient étudier à Paris. L'église de ce collège, qui avoit servi d'atelier au peintre David, a été récemment démolie.
Saint-Étienne-des-Grés. — Je n'invoquerai point, pour prouver l'antiquité de cette église, le testament d'Hermentrude , qui remonte vers l'an 700 ; Jaillot (c) a trop bien prouvé, à mon avis, que l'église de Saint-Etienne , mentionnée dans ce testament, n'étoit autre que celle dont j'ai parlé à l'article • de Notre -Dame dans la Cité. Mais cet auteur ne me parait pas aussi heureux lorsqu'il essaie de réfuter l'opinion d'Adrien de Valois (d) , suivant lequel l'église de Saint-Etienne-des-Grés aurait été l'une de celles qu'on racheta à prix d'argent de la fureur des Normands. On lit dans les Annales de Saint- Bertin, que les Danois ayant attaqué Lutècé, capitale des Parisiens, brûlèrent la basilique de Saint-Pierre et Sainte-Geneviève, et toutes les autres, excepté la maison de Saint-Êtienne et l'église de Saint-Vincent (depuis, Sa'mt- Germain-des-Prés), excepté aussi l'église de Saint-Dcnys, pour lesquelles seulement ou leur compta une forte somme afin qu'elles ne fussent pas
(a) Lebcuf, tome I, p. 216. (c) Tome IV, quartier Saint-Benoît, p. 5a.
{6) Dulaure , tome I, p. aSg. De Basil. Paris., c. XI, p. 464.
incendiées (a). 11 ne peut pas être question ici de Saint-Étienne de la Cité, parce que la Cité n'a jamais été à la merci des Normands et qu'on ne leur auroit certainement pas payé de fortes sommes pour la conservation d'un monument qu'il n'étoit pas en leur pouvoir de détruire. D'un autre côté, Saint-Étienne-du-Mont n'existoit pas encore : la maison de Saint-Étienne, dont parle l'annaliste de SaintBertin , doit donc s'entendre de la maison de Saint-Étienne-des-Grés.
Maintenant, pour baser sur le passage que je viens de citer une opinion relative à l'ancienneté de l'église de Saint-Étienne-des-Grés, il ne reste plus qu'à fixer la signification du mot maison. Quelle que soit ma déférence pour l'opinion d'un auteur aussi éclairé et aussi judicieux que Jaillot, je ne puis admettre , avec lui que par le mot domus, il faille entendre le territoire sur lequel l'église étoit bâtie, et les vassaux ou même les maisons des vassaux du chapitre de Notre-Dame qui habitoient ce territoire. Domus n'a jamais signifié territoire, et quant aux habitations des vassaux des chapitres et des monastères, c'étoit généralement par le mot mansi et non par celui de domus qu'on les désignoit. Mais domus s'employoit fréquemment dans le sens d'église; Jaillot en convient lui-même, et ajoute qu'aujourd'hui encore les Italiens désignent une église cathédrale par ces mots il duomo. D'après cela, il me semble difficile de ne pas traduire le mot domus par église, dans le passage des Annales de Saint-Berlin que j'ai cité. Les. Normands, est-il dit dans ce passage, brûlent la basilique de Sainte-Geneviève et toutes les autres, excepté ta maison de Saint-Étienne. La construction claire et précise de cette phrase ne permet pas de douter que cette maison ne fût aussi une basilique.
Mais alors, dit Jaillot,» quel a pu être le motif de cette prédilection? \ /église » de Saint-Étienne-des-Grés ne pouvoit, à aucuns égards, être mise en compam raison avec les abbayes de Saint-Vincent et de Saint-Denys. Ce n'étoit ni « une basilique, ni une église dont la magnifique structure ou la richesse " intéressât particulièrement à sa conservation; elle ne méritoit pas plus h d'attention que celles de Saint-Julien, de Saint-Séverin , etc., qui ne « paraissent pas avoir été rachetées, quoique leur proximité de la Cité et leur i< situation dans un quartier plus peuplé en rendissent la conservation plus « nécessaire. » Jepourrois répondre qu'à mille ans de distance, il est plus facile
(a) Dam , Lutetiam Parisiorum aggressi , basilicam beati Pelri et sanctœ Genovefct inccndunt , et cèleras omnes , prœter Domuin S. Stcphani , et ecclesiam sancti fincentii,
prceterque ecclesiam sancti Dion/sii, pro quibus tantummodo, ne incenderentur, multa solidorum summa soluta est. Coll. des Hist. de France, tome VII, p. 71.
4a6 RÉSUMÉ HISTORIQUE
de constater des faite que de débrouiller les circonstances qui les ont amenés, et que, dans une discussion de faits, une fois le fait prouvé, la recherche dë ' ses causes n'offre bien souvent qu'un intérêt secondaire. Mais ici les motifs du rachat de Saint-Étienne-dcs-Grés me semblent assez évidents. Quelque foible qu'on veuille supposer l'importance de cette église , c'étoit toujours une église, comme je crois l'avoir établi , une église appartenant au chapitre, située sur un territoire dont l'étendue pouvoit être considérable, et où le chapitre devoit avoir des possessions et des vassaux, comme Jaillot en convient lui-même. L'intérêt seul devoit donc engager le chapitre à racheter de la destruction l'église de Saintr-Etienne, car, en stipulant la conservation de l'église, il stipuloit aussi sans aucun doute celle de ses dépendances. Que si le même motif n'a pu conduire au même résultat pour Saint-Julien , Saint- Séverin et d'autres églises plus rapprochées de la Cité, c'est que les efforts des Normands ayant dû se porter tout d'abord contre la Cité même, et l'idée de capituler avec eux ne s'étant présentée sans doute qu'après une lutte plus ou moins longue, mais malheureuse, contre les barbares, les églises qui se trouvoient les plus proches de la Cité furent probablement détruites avant qu'on songeât à faire un accommodement avec les envahisseurs.
L'abbé Lebeuf, qui connoissoit pourtant bien les Annales de Saint-Bertin, dit, il est vrai (a), que l'église de Saint-£tienne~des-Grés, après avoir été pillée et brûlée parles Normands atant la fin du ixe siècle, fut reconstruite dans le siècle suivant , mais il ne parle ainsi que par conjecture, il ne cite aucune autorité.
L'église de Saint-Étienne éloit une de celles que les malheurs des temps avoient fait négliger et dont le territoire avoit été usurpé sur le chapitre. Un clerc, nommée Giraud, en jouissoit vers le commencement du \i" siècle. Henri Ier la rendit au chapitre avec les églises de Saintr-Julien , de Saint- Séverin et de Saint-Bache, à condition que le chapitre u'eutreroit en possession qu'après la mort de Giraud , et qu'alors il y établirait des chanoines qui prieraient Dieu pour le monarque.
Ce ne fut guère qu'au xiu° siècle que l'on commença à faire suivre le nom primitif de cette église du surnom des Grés. Je n'entamerai pas une discussion sur l'origine de ce surnom, elle serait inutile après tout ce qui en a été dit jusqu'ici.
Cette église, qui étoità l'angle méridional formé par la rue Saint-Jacques et la rueSaint-Étieune-des-Grés, n'a disparu qu'après 179a. Il reste encore au-
(a) Tomel, p. 224 •
ET STATISTIQUE. 427 jourd'hui dans cette dernière rue quelques fragmens des murs extérieurs de l'ancien édifice.
Les Jacobins. — Les Frères prêcheurs de l'ordre institué par saint Dominique s'établirent h Paris en 1218, dans un hôpital qui leur fut cédé par Jean de Barastre, doyen de Saint-Quentin. La chapelle de cet hôpital étoitsous l'hv vocation de saint Jacques ; c'est ce qui fit donner le nom de Jacobins à ces religieux, et celui de rue Saint-Jacques à la rue qu'on appeloit auparavant rue Saint-Benoit et Grant-Rue. Quelques discussions élevées entre les Jacobins et le curé de Saint-Benoît relativement aux droits paroissiaux, retardèrent jusqu'en 1221 l'établissement définitif de cette communauté. Saint-Louis agrandit considérablement leur maison et l'enrichit de ses libéralités. Comme le couvent ne pouvoit pas s étendre au midi , à cause des murs delà ville qui le bordoient de ce côté, Louis X , successeur de Philippe-le-Be», leur donna la partie des murailles qui les touchoient avec deux tours attenantes, de sorte qu'ils agrandirent leur maison au dehors de l'enceinte.
Ce couvent fut reconstruit en partie vers le milieu du xvi* siècle. 11 occupoit tout l'espace compris entre la rue des Gordiers, la rue Saint-Jacques et la rue Saint-Hyacinthe. La rue des Grés n'étoit qu'un passage dont le bout occidental séparoit le couvent des Jacobins du collège de Cluny (a).
L'église entière, qui remonte au xvi" siècle , existe encore vers le milieu de la rue des Grés. Cet édifice , qui avoit été rendu au culte sous la restauration, renferme aujourd'hui une école gratuite pour les garçons, fondée par la ville de Paris. Des fragmens de sculpture qui ont appartenu à l'ancien couvent des Jacobins, se remarquent encore sur les murailles des vieilles masures qui forment l'entrée de la vue des Grés , du côté de la rue Saint- Jacques.
Saint-Jacques do Haut-Pas. — L'église de Saint- Jacques du 1 huit-Pas , située rue Saint-Jacques n° a54, ne fut commencée que l'an i584- De l'autre côté de la rue des Deux-Églises, qui longe au midi les murs de l'église de Saint- Jacques, étoit, à cette époque, le séminaire de Saint-Magloire. Cet établissement avoit succédé à un hôpital ou commanderie de Saint-Jacques, qui existoit en cet endroit depuis le milieu du xiif siècle au moins. Il paroit que les Hospitaliers du H;mt-Pas, ainsi nommes à cause d'un passage dangereux de
(a) Voyez Jailkit, tome I V , quartier Saint- Kenoit, p. 1 aa et suiv. — Ce n'est pas dans ce couvent , mais dans celui des Jacobins de la
rue Saint-Honoré, fond») seulement vers i6i5, que s'étoit établi le fameux club des Jacobins, pendant la résolution de 1 789.
l'Arno, rivière d'Italie sur les bords de laquelle s'établit, au xiie siècle, la première maison de cet ordre, avoient primitivement pour but de faciliter aux
pèlerins le passage des rivières, au mojen de ponts et de baquets qu'ils construisoient eux-mêmes. Ceux de ces religieux qui s'établirent à Paris, ne pouvant y continuer ce pieux exercice , crurent remplir également le but de leur institution en faisant de leur maison un hospice ouvert aux pèlerins, notamment à ceux qui enlreprenoicnt le pèlerinage, alors si fameux , de Saint-Jacques de Compostelle (a). Le titre de commandeur, que l'on donnoit au chef de cet hôpital , fait présumer que cet ordre étoi ta la fois religieux etmilitaire. Sous Henri 111, cette maison manquant de sujets pour se recruter, devint d'abord un hôpital militaire. En i5j2 elle fut abandonnée aux religieux de Saint-Magloirequi voulurent embrasser la réforme, et c'est alors qu'on y fonda, sous la direction de ces religieux et des prêtres de l'Oratoire auxquels ils furent incorporés, un séminaire qui prit le nom de séminaire de Saint-Magloire.
Depuis 1 566 environ , la chapelle de Saint-Jacques du Haut-Pas avoit été érigée en succursale pour la commodité des paroissiens éloignés de Saint- Benoit, de Saint-Médard et de Saint-Hippotyte. Lorsque le séminaire de Saint-Magloire se fut établi dans l'ancienne commanderie, on s'aperçut (jue le service du séminaire et celui des paroissiens ne pouvoicnt se faire commodément dans la même église, et l'on prit le parti de bâtir, à côté delà chapelle de Saint-Jacques du Haut-Pas, l'église du même nom qui existe encore aujourd'hui (b).
Saint-Jean dbLatran. — Les croisades avoient donné naissance, en Palestine, à deux ordres religieux et militaires qui différoient entre eux par le nom et par le but de leur institution. Les Frères de la milice du Temple, plus connus sous le nom de Templiers, étoîent moins religieux que soldats ; ils veilloient à la sûreté des chemins et protégeoient, contre les entreprises des infidèles, les pèlerins qui alloient visiter les saints lieux. Les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem (c) se rapprochoient davantage de l'état religieux par l'objet de leur institution; ils se contentoient, comme leur nom l'indique, de loger et de défrayer les pèlerins. L'institution des Hospitaliers étoit antérieure à celle de l'ordre du Temple. Si l'on s'en rapporte à la liste des grands prieurs, publiée par les auteurs du Gallia Christiana (d), la maison des
(a) Lebeuf, tome I, p. 245. (c) Depuis chevaliers de Rhodes, et enfin
ib) Jaillot, tome IV, quartier Saint-Benoit , chevaliers de MaUe. p. 129, i3o. [d) Gall. Christ., tome VII, col. io63.
ET STATISTIQUE. 429 Hospitaliers existoit à Paris depuis 1 i3o; mais le premier acte authentique dans lequel il en soit fait mention ne remonte qu'à Tan 1 171 (a).
C'est seulement vers la fin du xvi* siècle que la commanderie de Saint- Jean de Jérusalem, dont le centre étoit à Paris, prit, on ne sait pourquoi, le titre de Saint-Jean de Latran. Ne faudroit-il pas voir dans ce changement de titre un témoignage de reconnoissauce pour le XIX1 concile de I^atran, tenu en i^ij, qui, en se séparant, vota une imposition de décimes pour les frais de la guerre que le grand maître Villiers de L'Isle-Adam soutenoit alors contre les Turcs? Ce fut quelques années après , et sous le magistère de l'Isle-Adam, que les chevaliers de Rhodes commencèrent à être désignés . sous le nom de chevaliers de Malte. Cet ordre fut supprimé en 1792, et l'église de Saint-Jean de Latran, ainsi que ses dépendances , devinrent des propriétés particulières.
La Sor bonne. — Robert de Sorbonne, chapelain de Saint-Louis, comtoissant par sa propre expérience combien l'on éprouve i t de difficultés pour arriver au grade de docteur en théologie, lorsqu'on étoit peu favorisé des dons de la fortune, fonda un collège où des ecclésiastiques séculiers, vivant en commun et jouissant d'un revenu assuré, dévoient consacrer leur vie à instruire gratuitement ceux qui iroient écouter leurs leçons. Cet établissement s'appela d'abord la communauté des Pauvres Maîtres; bientôt il prit le nom de collège de Sorbonne. La plupart des auteurs qui ont écrit sur Paris ont fixé à la date de i25o les lettres de concession de Louis IX pour la fondation du collège de Sorbonne, sans faire attention que ce monarque étoit alors dans la Terre-Sainte. Ils avoient été trompés par un cartulaire de Sorbonne où la copie de ces lettres est en effet datée de i a5o. Mais Jaillot (b) , qui a vu l'original, assure qu'il porte la date de 12Ô6.
Robert de Sorbonne ne se contenta pas d'avoir établi une communauté de maîtres pour l'enseignement gratuit, il voulut pourvoir encore à ce que ce corps estimable pût se recruter constamment parmi des sujets capables de faire honneur à son institution. Dans ce but, il acquit de Guillaume de Cambrai tout le terrain qui 6'étendoit depuis la Sorbonne jusqu'à la rue des Poirées, qui perçoit alors sur la place de Sorbonne , et fonda , pour les aspirans au doctorat, une nouvelle maison qu'on appela le collège de Calvy ou la petite Sorbonne.
(a) Lebeuf, tome I, p. a36. — Jaillot, t. IV, Tome V, quartier Saint-André, p. iS?.
quartier Saint-Benoît, p. 17.5.
43o RÉSUMÉ HISTORIQUE
Le cardinal de Richelieu, lorsqu'il recouslruiait ce vaste établissement, l'agrandit encore vers le midi , en y ajoutant l'emplacement du collège de» Dix-Huit dont j'ai parlé à l'article de Saint-Christophe. C'est seulement alors que la rue des Poirées fut coupée par le milieu et forma, vers la rue des Cordiers, un retour d'équerre auquel on donna le nom de rue Neuve des Poirées, nom que porte actuellement toute la rue.
SAUST-CÔME.
L'église paroissiale de Saint-Côme fut une des deux églises qu'on permit à l'abbaye deSaint^Germain-des-Prés de bâtir, vers l'an 1210, pour l'indemniser de la juridiction qu'elle venoit de perdre sur la partie de son territoire enfermée dans l'enceinte de Philippe-Auguste. Bien que tout fasse présumer que l'église de Saint-Côme fut érigée en paroisse immédiatement après sa fondation, la dédicace n'en fut faite qu'en 14.26. La révolution fit fermer cette petite église, qui est restée sur pied jusqu'en i835; elle renfermoit, entre autres sépultures célèbres, celle d'Omer Talon et de Jacques son fils (a).
La circonscription de cette paroisse, en 1292, comprenoit seulement les rues de l'École-de-Médecine, Mignon, du Jardinet, la partie supérieure de la rue de la Harpe, la rue et le cul-de-sac du Paon, qui étoit alors une rue plus grande que la rue du Paon elle-même.
Les Coroblieis. — Les frères mineurs, institués par saint François d'Assise vers l'an 1208, s'établirent à Paris dès l'année 1217, s'il faut en croire quelques auteurs. Il est du moins certain qu'ils y eurent une maison en 1 a5o (£), grâce aux libéralités de Saint-Louis. Cette maison fut bâtie pour eux sur un terrain cédé par l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, dans la rue qui a porté leur nom jusqu'au commencement du siècle présent, et que nous appelons actuellement rue de l'École-de-Médecine. Leur couvent étoit attenant aux murs de la ville, et le terrain situé au-delà des murailles, entre Saint-Sulpice et la porte Saintr-Michel , leur appartenoit, à l'exception d'une ruelle qui longeoit les murailles, et que Philippe-le-Bel leur donna en 139$. Dès lors, à l'exemple des Jacobins, ils étendirent leurs bâtimens hors de l'enceinte. En i358, lorsque le roi Jean fit construire au nord une nouvelle clôture, il se contenta, du côté du midi, de fortifier celle de PhiKppe-Auguste. Pour creuser les fossés au pied des murailles, on fut obligé de couper les
{a) Leheuf, tome I , p. 466. (6j Ibid., page 468. — Jaillot , tome V,
quartier Saint-André, p. 49
ET STATISTIQUE. 45 r
bâtimens de» Cordeliers et de retrancher une partie de leurs jardins. Charles V les indemnisa de cette perte, en leur cédant, en i366, deux maisons dans la rue de la Harpe, où il leur bâtit de grandes écoles. Leur église ayant été détruite de fond en comble par un incendie, en i58o, fut rebâtie sur les mêmes fondemens par les libéralités d'Henri III, des chevaliers de Tordre du Saint-Esprit et de plusieurs autres personnes , parmi lesquelles il faut remarquer Christophe de Thou, président au parlement, et Jacques- Auguste de Thou, son fils, père de l'ami de Cinq-Mars.
Les Prémontrés. — Cet ordre fut institué vers le commencement du xii* siècle, par saint Norbert, auquel Barthélémy, évéque de Laon , accorda pour cela une petite vallée dans son diocèse , appelée la vallée de Prémontré, et une chapelle abandonnée qui s'y trou voit, Louis-le-Gros confirma cette donation en 1 lai , et, la même année, treize religieux firent profession le jour de Noël; c'étoient des chanoines réguliers auxquels leur fondateur donna la règle de saint Augustin.
En 1 a5a, l'abbé de Prémontré, voulant fonder à Paris un collège pour son ordre, acheta, dans la rue Hautefeuille, une maison appelée la maison Pierre- Sarrazin(a). Elle étoit du cdté de la rue Hautefeuille opposé à celui dans lequel débouche la rue qui a conservé le nom de cette ancienne habitation. Il y établit un collège qui acquit , avec le temps , une réputation si graude , que sous Louis XIII, les malheurs des guerres ayant diminué le nombre des étudians, le Roi, par lettres-patentes du mois de juillet 1617, ordonna à tous les abbés d'envoyer un ou plusieurs de leurs prof es pour étudier dans ce collège (6).