‹ Paris sous Philippe-le-BelChapitre 117 sur 147 · SAINT-MÉDARD · texte numérisé non relu

SAINT-MÉDARD

La rue Mouffetard est traversée par un pont sur la rivière de Bièvre ou des Gobelins, entre la rue Censier et celle du Fer à-Moulin. Ce pont servoit autrefois de limite à la juridiction de l'abbaye Sainte-Geneviève. Aux bouts du pont, s'étoient formés deux bourgs : l'un compris dans les dépendances de l'abbaye, s'appeloit le bourg Saint-Médart (a) ; l'autre étoit le bourg de Saint-Marcel. Celui-ci paroit toujours avoir été soumis à la même administration que la ville de Paris, mais cependant il formoit une localité distincte. J'en dirai quelques mots plus bas ; revenons à l'église de Saint-Médard.

Les anciens historiens ne disent pas un mot de cette église; c'est donc simplement par conjecture que Jaillot (6) a émis l'opinion qu'il avoit pu exister une chapelle de Saint-Médard , avant le ixe siècle. Il me semble plus naturel de penser qu'anciennement les paroissiens de Saint-Médard n'étant pas assez nombreux pour avoir besoin d'une église à part, assistoient aux offices dans l'église abbatiale. Lorsque le temps eut effacé les traces que les ravages des Normands avoient laissées sur le sol de Paris, le bourg de Saint- Médard put prendre assez d'accroissement pour qu'on jugeât nécessaire d'y établir une succursale. Les chanoines de Sainte-Geneviève qui s'étoieut enfuis, pendant l'invasion, dans le Soissonnois et y avoient mis en sûreté les reliques de leur sainte patronne, avoient pu en rapporter quelques reliques de saint

(a) On disoit anciennement Saint-Maart. (b) Tome IV, quartier de la place Haubert, p. io3.

Médard, qu'ils placèrent dans la nouvelle église en la dédiant sous le nom de ce saint.

Deux bulles d'Alexandre III, datées de 1 165 et de 1 168 , sont les premiers actes authentiques dans lesquels il soit fait mention de l'église de Saint-Médard (a). Par la transaction passée entre l'évéque de Paris et l'abbé de Sainte- Geneviève, l'église de Saint-Médard, avec quelques autres des environs de Paris, furent déclarées exemptes du droit de procuration dû à l'évéque, et la cure de cette paroisse demeura toujours à la nomination de l'abbé.

En i56i, l'église de Saint-Médard fut envahie, au moment de l'office, par une réunion de réformés, qui assistant au prêche dans une localité voisine, nommée la maison du Patriarche, avoient essayé vainement de faire cesser de leur propre autorité le son des cloches de Saint-Médard qui les incoromodoit. Le saint lieu fut profané, les catholiques furent maltraités, et cette scène scandaleuse coûta la vie à quelques uns d'entre eux. Il est vrai qu'ils prirent le lendemain une cruelle revanche; mais on jugea probablement que ce n'étoit pas assez pour réparer le scandale qui avoit eu lieu dans la maison de Dieu. On ne se contenta même pas du supplice des principaux coupables, les grosses amendes qu'on exigea de ceux à qui l'on fit grâce de la vie servirent à l'agrandissement de l'église de Saint-Médard (6).

Parmi les hommes les plus connus dont cette église renferme le tombeau, je citerai seulement Olivier Patru, avocat célèbre, et membre de l'Académie française, mort en 1681 (c).

La circonscription de cette paroisse, d'après notre manuscrit, ne paroi t avoir embrassé que la rue de l'Oursine, la rue Moufletard et la rue duFer-à- Mouliu.

Les Cordelières de Saint-Marcel. — La rue Pascal traverse aujourd'hui l'emplacement où étoient les jardins de cette maison religieuse, dans laquelle on entroit par la rue de l'Oursine, entre la rue Saint-Hippolyte et celle du Champ-de-1' Alouette. Les Cordelières ou Soeurs mineures de l'ordre de Saint-François, s'établirent à Paris en ia85 ou 1284 (*0* L'opinion la plus commune est celle qui attribue la fondation de leur couvent à Marguerite de Provence, veuve de Saint-Louis. Il est certain du moins que cette princesse donna à ces religieuses le palais qu'elle habitoit et qui touchoit à leur

(a) Lebcuf, tome I, p. Çio, 4" (c) Lebeuf, tome I, p. 4»2.

(A) Jaillot, tome IV, quartier de la place (d) Jaillot , tome IV, qiurtier de la place Maubcrt, pag. 98 et suiv. Maubert , p. 79.

ET STATISTIQUE. 44i maison (a). On ne sait pas du reste si cette donation eut son effet avant ou après la mort de la reine, et la tradition , suivant laquelle Marguerite de Provence auroit pris l'habit des religieuses , ne repose sur aucune preuve positive. Mais si elle ne mourut pas dans le couvent même, ce fut au moins dans le palais voisin qu'elle avoit donné aux religieuses et qu'elles ajoutèrent à leur maison. 11 n'en a pas fallu davantage pour accréditer l'opinion d'après laquelle Marguerite de Provence seroit morte dans le couvent même des Cordelières de Saint-Marcel qu'elle avoit fondé. La maison n° q5 de la rue de l'Oursine occupe une partie de l'emplacement de cet ancien couvent (b).

L'hôpital de l'Oursine. — Cet hôpital étoit situé à l'entrée de la rue de FOursine, près de l'église de Saint-Médard , et du même côté que le couvent des Cordelières. L'abbé Lebeuf (c) conclut de certains titres du xvr* siècle que cet établissement avoit été fondé sous le nom de saint Martial*, évéque de Limoges, et de sainte Valère, martyre de la même ville; mais, suivant le savant abbé, ce seroit faire remonter bien haut la fondation de cet hôpital, que de l'attribuer à Guillaume et Foulques de Chanac , Limousins de naissance, qui ont gouverné l'église de Paris, depuis 1 353, jusqu'en 1349.

Sauvai (d) a distingué Vhôpital de Saint-Martial et Sainte- Falère, d'une autre maison du même genre qui étoient voisine de Saint-Médard et qui se nommoi t V Hôiel-Dieu-de-Saint-Marcel. Mais cette dernière dénomination paroft devoir s'appliquer, aussi bien que la première, à l'hôpital de l'Oursine. Telle est l'opinion de Jaillot. Elle s'appuie sur un passage de du Breul où cet ancien auteur indique (e) « un hôpital de Saint-Marcel } fondé par la reine Marm guérite de Provence, veuve du roi Saint-Louis, qui se nommoit ancience nement ïhôpital de Loursine , prenant le nom de la rue où il est situé, m

Dans un mémoire manuscrit de Saint-Germain-des-Prés , Jaillot (/) a lu que cette maison avoit été fondée peu de temps après les Cordelières, ce qui paroil confirmer l'opinion de du Breul. En 1292, l'hôpital de l'Oursine devoit être déjà un établissement important , puisqu'il possédoit des biens, cultivés par des hôtes ou des colons; notre manuscrit en fait foi. Dans le siècle suivant, il devint la propriété de Guillaume de Chanac, évéque de Paris et ensuite patriarche d'Alexandrie, ce qui fit donner, dit Jaillot, à

(a) Jaillot, tome IV, quartier de la place Maubert , p. 79.

{b) Dulaure , tome III , p. 63.

(c) Tome I , p. 4'6-

(d) Livre VI , p. 5o8 ; livre XI , p. i . (é) Livre H , p. \oi .

{f) Tome IV, quartier de la plan- Mnula; i , page 84.

44a RÉSUMÉ HISTORIQUE

l'hôpital de l'Oursine, le nom de l'Hôtel-Dieu du Patriarche. Ce fut probablement sous l'épiscopat de Guillaume de Chanac ou bien sous celui de Foulques, son neveu, tous deux Limousins, que cette maison prit le nom de Saint-Martial et Sainte- Valère.

Après bien des vicissitudes, l'hôpital de l'Oursine étoit devenu la propriété de l'Hôtel-Dieu qui le possédoit encore en 1765, époque où Jaillot écrivoit. Cet auteur l'a placé sur son plan avec la désignation suivante : Communauté de Sainte-Valère, détruite. 11 est encore marqué , mais sans légende}, sur un plan de 1792.

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