‹ Paris sous Philippe-le-BelChapitre 122 sur 147 · LE BOURG DE SAINT-MARCEL · texte numérisé non relu

LE BOURG DE SAINT-MARCEL

Le village de Saint-Marcel s'étoit formé au bout méridional du pont jeté sur la rivière de Bièvre , à l'opposite du bourg de Saint-Médard qui étoit de l'autre côté , c'esl-à-dirc au nord du même pont. Grégoire de Tours (b) parle d'un bourg de Paris, vicus parisiensis cwitaiis, que l'on croit être celui de Saint-Marcel (c) ; ainsi cet endroit auroit déjà renfermé des habitations dès le vi* siècle. Elles étoient situées sur un coteau que les anciens titres nomment Mons-Celarius , Mons-Celardus , et d'où l'on a fait Moncetard , ensuite, par corruption, Moucelard, et enfin Mouffetard. C'est le nom que porte encore la grande rue qui traverse tout le faubourg Saint- Marceau.

Un manuscrit de Saint-Germain-des-Prés, cité par Jaillot (et) , porte que Philippe-le^Bel , par ses lettres patentes du mois de mars 1 387, déclara que le bourg de Saint-Marcel n'étoit point compris dans les faubourgs de Paris. Jaillot pense qu'il y a dans ce passage une erreur de copiste. On a voulu parler, suivant lui, de l'exemption accordée, en 1297, aux habitans de Saint- Marcel et de Saint-Germain-des-Prés, de toute contribution dans la somme de 1 00,000 livres que les bourgeois de Paris s'étoient engagés à payer au Roi , pour le rachat d'un denier pour livre, imposé sur la vente et sur l'achat de

(a) D. BouilUrt , Pièces justificatives, (c) Lebeuf, tome I , page 192. — Jaillot, p. lij , liij. tome IV, quartier de la place Maubert, p. 4 1 .

(à) De Gloria Confcssorum , ebap. 89. (rf) Ibid., p. 47.

toutes les marchandises qui se vcndoient en cette ville (a). Cette correction me paroit fondée. En effet, dans la charte de 1297, Philippe-le-Bel

prononce, d'une manière expresse, que le bourg de Saint-Marcel et celui de Saint-Gcrmain-des-Prés ne font point partie des faubourgs de Paris. Or, dans notre manuscrit , antérieur de cinq ans à cette décision , Saint-Marcel et Saint-Germain-des-Prés sotit regardés comme des faubourgs de la capitale , puisque leurs habitans paient l'impôt avec les habitans de Paris. Au contraire, dans le Mie de la taille de i3i3 , imposée quinze ans après l'exemption prononcée par Philîppe-Ie-Bcl en faveur des habitans de Saint-Marcel et de Saint-Germain-des-Prés, il n'est fait aucune mention de ces deux localités.

Mais Jaillot s'est évidemment trompe lorsqu'il dit, après avoir parlé des lettres patentes de 1 397 (b) : » Ce bourg (celui de Saint-Marcel) , s'augmenta si fort « dans la suite, qu'on lui donna le nom de ville; c'est sous ce titre qu'il esl « énoncé dans les lettres patentes de Charles VI, du 27 août 14 10. » Le nom de ville, appliqué au bourg de Saint-Marcel , est bien plus ancien que ne semble l'avoir cru l'auteur des Recherches sur Paris. Dans le manuscrit qui renferme l'état des subsides levés en i3a8, pour la guerre de Flandres, la population par paroisses et par feux de Paris et de Saint-Marcei est donnée dans un même article sous ce titre : En la ville de Paris et de Saint-Marcel . Il est clair que le mot ville s'applique aussi bien ici au bourg de Saint-Marcel qu'à la ville de Paris. Mais l'inexactitude de l'assertion de Jaillot peut se prouver par un titre bien plus ancien que cet auteur lui-même a connu , et «[M il n'a pas lu sans doute avec assez d'attention. Je veux parler de l'exemption accordée par Philippe-le-Bel , aux habitans de Saint-Germain-des-Prcs et de Saint-Marcel, en 1 297 . Dans cette charte , que j'ai citée plus haut , on expose d'abord la plainte des communautés ou liabitans des villes de Saint- Marcel et de Saint -Germain , qui se refusoient à contribuer au paiement de la somme de 100,000 livres, destinée à racheter le droit imposé sur l'achat et la vente des marchandises de la ville de Paris, ensuite les prétentions des Parisiens qui aflirmoient que lesdites villes faisoient partie des faubourgs de Paris. Enfin , il est fait mention du jugement de la Cour royale qui statue que les communautés et habitans de ces deux- villes ne faisoient pas et ne dévoient pas être regardées comme faisant partie des faubourgs de la capitale (c).

va; L'acte qui constate cette exemption est rapporté par D. Bouillart . Pièces justificatives , p. Ixxiij.

(b) Tome IV, quartier de la place Maubert,

(<■•) Nvtum facimu-t quod in curia nojira ronqucrentil/tu communitalibits sett habilaloribiu Villarum sancti Marcelli , */ saneti G<r~

mani a Pratis, etc Civibus nostris Part-

sietuibtu ex adverso proponentibus praedirtas

ET STATISTIQUE. 465 Il ne sauroit y avoir le moindre doute sur la manière dont il tant traduire, dans cet acte , le mot latin villa , qui est appliqué simultanément à Paris , à Saint-Marcel et à Saint-Germain-des-Prés. Si donc on peut conclure quelque chose de positif de cette dénomination , relativement à l'étendue de la localité qu'elle désignoit, il faut croire que déjà, en 1297, Saint-Marcel étoit un bourg assez considérable.

Quant à l'église paroissiale du même nom , on s'accorde généralement à dire qu'elle avoît été bâtie sur le tombeau même de saint Marcel , évêquede Paris (a). Une tradition, que rien ne justifie, en attribue la fondation au célèbre Roland, neveu de Charlemagne, qui fut tué en 77Ô, dans la vallée de Roneevaux. Il est certain du moins que cette église existait au commencement du ix* siècle. Le clergé de Saint- Marcel est nommé dans un échange que fit , en 81 1 , Étienne , comte de Paris, avec le chapitre de Notre- Dame. Je ne sais pourquoi Jailiot qui a connu cet acte et qui le cite fort souvent , notamment pour prouver l'ancienneté de l'église de Saint-Marcel (b)f avance un peu plus loin (c) que cette église ne fut bâtie sous l'invocation de saint Marcel, que pendant le règne de Louis-le-Débonnaire. Voici ses propres paroles : « Ce fut sous le règne de Louis-le-Débonnaire, que l'église dont je « parle , avant été bâtie sous l'invocation de saint Marcel , on donna son nom « au bourg dont elle étoit environnée. » Ce prince, comme on sait, est monté sur le trône en 814, c'est-à-dire trois ans après l'échange dont je viens de parler et qui renferme une mention expresse du clergé de Saint-Marcel. Si cependant Jailiot a voulu dire que l'église, bâtie antérieurement à Louisle-Débonnaire sous l'invocation de saint Marcel, donna son nom, sous le règne de ce monarque, au bourg dont elle étoit le centre, il peut avoir raison , et je ne connois aucun monument qui puisse prouver le contraire.

Quoi qu'il en soit, ou ne peut contester que la fondation de cette église ne remonte au moins au règne de Gharlemagne. Elle possédoit primitivement les reliques du saint évêque dont elle porte le nom. Lors des dernières invasions des Normands, ces reliques furent portées à la cathédrale où il paroit qu'elles sont demeurées depuis. Vers le milieu du xv' siècle, le clergé de

villas esse de suburbiis vilhe Parisiens!*

Pronunciatum fuit per nostra cariée judicium, dictas communilates et habit atores dictaruni dunrum villarum non esse, nec censeri debere de suburbiis villa Parisiens*. (D. Bouillnrt , Pièces justificatives , p. lxxiij.)

(a) Lebeuf, tome I, pages toi, iq3. — Jailiot, tome IY, quartier de la place Matibert , p. 42 et »uiv.

{b) Ibid., p. 43.

(r) Ibid., p. 47.

Saint-Marcel s'étoit retiré dans le cloître de Notre-Dame , à cause des dangers auxquels les exposoicnt , à Saint-Marcel , les troubles et les guerres qui désoloientle pays à cette époque. L'église de Saint-Marcel dut beaucoup souifrir, soit de l'invasion des Normands, soit des ravages des Anglois, soit enfin des désordres qui furent la suite des guerres civiles. On ne sait rien de positif sur les réparations et les reconstructions partielles qu'on doit y avoir faites à diverses époques. Les plus anciennes constructions de l'édifice remontaient, suivant l'abbé Lebeuf (a) , au xe siècle , et les plus récentes au xm°.

Cette église, qui étoit située au côté méridional de la place Saint-Marcel, a été démolie en 1806 (b). On aperçoit encore quelques traces des murs extérieurs le long de la maison qui porte le n° 5 sur cette place. On remarque surtout une petite porte latérale de l'ancienne église , et qui donne aujourd'hui entrée dans un magasin de suif. Le linteau de la porte est sculpté. 11 est surmonté d'un fronton triangulaire , dont un côté est formé par une pierre renversée, sur laquelle on lit ce fragment d'inscription :

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