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Une bulle attribuée au pape Alexandre III , mais qui est en efïèt d'Alexandre IV (a) , a fait croire à plusieurs auteurs que l'église de Saint- Nicolas-du-Chardonnet existait en 1 166. D'autres ne font remonter la construction de cette église que vers l'année 1247. 1* véritable date de la construction de Saint-Nicolas-du-Chardonnet se trouve entre ces deux époques.
En ia3o, Pierre, abbé de Saint-Victor, céda à Guillaume d'Auvergne, evéque de Paris , une pièce de terre, dans le fief du Chardonnet , pour y construire une chapelle et la demeure d'un prêtre séculier : Peciam terrer
concessimus ad construendain capellam in eadem , et locum presbiterii secularis. Voilà les termes de l'acte de cession (£) dans lequel, comme on voit , la chapelle n'est pas nommée. Mais ce nom qui manque dans le corps de l'acte, ce nom qui résoudroit la question s'il étoit sûrement connu, se trouve dans le titre inscrit au dos des lettres de l'abbé de Saint-Victor, titre que Jaillot appelle F étiquette du sac et qui est ainsi conçu : Lilterœ concessions cujusdam peciœ terrœ super fundatione capellaniœ Sancti Bp.rnardi in Cardonetto. Ce nom de Saint-Bernard a paru au savant abbé Lebeuf (c) une preuve décisive que les lettres de l'abbé de Saint-Victor se rapportoient, non a l'église de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, mais à une chapelle de Saint- Bernard qui auroit ensuite donné occasion de bâtir le collège des Bernardins. 11 est vrai qu'avant d'émettre cette opinion le judicieux écrivain a soin
(a) Jaillot, tome IV, quartier de la place p. et dans Y Histoire de V Université ,
Maubert , p. — Lebeuf, t. I , p. 556. tome III , p. 189.
[b, Ces lettres »e trouvent, suivant Jaillot, (c) Lebeuf, tome I, p. 555. dans Y Histoire de t Église de Paris, tome II,
ET STATISTIQUE. 445 de poser en principe qne « lorsqu'un titre laisse des doutes, c'est prudem- « ment fait de consulter ce qui est écrit au dos, quand l'écriture est du même h temps. » Celte assertion est sujette à contestation, et je pense, pour moi, qu'on ne peut employer comme preuve un titre écrit sur le revers d'une charte, que lorsqu'on voit à ne pas en douter que ce titre et le corps de l'acte sont de la même main et écrits en même temps. Encore ne faudroit-il user d'un renseignement de cette nature qu'avec beaucoup de réserve, surtout si l'on n'avoit pas, pour l'appuyer, des preuves d'un autre ordre, plus fortes et plus concluantes.
Dans l'acte qui nous occupe , il est évident qu'il n'est pas question de la chapelle des Bernardins; il suffirait, pour le prouver, du projet qu'on avoit de construire auprès de la chapelle une habitation pour un prêtre séculier. Nous verrons d'ailleurs dans l'article suivant que , lorsque le collège des Bernardins a été fondé, l'église de Saint-Nicolas-du-Chardonnet étoit déjà depuis quelque temps érigée en paroisse.
On ignore, à la vérité, l'époque précise de cette érection; mais un acte de l'an 1 245, qui a été encore mal interprété par l'abbé Lebeuf (a ), nous fournit la preuve qu'à cette époque, Saint-Nicolas-du-Chardonnet avoit le titre de paroisse. Je ne reproduirai pas les termes de cet acte dont Jaillot (b) nous a donné l'analyse avec sa clarté et sa précision ordinaires; je me contenterai d'en rapporter la substance.
L'abbé de Saint-Victor a cédé à Guillaume d'Auvergne, évêque de Paris et au prêtre de Saint-Nicolas, le cens et tous les droits qu'il avoit sur une pièce de terre près du petit pont de la Brèvre, pour y construire l'église de Saint-Nicolas. Ces derniers mots ne peuvent se rapporter qu'à un agrandissement de l'église de Saint-Nicolas, et l'on ne doit pas les entendre de sa première fondation, car l'existence d'un prêtre ou curé de Saint-Nicolas en 1 a45 , implique de toute nécessité l'existence , à la même époque , de l'église et même de l'église paroissiale.
Dans le même acte, l'évéque de Paris , du consentement et de la volonté du prêtre de Saint-Nicolas, cède et abandonne aux religieux de Saint-Victor tout ce qu'il tenoit en leur censive audit lieu du Chardonnet, excepté le cimetière béni qu'il a fait limiter et circonscrire par de certaines bornes.
Enfin, il est convenu que le prêtre de Saint-Nicolas, quel qu'il soit, ne pourra exiger les droits curiaux , jus parochiale , sur aucun individu appar-
(a) Lebeuf , tome I , page 556. {b) Tome IV, quartier de la place Mau-
bert, p. i45, 146.
tenant à la maison de Saint-Victor ou ayant sa demeure dans l'abbaye. Mais si quelqu'un, appartenant à la maison de Saint-Victor, a sa femme et sa fille dans la paroisse de Saint-Nicolas , le prêtre aura ses droits curiaux sur cette famille, comme sur ses autres paroissiens. Il est donc certain qu'en 1 245, il y avoit déjà une église paroissiale de Saint-Nicolas , un prêtre ou curé y un cimetière et des paroissiens de Saint-Nicolas.
Peu de temps après cet acte, l'église ou plutôt la chapelle de Saint-Nicolas dut être reconstruite. Elle ne fut pourtant dédiée qu'en 1426 par Jean de Nant, évêque de Paris. Elle étoit orientée comme l'étoient presque toutes les églises à cette époque.
L'église actuelle, dont le chevet est tourné vers le nord, a été commencée, à côté de l'ancienne église, en iG56 et terminée en 1709, à la réserve du portail qui, dit Jaillot, n'étoit pas encore achevé de son temps, et à la construction duquel on paroit avoir actuellement renoncé.
Le rôle de 1 29a ne mentionne que quatre rues dans la circonscription de la paroisse Saint-Nicolas-du-Chardonnet : ce sont les rues Traversine, d'Arras, de Versailles et de Saint-Victor.
Les Bernardins. — Cette maison fut d'abord une dépendance de l'abbaye de Clairvaux. Les Annales de Citeaux (a) en attribuent la fondation à Étienne, Anglois de nation , qui étoit devenu abbé de Clairvaux , après avoir administré au même titre l'abbaye de Savigny. Mais elles portent la date de cetto fondation à l'an iaa5. Or, Étienne de Le vin ton n'a été élu abbé de Clairvaux qu'en 1242 (b). De plus, les religieux de l'ordre de Citeaux ne prenoient point de degrés dans les universités sans une permission du pape. Innocent IV la leur accorda seulement en 1 244 > et '1 n'est pas probable qu'ils aient eu un collège dans Paris, avant d'avoir obtenu la faculté d'en faire usage. Aussi ce ne fut qu'en 1246, s'il faut en croire Jaillot, que l'abbé Étienne prit à rente, du chapitre de Notre-Dame, six arpens de vignes et une pièce de terre contiguë, situés au-delà des mure, près de Saint-Victor, qu'ils échangèrent quelques jours après contre un terrain de dimension et de valeur à peu près égales, dans le clos du Chardonnet.
Le collège des Bernardins resta jusqu'en 1 5io la propriété particulière de la maison de Clairvaux qui , à cette époque, en céda la propriété avec toutes ses appartenances et dépendances à l'ordre de Citeaux en général. Il reste encore
(a) Citées par Jaillot , tome IV, quartier de (6) Idem , Aid , p. 12. la place Maubert , p. 1 1 .
ET STATISTIQUE. \\5 de cet ancien collège un vaste bâtiment qui paroit avoir renfermé des dortoirs, et dont l'extrémité septentrionale est occupée par une école gratuite dYnseignement mutuel. Un passage public donnant par un bout dans la rue de Pontoise, par l'antre dans la rue des Bernardins, occupe probablement l'emplacement de l'ancien cloître des Bernardins et en a conservé le nom.
Collège des Bons-En fa ns. — Ce collège étoit situé à l'angle formé par la me Saint-Victor et par celle des Fossés-Saint-Bernard, et devoit par conséquent toucher aux murs de la ville. Il est déjà fait mention de cette maison dans le testament d'une pieuse dame nommée Geueviève, en date de l'an i 247. Dix ans après, Renaud de Corbeil , évêque de Paris, permit à cette maison d'avoir une chapelle, mais il ne paroit pas que cet établissement ait jamais été dans un état bien florissant.
Le iïr mars iGa4, ce collège fut abandonné à Saint-Vincent de Paule, qui jeta dans cette maison les premiers fondemens de la congrégation de la Mission, à laquelle ce collège fut uni par décret du 8 juin 1627. Aujourd'hui la maison où étoit cet ancien séminaire renferme une institution de jeunes aveugles.