POPULATION
On se forme ordinairement une idée bien peu exacte de l'ancienne population de la France en général et de Paris en particulier. Plus le passé que nous envisageons s'éloigne de nos regards, et plus nous croyons voir s'épaissir les ténèbres de la barbarie. Les campagnes nous apparoissent incultes, abandonnées, livrées au pillage et à la dévastation, les villes irrégulièrement bâties, malpropres, sans police, sans industrie et sans commerce. Sous l'influence dépareilles préventions, nous ne pouvons admettre l'existence d'une population nombreuse. A Dieu ne plaise que je veuille faire, aux dépens du présent, l'apologie des temps passés. Cependant, je crois pouvoir dire que, parmi ceux qui lisent l'histoire sans en faire une étude particulière, bien peu essaient de faire disparoitre le vague et l'incertitude qui entourent presque toujours les faits, en tâchant de se rendre compte de l'état du pays à une époque précise, mais reculée. Bien certainement, la civilisation de la France sous les règnes deSaint-Ixiuis et de Philippe-le-Bel étoit bien éloignée des limites que lui ont fait atteindre les deux derniers siècles. Mais, d'un autre côté, l'ignorance et la barbarie n'étoient pas aussi répandues qu'on pourroit se le figurer. Les ha bi tans des villes et des bourgs se formoient en communes, les corporations des métiers s'établissoient et se donnoient des réglemens. L'on fixoit dans des codes écrits les coutumes des provinces /jusque la vagues et fugitives. L'institution des parlemens au commencement du xiv* siècle, un peu plus tard , celle de la cour des aides posoient les bases d'une organisation forte et permanente dans l'administration de la justice et des finances.
L'agriculture, le commerce, l'industrie n'étoient pas, il est vrai, dans une voie de progrès et d'amélioration. Mais la stérilité de ces trois grandes sources de la richesse publique n'est point un obstacle au développement de la population. L'imprévoyance des classes pauvres les porte a se multiplier aveuglément. Au contraire , dans les classes riches et éclairées , la crainte de ne pouvoir à la fois soutenir un rang honorable, suffire à l'entretien d'une femme et d'un certain nombre d'enfans, détourne du mariage
/f66 RÉSUMÉ HISTORIQUE
une foule de célibataires, tandis que, d'un autre côté, le désir de transmettre à leurs fils une fortune considérable, et la crainte d'en diminuer l'importance en la divisant, portent les personnes mariées à restreindre, autant que possible, le nombre de leurs enfans. Ces contrastes, moins sensibles dans les villes, sont frappans au milieu des populations disséminées des campagnes. Là vous trouvez à chaque pas , près d'une grande et riche maison qui compte à peine un ou deux héritiers directs, un malheureux ouvrier, un laboureur indigent, chargés d'une nombreuse famille. Ces faits sont constans, faciles à vérifier; ils reposent sur une expérience de tous les jours. Aussi pourroit-on presque poser en principe que, dans le rapport de la richesse à la population , celle-ci procède ordinairement en raison inverse de la première.
Une autre cause d'erreur fausse les jugemens que nous portons sur l'ancienne population de nos villes. L'on compare, par exemple, la superficie de Paris au xin* siècle avec la superficie du Paris actuel, et pour déduire de cette comparaison l'appréciation de la population parisienue au Ml" siècle, on se base sur un rapport de la population à la superficie, qui n'est exact que pour le temps où nous vivons. Je ne voudrois pas inspirer à mes lecteurs une défiance anticipée pour une base d'appréciation dont je vais bientôt faire usage; mais je prétends que cette base ne peut être employée d'une manière absolue, et que, pour en attendre des résultats satisfaisais , il faut nécessairement tenir compte de certaines circonstances accessoires, dont l'influence doit modifier les termes de comparaison.
Un auteur, à qui son histoire de Paris a fait une réputatjpn peut-être un peu exagérée, M. Dulaure, s'est laissé égarer par les préjugés que je viens de signaler. Dans son évaluation de la population parisienne au xiv* siècle (à), il prend pour base le rôle de la taille de 1 3 1 3. Considérant chacun des imposés, comme un chef de famille, il suppose dans Paris, à cette époque, autant de feux ou manses soumis à l'impôt, que le recensement de i3i3 renferme de contribuables, et il obtient ainsi, en multipliant le nombre des contribuables par la movenne 5, un produit de 29,775 individus pour le noyau de la population parisienne. A ce nombre M. Dulaure ajoute, dans une proportion arbitraire et que rien ne justifie, les gens trop pauvres pour payer un impôt, les membres de la noblesse et du clergé, les écoliers de l'Université, en un mot tous ceux qui étoient exempts de la taille, ensuite les habitans des
[*) Histoire de Paris, tome III , pages a33 et snîv.
ET STATISTIQUE. 467 faubourgs, dont la population, dit-il, seroit difficile à déterminer, et il parvient ainsi à composer, pour Paris en i3i3, une population totale de 49, î 10 habitans.
« La Chronique de Jean de Saint-Victor, ajoute M. Dulaure, dit que pen- « dant cette même année 1 5i5 , Philippe-le-Bel passa en revue tous les Pari- « siens en état de porter les armes, et il fait monter leur nombre à cinquante « mille, ce qui est exorbitant; car, en y ajoutant les femmes, les enfans , les « vieillards (M. Dulaure auroit pu y joindre le clergé et les écoles), il fau- « droit doubler au moins cette quantité. » Certainement, il faudrait plus que la doubler cette quantité, pour arriver à déterminer approximativement la population ; mais est-ce là une raison suffisante pour rejeter un fait qui ne présente d'ailleurs aucune invraisemblance , et qui repose sur l'autorité d'un chroniqueur estimé? Jean de Saint-Victor n'est pas d'ailleurs le seul écrivain qui atteste ce fait.
Philippe-le-Bel passa cette revue à l'occasion des fêtes qu'il donna pour la promotion du roi de Navarre, son fils aîné, à la dignité de chevalier. Elle eut lieu en sa présence et devant le roi d'Angleterre qui assistoit aux fêtes. Godefroy de Paris raconte, dans sa chronique métrique, tous les détails des cérémonies et des divertissemens qui eurent lieu dans cette circonstance; il parle de l'ébahissement des Anglois, qui n'auroient jamais cru qu'une ville pût fournir tant de riches et nobles gens. Qu'on me permette de citer ce passage t en entier (a) :
Esbahi si grandement
Furent Anglois plus qu'onques mes ;
Que tant de gent riche et nobile Povist saillir de une ville.
Aussi en furent merveillcx Tous celz qui les virent aux ex.
Et deux et deux ensemble aloient , Et trestous les mestiers mangeoient Si comme estoit chascun par soi.
Si n'i indu roi t-on pas de soi.
Si n'i avoit chemin ne voie Qui ne féust ou vert ou bloie ; Et toute nuit feste estoit fète De celz de Paris, sans retraite.
(a) Chronique métrique de Godefroy de Paris, édit. de M. Buchon , pages 194, ig5, Paris , 1827, in-8 '.
A cheval bien furent vingt mille, Et à pié furent trente mille; Tant ou pluj ainsi les trouvèrent Cels qui de là les extirpèrent.
11 me semble évident que, dans tout ce passage, il n'est question que de celz de Paris et des bourgeois de la ville, ou gens de mestier. 11 faudrait donc supposer, si le calcul de M. Dulaure étoit exact, que les vieillards, les enfans, les femmes, la noblesse, le clergé, les écoles, formoient un tout dont le rapport avec la population entière n'étoit que de 3 à 8, ou de 4 à 9, résultat qui seroit contraire à toutes les idées reçues.
Dira-t-on que les appréciations données par un poète méritent peu de confiance? Cette observation tombe devant l'autorité de Jean de Saint- Victor. Mais consultons encore d'autres chroniqueurs.
Saint-Louis, couronné roi à l'âge d'environ 12 ans, commence à régner sous la tutelle delà reine Blanche de Cast.il le. Les seigneurs, dit Joinville(a), les voyant tous deux étrangers, faibles, sans autre soutien que le secours de Dieu , se tournent vers le comte de Boulogne , oncle du feu roi , et veulent le porter au trône. Blanche et Louis étoient à Montlhéry et 11 o soient se rendre à Paris, craignant les desseins perfides des barons, a Et me compta le h saint roy, dit Joinville, que lui et sa mère qui estoient à Montlehéry, ne « ozèrent aller jusques à Paris, tant que (jusqu'à ce que) ceulx de la -ville « les vindrent quérir en armes, en moult grant quantité. Et me dist (le saint « roi ) que depuis Montlehéry jusques à Paris (c'est-à-dire pendant l'espace « de 7 ou 8 lieues), le chemin estoit plain et serré des coustes de gens d'arme* « et autres gens. » Voilà un texte dont on ne peut certainement tirer une évaluation même approximative , mais qui n'en est pas moins propre à nous faire regarder comme déjà très considérable' la population de Paris au temps de Saint-Louis.
Un autre chroniqueur, trop répandu et trop estimé pour que j'aie besoin d'en faire l'éloge, Jean Froissart, raconte la révolte suscitée au sein de la capitale , pendant que Charles VI faisoit la guerre en Flandre : « Encore, « dit-il, se tenoit le roi de France sur le mont de Y près, quand nouvelles
« vinrent que les Parisiens s'étoient rebellés Us se tenoient à Paris,
« pourvus de toutes armures aussi bonnes et aussi riches comme si ce fussent « grands seigneurs; et se trouvèrent armés de pied en cap, comme droites
(a) Collection det Mémoires relatifs à t Histoire de France, par M. Petitot , tome H, p. 190, 191.
ET STATISTIQUE. 46g « gens charmes plus de soixante mille, et plus de cinquante mille maillets « et autres gens, comme arbalétriers et archers, et faisoient ouvrer les « Parisiens nuit et jour les haulmiers , et achetoient les harnois de toutes « pièces tout ce que on leur vouloit vendre (a). » Voilà donc en tout , dans Paris, plus de 1 10 mille hommes en état de porter les armes, et cela en 1 582, à une époque où la population de la France pouvoit être considérablement diminuée par les guerres longues et désastreuses qu'elle avoit eu à soutenir contre la Flandre et l'Angleterre. Je ne prétends pas que l'évaluation de Froissait soit exacte même à dix mille hommes près, mais on m'accordera du moins, quelle ne devoit pas être assez exagérée pour paroi tre absurde; sans cela un auteur grave ne l'auroit pas avancée. Faisons donc largement U part de l'exagération et de l'erreur, et réduisons, si l'on veut, de moitié le nombre des rebelles donné par Froissai t : il restera toujours pour Paris, vers la fin du xiv* siècle, 55 mille hommes d'armes, et, en supposant que le rapport de ceux-ci à la population entière soit de i à 5, nous aurions pour la même époque dans Paris, environ 27:") raille habitans. Ce chiffre suffit pour démontrer l'inexactitude des calculs de M. Dulaure et pour justifier le résultat de l'évaluation que je vais présenter.
M. Dulaure part d'un principe qui peut a la rigueur être vrai pour le recensement de i3i3, quoiqu'on ne puisse pas admettre les conséquences qu'il i-n tire. Mais ce principe seroit certainement faux si ou vouloit l'appliquer aux renseigneraens qui nous sont donnés par notre manuscrit. Dans le rôle de 1292, souvent le nom d'un contribuable est suivi des noms de ses enf'ans, de ses valets, de sa chambrière, de sa nourrice, qui paient chacun leur cote particulière. On ne pourroit donc considérer comme un chef de famille chacun des contribuables mentionnés dans ce rôle. En supposant même qu'il en soit autrement pour la taille de i5i3, où, je dois l'avouer, les enfans , les domestiques et les ouvriers des contribuables sont rarement mentionnés , on ne pourroit encore prendre ce document pour base d'un calcul exact de la population parisienne à l'époque où il se rapporte. Car qui nous donnera d'une manière certaine le nombre des habitans que leur pauvreté mettoit à l'abri de la taxe? Où puiserons-nous des notions sûres sur le chiffre de la population privilégiée que son rang et son état dispensoit de la contribution commune? Il est clair, ce me semble , que les rôles de 1 292 et de 1S1S ne peuvent tout au plus fournir que de vagues conjectures sur la population de Paris à ces deux époques. Il faut donc recourir à des rensei-
(a) Chronique de Froissard, édit. de AI. Buchon, tome VIII , p. 319, 3ao.
47o RÉSUMÉ HISTORIQUE
gnemens plus certains et plus positifs pour résoudre cette intéressante et curieuse question de statistique.
La première idée qui se présente naturellement, est de chercher la solution du problème, dans une comparaison de la population avec la superficie. Je ne me dissimule pas l'incertitude d'un pareil élément pour un temps déjà si éloigné de nous, mais je me suis cru autorisé à l'employer avec d'autant plus de raison, que je ne me pique pas d'arriver à une détermination mathématiquement exacte, quoique j'espère pouvoir l'appuyer bientôt sur un document contemporain , revêtu de tous les caractères d'une incontestable authenticité.
Les renseignemens que fournit notre manuscrit sur la position des anciennes portes de Paris , qui toutes , ou presque toutes sont mentionnées dans le recensement qu'il renferme, nous ont mis à même, non pas de fixer la direction et l'étendue de l'euceinte de Philippe-Auguste qui étoient déjà connues, mais de vérifier l'exactitude des diverses données existantes sur cette construction remarquable. Le tracé de l'enceinte une fois déterminé, il n'auroit pas été difficile d'en trianguler la surface. Mais , peu sûr d'apporter dans des calculs de cette nature la rigoureuse précision qu'ils exigent, j'aime mieux donner tout simplement à mes lecteurs le résultat des travaux qu'un homme plus habile a depuis long-temps publiés sur cette matière. Le savant architecte Verniquet , qui a consacré a8 ans de sa vie laborieuse à tracer un des plus grands et, sans contredit, un des plus beaux plans de Paris que nous possédions , a calculé en anciennes mesures la surface de la capitale à diverses époques. Le résultat de ses travaux se trouve dans la statistique du département de la Seine, publiée par M. le comte de Chabrol pour l'année 1821 (a). Or, d'après Verniquet, la surface de Paris en 121 1 étoit de 759 arpents (b) 61 perches 1 toise, ce qui donne en mesures nouvelles a5a hectares 87 ares, et en 1367 de 1284 arpens 55 perches 3 toises ou de 43g hectares 18 ares. Si l'on suppose, ce qui ne peut amener une erreur bien considérable, que, dans les 1 56 années écoulées entre l'an 1 2 1 1 et l'an 1 367, la surface de Paris s'est accrue, d'année en année, dans une progression régulière et uniforme, on pourra, par une simple proportion trouver la surface moyenne qu'occupoit la viJJe en 1 292, époque où elle avoit déjà dépassé au nord l'enceinte de ses murailles. En effet, puisque dans l'espace de 1 56 ans la superficie de la capitale s'est accrue de 186 hectares 3i ares, l'accroissement de cette superficie pendant 81
(a) Tableau 12. suivent le mot arpent désigne toujours l'ar-
(£) Dns cette évaluation et dans celle» qui pent de Paris.
ET STATISTIQUE. 47i années a dû, être d'environ 96 hectares 74 ai es. Ce nombre, joint aux 2J2 hectares 87 ares quoccupoit Paris en 1 a 1 1, donne un total de 34g hectaresGi ares pour la surface totale de Paris en 1292.
Il s'agit maintenant de déterminer le nombre d'habitans que nous devons admettre à la même époque pour chaque hectare de superficie, et c'est ici qu'il faut bien se garder de procéder simplement par comparaison avec l'époque moderne, sans tenir compte de la différence qui existe entre l'état ancien et l'état actuel de la plupart des villes. En 1817, Paris, avec une superficie de 3 'j 39 hectares f>8 ares, comptoit une population de 713,960 habitans, ce qui donnoit une moyenne de 207, 57 individus par hectare («). Cette moyenne, si on l'adoptoit pour l'an 1291, donneroit un résultat presqu'identique avec celui des calculs de M. Dulaure, dont j 'ai déjà démontré l'inexactitude.
Il faut donc chercher une autre base d évaluation, et la raison en sera facile ment comprise. Paris est aujourd'hui une ville ouverte; c'étoit en 1 292 une place de guerre environnée de murs et de tours. Or, dans une ville ouverte, où rien ne trouble la sécurité des habitans, ils ne consultent pour se loger queleur commoditépersonnclle; les maisonssont plus nombreuses et moins encombrées, la population s'étend en superficie, le rapport de la superficie à la population est peu élevé. Au contraire, dans une ville de guerre, exposée par ses fortifications mêmes aux incursions de l'ennemi, l'instinct de leur sûreté personnelle contient les habitans dans l'enceinte de leurs murailles, et comme cet te mesure ne sauroit arrêter les progrès de la population , que d'ailleurs une place forte doit se peupler davantage en raison de la sécurité que ses remparts inspirent aux habitans, il faut ou que les étages des maisons se multiplient, ou que les familles se resserrent et s'entassent dans un espace étroit; et alors le rapport de la population à la superficie augmente.
Prenons des exemples. Paris qui est une ville ouverte n'a, comme je I ai dit plus haut, que 207,57 habitans par hectare. Toulon, place de guerre, sur 3i hectares de superficie contient 3o,ooo individus, ou 990 par hectare. Calais, qui est aussi une v ille fermée de murailles, occupe une surfaee de 24 hectares et renferme 10,000 habitans, c'est-a-dire 4» G par hectare. Enfin •» Lille, l'une de nos plus grandes villes frontières, on compte 72,000 habitans avec une superficie de 207 hectares, ce qui fait 342 individus pour chacune de ces mesures (A). Des trois exemples que je v iens de citer je tire une moyenne de 582 habitans par chaque hectare de superficie, dans une ville fermée de
(a) Statistique de Paris pour Van 1821 , (A) Voyez M. de Tournon , Étud. statistiq. tableau 12. sur Rome, p. 228. 1 vol. in-8°, Paris, i83i.
murailles. Appliquons cette moyenne à l'étendue qu'embrassoit Paris en 1292, nous trouverons que les 3g4 hectares 61 'ares qui formoient alors la superficie totale de cette ville étoient habités par 203,475 individus.
Un résultat si peu attendu, si peu conforme aux idées qu'on s'est formées jusqu'ici de l'ancienne population de Paris , ne sera probablement pas admis sans opposition. On me reprochera peut-être d'avoir établi mon calcul sur une base tout-à-fait arbitraire, dont rien ne justifie l'exactitude; et, il faut bien l'avouer, la population de Toulon qui entre dans la formation de la moyenne, est réellement une population excessive dont on ne trouveroit peut-être pas un second exemple. Cependant, pour peu qu'on veuille examiner les données de la question, on se convaincra facilement que mon évaluation n'est pas exagérée. Quelle est la population dont nous cherchons à déterminer le chiffre? C'est celle d'une cité antique, placée au premier rang des villes gauloises à l'époque de la domination romaine; qui, en 1292, étoit déjà depuis plus de huit siècles la capitale de la France, et qui avoit presque toujours été le séjour des rois, le siège du gouvernement et le centre de la civilisation. Nos plus anciens chroniqueurs la représentent comme une grande et belle ville , étendant au loin son commerce et renfermant une immense population (a). Avant les ravages des Normands, Paris étoit déjà célèbre par sa gloire, par ses richesses, par la fertilité de son territoire. Rien ne troubloit la parfaite sécurité de ses liahitans. C'étoit vraiment le trésor des rois et le grand marché des peuples (£). Abbon, dans un panégyrique aussi obscur que le reste de son poème , célèbre la grandeur et l'éclat de cette ancienne capitale, qu'il proclame pompeusement la reine des cités (c). Aimoin, déplorant les désastres occasionnés par l'irruption des Normands, met en contraste l'état de désolation où se trouvoit Paris au moment où il écrivoit, avec la splendeur passée de cette ville jadis si peuplée (d).
Ces passages, quelque vagues qu'ils soient, doivent nous donner une haute idée de l'importance de Paris à une époque bien antérieure à celle
(a) Parisiorum civitas ut stdts regia
constipa ta populis, rtferia commerciis ac vanu commeatibus, unda Jluminis circumjerente. (Hilduin. , Areopagit. , cité par Bonamy , Mémoires de /" Académie des Inscriptions, tome XXIV, p. 86, édit. in-ia.)
(b) Quid Lutetia Parisiorum, nobile caput resplendens quondam gloria, opibus , fertililate soli, incolarum quietissima pace, quam
non immerUo regum dicùias et emporium dixero populorum? (Adcvrald., de Miraculis S. Bened., ibid. , p. 85.)
(c) Abbon, livre I , vers 12 , Rcgina micans omnes super urbes.
{d) Vacuam penitus ipsam urbem quondam populosam.... repererunt. (Miracul.S. Germ., dans Ducbesne, cité par Bonamy, p. 88.)
ET STATISTIQUE. /,73 que nous considérons. Ils peuvent servir à confirmer les inductions que m'ont fournies les chroniques de Joinville, de Froissart, de Godefroy de Paris. Tous ces témoignages, d'accord entre eux sur un même fait, quoique se rapportant à des temps diiFérens, se prêtent un mutuel appui et ne permettent pas de douter que Paris , long-temps même avant 1 29a , n'ait renfermé une population nombreuse.
Mais le plus puissant argument que je puisse faire valoir en faveur de mon opinion se tire de l'état actuel des quartiers de Paris, qui représentent l'ancienne capitale de Philippe-le-Bel. Sur 48 quartiers dont Paris se compose, 28 placés au centre ne comprennent pas le cinquième de son territoire, et renferment à eux seuls la moitié de sa population (à). A ce compte, et en prenant pour base la superficie et la population de Paris en 1817, nous aurions , pour les 28 quartiers du centre, 356,983 habitans, répartis sur une surface d'environ 687 hectares 93 ares, ce qui donnerait encore près de 5 20 habitans par hectare.
Dans 35 des quartiers du centre, 180 rues seulement contiennent i46,43o habitans (b); or l'on verra qu'en 1292, Paris renfermoit plus de 3oo rues.
Enfin, si nous considérions isolément un seul de ces quartiers, c'est alors qu'il seroit facile de justifier l'élévation de ma moyenne. Dans le quartier des Arcis, la plupart des rues renferment, terme moyen , 3o, 40 et 60 personnes par maison. Là chaque individu ne dispose que de 7 mètres carrés, c'est-à-dire de 7 centiares carrés d'espace (c) ; en sorte qu'un hectare renferme 1,400 individus, 4'o de plus que n'en contient à Toulon la même mesure de superficie.
Ces considérations prouvent que la moyenne adoptée dans mes calculs n'est pas exagérée; elles ajoutent encore, s'il est possible, au caractère de probabilité que présentoit déjà mon évaluation de la population de Paris en 1292.
Mais il me reste encore un élément à employer pour la solution de l'intéressant problème qui nous occupe. La Bibliothèque du Roi possède un manuscrit inédit qui renferme les données les plus positives sur la population de la France dans la première moitié du xiv* siècle. C'est un relevé des
(a) Compte-rendu du Rapport de M. Benoiston de Ghfltcauneof sur la marche et les effets du choléra-morbus à Paris , dans les Mémoires de t 'Académie des Sciences morales et politiques, tome I , a* série , cxliv. — (6) Ibid. — (c) Ibid.
subsides fournis par les différentes provinces pour lesjrais de la guerre de Flandre en )3a8. Il est intitulé : « C'est la manière comme le subside fu tt faict pour lost de Flandres 3a8 , et que il monta sellon ce que on peut n trouver pr les comptes rendus. » Ce relevé est suivi d'un tableau de )a population des bailliages et sénéchaussées de France, par paroisses et par feux (a). A moins de professer une défiance systématique pour tous les monumens écrits sur lesquels reposent les fondemens de l'histoire, on ne peut révoquer en doute l'authenticité des renseignemens contenus dans le manuscrit dont je parle. C'est un dénombrement qui remonte à 4a première année du règne de Philippe de Valois. Ce prince, chef d'une branche nouvelle, s'nsseyoit sur un trône mal affermi. Les rois d'Angleterre faisoient depuis long- temps leurs efforts pour s'affranchir de la suzeraineté de la France. La mort de Charlea-le-Bel sans héri tiers mâles ouvroit une libre carrière aux prétentions d'Édouard 111 , neveu du feu roi par sa mère Isabelle. Le prince anglais, déjà puissant en France, n'auroit pas manqué de trouver un appui daus les grands barons, toujours disposés à étendre leur autorité aux dépens de celle du monarque. D'un autre côté, les Flamands révoltés depuis près de trente années n'avoient pu encore être soumis; leurs défaites successives sembloient développer parmi eux les germes de discorde et d'insubordination. Philippe de Valois avoit ainsi le plus grand intérêt à conuoitre les ressources dont il pouvoit disposer, soit en hommes, soit eu argent, et tel fut sans doute le double but de la taxe imposée en i3a8, et du dénombrement qui est à la suite. C'est un document du même genre que le rôle de taille qui forme la base de mon travail, un acte d'administration civile dans lequel on reconnoit facilement la sanction de l'autorité, bien qu'on ne Yy trouve pas aussi explicitement exprimée qu'elle l'est aujourd'hui sur les pièces du même genre.
Or, daus la deuxième partie de ce petit manuscrit intitulée : <f Les paroisses
(a) L'original, ou du moius la plus ancienne copie de cet intéressant document est renfermée dans un volume manuscrit , intitulé Voyage d'outre-mer, Taisant partie de l'ancien fonds des manuscrits de Notre-Dame, et cote au premier feuillet 11 , 11. On en trouve une >econde copie dan» le mauu&erit n° 5 de l'ancien fonds. M. Durettu de la Malle , à qui je dois la connoissance de ce document pré-
cieux , eu a fait usage dans un excellent mémoire sur la population de la France au xiv' siècle, qui s'imprime actuellement dans les Mémoires de V Académie des Inscription* et liefles-Lcttrcs, et dont il a été rendu compte dans les Mémoires de t Académie des Sciences morales et politiques, tome I de la a» série, p. clxiv et suiv.
ET STATISTIQUE. 475 « et les feuz des baillies et seneschaucées de France, » la ville de Paris et de Sainct-Marcel figure pour 35 paroisses et 61,098 feux. Nous trouvons déjà dans notre manuscrit les 35 paroisses, en comptant toutefois pour une paroisse ou N.-D.-des-Champs ou Saint-Marcel. Peut-être ne renfermoientel les pas encore 6 1 ,098 feux en 1292; mais recherchons d'abord le chiffre de la population que représentoit ce nombre de feux en i3>8, et nous tâcherons de trouver ensuite un mode de réduction qui nous permette d'évaluer comparativement et avec la plus grande exactitude possible, le nombre des habitans de Paris, à une époque antérieure de 36 ans.
Je ne pense pas qu'il puisse y avoir de difficulté sur la signification du mot feu. Il faut entendre certainement par là une maison, une famille. C'est ainsi que Ducange explique le mot fbeus , et c'est dans ce sens que le mot feu se trouve employé dans toutes les coutumes, comme on peut s'en convaincre par les citations suivantes : Tenir feu et lieu (coutume de Normandie). Tenir feu, pot et domicile permanent (coutume de Cambray). Avoir maison et tenir feu ( coutume du Bourbonnois). Faire feu vif et résidence sur un héritage (coutume de la Marche). C'est du mot feu que vient le mot fouage , impôt réparti par feux (à), suivant un mode tout-à-fait différent de celui de la taxe imposée par têtes comme l'étoit celle de 1 39a.
La solution du problème consiste donc à trouver le nombre d'individus que l'on doit assigner à chaque feu pour composer la population totale. M. Guérard , dans un Mémoire sur les divisions territoriales de la Gaule, couronné par l'Institut en i83o (£), a comparé l'état de la culture et de la population de la commune de Palaiseau , au temps de Charlemagne et de nos jours. L'abbaye de Saint-Germain-des-Prés a voit dans celte commune des possessions assez étendues. Il résulte du relevé fait par M. Guérard, que n3 manses ou feux tant ingénuités que servîtes étoient occupés par 6/f5 individus de la classe des mansuarii. Les eslaves, mancipia, dont le nombre n'est pas donné dans le polyptique de Saint-Germain-des-Prés , peuvent être évalués , d'après M. Guérard , à raison d'un esclave par chaque manse, ce qui '
feudali pro singulis focis scu domibus subdi- rantuun apud Laval , 3 den. Parisienses. torum ac tenentium suorum. Ducange, Gloss., (£) Essai sur le système des divisions 1erau mot Foagium. Le même auteur cite un ritorxales de la Gaule depuis f âge romain passage d'une ancienne charte, relative à une jusqu'à la fin de la dynastie < arlovingicnnc. imposition par feux; ce passage est ainsi conçu: Append., p. 169, 170, i85. Paris, de Bure
frères, i83a.
/f76 RÉSUMÉ HISTORIQUE
donne eu tout, pour les n3 manses, 758 personnes, nombre qui équivaut à i i3 multiplié par 6,71.
Le polyptiquc de l'abbé Irminon, publié par M. Guérard en i836 (</), renferme l'état des terres, des revenus et des serfs de l'abbaye de Saint- Germain -d es-Prés, sous le règne de Gbarlemagne. Vingt manses pris au hasard dans les terres d'Épinay-sur-Orgc forment un total de 1 14 habitans, ee qui donue pour chaque manse une moyenne de 5,70. Dans les possessions de l'abbaye à Nogent-l'Artaut, près de Château-Thierry (c), la moyenne du nombre d'habitans pour chaque feu , calculée également sur vingt inanses, est de 4,75. Enfin, à Maule-le-Buat(rf), vingt familles appartenant à l'abbaye de Saint-Germain formoient ensemble un effectif de 106 personnes, ce qui donne pour chaque feu un nombre moyen de personnes égal à 5,5o.
J'ai dit plus haut que, dans le rôle de 1 292 , souvent le nom d'uu contribuable étoit suivi de celui de ses enfans, de ses ouvriers, de ses domestiques. En parcourant les colonnes du texte, on trouve une assez grande quantité de feux composés'de 4 et de 5 personnes. On en voit plusieurs qui se cornposoient de G (e), de 7 (/*), de 8 (g), de 10 (A), et même de 1 1 personnes (/'). Outre ces mentions qui précisent le nombre des enfans et des domestiques pour les maisons auxquelles elles se rapportent, il en existe plusieurs qui s'appliquent vaguement à un contribuable, à ses enfans, à ses domestiques, sans que le nombre ni des domestiques, ni des enfans soit spécifié, en sorte qu'on ne peut déterminer le nombre de personnes, peut-être considérable, qui composoit ces familles. D'un autre côte, l'on ne peut douter que la majorité des contribuables énoncés dans notre manuscrit, seuls, sans enfans et sans domestiques, n'eussent pourtant une maison composée de plusieurs personnes, lesquelles, pour des raisons qu'il est impossible de préciser, n'ont pas été soumises a la taxe. Je ne pouvois donc, en calculant une moyenne d'après les données fournies par le rôle de 1292, faire eutrer en ligne de compte tous les contribuables qui s'y trouvent énoncés. On doit d'ailleurs
(a) Première livraison , partie latine, 1 vol. iu-4°, a la librairie de Crozct. C'est de ce polyplique qu'est extrait l'article sur \a Statistique de Palaisetm, que j'ai cité plus haut.
[b) Pag. 5a et suiv.-
(c) Pag. 70 et sniv.
[d) Pag. ai4 et suiv.
(e) Voy. entre autres p. 29 , col. a, lig. a8. f/)Pag- 33, col. 1 , lig. 20, et p. 74, col.a, lig. 33.
(g) Pag- 20. col. 2, lig. 43.
(h) Pag. 33, col. a, lig. 34.
(1) Png. 33, col. 1, lig. a el suiv.
ET STATISTIQUE. 477 arriver à un résultat satisfaisant, en établissant un calcul de cette nature sur le rapprochement et la compensation des feux de 2, 3, 4» 5, 6, 7, 8, 10 et 1 1 personnes, dont la taille de 1292 nous fournit des exemples. La comparaison de ces neuf évaluations donne, pour chaque feu, un nombre moyen d'individus équivalant à 6,2a.
Ce résultat est encore, comme on voit, plus foible que celui du premier calcul basé sur la statistique ancienne de Falaiseau. En le combinant avec toutes les autres moyennes fournies par les opérations précédentes , nous arriverons définitivement à conclure qu'il faut admettre, pour chaque feu, un nombre moyen d'individus égal à 5,73 (à).
Mais, pour éviter tout reproche d'exagération, adoptons si l'on veut une base moins large. On peut prendre, pour multiplicateur, le plus foible en tre les cinq termes qui ont concouru à la formation de la moyenne définitive.
C'est le nombre moyen d'habitans par chaque feu que nous a fourni l'examen des terres possédées par l'abbaye de Saint-Germain à Nogent l'Artaut, près de Château-Thierry. Cette moyenne est de 4>7$t et, pour plus de commodité, nous la réduirons encore de 0,2 5, ce qui nous laissera pour multiplicateur un nombre rond de 4»5o.
En supposant donc que chacun des 61,098 feux renfermés dans la ville de Paris et le bourg Saint-Marcel en i3a8, fût composé en moyenne de 4 personnes et demie, nous aurions, pour la totalité de la population parisienne à cette époque, 274,941 individus.
Notre tache se réduit maintenant à résoudre la question pour l'an 1292, c'est-à-dire pour une époque antérieure de trente-six années à l'an i3a8.
J'ai déjà exposé le mode que suivent dans leur accroissement les villes fermées de murailles. Les édifices ne pouvant s'étendre en superficie dans un espace dont les limites sont fixées, la population se resserre, s'entasse et continue à suivre de cette manière ses lois de développement, quoique la surface de la ville reste toujours à peu près la même.
Mais il arrive une époque où l'aire circonscrite par les murs de la ville
(a) Première moyenne 6,7 1
Deuxième moyenne 5, 70
Troisième moyenne 4»7^
Quatrième moyenne 5,3o
Cinquième moyenne. . . 6,22
Somme 28,68
Moyenne définitive = 5,73 \
devient insuffisante pour le nombre toujours croissant de ses habitans. La population déborde alors les murailles : dégagée des entraves qui auparavant la retenoient captive, elle adopte un autre mode de développement, plus conforme à la nature et plus approprié aux besoins et à la commodité des citoyens. Les habitations se multiplient et gagnent en superficie , jusqu'à ce qu'enfin un progrès trop considérable les éloigne de la première enceinte, de manière à la rendre inutile pour leur défense, et nécessite enfin la construction d'uu nouveau rempart.
En 1292, il y avoit plus de 80 ans que l'enceinte de Philippe-Auguste étoit terminée, et déjà la population de l'intérieur avait dû atteindre le plus haut degré de développement possible, puisque Paris commençoit à s'étendre hors des murailles. Depuis ce moment, l'accroissement de la ville a dû s'opérer par extension jusqu'en 1 367, époque où la construction d'une nouvelle clôture ramena la populatiou parisienne au premier mode de développement. On peut dès-lors supposer avec assez de vraisemblance que, dans les trente-six années écoulées depuis 1-292 jusqu'à i3a8, l'accroissement de la population a suivi , d'année en année, une proportion analogue à celle de l'augmentation du territoire.
Cette hypothèse une fois admise, il sera facile de déterminer, du moins approximativement, le chifFre de la population parisienne pour l'an 1292. En effet, nous savons déjà que , dans les 81 années écoulées de 1 a 1 î à 1292, Paris s'étoit accru d'environ 96 hectares 74 ares, ce qui donne un accroissement de 119 ares 4' centiares par année. Cette augmentation annuelle équivaut à ~ de la surface de Paris en 1211 que j'ai prise pour point de départ. Ainsi, dans notre hypothèse, en diminuant de ou, ce qui revient au même, de ^ le nombre de 274,941» qui représente la population de Paris pour l'an i5a8, nous aurons avec une assez grande probabilité cette même population pour une époque de 36 ans plus ancienne, et le chiffre de la population parisienne, en 1292, seroit en définitive de 228,249 individus.
En combinant ce résultat avec celui que j'ai déjà obtenu par un autre calcul basé sur des élémens tout-à-fait dillereus, nous obtiendrons, pour la population de Paris en 1292, un nombre moyen de ai5,8(5i habitans (a).
(a) M. Diireau de la Malle , dans le mémoire que j'ai cite plus haut , «'est servi , comme je l'ai dit, du dénombrement de i328, pour arriver h la détermination approxima-
tive de la population de la France au xiv» siècle. En adoptant la moyenne que j'ai employée, pour le nombre de personnes que contenoit chaque feu , il est conduit à conclure que la
Je donne ici, comme un appendice indispensable, le relevé des professions désignées dans notre manuscrit. Quoique probablement le recensement
qu'il contient ne renferme pas les noms de tous les artisans qui habitoient Paris à cette époque, le tableau que je présente à mes lecteurs pourra toujours donner une idée de l'état de la civilisation dans la capitale de la France à la fin du xme siècle, car ceux dont les noms ne se trouvent pas dans notre manuscrit, trop pauvres pour être soumis à l impôt, ne dévoient pas entrer pour beaucoup dans les progrès du commerce et de l'industrie parisienne.
C'étoit cette réunion de professions industrielles qui eomposoit autrefois ce qu'on nommoit la bourgeoisie. I -es artisans de chaque profession formoicut un corps distinct soumis à des réglemens, dont ils dévoient jurer l'observation. Etienne Uoylesve, garde de la prévôté de Paris sous le règue de Saint- Louis, est le premier rédacteur de ces réglemens, dont il nous reste plusieurs exemplaires manuscrits, sous le titre de // establissemeni des mes tiers de Paris (a . Dans un court préambule, Étienne Boylesve expose le plan de son livre et les motifs qui le lui ont fait entreprendre. H le divise en trois parties : dans la première sont réunis les statuts d'après lesquels doivent se régir tous les métiers de Paris ; la seconde traite des routes, des péages, des droits de hallage et de tonlieu, et de toutes les autres redevances coutumières; la troisième et dernière partie règle les droits respectifs du roi et des seigneurs justiciers, avant droit de justice dans la ville et les faubourgs de Paris. « Ce avons-nous fait, dit Étienne Boylesve, pour le prou fit de touz « et mesmement pour les povres et pour les estrangers, qui à Paris viennent « nchater aucune marcheandise , que la marcheandise soit si loiaus qu'il ne « soit deeeu par le vice de li ; et pour ceux qui à Paris doivent aucune droi- « turc ou aucune coustuine, ou qui ne les doivent; et mesmement pour « chasticr ceux qui, par convoitise de villain gaaing, ou par non sens, les « demandent et prendent, contre Dieu, contre droict et contre raison. »
Étienne Boylesve ne donna pas des réglemens à toutes les corporations de métiers; nous avons plusieurs de ces statuts qui sont postérieurs à son époque. Parmi ces derniers quelques uns ont été demandes ou même présentes par les corporations elles-mêmes. Le prévôt de Paris n'a eu qu à les confirmer et à les sanctionner.
Dans chaque corporation, on élisoit un conseil de prud'hommes ou jurés,
France au xiv* siècle étoit au moins aussi d'administration se prépare peuplée q«c de nos jours. le» auspices de M. le Ministre de l'instruc-
(a) La publication de ce curieux document tion publique,
48o RÉSUMÉ HISTORIQUE
présidé par un ou deux maîtres ; ce conseil tenoit la main à l'exécution des réglemens imposés à la compagnie entière ou adoptés par elle. Les membres de ce tribunal électif jouissoient de divers privilèges ; mais leurs fonctions étoient temporaires. Les professions exercées par des femmes avoient une organisation analogue, et c'est probablement dans cet usage qu'il faut chercher l'explication de cette épithète la mestresse, qui se reproduit fréquemment dam notre manuscrit, après le nom d'une bourgeoise de Paris soumise à la taille.
Parmi les métiers, quelques uns étoient francs, c'est-k-dire que, pour les exercer, il suffisoit de faire preuve de capacité, et d'avoir une aisance proportionnée aux charges de la profession. D'autres, en plus grand nombre, étoient soumis à une taxe au prix de laquelle on devoit acheter la maitrise. Une partie de cet impôt entroit dans le trésor royal, l'autre étoit dévolue au maître ou aux maîtres du métier. Ce n'étoit pas du reste la seule charge à laquelle fussent assujétis les artisans ayant un atelier.
La sûreté de la ville étoit garantie par les gardes et les patrouilles de nuit, qu'on appeloit le guet. Ce nom servit plus tard à désigner des compagnies régulières, organisées militairement pour le service intérieur de la capitule. Au xii* siècle, le guet étoit une institution purement civile, semblable à notre garde nationale. Chaque artisan devoit faire la garde a son tour ; mais alors, comme aujourd'hui, il y avoit des exceptions. Tout individu âgé de soixante ans, celui qui étoit boiteux, estropié ou mutilé étoit exempt de droit. Les maîtres et les jurés de tous les métiers de Paris jouissoient de la même exemption. Le bourgeois dont la femme étoit en couches pouvoit se dispenser de son tour de service, en prévenant l'officier qui devoit commander le guet. Tous les artisans dont les travaux servoient spécialement à l'équipement des chevaliers et des gens de guerre, ceux que leur profession mettoit en rapport direct soit avec les grands et les riches, soit avec le clergé, étoient également dispensés du guet* De ce nombre étoient, « les peintres (a), « les ymagiers, les chasubliers, les séelleeurs, les libraires, les parcheminiers, h les enluminéeurs , les escrivains, les tondeurs de drap , les tailleurs de « pierres, les bateilliers, les archiers , les haubergiers , les buffetiers, les faite seurs de ganz de laine, les faiseurs de chapiaus, de bonnets , les faiseurs de <f tîntes, les braaliers, les voirriers, les deschargeurs de vin , les sauniers , les « oonréeurs de robe vaire, les conréeurs de cordouan, les raonnaiers, les
(a) k la marge du manuscrit que j'ai consulté, et qui est de l'an i3oo, on lit, à l'article des Peintre* , Debenl guttum prœscnter.
w les brodeurs de soie, les coustepointiers, les faiseurs de corbeilles et vans, les h tapissiers de tapis où il a navette, les fillandriers, les kalendreurs, les h oublaiers, les écorcbeurs , les orfèvres, les estuvéeurs , les apothécaires , les
« vendeurs d'auges, d'écuelles et d'échelles (V/). » Sous Philippe-Auguste, les couteliers avoient eu la faculté de faire faire 1<: service du guet par leurs ouvriers ; ils demandoient, sous Sainl-Louis, à être rétablis dans ce privilège. Les tonneliers de la ville de Paris, moyennant une redevance que chacun d'eux payoit au Roi, étoient exempts du guet depuis la Madeleine ( 0.1 juillet), jusqu'à la Saint-Martin d'hiver ( 1 1 novembre). L'exemption du guet étoit de droit pour tous les seigneurs , les ecclésiastiques, les gens de loi, pour les courtiers de commerce , les sergens du Roi , de levéque , des abbayes , pour les bourgeois non marchands, pour les colporteurs, les vendeurs de vin à étal et les serviteurs du Roi , de la Jailli Ile royale et des seigneurs.
Après ces observations préliminaires qui pourront peut-être offrir quelque intérêt, je passe à l'énumération des divers métiers en usage au xme siècle, et dont l'existence est attestée par notre manuscrit. Cette nomenclature avoit besoin de quelques commentaires. Le temps, en changeant les mœurs et les usages de la nation , a nécessairement aboli plusieurs professions autrefois florissantes j d'autres ont été modifiées. Enfin, la plupart de celles qui existent encore sont aujourd hui désignées par des noms différens. J ai puisé mes explications : 1 °. dans le Glossaire de Ducangc ; 3°. dans le Dictionnaire de la langue romane par Roquefort ; 5". dans une nomenclature des professions exercées à Paris, au commencement du xiv" siècle, extraite du rôle de 1 3 1 3 par II. E. de la Tynna ; 4°. dans Y Histoire de la vie privée des François, par Legrand d'Aussy; 5°. dans le Dictionnaire de Jean de Gai lande, que je donne en entier à la fin du volume j 6°. enfin dans les Statuts des métiers , par Etienne Boylesve (b)> garde de la prévôté de Paris.
J'ai cherché, autant que possible, à donner, pour chaque métier, un parallèle entre l'état ancien et l'état moderne du commerce et de l'industrie dans la capitale. Malheureusement la Statistique du département de la Seine, publiée par M. de Chabrol, indique fort peu de professions qui puissent devenir un objet de comparaison avec les métier» du xme siècle. J'ai tâche de
(a) Ceux des noms qui pourroient présenter quelques difficulté se trouveront expliqués (Uns le petit Vocabulaire des Métiers , qui
(b) Le manuscrit que j'ai consulté est celui
qui se trouve aux Archives du Royaume. J'ui aussi fait usage d'une copie des deux manuscrits de la Bibliothèque du Roi , copie appartenant à M. fiucbou, qui a bien voulu me la communiquer.
48a RÉSUMÉ HISTORIQUE
suppléer à l'insuffisance des documens officiels , en consultant les listes publiées dans XAlmanach du Commerce de M. Bottin. Ces nomenclatures n'ont pas , il est vrai , le caractère authentique des tableaux statistiques de M. de Chabrol, mais elles m'ont paru assez complètes pour pouvoir servir de base à des rapprochemens dans lesquels on ne sauroit raisonnablement exiger une exactitude mathématique. Toutefois je n'ai puisé dans XAlmanach du Commerce que lorsque la Statistique du département de la Seine ne m'a donné aucun document positif. Quand ce dernier ouvrage a pu me fournir des élémens de comparaison, je l'ai toujours préféré, même lorsque ses données se rapportoient à une année déjà éloignée de celle où j'écris.
Je n'ai plus qu'une observation à faire avant d'entrer en matière; elle est indispensable pour mettre en garde mes lecteurs contre une erreur dans laquelle ils pourroient facilement tomber. Il ne faut pas juger de l'état d'un commerce ou d'une industrie par les chiffres que me fourni voient , soit notre manuscrit, soit les nomenclatures de XAlmanach du Commerce (a). Ces chiffres indiquent toujours le nombre des ateliers et non celui des ouvriers. Or, il est certain qu'en 1 29a, les maîtres n'avoient pas les moyens de donner à leur industrie tous les développemens que nos artisans peuvent donner aujourd'hui à la profession qu'ils exercent. Tel maître travailloit seul, tel autre n'avoit que des apprentis; ceux qui avoient des ouvriers n'en occupoient qu'un petit nombre. Il n'en est pas de même de nos jours : ainsi , quelquefois , le chiffre qui représente le nombre des artisans d'une certaine profession, en 1837, pourra se Couver égal , et peut-être même inférieur à celui qui indique le nombre des artisans de la même profession , en 1 29a, sans qu'on puisse en conclure pour cela que ce genre d'industrie a dégénéré ou bien est resté stationnaire. L'explication de cette espèce d'anomalie se trouveroit dans la comparaison du nombre des ouvriers, aux deux époques, si ce nombre nous étoit connu.
Quelque soin que j'aie mis à compléter mes recherches , on ne doit pas s'attendre à trouver un rapprochement à chaque article de ma nomenclature. Plusieurs des anciens métiers sont entièrement hors d'usage aujourd'hui.
(a) Partout où mes observations ne portent pas sur le nombre même des artisans , un chiffre , placé immédiatement après l'énoncé de la profession , indique le nombre d'individus exerçant cette profession qui sont nommés dans notre manuscrit. Lorsque j'ai puisé dans
la Statistique mes élémens de comparaison, j'ai toujours cité le volume et le tableau Quand mes rapprochemens ne sont appuyés par la citation d'aucune autorité , mes renseignemens sont empruntés à XAlmanach du Commerce.
ET STATISTIQUE. 483 Quelques uns se sont confondus avec des professions analogues, en sorte que nous avons actuellement une seule classe d'artisans pour une industrie qui , au moyen âge , se partagcoit entre deux ou plusieurs classes. Enfin quelques professions échappent aujourd'hui à toute espèce d'appréciation , . n'étant exercées que par des ouvriers en chambre, dont le relevé ne se trouve pas dans la Statistique, et n'a pu trouver place dans les nomenclatures de M. Bottin. Mais j'ai mis le plus grand soin a compter le nombre des artisans de chaque profession, dont les noms se trouvent dans notre manuscrit, et ceux de mes lecteurs qui auroient sur quelques uns des métiers actuellement en usage les données qui me manquent auront ainsi la facilité d'établir eux-mêmes des comparaisons intéressantes.
Afétékurs de toiles, i. C'étoient des foulons, des ouvriers qui pressoient les toiles.
Afinéeurs, aftneresse, 5. Affineurs.
Afijjéeurs d'argent, i. Affineurs d'argent. Paris comptoit donc à la fin du xme siècle 4 affineurs des matières d'or et d'argent. En 1826, Paris renfermoit 3 établissemens d'affinage d'une valeur de 600 mille francs, employant ensemble 70 ouvriers à 4 francs par journée, prix moyen (a).
Aguilliers, aguillières, 16. Fabricans d'aiguilles. Il existe aujourd'hui, dans Paris, 9 fabriques d'aiguilles de toute espèce; mais je n'ai aucun renseignement sur le nombre des ouvriers qu'elles emploient.
Aides a four, 7. Le mot fournier a aussi quelquefois la signification d'aide à four. Ainsi nous trouvons dans le recensement du Petit-Pont, paroisse Saint-André-des-Arts : Andri Fortin talemelier (boulanger), Guillaume le Lorrain son fomier.
Ailliers , 9. Marchands d'ail ou de sauce à l'ail (b).
Aloier, 1. Ce mot ne désigne pas, à proprement prier, une profession : il vient du mot aloarius qui, en basse latinité, a ordinairement la signification de tenancier. Voyez Ducange, aux mots alodis et alodiarius.
Ameçonnéeurs, 3. Fabricans d'hameçons et d'ustensiles propres à la pêche.
(a) Statistique de Paris, année 1826, tabl. u5.
(b) Voyez les Crieries de Paru, dans la nouvelle édition des Fabliaux et Contes de Barbazan, tome II , p. 278.
48/f RÉSUMÉ HISTORIQUE
Amiraut, i. Âmiraude, i. C'est notre mot amiral qui a été introduit en France par les Sarrazins. Il signifia d'abord chez nous , comme chez les peuples orientaux, le chef des forces maritimes; mais il paroit que, dans la suite, on désigna aussi sous le nom d'amiraut les dépositaires de l'autorité municipale. Amiraut, suivant Roquefort, est synonyme d'échevin ; l'amiraude seroit alors la femme de l'échevin.
Ampolièeurs, 5. Polisseurs.
Aneliers, 3. Fabricans d'anneaux , annularii.
Appareilléeurs , 2. Appareilleurs , ouvriers qui tracent le trait, pour la coupe de la pierre, à tous les tailleurs de pierre d'un chantier.
Le mot appareilleur désignoit aussi, dans le vieux langage, le défenseur ou avoué des parties dans un procès. Voyez, à ce sujet, un long passage d'une ancienne coutume d'Amiens , citée par Ducange au mot campio.
Arbalestriers, 3. Faiseurs d'arbalètes, espèce d'arc monté sur un fût, et qui se débandoit au moyen d'un ressort.
Archiers, 8. Ouvriers qui faisoieut des arcs, des flèches et des arbalètes. Ils sont nommés par Jean de Garlande (a) architenenies , mot qui n'est pas dans le Glossaire de Ducange avec cette signification. Le même auteur dit qu'ils habitaient près de la porte de Saint-Lazare, adportam Sancii Lazari, et qu'ils fabriquoient des balistes, des arcs en érable, en bois de \ iorne, de viburno, en bois d'if, de taxo (b), des flèches et des traits en bois de frêne.
Arçonnéeur», 6. Roquefort ne donne au mot arçon que la signification d'archet de violon. Mais il paroit constant qu'au xin* siècle, ce mot signifioitdéjà, comme aujourd'hui, arçon de selle. Jean le Moine, dans In vie d'Eudes, abbé de Cluny, parle d'un sac suspendu à l'arçon d'une selle • Proœdictum namque sacculum, nec tune pauperi reddidit , sed arciom sell e appendit (c). V Almanach du Commerce compte aujourd'hui, dan> Paris, neuf arconniers.
Aruentéeurs, 3. Argentiers, orfèvres, changeurs, argentarii.
Armeuriers, 21. M. de la Tynna commet une, grave inexactitude en donnant la profession moderne d'armurier comme l'équivalent de l'ancien métier darmeurier. Le règlement des armeuriers, dans Étienne Boylesve,
(a) Append. 2 , nB xviu. tateur de Jean de Garlande traduit le mot
(6 Je dois faire observer que le comme»- taxus par houx.
(c) Voyez Ducange, au mol jéretio.
ET STATISTIQUE. 485 prouve, par tontes ses dispositions, que ces artisans ne faisoient pas seulement des armes, mais principalement des armures pour les hommes et pour les chevaux.
Atachéeurs, atachiers, atachières , 7. On lit dans les Statuts des métiers : atacheurs qui font cloux.pour atachicr boucles, mordans et membres. Vingt-une fabriques d'agrafes de toute espèce sont aujourd'hui en activité dans la capitale.
Atirèeurs de Busche, 1. Cette profession consistoit probablement à se tenir sur le bord de la rivière lorsque les eaux étoient grosses, et à tirer sur le rivage le bois qu'elles charrioient.
Aumuciers, 9. Ouvriers qui faisoient des aumusses. L'aumusse étoit une espèce de capuchon fourré, dont la mode étoit universellement répandue chez les anciens François. Cette partie de l'habillement de nos pères est encore en usage parmi nos chanoines , qui ne s'en servent guère qu'en hiver; en été, ils la portent ordinairement sur le bras.
AnNEECRs. C'étoient probablement des gens préposés au mesurage de* étoffes. Notre manuscrit nomme deux contribuables avec la simple dénomination d'aune'eurs , et un qui est qualifié aunéeur de toiles , en tout 5 aunéeurs.
Auquetonniers, 4* On écriroit aujourd'hui hoquetonniers , ouvriers qui font des hoquetons. On appeloit ainsi une espèce de cuirasse en cotte de mailles, et on désigna aussi plus tard, sous le nom de hoqueton , une sorte de casaque brodée que portoient les archers du chancelier, du prévôt de Paris, etc.
Altelléeurs, 1. Je n'ai trouvé nulle part l'explication de ce mot, dont heureusement l'étymologie est facile à trouver. 11 doit signifier fabricant d'autels.
Aumosmers, a. Seroient-ce des ouvriers fabricans iïaumomères, espèce de bourse que vcndoient les merciers?
Avaleeurs. Notre manuscrit contient deux contribuables simplement qualifiées A'avaléeurs, et deux qui sont dits avaléeurs de nés, c'est-à-dire de barques , naves. C'étoient ceux qui lançoient les barques à l'eau.
Avocats, s. Il pou voit y avoir un plus grand nombre d'avocats parmi les Parisiens qui n'étoient pas soumis à la taille; mais bien certainement le nombre des hommes de cette profession étoit loin alors d'atteindre h
chiffre élevé des avocats exerçant aujourd'hui prés des tribunaux de Paris.
On en compte habituellement plus de i,iOO inscrits sur le tableau. Aveniers, avenières, 9. Marchands d'avoine, avenarii. Voyez Paniers.
Bahuriers, 5. Fabricans de bahuts, espèce de coffres.
Balanciers, a. Fabricans de balances et de poids à peser. Paris en compte
aujourd'hui 33.
Baléeuhs, 1. Danseurs.
Barbiers, i5i. Notre manuscrit nous apprend qu'anciennement la profesfession de barbier étoit assez souvent exercée par des femmes.
Barniers, 1. Je n'ai rien trouvé qui puisse m'autoriser à regarder ce mot de bar nier comme le nom d'une profession. Je pense que c'est le même mot que barné, barnés, que l'on voit dans nos vieux romans avec la signification de noble, grand , baron. Voy. Ducange , au mot Barnatus.
Barquarresse, 1. Est-ce une batelière ou simplement la femme d'un batelier?
Barrilliers , 6. Sorte de tonneliers, fabricans de barils. D'après leurs statuts, contenus dans le recueil d'Étienne Boylesve, les barils ordinaires ne pouvoient être faits qu'avec quatre sortes de bois : le cœur de chêne, le poirier, Y œillet (l'olivier?), et l'érable. Voy. Tonneliers.
Bastiers, 3. Bâtiers.
Batailliers, 1 . Ce mot peut être tout simplement un sobriquet qui correspondrait aux mots breteur ou ferrailleur de la langue moderne, mais il peut aussi exprimer une profession. Ducange (a) assure que dans le vieux langage françoison appeloit bataille le duel judiciaire. Cela étant, les batailliers seraient la même chose que les champions (voyez plus bas ce dernier mot). Peut-être aussi le mot baiaillier a-t-il la signification du mot suivant.
Bateliers, i. Propriétaires de bateaux, suivant M. de la Tynna. Peut-être ce mot avoit-il la même signification qu'aujourd'hui , celle de passeur, ou de conducteur de bateaux.
Batéeurs, 4. M. de la Tynna prétend qu'il faut suppléer le mot iïarckal;
a) Au mot Batalia.
ET STATISTIQUE. 487 mais je ne sais sqr quoi il se fonde. Il y avoit sans doute des batteurs d'archal, comme le prouve l'article suivant, mais il y avoit aussi des batteurs d'or, des batteurs d'argent, des batteurs de cuivre, etc. Aussi rien n'indique qu'il fâille ajouter au mot batteur le nom de tel métal plutôt que celui de tel autre.
Batéeors d'archal , a. Fabricans de fil d'archal ; le rôle de i3i 3 les désigne aussi sous le nom à'archaliers.
Baudraiers, i5. Les Statuts des métiers expliquent par ces mots la profession des baudraiers : « Baudraiers, c'est à savoir conréeurs de cuirs pour « faire courroies à çaindre et pour faire semelles de soulers. »
Bazenmers , basenniers, ao. Marchands ou appréteurs de peaux de mouton qu'on appelle basanes.
Bedel, 3. Ce mot, d'après M. de la Tynna ,. a signifié anciennement bedeau, crieur public et huissier. Mais il paroit que les bedels n'étoient que des valets d'huissiers ou des recors. Une vieille coutume de Normandie, citée par Ducange au mot bedelli, s'exprime ainsi : « Li bedel sont li mineur « serjant, qui doivent prendre les nans (a) et les offices faire que ne sont « pas si honeste, et les meneures semonces. »
Le mot bedelle, qui se trouve une fois dans notre manuscrit, n'indique pas une profession, mais seulement la qualité de femme d'un bedel.
Berchiers, 11. Bergers, nourrisseurs de bestiaux.
Billardiers, i. Fabricans de billards. Je me hâte de prévenir mes lecteurs qu'il n'est pas question ici d'une table recouverte d'un tapis vert, garnie de quatre bandes et percée de six blouses. L'ancien jeu de billes ou de billard est celui que le Dictionnaire de Trévoux appelle billard de terre. Il consiste à pousser des billes sur la terre avec un instrument qu'on appeloit billouer, billard ou quinque, et à faire passer ces billes sous un petit arceau *(£). Ce qui prouve que la manière de pousser ces billes étoit bien différente de celle qu'on emploie au jeu de billard moderne, c'est que les joueurs avoient soin de prévenir ceux qui les entouroient, avant de frapper leur coup, dans la crainte que leur billard ne s'échappât et n'allât les atteindre, accident qui n'étoit pas rare et dont quelques personnes ont été les victimes (c).
(a) Prendre les meubles, foire les saisies. (c) Voyez D. Carpentier, ibid.
(A) Voyeï D. Carpentier, au mot Billa.
Buatiers, 4» Marchands de blé, bladum.
Blazenniers, 2. Les statuts des métiers désignent ainsi ces artisans : « Bla- (t sonniers et cuireurs de selles » ; c'étoient ceux qui recouvroient de cuir les selles et les bâts fabriqués par les batiers, les arçonnéeurs et les chapuiséeurs (a).
Boisseliers, i. Ce mot existe encore dans la langue; il signifie fabricans deboisseaux, des mesures de capacité pour les choses sèches, et de divers ustensiles de ménage. Paris en compte aujourd'hui environ a5.
Bouchiers, 42. Bouchers; on en compte aujourd'hui 5oo dans la ville de Paris.
Boucliers, 36. On distingue, dans les Statuts des métiers de Paris, « les bou- « cliers de fer, qui font boucles » et « les boucliers d'archal, de cuivre et de « laton. » Notre manuscrit, outre les 56 boucliers mentionnés ci-dessus, nomme encore deux contribuables qualifiés boucliers de fer.
On voit, d'après les Statuts des métiers, que les boucliers étoient des ouvriers qui faisoient des boucles. Jean de Garlande (b) ajoute à ce produit de leur industrie les mordaus ou agrafes (mordaculà), les limes et les freins pour les chevaux. Il appelle les boucliers pkuculariï, et les boucles plusculœ.
Boudinniers, la. Tripiers, sorte de charcutiers.
Bourreliers, 24. Ce mot paroit avoir toujours eu la même signification qu'aujourd'hui.
Bourriau. Thevenot le bourreau, en 1292, demeuroit dans la rue Guérin- Boisseau, paroisse Saint-Laurent. Lcgrand d'Aussy (c) rapporte un privilège fort singulier dont jouissoit le bourreau de Paris : « Quiconque, dit-il, « apport oit à la halle des herbages ou des légumes verts étoit obligé de lui « payer un droit. L'exécuteur venoit le percevoir lui-même accompagné « de ses valets; et à mesure qu'on le payoit , les valets marquoient le dos « du payeur avec de la craie. » Legrand ne dit pas l'époque $ laquelle remonte l'origine de ce droit, qui, selon lui, se scroit prolongé jusque dans le siècle dernier.
Boursiers, 45. Fabricant de bourses. Les Statuts des métiers distinguent lis bourses et les gibecières de lièvre ou de chevrotin. De plus, ils désignent
(a) Voyez ce* mat*. (c) Tome I , p. 16Î, édit. de t8i5.
(6) Append. a, n» x.
ET STATISTIQUE. 489 les boursiers comme « faiseurs de bourses et brayeux. » Les brayeux étoient des espèces de caleçons, probablement en peau comme les bourses et gibecières. L'ancienne profession de boursier auroit donc une grande analogie avec celle de nos culottiers.
Dans le recensement des menues gens de la paroisse Saint-Gcrmainl'Auxerrois, on trouve deux contribuables qui metent en bourse chiez Jaque de la Lanterne. Gomme la profession <le Jacques de la Lanterne n'est pas énoncée, il m'a été impossible d'expliquer ce que signifioient ces mois qui metent en bourse.
Bouteilles. Un seul fabricant de bouteilles est expressément nommé dans le recensement de la taille de 1 292 : Macy quifet les bouteilles. Mais étoientee des bouteilles de verre? Rien ne prouve le contraire; cependant un auteur recommandable et que je citerai plusieurs fois, Legrand d'Aussy, semble croire que cette espèce de vase n'étoit pas encore connue en 1 338 (a). Il rapporte une concession faite, cette même année , par Humbert, Dauphin de Viennois, à un certain Guionnet, d'une partie de la forêt de Ghambarant pour y établir une verrerie, à condition que ledit Guionnet lui fournirai l tous les ans, pour sa maison, une certaine quantité de divers objets en verre, dont la charte porte l'énumération. Les bouteilles, il est vrai, n'y sont pas expressément nommées; mais, parmi les objets que doit annuellement livrer le verrier, figurent six grandes bottes pour transporter le vin. Ces bottes étoient ce qu'on appelle aujourd'hui des dames-jeannes , grandes bouteilles en verre blanc qui ne diffèrent des bouteilles ordinaires que par leur dimension. Il serait bien singulier qu'on eût employé les bouteilles au transport des vins, et que personne ne se fût avisé de les faire servir à un usage bien plus utile et bien plus commode, le service de la table.
Mais les anciens eux-mêmes connoissoient les bouteilles de Terre. Legrand d'Aussy est forcé d'en convenir, et lui-même cite (b) deux passages de Pétrone où il en est question : adlatce sunt amphorœ vitreœ diligente/ gypsatœ, on apporta des amphores de verre soigneusement bouchées avec du plâtre; et ailleurs : amphoras copiosas, gypsatas ne effluat vinum, de grandes amphores , bouchées avec du plâtre pour que le vin ne s'en échappe pas. Legrand d'Aussy admettant que le mot amphoras, seul et sans épithètes, signifie des bouteiUes de verre, il a tort de s'autoriser de la concession d'Humbert, Dauphin du Viennois, pour soutenir qu'en 1 538 ces sortes de vases n'étoient pas connus , puisque parmi les objets que le
(a) Tome III , page i85,cd. 1782. (b) Tome H , p. 366 , note , éd. 1783.
go RÉSUMÉ HISTORIQUE
verrier Guionnet doit livrer tous les ans à son seigneur, figurent, après une certaine quantité de coupes à boire de toutes les dimensions et de toutes les formes, douze douzaines $ amphores âe verre. Ces amphores de verre ne pouvoient évidemment être que des bouteilles.
Mais on dira peut-être que le mot amphore emporte avec lui l'idée d'une dimension trop grande pour pouvoir s'appliquer à un vase employé au service de la table. Je crois, en effet, que les ainphores dont il est parlé dans la concession d'Humbert peuvent fort bien être de grandes bouteilles, qui tiennent le milieu entre la dame-jeanne et la bouteille ordinaire, et dont on se sert encore dans le midi pour faire la provision de vin de plusieurs jours, afin de n'être pas obligé d aller, à chaque repas , puiser du vin au tonneau renfermant la provision de l'année. Mais, parmi les objets que le verrier Guionnet devoit tous les ans livrer au Dauphin du Viennois, nous trouvons un article désigné par une expressiou assez remarquable, dont Legrand d'Aussy auroit dù rechercher la signification avant d'affirmer que la charte ne faisoit aucune mention des bouteilles de verre : ce sont cinq douzaines de petits vaisseaux nommés Gottejles. Or le mot gottefle ne vient-il pas évidemment du latin guttus, signifiant un vase au cou étroit d'où le vin s'épanchoit goutte à goutte, guttatim effluens (a) , par opposition aux outres, aux brocs et aux autres vases d'où la liqueur couloit a. pleius bords. Un petit vase au cou étroit, voilà certainement la forme de la bouteille; quant à la matière , elle ne peut être un sujet de discussion, puisque celui qui devoit fournir les cinq douzaines de gottefles, dont je viens déparier, étoit uu verrier.
D'ailleurs l'usage de la bouteille est trop commode pour qu'on puisse croire qu'on l'ait jamais abandonné après l'avoir une fois connu. Or, les anciens connoissoient les bouteilles; c'est un fait certain. Les découvertes qu'on a faites depuis vingt ans dans les tombeaux romains, grecs, étrusques et même égyptiens , viennent à l'appui des passages de Pétrone que j'ai cités plus haut. Dans tous ou presque tous on a trouvé, entre autres objets, des bouteilles et des fioles de verre propres à contenir des liqueurs ou des parfums.
BouTEiLLieift, 3. Ce mot peut signifier également marchand de bouteilles et échanson d'un grand seigneur (b). Voyez terriers.
Boutiers. Ce mot peut avoir les mêmes significations que le précédent. Nous
(a) Voye» Forcellini , «a mot Gutlus. (b) Voy« Ducange , au mot Buticuiarius
ET STATISTIQUE. 49, trouvons un seul contribuable avec la simple désignation de boutier. Un autre est qualifié : boulier la rojne, et deux autres boulier le roy. Ces qualifications peuvent s'appliquer à des officiers de la table du Roi et de la Reine ; mais elles peuvent aussi indiquer simplement des faiseurs de bouteilles travaillant pour le cellier du Roi. C'est ainsi que nous trouvons le barbier du Roi , la coiffiere du Roi , etc.
Boutormbm, 16. Fabricans de boutons. D'après les Statuts des métiers, ces artisans travailloient sur l'archa), le cuivre et le laiton.
Bouviers, 4. Bouvier, conducteur ou marchaud de bœufs.
Braeliebs , braoliers ou praeliers , 6. Les Statuts des métiers désignent ces
artisans sous le nom de braeliers de fil. C'étoient des fabricans de braies,
sorte de haut-de-chausses.
Bracéeurs, 1. Brasseurs. Voyez Ce/voisiers.
Broudéeurs, brodéeurs, broderesses , 14. Brodeurs et brodeuses.
Buschibrs, buchiers, ai . Marchands de bois à brûler. Il se consomme actuellement dans Paris plus de 900,000 stères de bois par année, sans compter environ 4»<xx>>ooo de fagots (a). 110 chantiers suffisent à peine à cette consommation.
Bufetiers, 5i . Marchands de vin. Voyez Vinetiers.
Calandréeur. Voyez Qualandréeur.
Çavetibrs, 140. Le mot de savetier me semble venir de l'espagnol zapalero qui n'a pas la même signification que le mot françois savetier. Zapatero signifie cordonnier, sutor, et c'est de cette manière qu'il faut entendre l'ancien mot çavelier. D'après les Statuts des métiers, la seule différence qui ex isteroit entre les çavetiers et les cordouaniers, c'est que les premiers faisoient de petiz soulers de basenne, et les seconds fabriquoient toute espèce de chaussures en cuir de Gordoue.
Cependant Jean de Garlande , qui nomme les savetiers pictaciarii (b), semble indiquer qu'ils ressembloient de tout point aux artisans que nous désignons encore aujourd'hui sous le même nom. « Les savetiers, dit-il,
(a) Statistique du département de la Seine, (6) Append. a, n° xxi. année 1829, tabl. 101.
4cj* RÉSUMÉ HISTORIQUE
« sont ces vils ouvriers qui cousent les vieux souliers, renouvelant les « tacons (pictacia) (a), les rives (intercucia) (£), les semelles et les em- « peignes (impedias) ».
Cendauz (qui vend ), i . Marchand d'étoffes de soie. Voyez Lombards.
Cendriers, i. Marchands de cendres ou de poussier.
Cbrceliers, i. Marchands ou fabricans de cerceaux pour relier les tonneaux.
Cerenceresses , 3. On écri voit aussi séranceresses . Peigneuses de laine, de chanvre ou de lin.
Cervoisiers, 37. Brasseurs, fabricans de bière; cette liqueur portoit autrefois le nom de cervoise, cervisia. Il existe aujourd'hui dans Paris 35 brasseries qui occupent 5oo ouvriers (c).
Chambellenc Un seul contribuable est désigué sous ce titre: c'est le chambellan de l'abbé de Saînt-Germain-des-Prés. Le chambellan, dans les monastères, étoit chargé de faire payer et de recevoir les cens et les revenus de toute espèce appartenant à la communauté. Il avoit îa surveillance des greniers, des instrumens d'agriculture, des terres labourables, des troupeaux et des provisions de bouche. Il devoit pourvoir au coucher, à la chaussure et à l'habillement des moines, leur fournir des rasoirs, des ciseaux, du liuge de toilette, faire ferrer les chevaux de l'abbé, du prieur et des hôtes du couvent, etc. (d).
Chamberieres, 199. Chambrières, femmes de chambres. On voit qu'anciennement l'impôt atteignoit aussi bien les gens sans domicile propre, que les individus domiciliés. Pour être soumis à la taxe, il suffisoit d'avoir un revenu quelconque , soit en meubles, soit en immeubles , soit en gages ou salaires: on s'en rapportoit, pour la valeur des revenus, au serment du contribuable.
Champions, 7. On appeloit champions, campiones, des hommes qui, dans les affaires dont la décision éloit soumise à l'épreuve du duel judiciaire, prê-
ta) Les tacons sent la semelle intérieure (c) Statistique du département de la Semé, Hiii touche immédiatement le pied. année 1826 , tabl. 99.
(A) Les rives sont les morceaux de cuir (d) Voyez Ducange , au mol Camerarius ijne les cordonniers placent enlre les deux se- Bnrllcs.
ET STATISTIQUE. 491 noient, moyennant un salaire, la place des parties qui i voient une excuse valable à présenter pour se faire dispenser du combat. Saint-Louis avoit aboli, dans ses domaines, l'usage du duel, mais Philippe-le-Bel le rétablit dans les matières criminelles (a).
Chandeliers, 71. Fabricans de chandelles de suif. Chandeliers de cire, i. Fabricans de bougies. Voyez Ciriers. Ckanbvacibrs, 5. Marchands ou fabricans de toiles de chanvre. Changéeurs, 16. Changeurs, banquiers. Les changeurs se distinguoient déjà par leur luxe. Le dit du Lendit rimé (b) s'exprime ainsi sur leur compte :
Et changéour
Qui ne sont mie le mènerai-, Il se sont logie bel et gent.
Les changeurs avoient leurs comptoirs sur le pont au Change; ils a voient diverses espèces de monnoies, et passoient pour exercer une usure criminelle (c). Voyez Lombards.
Chantelibrs, 1 . Le chantelier étoit probablement un employé, préposé à la recelte d'une espèce de droit établi sur les marchands de vin en gros et eu détail, et qu'on appeloit chantelage.
Chanvriers, chantiers, a. Marchands de chanvre brut et prêt à être mis en œuvre.
Chapeliers. Quarante-sept contribuables sont désignés avec la simple désignation de chapeliers. Ce sont probablement ceux que les Statuts des métiers appellent chapeliers degans de laine et de bonnet.
Chapeliers de feutre, 7. Fabricans de chapeaux de feutre.
Chapelières dk soie. Nous trouvons une chapeMère de soie dans la paroisse Saint-André-des-Arts, et parmi les contribuables de la paroisse Saint- Merry l'on voit, i°. une famé qui fet chapiax de saie, a*. Juliane qui fet les cuevre-chiez {d) ; 39. Anlis qui fet les cuevre-chiez de soie. C'est en tout 4 chapelières de soie que renferme notre manuscrit. Il paroi t que tes chapeaux de soie étoient exclusivement portés, ou du moins fabriqués par les femmes.
(a) Voy. sur les réglemens de ces épreuves, les curieuses citations de Ducange , au mot Campio.
(b) Fabliaux et Contes de Barbazan , édit. de 1808, tome II, p. 3o3.
(c) Jean deGarlande, Append. 2, n° xxxv.
(d) Les couvre-chefs , les chapeaux.
Nous trouvons encore dans les Statuts des métiers (a) de chapeliers; ce sont, i\ les chapeliers de Heurs; 2°. les chapeliers de paon ou fabricans de chapeaux faits ou ornes avec des plumes de paon ; et, 3°. les faiseurs de chapiaux cCorfrois, ou fabricans de chapeaux brodés d'or.
Paris compte aujourd'hui 3io fabricans ou marchands de chapeaux de feutre ou de soie.
■ * < ^«mivj
Chaperonmers, 6. Fabricans de chaperons. Cette coiffure consistoit dam une espèce de bourrelet garni de deux pendans sur les côtes. Elle a été portée jusqu'au xve siècle par les hommes et les femmes de toute condition.
Chapuiséeurs, i i . Fabricans d'arçons de selle. Le mot capuza est encore en usage dans les patois du raidi ; il signifie dégrossir un morceau de bois avec une petite hache ou une plane.
Chapuiséeurs de baz, i. Ouvriers qui fabriquent le bois des bâts, que d'autres artisans recouvrent ensuite avec du cuir. Voyez Blazenniers.
Charbonniers, i6. Marchands de charbon. On compte actuellement dans Paris a3 marchands de charbon de bois et a5 marchands de charbon de terre.
Charbonniers, a. Les chardonniers étoient probablement des gens qui recueilloient et vendoient cette espèce de chardon nommé vulgairement chardon à bonnetier et à foulon (b) , et qui sert à carder les laines et à rendre le poil des draps plus lisse et plus uni.
Charnisseurs, i . Je pense que le charnisseur étoit, comme le chantelier, un employé du fisc. 11 existoit une taxe sur les viandes, qu'on appeloit carnagium, carnaticum et carnitium (c). C'est de ce dernier mot que semble dériver le mot charnisseur. C'étoit le receveur des droits perçus sur les viandes destinées à l'approvisionnement de la capitale.
Charpentierb , 95. La profession de charpentier cm}. rassoit autrefois tous les travaux qui sont exécutés aujourd'hui par les menuisiers , par les fabricans de meubles, par les tonneliers, en un mot, pour me servir des termes des statuts de la profession , par « toutes manières d'autres ouvriers « qui euvrent du trenchant en merrien (d). »
(a) Voy. aussi Jean de Garlande , App. a , n» xvii.
(A) Dipsacus sativus.
(c) Voy. ces roots dans le Gloss. de Ducang*. {d) Voyex les Statuts des métiers et Jean de Garlande, Append. a, n° xlit.
ET STATISTIQUE. 4g5 Charpentiers db mbsons, i . Ouvriers qui s'occupoient exclusivement à faire des charpente». Cétoit la profession de charpentier telle que nous l'entendons de nos jours.
Un fait digne de remarque, c'est que nulle part les progrès et le développement de l'industrie ne se manifestent d'une manière plus sensible que dans les professions relatives à la construction des maisons. J'ai dit qu'autrefois la menuiserie étoit du ressort des charpentiers, et cependant notre manuscrit n'en donne que g5 pour Paris en 1 292. Aujourd'hui l'on compte à Paris 97 charpentiers entrepreneurs et environ 600 ateliers de menuiserie. Voyez aussi Maçons.
Charpentiers de nés, 2. Constructeurs de bateaux. L'ancien mot nés, du latin navis, signifioit barque, bateau; le mot nef est encore employé dans le langage poétique avec la même signification.
Charretiers, 47- Plusieurs des charretiers nommés dans le recensement de la taille de 1292, étoient des gens à gages, comme les chambrières dont j'ai donné le nombre plus haut. Ceux qui exerçaient cette profession pour leur compte, s'occupoient principalement du transport de* vins (a).
Charrons, 18. Outre ces 18 charrons, je trouve encore, dans la paroisse Saint-Merry, un Raoul le charronnier dont je nesaurois expliquer la profession si l'on n'admet que le mot charronier est une variante de celui de charron. Les ateliers de charrons sont actuellement dans Paris au nombre de xi 5.
Chartrierô, 1. Geôliers.
Chasubliers, 5. Fabricans d'ornemens d'église. L'Almanach du commerce ne donne pour Paris, en i836, que huit chasubliers.
Chauciers, 61 . Fabricans de chausses. S'il faut s'en rapporter à un dessin à la plume tracé sur le manuscrit des Statuts des métiers que j'ai consulté , au bas de la page où il est question des chaussiers, dessin qui paroit être de la main même de l'écrivain qui a composé le manuscrit, les chausses de nos pères étoient exactement semblables à nos pantalons à pied (b). Voyez Lombards.
Chauçons. Parmi les contribuables de la paroisse Saint-Sauveur, se trouve
(a) Legrand d'Aussy, tome II, puge 356, tracer des figures explicatives à la marge du
éd. 1 78-2, texte ; on trouve des dessins pareils pour les
{b) La profession de chaucier n'est pas la pigniers et lanterniers , pour les estuvieurs,
seule pour laquelle l'écrivain se soit amusé à les poulaillers, etc.
un certain Girart qui/et les chauçons. C'est le seul individu dans tout le recensement qui soit désigné comme exerçant cette profession.
Chauderonniers, h\ Chaudronniers. Voyez Maignens.
Chauméeurs, 3. Marchands de paille ou couvreurs en chaume. Le chaume est une des marchandises dont la mention a trouvé place dans les crieries de Paris par Guillaume de la Villeneuve (a).
L'autre cric chaume , i a chaume.
On employoit la paille, même chez les rois et les grands seigneurs, à joncher le sol des appartenons pour se garantir du froid (b).
Cheesmers, chaesnters, 7. Fabricans de chaînes.
Chevilliers, a. Faiseurs de chevilles.
Chevax, marchéans de chevax, vendeurs de chevax , 5. Marchands de chevaux, maquignons.
Chevriers, i . Marchands ou gardeurs de chèvres.
Ci ri ers , cirières, 19. Marchands de cire, fabricans et marchands de bougies. L' Almanach du commerce ne donne que le même nombre de ciriers ou fabricans de bougies pour Paris en i836. 11 est vrai que le commerce de la bougie se mêle ordinairement à celui de plusieurs autres objets, et qu'il est bien peu de marchands qui se livrent exclusivement à ce genre d'industrie.
Citoléeurs, 4. Luthiers, fabricans de citoles. La citole étoit une espèce de guitare.
Claceliers, 1. Le clacelier étoit ou un serrurier ou un porte-clefs. Clavi-
cularius (c).
Cleviers, i . Ce mot peut avoir plusieurs significations. Si on le fait dériver de clavis, on peut le prendre dans les deux acceptions du mot clacelier qui précède. Si on fait dériver clevierde clavus , ce sera une variante du mot
cloutier.
Clers , 53. Le Glossaire de Ducange contient des explications détaillées sur les diverses acceptions du mot clericus, et notre manuscrit nous fournit, à l'appui de ces explications, des renseignemens qui ne sont pas sans intérêt.
Les 53 contribuables qui sont désignés par le seul mot de clers, étoieut ou des individus qui, ayant fait les études nécessaires pour entrer dans les
(a) Fabliaux et Contes, tome II , p. a83. (c) Voyet ce mot dans Ducange.
{b) Ugrand d'Auasy, tome III , p. 1 33.
ordres n'avoient encore pris aucun des ordres majeurs, ou des jurisconsultes, ou des sa vans de profession (a).
Le root clerc a voit encore la signification de commis, d'homme d'affaires. C'est dans ce sens qu'il faut l'entendre dans les phrases suivantes extraites de notre manuscrit : « Alain de Dampierre; — Guillot son clerc; « — le clerc feu Adam Bourdon ; — Adam le clerc Henri des Nés. »
Ou appeloit aussi clercs des commis marchauds ou même des garçons de boutique : c'est ainsi que dans le rôle de i3i3 on trouve un clerc servant a drapier, et dans celui de 1292 , nous voyons un contribuable désigné de la manière suivante : « Simon le Picart, clerc regratier. »
Ducange nous apprend que dans les paroisses il y avoit un clerc chargé de chanter l'épitre, les leçons et les psaumes, de répondre à la messe et de tenir l'école. C'est probablement d'un clerc de ce genre qu'il s'agit dans cette phrase de notre manuscrit : « Guillaume le clerc de Saint- Gervès. »
Le mot clerc avoit encore la signification qu'il conserve aujourd'hui chez les hommes d'affaires. Il signifioit, copiste, écrivain expéditionnaire. Ainsi le recensement de la taille de 1292 nomme un clerc du Four-l'Évêque, et celui de la taille de i3i 3 un clerc du Ghàtelet (b).
Ci.ergesses, i . Je trouve Aveline la clergesse dans la paroisse Saint-Gervais. Ce mot-là, comme le mot clergé, est évidemment dérivé de clericus, clerc. 11 ne doit pas signifier autre chose ici que la femme d'un clerc.
Closiers, 2. Concierges. Notre manuscrit ne nomme que deux closiers, le closier de Sainte-Kateline et le closier Guillaume Bourdon, tous deux clans la paroisse Saint-Laurent.
Clooutiers , cloetiers, cloutiers, 19. Cloutiers. Il existe aujourd'hui dans Paris 49 fabriques de clous de toute espèce.
Cochetiers, 5. M. de la Tynna, faisant venir le mot cochetiers du mot coche, en fait des propriétaires de voiture; mais coche vient lui-même de coche/us qui, en base latinité, signifie bateau et non pas voiture de terre. Les cochetiers étoient donc des constructeurs ou des conducteurs de bateaux*.
Coffriers, 17. Coffretiers. On compte actuellement dans Paris 172 layetiers,
coffretiers ou emballeurs.
Coiffiers, coiffières, 29. Faiseurs et faiseuses de coiffes.
(a) Voyez, plus bas, l'article sur les impositions. (A) Voyez le Dictionnaire de Trévoux , au mot Clerc.
Commanderbssbs, 2. La rue de la Coutellerie qui , dans notre manuscrit, est nommée rue aux Commanderesses , est aussi désignée dans les anciens titres sous le nom de rue des Recommanderesses. Or, les recommanderesses, d'après Sauvai , étoient, dans le langage du penple , les femmes ou matrones qui se mêlaient de trouver des conditions aux servantes et aux nourrices : le mot commanderesses devoit avoir la même signification .
Comportbresses, i. C'étoient, suivant M. de la Tynna, des revendeuses à éventaire.
Concierges, 24. La plupart des contribuables qualifiés de concierges , sont préposés à la garde de l'hôtel d'un grand seigneur. Voyez l'article intitulé Hôtel des Grands, dans le Vocabulaire des rues, places, etc., à la fin du volume.
Çonréeurs, 22. Corroyeurs. Outre les 22 contribuables que notre rôle désigne par la simple qualification de conrèeur, on y trouve encore 3 conréeurs de cuir, 1 conrèeur de basanne, a çonréeurs de cordoan ou cuir de Cordoue, 2 çonréeurs de vache et 2 çonréeurs de pelleterie, en tout 52 corroyeurs. On en compte aujourd'hui 16g.
Cortéeur db BuscHE , i . On lit dans les Crieries de Paris (a) :
L'auircs crie 1» busche Une A deux oboles le vous done.
Le bois se vendoit donc quelquefois à la bûche et non pas toujours à la mesure. Alors les conteurs de bûches remplissoient les fonctions de nos mesureurs au stère ou à la corde.
Contre-cbngliers, 2. Fabricans de conti -e-sa ngles .
Coquilliers , 3. Fabricans de coquMts. On désignent sous ce nom une espèce de coiffure à l'usage des femmes.
Corbeuniers, i. Vanniers. Ce mot corbelinier vient probablement de cor-
belia, qui, en basse latinité, signifie corbeille. Cordelibrs , 2. Faiseurs de lacets. Voyez Lacières.
Cordiers, 26. Cordiers. Les fabricans de cordes dans la capitale sont actuellement au nombre de 4 1 .
Cordoanier, cordouanitrs , 226. Cordonniers, ouvriers qui faisoient des chaussures en maroquin ou cuir de Cordoue qu'on appeloit cordouan C'était le cuir le plus estimé, et la basane avec laquelle travaiHoient les cm*
(a) Fabliaux et Contes, tome II , p. 279.
tiers étoit regardée , en comparaison du cordouan, comme une matière de tïI prix (a)*
Le Dictionnaire de Jean de Garlande (b) nous don»è l'indication des diverses espèces de chaussure qui étaient anciennement en usage: c'éloientdes souliers à lacets, des souliers à bandelettes, des souliers à boucles, des sandales, des estimas, des h eus es. Ducange, au mot œstivalia, confond ces deux dernières espèces de chaussure qui semblent avoir été parfaitement distinctes s'il faut s'en rapporter au texte de Jean de Garlande et au commentaire qui l'accompagne. On lit dans le texte les deux mots tjbialia et cruraUa. Quoique, d'après leur étymologie, ces deux mots semblent avoir une même signification , le commentateur traduit le premier par estwaus et le second par heu s es. Les estivaus étoient une espèce de chaussure en usage pendant l'été , semblable probablement à des escarpins ou à des brodequins à simple semelle. Nous retrouvons le vieux mot heuse dans l'allemand hose (chausse, culotte), et dans l'italien uosa (guêtres). Notre langue conserve encore le mot houseaux qui a la même signification. Les heuses dévoient donc être des guêtres ou des culottes de peau.
Dans un autre article (c) Jean de Garlande appelle les cordonniers alutarii, et alula la matière sur laquelle ils travaillent. Aluta, d'après le commentateur de Jean de Garlande, n'est autre chose que le cordouan ou cuir de Cordoue.
Deux contribuables, dans la paroisse Saint-Jacques de la Boucherie, sont qualifiés compagnons cordouaniers. Cette espèce de franc-maçonnerie répandue aujourd'hui parmi les artisans des divers métiers, existoit-elle déjà en 1292?
En récapitulant le nombre des artisans que notre manuscrit désigne comme exerçant la profession que nous désignons aujourd'hui sous le nom générique de cordonnerie , nous trouvons :
Çavetiers i^o
Cordouaniers 226
Sueurs 25
Total 391
L'Almanach du commerce ne donne pour Paris, en i836, que 55o bottiers cordonniers. Mai» il ne faut pas perdre de vue que les indications de ce genre s'appliquent, non à des personnes, mais à des ateliers qui occu-
(o) Voyez Ducange , au mot Cordehuus. (c) Append. 2 , n» Mil.
{b) Append. 2 , a la 6n du volume, n° vil.
5oo RÉSUMÉ HISTORIQUE
pent un grand nombre d'ouvriers dont les tableaux statistiques des diverses professions ne tiennent jamais compte. Il est encore essentiel de remarquer qu'un grand «ombre de portiers , à Paris, exercent la profession de cordonnier. Leur nombre joint à celui des ouvriers en chambre formeroit un total bien supérieur au chiffre des ateliers.
Cornetiers, 2. L'un des deux contribuables qui exerçoient cette profession est désigné par ces mots feseur de cornez. Les cornetiers fabriquoient donc ou bien des écritoires, ou bien des cornets à jouer aux dés.
Coroniers, i. Faiseur de couronnes. Les bourgeois et bourgeoises portaient quelquefois pour ornement des couronnes d'or ou d'argent. Une vieille ordonnance , de l'an 1 283 , citée dans Ducange (à) , leur défend cet usage ; mais il est probable qu'elle ne dut pas être observée à la rigueur ni pendant long-temps. Je ne voudrois pourtant pas affirmer que ce fussent Va les couronnes que fabriquoit le coronier nommé dans notre recensement. Cette parure pouvoit être faite par les orfèvres. Mais le mot couronne avoit tant de significations différentes qu'il me seroit impossible de rien préciser sur la profession des coroniers. Peut-être étoient-ce des boulangers faisant spécialement des pains ronds, qu'on nomme encore des couronnes , dans les provinces; peut-être fabriquoient-ils , pour les églises, des lustres qui, d'après Ducange, portaient aussi le nom de couronnes.
Corratiers. Voyez Courratiers.
Corrigéeurs, x. Voyez Loirrier.
Courier, i . Le courrier, en basse latinité corearius, curiœprœpositus, étoit un officier laïque, dont les fonctions étoient de faire exécuter les ordres et les i-églemens d'un archevêque dans quelques endroits où il faisoit les fonctions de juge et de procureur fiscal.
Courraier, courroier, 81. Les courraiers n'étoient pas des corroyeurs, comme le dit M. de la Tynna , mais bien des ceinturiers , des marchands et des fabricans de courroies et de ceintures. Us ne travailloient pas seu/ement sur le cuir, comme pourroit le faire penser l'étymologie de leur nom , mais encore sur la soie et les étoffes d'argent. Voici un extrait du règlement qui les concerne dans les Statuts des métiers : « Nul courroier ne m puet bailler courroies hors de son hostel, pour coudre ne pour cloer, « quelles quelles soient, de soie ou de cuir; les courroies d'argent puct-
[a) Au mot Corona.
ET STATISTIQUE. Soi ii il bien bailler à cloer hors de son hostel , et cloer et ouvrer de « nuis (a). »
Courratiers, a3. Courtiers de commerce. 11 existe aujourd'hui à la Bourse de Paris 60 courtiers en titre. Voyez Lombards.
Courratiers de chevaux , 3. Courtiers de chevaux.
Courratiers de viKS, 3. Courtiers de vins. On compte à Paris pour les vins et les liqueurs 5o courtiers, qu'on appelle courtiers-gourmets.
Courtilliers, 6. Jardiniers, maraîchers.
CousTEPOINTlERS, 8. Faiseurs de courtepoi n tes .
Coustiers, 9. Fabricans de lits de plume, de coussins, de matelats, et d'autres objets propres au coucher.
Cousturibrs, 5j. Si le mot ancien cousturier n'a, pas la même signification que son féminin cousturière qui s'est conservé dans la langue , c'est-k-dire s'il ne désigne pas des ouvriers en linge, il faudra s'en tenir à l'explication donnée par M. de la Tynna qui traduit cousturier par tailleur. Mais, dans ce cas, il faut au moins remarquer l'existence dans l'ancien langage des deux mots cousturier et tailleur, qui prouveroit, selon moi, qu'autrefois comme aujourd'hui on distinguoit l'ouvrier coupeur, de celui qui se borne à coudre.
Cousturières, 46. Couturières, ouvrières eu linge, faiseuses de robes, et probablement aussi ouvrières employées par les tailleurs.
Cousturiers de ganz, i. Artisans dont le métier étoit de coudre des gants.
Coutbliers, aa.
CouTELiERS-rèvRES, a. Les Statuts des métiers distinguent les couteliers-fëvres, des couteliers faiseurs de manches. Les premiers, comme l'indique le mot fèvre , faber, fabriquoient des lames de couteaux , les autres faisoient seulement les manches. Je pense que c'est cette dernière classe d'ouvriers qui est désignée dans notre manuscrit sous le nom $ emmanchéeurs .
Jean de Garlande (b) appelle institor un marchand de couteaux. Cet institor vendoit des couteaux pour la table , appelés mensaculce et artavi, des gaines grandes et petites, des stylets et des étuis pour les mettre. Les deux mots institor et mensaculce ne sont pas dans Ducange. Le commentateur de Jean de Garlande traduit artavus par kenivel, d'où vient évi-
ta) Voyez aassi le Dictionnaire de Jean de {b) Append. 2 , n* wn. Garlande, Append. a, n° vin.
5oa RÉSUMÉ HISTORIQUE
demment le mot canif. Il ajoute cette courte explication : scilicet adtellus qui tendit in altum. Seroit-ce un canif dans le genre de nos canifs à coulisse?
Aujourd'hui c'est le même artisan qui exerce les deux industries, et Paris compte 100 couteliers environ.
Couvréeurs, 7. Couvreur. Voyez Recouvréeurs.
Crespiniers ,3a. Voici comment le Livre des métiers explique la profession des crespiniers : » Crespinniers de fil de soie, c'est à savoir ouvriers de «c coiffes à dame, et toies à orilliers et de paveillons que on met par dessus « les autels que on fait à l'aguille et au mestier. »
Crieurs,44. Lescrieurs, d'après M. de la Tynna, étoient des officiers de ville jurés , établis pour annoncer les ordonnances de police , les décès , les objets perdus ou trouvés , etc.
Souvent la profession de crieur se trouve réunie à une autre, et, de fait, on voit par les Crieries de Paris de Guillaume de la Villeneuve, que plusieurs artisans crioient dans les rues les produits de leur industrie ; d'autres, semblables à nos raccommodeurs de faïence , réparoient les effets d'habillement ou les ustensiles de ménage, devant la porte des maisons. ( Voy. les articles Pétetiers, Mazelinniers. ) Mais une chose à remarquer, c'est que dans le petit poème des Crieries de Paris le mot de crieur n'est employé que pour désigner ceux qui proclamoient le prix du vin (a) :
Le bon vin fort à trente deux (£) , A seize , à douze , à six , â huit ; Moult niai rient Criéeor grant bruit (c).
Et dans le règlement des crieurs, contenu dans le Livre des métiers, le principal article est relatif aux relations des crieurs avec les taverniers ou cabaret! ers. Après avoir décrété que les crieurs verseront entre les mains du prévôt des marchands et des échevins un cautionnement de 40 sols et 1 denier, le règlement s'exprime ainsi : « Les taverniers doivent leur confier « (aux crieurs) leurs hanaps (d), et se le tavernier le perdoit il auroit re- « cours aux pleiges de son hanap. » On voit par-là que la principale fonction des crieurs étoit d'annoncer le vin à vendre. Cependant, dans notre manuscrit, les crieurs simples sont distingués des crieurs de vins, et ceux-ci,
(a) Fabliaux et Contes, tome II , p. 282. {d) Grande coupe à boire, probablement
(b) Vin à 3a deniers pour le plus cher. aree un échantillon de rin à vendre.
(c) Les crieurs font grand bruit.
ET STATISTIQUE. 5o3
comme on le verra plus bas, sont en minorité. Mais je crois que le mot crieur seul et sans désignation particulière signifie aussi crieur de vins. La fonction des crieurs, d'après Legrand d'Aussy (a), étoit de crier à l'enchère la veute du vin, lorsqu'il arrivoit sur les ports ou dans les marchés de la ville. Un usage bizarre, rapporté par le même auteur, achève de prouver que les crieurs étoient des officiers spécialement consacrés au commerce et à la vente des vins. « Quand quelqu'un de la communauté mouroit , dit « Legrand d'Aussy (b), les autres venoient tous assister à son convoi, en robe « de confrairie. Le corps étoit porté au lieu de la sépulture par quatre d'en- (f tre eux. Deux autres suivoient, chargés, le premier d'un beau hanap » (vase à boire), le second d'un pot plein de vin. Le reste de la troupe « marchoit devant, ayant en main des sonnettes, qu'ils faisoient sonner « tout le long de la route. Quand on étoit arrivé à un carrefour, le convoi « s'arrêtoit. Alors on posoit le corps sur des tréteaux. Le crieur qui por- « toit le hanap, le faisoit emplir par celui qui portoit le vin. Chacun des « quatre porteurs hûvoit un coup. On en oftroit autant à quiconque, pas- « sant on spectateur, vouloit l'accepter; après quoi l'honorable compagnie n continuoit sa route. » Une note du même auteur ajoute qu'en 14 1 5 une ordonnance de Charles VI ajouta aux fonctions des cneurs celles d'annoncer les morts, les jours de confrairies, les enfans et les animaux perdus, enfin les légumes et productions de la terre qui étoient à vendre , excepté le bois et le foin.
La corporation des crieurs, comme les autres corporations de métiers, avoit une organisation particulière et reconnoissoit une autorité prise dans son sein. Chaque métier un peu considérable avoit son maître qui étoit le chef de la corporation. Mais je vois, par notre manuscrit, que les crieurs en avoientdeux: un sur la rive droite de la Seine, dans la paroisse Saint- Germain-1' Auxerrois ; l'autre sur la rive gauche, dans la paroisse Saint- Séverin. Ceux qui achetoient une maitrise dévoient un droit au maître.
Nous trouvons encore dans la paroisse Saint-Germain-l'Auxerrois un contribuable désigné par cette qualification remarquable : Le crieur des aveugles. Guillaume de la Villeneuve place parmi les cris de Paris les réquisitions des frères quêteurs des diflérens ordres, demandant dans les rues du pain pour leurs couvens. Au nombre de ces quêteurs , il n'oublie pas celui qui invoque la charité publique pour les aveugles
(a) Tome II , page 358 et suiv.
(b) D'après l'ordonnance de Charles VI , citée plus bas. Voyez Ordonnances des rois de France, tome X , page 279.
Digitiz
5o\ RÉSUMÉ HISTORIQUE
établis par Saint-Louis dans l'hospice des Quinze-Vingts, que ce monarque avoit bâti sur un terrain nommé le Champ-Pourri.
A pain crier mètent grant paine ,
Et li avugte à haute alaine :
Du pain à cela de Champ porri («).
Il paroit, d'après l'indication donnée par notre manuscrit, que ces appels à la bienfaisance du public, en faveur des Quinze- Vingts, étoient faits par un crieur spécialement chargé de cet emploi , qu'on nommoit le crieur des aveugles.
Crieurs de vin, 4. Crieurs de vin à vendre. Cette profession est encore en usage dans les provinces. En Auvergne, le crieur reçoit du marchand un broc de vin pour échantillon, et une tasse en argent (qui remplace l'ancien hanap), afin de faire déguster aux gourmets la liqueur qu'il est
tn<n uc idirc Valoir»
Autrefois comme aujourd'hui, le crieur de vin avoit soin de proclamer le prix de la marchandise dont il annonçoit la vente. » Les crieurs de « vin, dit Jean de Garlande (£), proclament à pleine voix le vin passé au « tamis, attaminatum, qui est à vendre dans les tavernes , à quatre denier», « à six , à huit et à douze ; » malheureusement , nous ignorons la capacité de la mesure dont Jean de Garlande nous donne les prix.
Cristalibrs, 18. Les cristaliers, d'après les Statuts des métiers, étoient « des « marchands de verres taillés et de verres peints; des ouvriers de pierres « de cristal et de toutes autres manières de pierres naturelles . » Le commerce de nos marchands de cristaux n'embrasse plus la joaillerie fine ; mais si , de ce côté , leurs travaux se sont un peu restreints , leur nombre à Pari» est plus que triplé depuis la fin du xm* siècle. On comptoit en 1827, dans la capitale, 58 marchands de cristaux et 3o établissemens pour la taille des cristaux , occupant ensemble 750 ouvriers (c).
Cbosetiers, 2. Dans la basse latinité , on appeloit crocei, crocciœ {d), et on nomme maintenant encore crosse, les potences dont se servent, pour marcher, ceux qui n'ont pas le libre usage de leurs jambes. C'est probablement de là que vient le mot crosse, désignant le bâton pastoral de l'évéque, mot qui , dans le Midi , est encore en usage pour désigner un bâton recourbé
{a) Fabliaux et Contes, tome II, p. 281. (c) Statistique de Paris, année 1819.
(b) Append. a, na xxvii. — Voyez plus tabt. 126. haut , page 5oa. ,'</) Voyez le Glossaire de Ducange.
ET STATISTIQUE. 5o5 par le bout, dont les vieillards se servent pour aider leur marche. Les crosetiers dévoient être des fabricans de potences ou de cannes. Ccilleriers , i. Probablement fabricans de cuillers. Cet ustensile étoit connu sous la première race de nos rois , mais il paroit que la fourchette n'a été en usage que vers la fin du xve siècle ; la première mention qu'on en trouve est dans un inventaire que Charles V fit faire de son argenterie en 137g. Jusqu'à cette époque on s'étoit probablement servi de couteaux pour porter à la bouche les morceaux coupés (à).
Cuiriers. Voyez Quiriers.
Cuisiniers, ai. Traiteurs, restaurateurs. Voyez Oiers, Osteliers , Quetts, Taverniers.
Déei iers, 1 . Fabricans de dés à coudre. On en compte aujourd'hui 6 dans Paris.
Deiciers, 7. Fabricans de dés à jouer.
Descrarcdéeurs, desekargéeurs , 46. Sorte de portefaix, gens qui faisoient métier de décharger les marchandises. Parmi les 46 déchargeurs soumis à l'impôt, deux sont énoncés comme s'occupant d'une spécialité : l'un est liescharchéeur de vins, l'autre descharchéeur de merrien (de merrain).
Doréeurs, 4- Doreurs. Aujourd'hui on compte à Paris environ a5o doreurs, sur bronze seulement (b).
Dorblotiers, Rubaniers, fabricans de rubans, de lacets de soie, de housses et de franges.
DttAPiEus, 19. Fabricans et marchands de draps.
Dès le xi* siècle les drapiers n'avoient pas, à ce qu'il paroit, une réputation de probité bien établie. Ils avoient des aunes moins longues que ne le portoient les réglemens, et ils aidoient encore, par le jeu du pouce, à la fausseté de la mesure (c).
Le nombre des marchands et fabricans de drap dans Paris s'élève actuellement à a 14.
Eàue {hommes éT), a. Mariniers.
Empoléeurs, a. V oyez A mpoliéeurs.
(a) Legrand d'Aussy, tome III, p. 1%. (c) Voyei Jean de Garlande, App. a, n° xt.
Il) Statut, de Paris, «an. i8a3, tabl. 87.
5o6 RÉSUMÉ HISTORIQUE
Ewclumiers, i. Faiseurs d'enclumes.
Encriers, encrières. Fabricans d'encre. Notre rôle ne contient qu'un seul contribuable de cette profession. C'est une femme. Dans le rôle de i3i3, on ne trouve pas non plus que le métier d'encrier fût exercé par des hommes. On compte aujourd'hui dans Paris 4" fabriques d'encre à écrire et 7 fabriques d'encre d'Imprimerie , employant ensemble 28 ouvriers (a).
I NLiGNÉEims, 3. Ce mot peut venir de linea ligne, ou de lignum bois. Si l'on adopte la première de ces deux étymologics, qui me paroit la plus certaine, Yenlignéeur seroit un arpenteur ou un dessinateur (J>). Dans la seconde hypothèse, on ne pourroit donner que des explications forcées et qui n'auroient même pas le mérite de la probabilité.
En lu min k eu ns, iî. Enlumineurs pour les manuscrits et les images.
Emmanchéeors, 10. Faiseurs de manches pour les couteaux et autres outils.
Entailléeurs d'ymages, 1. Sculpteurs. Voyez Ymagiers.
Erbiers, 7. Marchands d'herbes médicinales et potagères.
Eschadfaudéeurs, a. Constructeurs d'échafaudages.
Eschaodkeurs, a. Espèce de pâtissiers. Ce que nous appelons échaudés étoit déjà connu à la fin du xiue siècle (c).
Escorcheeurs, i3. Écorc heurs, équarrisseurs.
EscREMissiEURs, 7. Maîtres d'escrime.
Escreveiciers, a. Fabricans d'une espèce de cuirasse en lames de fer, enchas- . sées les unes dans les autres comme les anneaux de la queue d'une écrevisse.
Escrwiers, 2. Faiseurs d'écrins et de boîtes. Escrituriers, i. Greffiers, écrivains.
Escrivains, 34. Écrivains, copistes. Avant l'invention de l'imprimerie, la plume de l'écrivain pouvoit seule perpétuer les ouvrages anciens et mettre les nouveaux en lumière. Aussi cette profession étoit-elle honorée et comptoit-elle de nombreux adeptes. Mais c'étoit dans les cloîtres que se faisoient les travaux les plus importans et les plus considérables. L'abbaye de Sainte-Geneviève, l'abbaye de SainU-Germain-des-Prés et surtout
(a) Statist. de Paris, mm. 1 826, tabl. toi. (e) Voy. Ducange, au mot Eschaudati. - (*) Voyox Ducange, aux mots Linea, Voyez aussi Crieries de Paris . Fabliaux* Lineator. Contes, t. II , p. 379.
ET 8TATISTIQUE. 5o7 l'abbaye de Saint-Victor, si riche en manuscrits précieux , dévoient avoir chacune dans son sein bien plus d'écrivains à elle seule que n'en comptoit, dans l'état laïque, la ville de Paris. Cependant, en portant à 5oo, ce qui est certainement exagéré, le nombre des écrivains tant religieux que laïques existant à Paris à la fin du xin* siècle, cette institution, quelle que fût son importance, ne pourroit, pour le nombre des travailleurs seulement, sans parler des moyens d'action pour lesquels toute comparaison deviendroit ridicule,, être mise en parallèle avec l'imprimerie moderne. On compte dans Paris 81 imprimeries, qui occupent 1460 compositeurs (a).
Escuciebs, 1 . Faiseurs d'écus, de boucliers , en latin scuta. Ils fabriquoient des boucliers couverts de toile, de cuir, de cuivre, sur lesquels étoient peints des lions et des fleurs de lis (b).
Escueliers, 9. Marchands de poterie.
Eecuiers, 12. Les écuyers étoient des nobles dans une position inférieure, suivant les chevaliers à la guerre et portant leur épée et leur écu. Mais le mot écuyer* été pris aussi dans le sens de domestique (c), et c'est la signification qu'il faut lui donner dans les phrases suivantes extraites de notre manuscrit: « l'escuier au prieur de Saint-Denys de la Chartre, — <« l'escuier à l'aumosnier de Saint-Germain, — l'escuier au pitancier, m etc. Dans la première de ces deux acceptions, le mot écuyer vient du latin scutijer, qui porte Vescu (le bouclier) ; dans la seconde, il vient de equus, cheval, qui prend soin des chevaux. C'est dans ce sens qu'on dit encore aujourd'hui grand écuyer du roi , intendant des écuries. Il y avoit encore à la cour des charges d'écuyers tranchans qui étoient des officiers de la cuisine ou de la table du roi. Dans ce sens, le mot escuier viendrait de escarius.
Escuieres, 5. Femmes d'écuyers.
Esmailléeurs, 5. Émailleurs. UJlmanach du Commerce donne pour Paris,
en i836, trente-trois émailleurs.
Eshouléeurs, 6. On trouve aussi esmouléeur de coutiax. Ce sont des
rémouleurs.
Esperonniebs, 3. Éperonniers. Ils sont aujourd'hui au nombre de 16. Espiciers , 28. Épiciers , apothicaires. On ne peut se défendre d'un certain
(a) Statistique du département de la Seine, année i8a3 , tabl. 91 .
(b) Voyez le Dictionnaire de Jean de Garlande, Append. 2 , n* ix.
(c) Voyez Ducange, aux roots Armigeri, Escuderiuj.
5u8 RÉSUMÉ HISTORIQUE
étonnement, lorsque l'on compare ce petit nombre d'épiciers avec la prodigieuse quantité d'individus qui exercent aujourd'hui dans Paris la même profession et dont le nombre dépasse au moins i5oo. 11 paroit que ce métier n'étoit pas bien florissant à l'époque que nous considérons. Un auteur contemporain, celui qui a rimé le Dit du Lendit, note comme un fait digne de remarque, la rareté des épiciers à cette foire célèbre (a).
Je n'i vi que trois espisiers , Et si le me convient noncier.
Du reste , anciennement le commerce des épiciers n'étoit pas tout-à-fait le même que de nos jours. Leurs boutiques étoient principalement des boutiques de pharmacie. Le commentateur de Jean de Garlande traduit par espiciers le mot apothecarii, et Jean de Garlande donne une liste assez étendue des herbes et des drogues qu'ils vendoient (b). Voyez Lombards, Pévriers.
Kspinguiers, 10. Fabricans d'épingles.
Establiers, i. D. Carpentier donne au mot establier la signification
cfétalier, petit marchand qui expose sa marchandise sur un étal. EsTACHÉEDns, 3. Même signification que alachéeurs. Voyez ce mot. Estocpiers , i . Marchands d'étoupes.
Estuvéeurs, estuveresses. Baigneurs, propriétaires d'établi. ssemens de bains publics ; je donnerai plus bas les noms et la demeure de tous les estuveeurs que renfermoit Paris en 1292 (c).
Paniers, 22. Marchands de foin. La Statistique de Paris ne nous donne pris le nombre de personnes qui font le commerce du foin , de la paille et de l'avoine dans la capitale. Mais on se figurera aisément quelle doit être l'étendue de ce commerce, lorsqu'on saura qu'en 1824, avant l'établissement des Omnibus, on comptoit déjà dans Paris près de 12 mille voitures de toute espèce, ce qui suppose plus de i5 mille chevaux. En 1827, il s'est consommé, dans la capitale, 9 millions de bottes de foin, 14 millions de bottes de paille et 1,100 hectolitres d'avoine (d). ■
Farinibrs, 5. Meuniers, marchands de ferine.
(a) Fabliaux et Contes, tome II, p. 3o3. dans le Vocabulaire des rues , places , etc.
(b) Voyez Append. 2, nM xlii et ttitl. {d) Statistique de Parù,ano. i826,labL57;
(c) Voyez l'article intitulé Battu publia, et année 1829, labl. 101.
ET STATISTIQUE. 5»»y Fauchéeurs, 4* Faucheurs.
Fauconniers, 6. Marchands de faucons, gens chargés de nourrir et de dresser des faucons.
Fénestriers, i . C'étaient des marchands ambulans qui venoient offrir leurs marchandises par les fenêtres des rez-de-chaussées. Je n'ai rien trouvé qui pût m'aider à déterminer la nature de ces marchandises : peut-être le fénestrier étoit-il autrefois ce qu'est aujourd'hui le colporteur dans les campagnes. Ce scroit à lui que s'appliqueroit cet article de Jean de Garlande (à) : « Guillaume, notre voisin, a devant lui et vend sur la place des m aiguilles, des étuis, du savon, des miroirs, des rasoirs, des pierres à « aiguiser et des fuseaux (ou des fusils). » Je ferai observer, en passant, que le mot piricudium, que le texte même de Jean de Garlande donne comme synonyme de fusillos , ne se trouve pas dans Ducange.
Fermaillers, 5. Fabricans de chaînes, de fermoirs pour les livres, d'agrafes pour les manteaux et les habits. Ces fermoirs et ces agrafes étoient en plomb, en étain, en fer et en cuivre. Ils fabriquoient en outre de beaux colliers et des grelots (b).
Ferpikrs, i2i. Fripiers. L'un d'eux est désigné par la qualification de fer~ pier de linge. Je n'ai aucun renseignement sur le nombre des fripiers en boutique qui existent actuellement dans Paris; mais on aura une idée de l'accroissement qu'à pris ce genre d'industrie, lorsqu'on saura que le marché du vieux linge spécialement destiné au commerce de la friperie, • se compose de 4 halles couvertes, offrant plus de 1800 places aux marchands (c).
Ferrant. Le rôle de 1292 ne renferme qu'un seul contribuable^vec cette qualification ; est-ce un maréchal-ferrant , est-ce un ferron?
Fekrons, 11 . Marchands de fer, fabricans ou marchands de gros ouvrages de fer.
Feutrieiis, 1 o. Fabricans ou marchands de feutre.
Fèvres, 74. H résulte des enonciations portées aux Statuts des métiers, <|ut le mot fèvre étoit le mot générique pour désigner toutes espèces d'artisans travaillant le fer, tels que les maréchaux , les greffiers, les hiaumiers, les veillers (d), les couteliers et même les serruriers. D'après cela, il est difficile de dire précisément quelle est la signification du mot fèvre,
(a) Appcnd. 2, n° m (c) Statist. de Paris, ann. i8a3 , lai- i<
(&) Jean de Garlande, Append. a, n» xix. (d) Voyez ce* mots.
5io RÉSUMÉ HISTORIQUE
lorsqu'il se trouve seul et sans autre désignation plus précise. 11 est possible qu'on appelât fèvres , les ouvriers ou vallets qui travailloient chei les maitres, et qu'on appliquât indistinctement cette désignation aux ouvriers maréchaux, serruriers, couteliers, etc. Jean de Garlande, au mot fabri, donne bien quelques détails, mais qui laissent toujours la question incertaine. « Les fèvres, dit-il, fabriquent sur des enclumes, avec des « marteaux et des tenailles, des couteaux , des socs de charrue, des fers « pour les chevaux, des fers pour les bêches, les pelles, les houes, les herses, h sans oublier les faulx pour les près et les faucilles pour les moisit sons («). »
Fienseurs, 2. Ce mot vient sans aucun doute de l'ancien mot fiens, qui avoit la signification du terme languedocien fens, fumier. Les fienseurs étoientdonc, selon toute probabilité, des marchands de fumier.
Fil d'argent (qui tret le), i . Artisan qui fabrique du fil d'argent.
Filandriers , filondrières , 5. fileurs, fileuses. Le mot filandière , au féminin, est encore dans la langue.
Fileresses de SAIE , famés qui filent saie, 8. Fileuses de soie.
Fileurs d'or, a. Fabricans de fil d'or.
Fléchiers, i. Fabricans de flèches.
Yl'b.uté.e.uhs , jleutiers , a. Fabricans ou joueurs de flûte.
Floreresses de coiffes, i. Fleuristes, femmes dont la profession étoit d'orner les coiffes et les chapeaux de fleurs naturelles ou artificielles. Dans toutes les fêtes, et particulièrement dans les noces, nos pères aimoient à se parer de chapeaux de fleurs, et la rose étoit leur fleur de prédilection (6).
FiorierS, a. Marchandes de fleurs.
Fondéedrs, i. Fondeurs de métaux. Voyez Moléeurs. Jean de Garlande désigne les fondeurs sous le nom d'artifices. « Ce sont, dit-il , ces ouvriers . « habiles qui fondent des cloches en airain sonore, au moyen desquelles les « heures sont annoncées dans les églises par le mouvement des battans et « le secours des cordes. » On ne peut reeonnoitre dans cette description une horloge à sonnerie ; mais il paroît qu'antérieurement a l'invention ou, du moins, au perfectionnement de ces ingénieuses machines , on étoit dan> l'usage de marquer les heures au son de la cloche.
(a) Voyez Append. a , n° un. (b) Legrand d'Auwv, tome II . pag. 23î
et »u«v.
ET STATISTIQUE. 5n Fontehiers , i . Fabricans de fontaines. On en compte aujourd'hui 46 dans
Forcbtiers, 1 1 . Fabricans de ciseaux de jardiniers ou de tondeurs de draps, qu'on appelle encore aujourd'hui forces.
Forestiers, i. Gardes des forêts, forestarii. On trouve aussi dans notre
manuscrit deux forestières, femmes ou veuves de forestiers. Former. Voyez Fournier.
Fosséedrs, 6. Fossoyeurs.
Youkcmstfouacières, 3. On appeloit anciennement/oiuzce une espèce de pain cuit sous la cendre (a). Dans le midi de la France, on donne encore le nom de fouace à un pain mince, fait en couronne, et qu'on ne laisse cuire que quelques minutes aux premières chaleurs du four.
Fouchières, a. Ce mot est le même sans aucun doute que le mot facariœ, par lequel on désignoit, dans la basse latinité, une cuisinière , une servante de cuisine, ou bien la concubine d'un ecclésiastique. Cette dernière acception étoit la plus répandue (b). Nous trouvons aussi , dans le même sens, la qualification de prestresse appliquée à quelques unes des femmes mentionnées dans notre manuscrit, mais je n'ai pas cru devoir relever leur nombre, parce que, dans l'epithètequi suivoit leur nom, il étoit impossible de voir la désignation d'une profession.
Foulons, 34. Artisans qui foulent les laines et les draps. Les foulons, à ce qu'il paroi t, travailloient en état de nudité, ce qui donnoit lieu entre eux à des turpitudes que leur reproche Jean de Garlande (c).
Fourbeeurs, forbéeurSf forbisséeurs, 55. Fourbisseurs d'armes , artisans qui fourbissent et qui montent les sabres, les épées, etc. A une époque où tout citoyen étoit soldat, où chaque homme avoit ses armes, et marchoit même ordinairement armé, toutes les industries qui ont quelque rapport avec la profession militaire, dévoient être parvenues à un assez haut point de développement. Aussi trouvons-nous, en 1292, 35 fourbisseurs dans Paris, et en i8ai, c'est-à-dire plus de cinq cents ans après, la ville ayant plus que décuplé l'étendue de sa superficie, plus que triplé le chiffre de sa population; la même profession ne nous fournit que 40 artisans, 5 seulement de plus qu'en 1292 (d). Le métier de fourbisseur étoit fort lucra-
(a) Voyez Roquefort , au mot Fouace. (d) Statistique du département de la Seine,
(£) Voyez Ducange , au mot Focaria. année 1823 , tableau 85.
(c) Append. 2 , n* xliz.
5ia RÉSUMÉ HISTORIQUE
tif. Ces artisans ne se bornoient pas à fourbir et à nettoyer les armes qu'on leur contient; Jean de Garlande nous apprend qu'ils accumuloient les deniers en vendant des épées bien fourbies, ayant des pommeaux à tohn (qui habent tolos), des hancères brillantes (scqpulos rutilantes) et des fourreaux tout neufs. Uhancère étoit la garde de l'épée. Quant aux pommeaux à tolons , mots par lesquels le commentateur de Jean de Garlande traduit l'expression latine tolos, la signification n'en est pas bien claire, on lit simplement dans le commentaire tolos, pommeaux à tolon, quod est ornare, a quo stola ornamentum sacerdotale.
Fourmàgiers, 18. Marchands de fromage. Je n'ai pu trouver aucun renseignement positif sur le nombre des boutiques exclusivement consacrées dans Paris à la vente des fromages. Mais, pour donner une idée du développement que ce genre de commerce a pris de nos jours, il me suffira de dire que les i5oo épiciers et les 1700 fruitiers en boutique, qu'on compte dans Paris, vendent tous du fromage de plusieurs espèces, et que, pendant l'année 1827, la population parisienne en a consommé plus de 1400 mille kilogrammes (a).
Fourniers, fomiers, 94. On appelle encore aujourd'hui dans les campagnes un fournier, celui qui tient un four public où il fait cuire, moyennant une rétribution en nature ou en argent, le pain que ses habitués fabriquent dans leur propre maison. Anciennement, la plupart des fours publics appartenoient aux seigneurs. Ils se nommoient à cause de cela fours banaux, et étoient concédés, moyennant une certaine redevance, à des tenanciers qu'on appeloit fourniers. Mais outre cette signification , le mot fournier, dans notre manuscrit, a aussi celle de garçon boulanger, aide à four. C'est ainsi que nous trouvons parmi les contribuables qui habit oient sur le Petit-Pont, Andri Fortin, talemelier (boulanger'; Guillaume le Lorrain , son fornier. Voyez Talemeliers.
Foorreliers, 6. Fabricans de gaines et de fourreaux. Voyez Gueiniers.
Fourriers, io. Le mot fourrier peut avoir plusieurs significations. Ducange (b) lui donne celle de fourrageur, ou officier préposé à la levée des prestations militaires qu'on appeloit fodra. On peut aussi entendre par fourrier, un intendant des écuries d'un grand , du vieux mot fourrie qui signifie étable. C'est dans ce sens qu'il faut prendre le mot fourrier dans cette énonciation tirée de notre manuscrit, Robert le Page, fourrier mon-
(a) Statistique de Paris, «no. 1829, tabl. toi. (A) Au root Fodrum.
ET STATISTIQUE. 5i3
seigneur Challes. Enfin , le fourrier étoit encore un marchand de paille, du vieux mot fourre ou fouarre signifiant paille , et telle devoit être son acception la plus ordinaire. Voyez Chauméeurs et Faniers.
Fraséeurs, i. D. Carpentier, au mot micatorium, rapporte un passage extrait d'un vieux glossaire manuscrit où ce mot, qui signifie une machine à broyer, est traduit par esmioère ou frazeure. Les deux mots fraséeur et frazeure, viennent sans contredit du verbe latin frangere, fregi, par la substitution de Vs doux et du z au g. Cette substitution est très fréquente et presque naturelle. Les Italiens et les Espagnols, dans la langue desquels ne se trouvent pas les sons du g et du ch, les remplacent en parlant notre langue , le premier par le z ou l'j doux , le second par Y s dur ; le même accent se retrouve dans quelques contrées du midi de la France. D'après cette étymologie,/raj^ettr pourroit signifier un fabricant de franges. C'est ainsi que de aurum fractum, aurum frangens , on avoit fait orfroi et orfroisiers.
Fritiers, 7. Etoient-ce des marchands de fritures? Déjà vers le xie siècle, s'il faut en croire Legrand d'Aussy (a), la friture étoit la manière la plus usitée d'apprêter le poisson. Les beignets même n'étoient pas inconnus à cette époque. Joinville raconte que, lorsqu'il fut fait prisonnier avec Saint-Louis par les Sarrazins, les vainqueurs lui présentèrent des beignets de fromage rôtis au soleil. Il ne parle pas de ces mets comme d'une nourriture nouvelle et jusqu'alors inconnue; il ne paroit étonné que de la manière dont on la préparoit (b).
Fruitiers, 17. Fruitiers. La Statistique de Paris, pour l'année i8a3, compte dans la ville de Paris 1767 fruitiers en boutique. Il existe en outre 9 marchés publics pour les fruits, les légumes et le poisson, construits et distribués de manière à fournir, pour une légère rétribution, environ 2,5oo places intérieures aux vendeurs (c).
Le fruitier le roy que nous trouvons dans notre recensement, n'étoit peut-être pas un marchand de fruit. Il existoit, dans le palais du Roi, un emploi qui consistait à veiller aux approvisionnemens de fruits, de chandelles et de bougies. Les officiers préposés à ces fonctions se nommoient fructuarii, fruitiers {<£). Leurs subordonnés étoient les vallets du fruit. Voyez Vallet.
(a) Tome II , édit. de 178a, p. a3a. (d) Voyez Ducange, au mot Fruclitaritis.
(b) Legrand d'Aussy, ibid., p. 259. — Legrand d'Aussy, tome III , p. 3oo.
(c) Statut, de Parit, ann. 1823, tabl. 81 ; et ann. 1821, tabl. $6.
5i4 RÉSUMÉ HISTORIQUE
G a agne-pains , a . Ouvriers qui faisoient profession de nettoyer et de racommoder les vases d'étain, les hanaps, etc., etc. On les appeloit aussi gaagne deniers ou gaagne mailles. Ces trois dénominations vcnoient sans doute de ce qu'on payoit les gens de cette profession avec un morceau de pain, avec une maille, espèce de monnoie de peu de valeur, ou enfin, pour le maximum du salaire, avec un denier qui valoit alors un peu moins de 10 centimes.
Gai.ochiers, 2. Fabricans de galoches.
Gantiers, ai. Gantiers, fabricans de gants. Un passage curieux de Jean de Garlande (a) éuumère les différentes espèces de gants que l'on portoit au Xi" siècle, et nous apprend en même temps qu'il ne falloit pas trop compter sur la probité et la bonne foi des gantiers de l'époque. « Les » gantiers, dit-il , trompent les écoliers de Paris, en leur vendant des gants « simples, des gants fourrés avec des peaux d'agneau, de lapin ou de renard, « et des mitaines en cuir. » Le commentateur ajoute qu'on faisoit aussi des mitaines en toile de lin.
Gardiniers. Voyez Jardiniers.
Garnisseeors, 4- Les Statuts des métiers distinguent h les garnisseurs degaynes, « feseurs de viroles et de coippeaux (b), de laton, archal et cuivre; les gar- « nisseurs à espées et couteaux , de laton et d'archal , nuef et viez. » Notre manuscrit, outre les quatre garnisseurs que je viens d'indiquer, nomme un garnisséeurde couiiax et une garnisseresse d'espées. Ducange (c) cite plusieurs passages extraits d'un compte d'Étienne de la Fontaine , argentier du roi en i35o. J'en rapporterai deux qui achèveront de faire comprendre en quoi consistoit la profession de garnisseur : « Pour faire et « forger la garnison de sa couppe de madré, de son hennap de jour et de son h cailler de nuit, etc. — Deux paires de couteaux à trenchier, avec les pare- « pains, l'une paire à manches de cèdre garnis de virolles et de tinglettes « d'argent dorées et émaillées de France : l'autre paire à manches de « madré semblables , garnis et esmaillés, etc. » On voit que les garnisseurs étoient des ouvriers qui fabriquoient des viroles , des bouts pour les gaines ex les fourreaux, des ornemens pour les couteaux et les coupes, en général toutes les petites pièces en laitou, fil d'archal, cuivre, or, argent, vermeil
(a) Appcnd. a, n» xvi. |'on met au ^ dc$ de couteaul.
(A) Us coippeaux sont les garnitures que (c) Aux mots Mazer, Madré.
ou émail, nécessaires pour la solidité ou l'ornement d'un objet quelconque, fait de toute autre matière. Ce sont les garnisseurs ou viroliers que Jean de Garlande (a) appelle cipharîi. « Ces ouvriers , dit-il , incrustent, les « vases avec des lames d'or et d'argent, ils posent des pieds aux coupes à « boire et les entourent de viroles pour qu'elles soient plus fortes, plus « belles, et quelles durent plus long-temps. » Aujourd'hui, il n'y a plus de garnisseurs que dans la bijouterie. La Statistique du département de la Seine pour l'année 1823 (b) compte dans Paris 5o orfèvres garnisseurs.
Garnonjviers, 1. Si ce mot n'est pas un sobriquet, j'avoue qu'il m'est impossible de déterminer la profession qu'il désigne.
Gaschéeors, 2. M. de la Tynna entend par ce mot un ouvrier qui gâche Ifplâtre ou le mortier.
Il peut signifier aussi fabricans de rames et d'avirons, du bas latin gachum (c).
Gasteliers, 7. Pâtissiers, faiseurs de gâteaux. Je trouve les gâteaux mentionnés trois fois dans les Crieries de Paris, par Guillaume de la Villeneuve (d).
Chaus pastez î a , chaus gastiatu.
L 'autres crie gasliaus rasiis.
Gastel à fei-e orroiz crier.
Go lu ers, 1. Fabricans de goules , c'est-à-dire de bourses et gibecières. Granchiers, 2. Fermiers, métayers (e).
Gravf.uers, 5. Ouvriers occupés à l'extraction du gravier ou du sable. Le gravier delà Seine pouvoit servira la composition du mortier, et les sables de la plaine de Grenelle et des Sablons pouvoicnt entrer, comme aujourd'hui, dans la composition des moules de fondeurs, des briques, etc.
Greffiers, 7. Les greffiers sont rangés par les Statuts des métiers au nombre des fèvres. C'étoient des artisans qui fabrique m une espèce d'armure pour les jambes, appelée greffe ou grefve.
Grliers, 1. Juge en premier ressort pour les délits forestiers. La signiti-
(a) Append. 2 , xxxix.
{b) Année i8a3, tabl. 85.
r) Voyez ce mot dans Ducange
(d) Fabliaux et Contes, t. II , p. 279, 285.
(e) Voyez Ducange, aux mots Grangta , Grangiarius.
5i6 RÉSUMÉ HISTORIQUE
cation de ce mot varie un peu suivant les lieux. H se prend également pour garde-forestier, inspecteur des bois, concierge, châtelain, etc. (à).
Gueiniers , guainiers, 5a. Gainiers, fabricans de gaines et de fourreaux. VMmanachdu Commerce n'en compte que 5i dans Paris en i836. Cette profession n'occupant que fort peu d'ouvriers hors des ateliers , n'est pas une de celles à qui peuvent s'appliquer les observations que j'ai faites dans mon introduction à la nomenclature des métiers , et que j'ai reproduites à l'article des cordonniers. Le petit nombre des fabricans de gaines et de fourreaux que nous trouvons dans la capitale en i836, et l'égalité qui existe entre ce nombre et celui des gainiers que renfermoit Paris en 1 392, avec une population si inférieure à la population actuelle, ne peuvent guère s'expliquer que par la différence des mœurs à ces deux époques. Au xiii' siècle, tout le monde marchoit armé, chevaliers, bourgeois et soldats ; aujourd'hui le port des armes est interdit aux citoyens.
Harengiers , 9. Marchands de harengs et de poisson de mer.
Hariers, 1. Le mot harier signifieroit-il laboureur, du vieux mot harer tiré du latin, curare, labourer?
Hastéeurs, 3. Le hastéeur, hastator, étoit un officier des cuisines royales chargé de veiller à la cuisson des viandes. Le mot hastéeur désignoit aussi celui dont les fonctions étoient de tourner la broche. Haste, en vieux françois , avoit la signification du mot languedocien aste , qui veut dire une broche, veru. Cet ustensile a sans doute été nommé ainsi a cause de sa ressemblance avec les anciennes lances, hasta. D'après cette étymo- Iogie , hastéeur pourroit avoir eu aussi la signification de rôtisseur.
Haubergiers , 4. Fabricans de hauberts. Le haubert étoit une espèce de cotte de mailles.
Herbiers. Voyez JErbiers.
Hiaumiers, héaunuers, 7. Fabricans de casques qu'on appeloit hèaumes. Hosteliers. Voyez Osteliers.
Hougiers, 1. Une observation analogue à celle que j'ai faite plus haut au mot Jraséeurs, nous donnera la véritable signification du mot hougier. De même que l'on a remplacé le g et le ch par le z , Y s doux et Vs dur, de
{a) Voyez Gruarius, dans Ducange.
ET STATISTIQUE. 5i7
même l'on a substitué souvent le ch à Y s dur, et le g à Y s doux et au z. Ainsi Ton a dit chavelier pour savetier ou çavetier ; de zelosus on a fait gelosie et jalousie; de ziziphum, gingéole et jujube , etc. Hougier serait donc pour housier ou bien houzier, et signifierait un fabricant de guêtres ou brodequins, qu'on appelait anciennement homes , housiaux, houzeaux, houzels, etc. (a).
Houliers, houlière, 5. On appelait ainsi les ouvriers employés à l'exploitation des raines de houilles ; mais ce mot a encore une autre signification , et c'est, je crois, celle qu'il faut lui donner dans notre manuscrit. U signifie homme ou femme de mauvaise vie, teneurs de mauvais lieux.
Huchibrs, 29. Fabricans de huches, de coffres, coffretiers.
Jaugéeurs, 3. Jaugeurs. Voyez Mesuréeurs.
Joeliers, 2. Joailliers. Voyez Perriers. En 1828 on comptait dans Paris 35 joailliers-fabricans , et metteurs en œuvre, occupant ensemble 123 ouvriers, et 3o joailliers, marchands de diamans sur papier (A).
Jugléeurs, 3. Chanteurs, ménestrels, joueurs d'instrumens. Joculatores. C'est de là que nous avons fait jongleurs.
K.A.LBNDRÉEURS. Voyez Qualandréeurs.
Keus. Voyez Queus.
Lacieres, laceressesy 6. Faiseuses de lacets à l'usage des femmes. La in k (qui file) , 2. Fileuses de laine.
Lampibrs, 5. Fabricans de lampes, fondeurs de candélabres et de flambeaux de cuivre.
Lanibrs, i5. Appréteurs et marchands de laines.
Lànêeur9, 2. Ce mot a probablement la même signification que le motpré-
(a) Roquefort donne dix-*ept manière* dit- (b) Statistique du département de la Seine, férentes d'ortographier cet ancien mot. année 1829 , tableau i»4-
5i8 RÉSUMÉ HISTORIQUE
cèdent. En 1827 , on comptait, dans le département de la Seine, a5 établissemens de lavage de laines , occupant ensemble 660 ouvriers et 22 maisons faisant le commerce des laines en gros (a).
On a dù remarquer aussi le petit nombre de drapiers que renfermait Paris en 1292. Le peu d'étendue qu'avoit à cette époque le commerce des laines et des draps, ne prouveroit-il pas que les étoffes de laine line étaient encore des étoffes de luxe, pour la majeure partie de la population? Voyez Péletiers.
Lantebnieks, 3. Fabricant de lanternes et d'autres objets en corne. Voyez Lombards.
Lavandiers, lavandières, 43. Blanchisseurs , blanchisseuses.
Lavandières de testes, 1. M. de la Tynna fait des lavandières de testes , des blanchisseuses de linge. Suivant lui, on dit encore têt pour le linge qui sert d'enveloppe à l'oreiller. C'est une erreur grossière. L'enveloppe de l'oreiller se nomme une taie , et ce mot n'a aucune ressemblance avec l'ancien mot teste qui vient évidemment du latin testa, testa? , vaisselle de terre. Le mot têt est encore dans notre langue avec la signification de tesson , fragment de bouteilles ou de pot cassé. Ainsi les lavandières de testes étaient, selon toute probabilité , des laveuses de vaisselle.
Leitiers, leitières , 8. Marchands et marchandes de lait. On compte aujourd'hui 52 crémiers en boutique, 1749 laitières sur la voie publique, et de plus 5 26 nourrisseurs de bestiaux qui fournissent du fait à une grande quantité d'habitans (b). On ne sauroit expliquer, par la seule différence de population , l'énorme disproportion qui existe entre le nombre des leitiers et leitières mentionnés dans notre manuscrit et celui des marchands de lait qui approvisionnent aujourd'hui la capitale. Maison sait que l'enceinte de Paris, à la fiu du xme siècle, renfermait, surtout sur la rive gauche de la Seine, une grande quantité de terrains en culture. D'un autre côté, la surface de Paris était encore resserrée dans des bornes assez étroites; la campagne n'était pas, à beaucoup près, aussi éloignée qu'elle l'est aujourd'hui du centre de la ville. Ces circonstances peuvent faire présumer que la plupart des habitans, par une économie qui est encore en usage dans les villes de nos provinces , nourrissaient eux-mêmes les bestiaux qui leur fournissaient le lait nécessaire à leur consommation. De
(a i Statistique du département de la Seine, (b, Statistique du département de la Semé, année 182g, tabl. 120 cl i»a. «orne II, labl. 81
ET STATISTIQUE. 5i9 plus, il devoit y avoir beaucoup d'habitans des campagnes qui venoient vendre eux-mêmes leur lait dans les rues de Paris et dont les noms ne peuvent se trouver dans le recensement de la taille de la ville. Enfin, si comme aujourd'hui des revendeurs achctoient des paysans des environs une certaine quantité de lait qu'ils débitaient ensuite dans les rues, ou peut présumer sans invraisemblance qu'ils n'étaient pas assez riches pour être soumis à l'impôt. Je n'ai pas tenu compte dans ce calcul de la différence que le temps a introduite dans les usages, et qui peut avoir plus que doublé la consommation du lait depuis la fin du xin* siècle, abstraction faite de tout rapport de population. Ainsi, il est certain que, depuis l'introduction du café en France, Paris consomme en liquide une bien plus grande quantité de lait qu'il n'en consommoit avant cette époque.
Libraires, me reliants et vendèeurs de livres, 8. L'invention de l'imprimerie, en introduisant un moyen de publication infiniment plus puissant que les procédés connus jusqu'au xve siècle, a nécessairement donné au commerce de la librairie un immense développement. On compte aujourd'hui , dans Paris, environ 460 libraires. Dans ce calcul n'entrent pas plusieurs imprimeurs et un assez grand nombre de cabinets de lecture qui font aussi le commerce de la librairie.
Liéeurs, lieurs de livres, 17. Relieurs. On se contentoit quelquefois de coudre ensemble les feuilles des manuscrits , sans les revêtir d'une couverture. C'est ce qu'on appeloit lier un livre. Ainsi, à la fin du rôle de 1 5 1 3 (a), on trouve parmi les dépenses portées an chapitre intitulé : « Ce sont les mises de la recepte des morz , » trente sous parisis payés a Alain de Vitré, licur de livres, pour avoir fait lier et couvrir trois livres. Il existe aujourd'hui dans Paris $7 brocheurs ou assembleurs de profession, et environ i5o relieurs.
Liéeurs de fain, qui font lier fa in , 2. Ouvriers qui mettent le foin m bottes.
Lingiers , lingières , 5. Lingères , marchands de linge, ouvriers en linge. J'ai mis au rang des lingiers , un contribuable dont la profession est désignée par ces mots : Qui vent file linge , qui vent du fil et du linge. Un autre qui est qualifié de lingnier ne m'a pas paru pouvoir être autre chose qu'un lingier ou marchand de linge.
Les objets qui entroient, au xie siècle , dans le commerce de la lingerie,
{«) Pnge aoo.
5ao RÉSUMÉ HISTORIQUE
étoient des serviettes, des essuie-mains, des draps, des chemises, des braies, des chainses (vétemens de femmes), des rochets, des toiles de fil et de lin, des robes et des couvrechefs (a).
Limiers, linières, 18. Marchands de lin.
Iamrriers, loiriers. Le mot loirrier ou loirier vient sans aucun doute du latin lora , courroie. Ce qui ne permet pas de douter que la profession de loirrier ne soit la même que celle de courraier. Au nombre des loiriers , je place un contribuable désigné par la qualification de corrigéeur ; ce mot venant, suivant moi, de corrigia, qui signifie aussi courroie.
Lombards. Les lombards, originaires d'Italie comme leur nom l'indique, s'étoient établis à Paris vers la fin du xue siècle. C'étaient des banquiers, des changeurs , des préteurs sur gages. Notre manuscrit commence par un recensement particulier intitulé : » Ce sont les lombarzs. » Dans ce recensement, qui renferme en tout ao5 individus, 27 sont simplement qualifiés de lombards ; 4 sont appelés lombards et font partie d'une compagnie; a3 sont désignés comme faisant partie d'une compagnie, mais leur nom n'est suivi de la mention d'aucune profession ; 1 29 sont nommes purement et simplement sans aucune indication de métier; 9 compagnies sont désignées par un nom collectif; enfin, parmi les i3 contribuables qui restent pour compléter cette liste, il y a 1 courratier, 1 changêeur, 1 péletier, 1 qualandréeur, 3 espiciers, 1 monnoier, 1 marchand de cendauz, 3 chauciers et 1 lanternier (b).
Le titre de ce recensement particulier pourroit faire penser que tous les individus qui y sont compris, qualifiés ou non de lombards, exer- < oient la profession que ce mot désigne. Cependant le contraire semble résulter des mots qui précèdent la somme des impositions portées dans ce chapitre : « Soume pour lombarz et pour autres personnes ci -dessus nouméz. »
Le recensement général renferme encore 18 lombards et lombardes, ce qui , joint aux 3i portés dans le recensement particulier des lombards, donne en tout 49 individus de cette profession.
Paris compte aujourd'hui 1 27 banquiers et 28 changeurs. Quant aux préteurs sur gages et aux prêteurs à la petite semaine , dont l'industrie a un rapport direct avec la profession des anciens lombards, ils exercent clandestinement un commerce coupable dont le simple soupçon les expo-
(rr) Jean de Garlande , App. 2 , n° xu. (b) Voyez tous ces mots. •
ET STATISTIQUE. 5a i
seroità des répressions sévères. Aussi leur nombre, quoique très considérable, ne sauroiuil être apprécié.
T-OQuËTièitEs , 2. Marchandes de loques, chiffonnières.
Lormiers, 39. Fabricans de lorains, de mors de bride, et, en général, de tous les articles en métal qui entrent dans la composition des ouvrages de sellerie et de bourrelerie. Les Statuts de Paris les désignent ainsi : « Lormiers, feseurs de freins et de lorrains dorés, argentés, estamcz et blans. » Nous apprenons de Jean de Garlande (a) que les grands honoroient les lormiers de leur affection , parce qu'ils fabriquoient des éperons argentés et dorés, des poitrails en métal pour les chevaux, et des mors de bride bien travaillés.
Lotisséeurs, 1. Le lotisséeur était l'individu chargé de faire la division et l'attribution des lots. Il remplissoit les fonctions que nos tribunaux confient aux experts-géomètres dans le partage des successions.
Maçons, 104. Le nombre des maçons entrepreneurs s'élève aujourd'hui dans Paris, suivant X Almanach du Commerce, à près de 4°°» celui des ouvriers maçons est presque incalculable (b).
Madelinniers. Voyez Mazelinniers.
Maignens, maingnens, 12. Ghaudronuiers. L'ancien mot maignen est encore en usage dans le midi de la France. Ajoutons a ces douze maignens, les • 6 contribuables qui sont qualifiés chaude rorinier s , nous aurons en tout 18 chaudronniers pour Paris, en 1292. On y en compte aujourd'hui 173.
Maistres-d'Escoles, 1 1 . Instituteurs primaires.
Manches, manches de cor (feséeurs de), a. Fabricans de manches en général, fabricans de manches de corne pour couteaux ou autres outils. Voyez Emmanchéeurs.
Marchéants, marchèandes . Sept contribuables sont désignés par la simple qualification de marchands, sans indication du genre de commerce auquel ils se livroient.
Mareschaux , 34. Maréchaux -ferrans. En i8a5 on comptoit dans Paris
(a) Appeod. 2, n" xii. — (b) II en arrive, année commune à Paris, près de ao millr. Statistique, année 1829, p. 46 et soir.
f>4 boutiques de maréchaux (a). Ce nombre a augmenté depuis treize ans ; X Almanach du Commerce en donne 78 pour t856, mais bien certainement le nombre des ouvriers, dans chaque boutique, doit être plus considérable, de nos jours, qu'il ne l'étoit à la fin du IM1 siècle.
Marrégliers, 4- Marguilliers, matricularii. Mariniers, 12. Mariniers, conducteurs de bateaux.
Masuiers, 1 . Roquefort fait venir le mot masuierde mansionarius ; partant de là, il fait du masuier le procureur, l'homme d'alïàires d'un couvent. Mais il me semble qu'il existe un mot dont la racine est du reste la même que celle de mansionarius , mais qui se rapproche trop de notre mot masuier pour ne pas avoir la même signification ; c'est mansuarius , qui signifie simplement tenancier d'un manse (b).
Mazeummbr», madelinniers , 5. Ouvriers qui fabriquoient des coupes à boire réservées pour l'usage des grands et des riches. On appeloît ces coupes mazelins, madelins et maderins, parce qu'elles étoient faites d'une pierre précieuse à laquelle on donnoit le nom de madré. Tout porte à croire que le nom de vases maderins n'est qu'une corruption de celui de vases murrhins, fameux chez les anciens ; mais on n'a pu encore déterminer avec précision la matière qu'on appeloit murrha dans l'antiquité, madré au moyen-âge. Quelques auteurs ont cru que c'étoit l'agathe onvx(c). Il existe en effet, dans la collection des antiques de la Bibliothèque Royale de Paris, plusieurs camées en agathe onyx d'une beauté remaitjuable. On distingue entre autres deux coupes : l'une de 18 centimètres de haut, connue sous le nom de vase de Brunswick , représentant Céres et Trîptolème; l'autre ayant une hauteur de 11 centimètres, représentant les mystères de Cérès et de Bacchus.
Les coupes moins précieuses étoient faites en bois. C'étoit du platane, du buis , de l'érable ou du tremble. Il y avoit des ouvriers crieurs qui parcouroient les rues, et qui réparoient à la porte des maisons les coupes endommagées, avec du fil de cuivre ou d'argent (d).
Meires. Voyez Mires.
Mbiresses. Voyez Mirgesses.
Ménestrels, i . Joueurs d'instrumens. Voyez Jugléeurs.
(a) Statistique du département de la Seine, les passages des anciens auteurs sur les vase*
année i8a3, (abl. 8g. myrrhins, et l'opinion des divers commenta-
(h) Voye* Ducange , à ce mot. leur, sur la matière dont ils étoient formes,
(e) Voyez dans Ducange , au mot Mater, (d) Jean de Garbnde , Append. 2 , n» XZVt.
ET STATISTIQUE. 5s5
Merciers, 70. On voit par les réglemens de la corporation des merciers, dans les Statuts d'Étienne Bovlesve, que leur commerce consistait principalement en objets de luxe, étoffes de soie, tissus d'or et d'argent, aumônières , chapeaux de soie , bourses de soie ornées de perles. Ce ne sont pas, à beaucoup près, les mêmes objets qui composent aujourd'hui le commerce de la mercerie. Voyez Tavernier.
Merrenirrs, 3. Marchands demerrain.
Mesgkiciers, a5. M égissiers, ouvriers qui préparent les peaux de mouton, de veau , etc. Il existe à Paris - 5o lavoirs de mégisserie occupant ensemble 40 ouvriers (a).
Messagiers, i3. Commissionnaires, courriers. Ces messagers dévoient être au service du public ; mais il y en avoit qui étaient particulièrement attachés aux maisons des grands. C'est ainsi que, dans le recensement de la paroisse Saint-Eustache, nous trouvons Jehan, le messager de la Reine Marguerite, et Robin, le messager du comte d'Artois.
Messiers, 1 . Officiers préposés à la garde des moissons, messes,- gardes-champêtres.
Mesureeurs, i3. Mesureurs-jurés pour les blés et autres denrées. Voici un extrait du règlement concernant les mesureurs , dans les Statuts des métiers : « Nulz ne puet estre mesuréeur de blé, ne de nulle autre manière « de grain, de quelque manière que ce soit, à Paris, se il n'a le congié a du prevost des marchands et des jurez de la confrairie. Quiconques a « empêtré le congié de mesurer, il convient que il jure sur sainz, avant que « il puisse mesurer, que il mesurage fera bien et loialment à son povoir, « de quelque manière que il mesurera, et que il la droiture à celui vendeur « et à l'achapteur gardera bieu et loialment. m
Mesureeurs de blé, r. Mesureurs de blé. Il est très probable que la plupart des contribuables désignés avec la simple qualification de mesuréeurs étaient préposés au mesurage des grains.
Mesureeurs de busche, 4* Mesureurs de bois.
Mesureeurs de sel, 5. Mesureurs de sel.
Meuleurs, 2. C'étoient ou des meuniers ou des rémouleurs; du mot mola, meule.
Miel (qui vent le), 1. Marchand de miel.
(a) Statistique du département de la Seine, année 1819, Ubl. lai.
Mires. Meires, 39. Médecins. J'ai vu souvent établir une distinction entre Xesfisiciens et les mires. Les premiers, dit-on , étoient des médecins consultai , les seconds des opérateurs. Je sais que le nom de fisicien a été en
usage pour désigner un médecin, mais je pense que si la distinction qu'on veut établir entre les fonctions du fisicien et celle du mire ctoit bien réelle, nous trouverions quelques fisiciens dans les recensemens de l'époque. Or, il n'y a pas un seul contribuable qualifié de fisicien dans notrf manuscrit. J'en ai inutilement cherché aussi dans le rôle de 1 5 1 3-
Mirgesses. Meiresses, S. Femmes qui pratiquoient la médecine. «Bans «nos anciens poètes et romanciers, dit Roquefort (a), on voit « souvent des jeunes filles employées à guérir des plaies, parce qut « l'on préteudoit, et nous sommes encore dans cette persuasion , qu'elle» « étoient plus compatissantes et qu'elles avoient plus de légèreté dans les mains.» C'étoit donc en tout trente-sept individus, hommes ou femmes, qui exerçoient l'art de guérir dans Paris en 129a. Aujourd'hui le nombre des médecins et chirurgiens dans la capitale s'élève à près de treize cents.
Miroeriers, 4. Miroitiers, marchands de miroirs. Le nombre des miroitiers et principaux marchands de glaces, dans Paris, s'élève aujourd'hui à q5.
Molburs, l. Voyez Mouléeurs.
MoNNoiERs, 19. Monnoyeurs, monettaii,
Morteliers, 8. Les morteliers étoient les ouvriers qui préparoient le mortier pour les maçons. Les Statuts des métiers contiennent un seul règlement pour les maçons, les tailleurs de pierre, les plâtriers et les morteliers.
Cependant, on ne peut douter que le mot mortelier n'ait servi a désigner une autre profession que celle des ouvriers qui font le mortiei à bâtir. Nous retrouvons encore aujourd'hui certains noms de métier» dans les noms de plusieurs rues de la capitale, tels que la Boucherie, la Heaumerie, la Cordonnerie, la Harangerie, etc. Ces noms doivent certainement leur origine aux boutiques et aux ateliers qui se trouvoient anciennement dans les rues auxquels ils s'appliquent. Nous devons donc conclure que la rue de la Mortellerie a été primitivement occupée par des ateliers ou des boutiques de morteliers. Or, le mortier à bâtir ne se fait jamais eu boutique; c'est sur les lieux mêmes où il doit être employé, qu'on le prépare. Mais ildevoit certainement y avoir des ateliers où l'on faisoitdes mortiers à piler, soit en bronze, soit en bois, soit en pierre, et
(a) Dictionnaire de la Langue romane, au mot Mire.
ET STATISTIQUE. 5*5 des boutiques où on les vendoit. C'est probablement de cette industrie que la rue de la Mortellerie a tiré son nom, et le mot mortelier signifioit par conséquent un fabricant, un marchand de mortier à piler, aussi bien qu'un faiseur de mortier à bâtir.
Mouléeurs, a. Fondeurs, mouleurs, fabricans de boucles et d'anneaux, c Fondeurs et moteurs, disent les Statuts des métiers, c'est à savoir de « boucles , de mordans, de fermaux, d'aniaus, de seaulx et de autre menue « œuvre que on fait de cuivre et d'archal. »
Moustardiers, io. Moutardiers.
Muniers, 56. Meuniers. Les professions relatives à la nourriture des citoyens étoient anciennement pour le monarque l'objet d'une attention et d'une considération particulières. Charlemagne avoit inséré dans ses Capitulaires un règlement portant que le nombre des fourniers nécessaire à la consommation de chaque ville, seroit toujours complet. Il chargea les juges des provinces de veiller à ce que les fourniers tinssent avec ordre et propreté le lieu de leur travail , et à ce que leur conduite fût toujours irréprochable. Saint-Louis fit plus encore : il exempta du service militaire les boulangers et les meuniers. Et c'étoit une grâce bien importante dans un temps où, à moins d'un privilège particulier, tout citoyen étoit tenu de prendre les armes à la première réquisition du seigneur suzerain (a). Les moulins d'où l'on tiroit la farine nécessaire à la consommation de Paris, étoient autrefois des moulins à eau situés dans la ville même, et la plupart sur le Grand et le Petit-Pont. Les moulins sont aujourd'hui hors de la capitale. Le département de la Seine en renferme 149» dont 42 moulins à eau, et 107 moulins a vent; 420 moulins sont encore employés dans les départemens voisins aux moutures des farines consommées dans le département de la Seine (jb).
Je dois faire remarquer en passant que le mot munier ne désignoit pas seulement autrefois un propriétaire et un tenancier de moulin, mais encore un charpentier, un ouvrier qui construisoit les roues du moulin , fabriquoit les trémies pour le grain, les récipiens pour la farine, perçoit les meules et les mettoit en place (c).
(a) Legrand d'Aussy, étlit. de 181 5, tomel, page 91.
(6) Statistique du département de la Seine, année 1821 , tabl. £8.
(c) Jean deGarlandc , Append. 2, n9 xi.vii
5ao'
Natiers, i. Marchands ou fabricans de nattes à couvrir les planchers. Navetiers, 4- Fabricans de navettes de tisserands, suivant M. de la Tynna ;
peut-être est-ce la même chose que charpentier de nés, constructeur de bateaux, natws. Du reste, le mot navette vient évidemment du latin navis, la forme de la navette étant exactement celle d'un vaisseau.
Norrices, 12. C'étoient des femmes qui demeuroient pendant toute leur vie dans les maisons dont elles avoient nourri les maitres.
Notaires, i 2. En 1270, Saint-Louis avoit créé 60 notaires Chaque juridiction principale avoit ses notaires. Notre mai tionue 10 notaires du Châtelet, et un notaire de Pévéquej un seul contribuable est dénommé avec la simple qualification de notaire. L'omcier public attaché, en qualité de notaire, à la juridiction du chantre de l'église de Paris, étoit nommé tabellion. (Voyez ce mot. )
Oés (vendeurs d'), 2. Marchands d'oies, marchands de volailles. Oiers, 3. Traiteurs rôtisseurs, aucarii. Voyez page 222. OiNGNONiiiBRS, i. Marchands d'oignons.
Oisbléburs, 5. Oiseleurs, marchands d'oiseaux. On voit, par l'article que leur consacre Jean de Garlande, que les oiseaux pour la chasse dévoient former le principal objet de leur commerce (a).
Orbattéeurs, 6. Batteurs d'or.
Orfèvres, i 16. Orfèvres, bijoutiers. Nous apprenons deJean de Garlande vi) que les orfèvres avoient leurs boutiques sur le pont au Change. Ils fabriquoient des coupes d'or et d'argent, des agrafes, des colliers, des épingles, des boucles et des anneaux ornés de pierres précieuses (c). Il existoit à Paris, en 1828, 55o orfèvres ou fabricans de bijouterie, occupant ensemble 2,i5o ouvriers, sans compter les apprentis, et de plus 3oo marchands de bijouteries en boutique (d).
(a) Append. 2 , n° lxix. (d) Statistique du département de la Seine,
(b) Append. 2 , n' xxxvtt. tome IV, tabl. ia4- (c, Append. 2, a* xxxvut.
ET STATISTIQUE. 527 Orfroisiers, t. Fabricans de galons et de tissus d'or. On appelle encore orfrois, dans les églises, les paremens des chapes et des chasubles.
Ossiers. Un seul contribuable est ainsi qualifié. Étoit-ce un ouvrier qui travaillent les os des animaux pour en faire de petits objets de quincaillerie?
Osteliers , 24. Maîtres d'hôtel, aubergistes. Voyez Taverniers.
Oubloiers, 29. Pâtissiers, marchands d'oubliés. J'emprunte au petit poème de Guillaume de la Villeneuve quelques vers qui attestent l'ancienneté d' un usage universellement répandu dans plusieurs villes de province, et qui n'est pas encore entièrement perdu à Paris, celui de jouer des oublies (a).
Le soir orrez sanz pins attendre , A haute voiz tanz delaior :
Diex! qui apèle l'oubloier?
Quant en aucun leu a perdu , De crier n'est mie esperdu , Près de l'uis crie où a esté :
Aïde, Diex de maïsté!
Coin de maie eure je lui néz !
Les oubloiers se promenoient la nuit avec des corbeilles recouvertes d'une serviette blanche et remplies de gaufres, d'oubliés et de rissoles. Ils crioient leurs marchandises et montoient dans les maisons où ilsétoient appelés. Les clercs qui a voient gagné les corbeilles des pauvres oubloiers, les suspendoient , en guise de trophées, à leurs fenêtres, probablement après les avoir vidées (b).
Ouvrière. Cette vague désignation ne se trouve qu'une fois dans tout le recensement.
Paagier. Le seul contribuable qui est désigné dans le rôle comme exerçant cette profession est qualifié de paagier-crieur. Si le mot paagier n'étoit pas un nom propre, il désignoit sans aucun doute un employé préposé à la recette de quelques péages publics, soit aux portes de Paris, soit sur les ponts, soit sur les bords de la rivière.
Pa allers, 1. Fabricans de poêles et de poêlons. On disoit en vieux langage paalons, en bas latin paella.
(a) Fabliaux et Contes, tome II , p. a85. (*) Jean de Garlande , App. 2 , n° xiviii.
Paintres, 55. Peintres. Il est difficile de déterminer quel étoit le genre de travaux de ces 55 peintres. Étoient-ce des artistes , des peintres de paysage ou de portraits, étoient ce de simples artisans? Deux motifs puissans pourroient faire prévaloir cette dernière hypothèse : le premier, c'est que le peintre artiste étoit déjà désigné sous le nom dymagierj le second, c'est que, dans les statuts des métiers, on trouve une classe de selliers qu'on appeloit paintres-seUiers. Cette profession de peintre en sellerie devoit être assez répandue, puisque nous verrons que Paris comptoit, ën 1292, plus de 5o selliers. Or, notre manuscrit ne renfermant aucun contribuable désigné par la qualification de peintre-sellier, on est en droit de supposer que quelques uns au moins des simples peintres qui y sont mentionnés étoient des artisans, et non des peintres artistes. Mais quelques uns aussi dévoient appartenir à cette dernière classe. Ainsi , par exemple, nous trouvons un contribuable dont le nom est suivi de la qualification suivante : le painUe de la méson Saint-Anthoine , qualification dans laquelle on ne peut se refuser à reconnoitre un artiste attaché à l'abbaye de Saint-Antoine , ou occupé momentanément à des travaux importans dans cette abbaye.
Enfin, un passage des Statuts de Boylesve ne permet pas de douter que le mot paintre n'ait aussi désigné un sculpteur. Les peintres y sont divisés en deux classes : les peintres-selliers , dont je viens de parler, et les peintres qui peuvent ouvrer de toutes manières de fust (bois), de pierre, d'os, de cor (corne), d'ivoire et de toutes manières de paintures.
Nous trouvons en outre, dans les mêmes Statuts, que les peintres sont exempts du guet, « car leurs mestiers les acquitte par la réson de ce que « leurs mestiers n'appartiennent fors au service de nostre Seigneur et de ses « sains, et à l'onneur de Saincte-Eglise; » d'où l'on peut conclure que les sujets profanes n' entroient euères dans le cercle des travaux artistiques des peintres de cette époque.
P akelie rs, pénelierSf 5. Ouvriers qui fa i soient des panneaux, penella, pièges pour prendre les lapins.
Paonniers , 5. Marchands de paons , pavonarius. Parchemjniers, 19. Marchands ou fabricans de parchemin. Parchiers, parquiers, 2. Gardes préposés à la surveillance des animaux mis en fourrière.
Paréeurs, 5. Le mot paréeurs seul, sans aucune addition, signifie foulon, ouvrier qui prépare les draps (a).
(a) Voy. les statuts des Paréeurs de Carcassonnc, Ordonn. des Rois de France, t. m, p. 536.
ET STATISTIQUE. 5q9 Paroliers. Voyez Parchiers.
Passéeurs, 29. Bateliers, propriétaires ou conducteurs d'un bac pour passer l'eau.
Pataibrs, pastoiers , pastéers , 68. Pâtissiers. Voici comment les définit Jean de Garlande : « Les pâtissiers gagnent beaucoup en vendant à tout le « monde des pâtés de chair de porc, des pâtés de volaille et d'anguille, as- <( saisonnés de poivre, et en exposant des tartes et des flaons farcis de frou mage mou , d'œufs frais , et quelquefois aussi d'oeufs gâtés. » J'ai dit que les oubloiers étoient aussi une espèce de pâtissiers. Leur nombre, joint à celui des pataiers et des gasteliers , nous donne pour Paris , en 1 292 , un total de 104 faiseurs ou marchands de pâtisseries. En 1821, on comptoit dans la capitale 3s5 pâtissiers, darioleurs ou rôtisseurs (a).
Paternostriers, i4- Fabricans de patenostres. C'est ainsi qu'on appeloit anciennement les chapelets. On les faisoit en os, en corne, en corail, en coquillage, en ambre ou en jais. Les Statuts des métiers, qui nous fournissent ces reuseignemens, nous apprennent encore que les paternostriers fabriquoient aussi de petits objets de quincaillerie, «des bouclètes à soulers «< et des noyaux à robe, que ou fait de laton, d'archal , de coïvre, d'os, « de cor et d'yvoire. »
Palciers, 1. Ouvriers qui préparent les peaux. On écrit actuellement peaussier.
Palmiers, i 3. On nommoit anciennement paumiers ou paulmiers des pèlerins qui, ayant fait le voyage de Jérusalem, en rapportoient pour preuve des branches de palmier. Telle est la seule signification que l'on donne aux mots palmarius et paumier dans les glossaires. Mais la mention , dans notre rôle, de deux vallets paumiers, ne permet pas de douter que le mot paumier ne désignât aussi une profession. Le jeu de paume est assez ancien pour qu'on puisse croire que les paumier* mentionnés dans notre manuscrit étoient des fabricans de paumes, ou bien des propriétaires d'un jeu de paume, si toutefois , ce que je n oserois affirmer, on connoissoit déjà, au xnie siècle , l'usage de jouer à la paume dans une cour fermée de murailles et couverte d'une toiture. On ne connoit guère aujourd'hui qu'un seul jeu de paume à Paris , dans la rue Mazarine.
Péletiers, 214. Fourreurs, marchands de cuirs. On ne compte aujourd'hui dans Paris que 68 magasins de fourrures et de pelleteries, et 169 cor-
{a) Statistique du département de la Seine, année i8a3 , tabl. 81 .
55o RÉSUMÉ HISTORIQUE
royeurs et marchands de cuir, en tout 237. Peu de mots expliquer le grand nombre de pelletiers que renfermoit la capitale en I2q3. Les hommes de toutes les conditions portaient anciennement une veste en étoffe rayée, serrée autour des reins au moyen d'une ceinture en cuir Par-dessus ce vêtement on portoit généralement un sayon de peau, ou manteau de fourrure qu'on appeloit péUçon. Les chevaliers et les grands, quand ils quittoient leurs armure ou leurs habits de parade , se revètoient d'une loogue et ample robe fourrée ; c'est ce qu'on appelle encore aujourd'hui une pelisse.
Jean de Garlandc énumère les fourrures de différentes espèces que vendoienl les pelletiers , qu'il nomme peUiparii. On peut les ranger en trois classes. Les plus communes étoient les peaux d'agneau, de chat, de renard et de lièvre. Au second rang étoient les peaux du lapin , de l'écureuil commun, du chat sauvage, des loutres et des martres. Les fourrures les plus précieuses étoient le petit-gris, la martre-zibeline et les peaux de
lérot(a). t
Il y avoit aussi des ouvriers qui couroient les rues et les places publiques pour réparer les vieilles fourrures des surtouts et des manteaux , en s'en appropriant ordinairement une partie (b).
11 faut observer que le mot pelletier, si l'on s'en rapporte à son étymologie, venant du latin pellis, devoit signifier aussi bien un marchand de peaux tannées et dépouillées de leur poil , qu'un marchand de fourrures. Or, si l'on considère l'énorme disproportion qui existoit entre le nombre des pelletiers (214) , et celui de» drapiers (19) , on sera conduit à conclure que le drap étoit encore à cette époque une étoffe de luxe réservée aux riches bourgeois , comme la soie et le velours l'étoient aux seigneurs, et que les menues genz, pour me servir d'une expression de notre manuscrit, portoient non seulement le sayon de peau, mais encore les chausses et le pourpoint de la même matière. Ainsi , dans toutes les classes de la société , les fourrures et les peaux formoient une grande partie du vêtement ; elles fournissoîent le vêtement complet à la ciasse la plus nombreuse. Aujourd'hui , au contraire, les fourrures, comme objet d'habillement, ne sont pas d'un usage très répandu, et si les peaux servent à l'habillement dans toutes les classes, elles sont presqu' exclusivement consacrées à la confection des chaussures. On ne doit donc plus
(a) Voyez Jean de Garlande , n" xxm et (6) Ibid. , n» xxv.
ET STATISTIQUE. 53i s'étonner que le commerce des peaux et des fourrures dans Paris n'ait pas acquis, depuis le xiu* siècle, un développement proportionné à celui de la population.
Pelliers, 6. M. de la Tynna traduit ce mot par pelletier; mais il est certain qu'il y avoit une différence entre les pelletiers et les pelliers. On trouve, à la page i55, un contribuable nommé Robin le péletier. Le copiste avoit d'abord écrit Robin le pellier; celui qui a collationné le manuscrit a raturé le mot pellier et écrit péletier au-dessus. Cette correction aurait été inutile si les deux mots avoient eu la même signification. Le pellier étoit peut* être un fabricant de pelles ; peut-être aussi étoit-ce un marchand de perles. On disoit anciennement pelles pour perles (a).
Perriers, i3. Lapidaires, marchands de pierreries fausses ou vraies. Voyez Cristaliers. En 1828, Paris comptoit 60 lapidaires, occupant ensemble 200 ouvriers (b).
Peschéeurs, 10. Pécheurs.
Peskeurs. Un seul contribuable est désigné dans notre manuscrit, comme exerçant cette profession ; c'est Jehan le peséeur du pois le Roy, dans la paroisse Saint-Jacques de la Boucherie (c).
Pessiers, 1 . Fabricans de poids. Dans le latin du moyen âge, on disait pesa pour poids, et le mot pés est encore en usage dans le patois languedocien pour exprimer la même chose.
Pévriers, 7. Marchands de poivre, épiciers. Voyez Espiciers.
Pigniers, pingrùers, 9. Fabricans de peignes. Ce mot pouvoit signifier aussi cardeurs. On compte actuellement dans Paris 90 fabriques de peignes en écaille, corne, ivoire , buffle, buis ou métal.
Pigner esses, 3. Cardeuses de laine.
Pincéeurb, 3. Fabricans d'aleines, de tenailles, de pinces (d). Piquéegrs, 3. Faiseurs de piques.
Piquieis , i . Ce mot doit avoir la même signification que le précédent. Plastriers, 56. Plâtriers, marchands de plâtre.
Ploumiers, i . Le ploumier étoit un brodeur, fabricant d'étoffes à ramages,
(a) Voyez Dueange, au mot Perla. 'x i Voyez la note (a) page 2, col. 2
(b) Statistique du département de la Semé, {d) Voyez Dueange , au mot Pinça. année 1829, tabl. 124.
plumarius, ou bien un plombier, un ouvrier qui Ou soi t. des massues garnies de plomb qu'on appeloit plorrvnées et plomées (a).
Pois (qui vent les), i. « Aalis qui vent les pois. » Cette mention unique se trouve dans le recensement de la paroisse Saint-Merry.
Poissonniers, 4i- Marchands de poissons. On peut voir dans Jean de Garlande (b) que les poissons dont on se nourrit aujourd'hui , même les plus délicats, étoient déjà connus dans le xi' siècle. Le commerce du poisson , à Paris, se fait généralement dans les halles et, dans les rues, par des marchands ambulans. En 1827, Paris a consommé pour plus de 4 millions de marée et pour plus de 600 mille francs de poissons d'eau douce (c). Dans ce calcul n'est pas compris le montant de la consommation en huîtres.
Poletiers, polelières. Voyez Pouletiers.
Poraiers, poréers, 7. Marchands d'herbes potagères. Ce commerce rentre aujourd'hui dans celui des fruitiers. Voyez ce mot.
Porchiers ,11. Porchers.
Porteeors, 42. Portefaix, porteurs. La profession de porteur s'est presque entièrement perdue à Paris , où près de 6,000 voitures publiques sont toujours à la disposition de ceux qui ne peuvent pas ou ne veulent pas sortira pied dans les rues. Mais dans les villes de province privées de cette ressource , les chaises à porteurs sont l'unique moyen de transport des impotcns qui n'ont pas assez de fortune pour avoir une voiture à eux. C'est aussi dans des chaises à porteur que les dames se font transporter aux bals et dans les soirées.
Portéeursde blé, ï3. Porteurs de blé.
Porteeurs de busches, 10. Porteurs de bois.
Porteeurs d'yaue , 58. Porteurs d'eau. Il n'y avoit probablement, au lin' siècle, que des porteurs d'eau à bras. Je n'ai aucun renseignement sur le nombre des individus qui exercent de cette manière le métier de porteur d'eau à Paris. Mais les porteurs d'eau à bras , autant qu'on peut en juger en parcourant les quartiers qu'ils fréquentent , c'est-à-dire le centre de Paris et la rive gauche de la Seine , sont pour le moins aussi nombreux que les porteurs d'eau à tonneau. Or, ces derniers , en 1821 , étoient déjà au nombre de 1468 (d).
(a) Voyez Ducange, aux mots PlunTSrii et Plumbatœ. — (b) Appeod. 2, n° ixx. — (c) Statistique du département de la Seine, année 1829, tahl. 101 . — (d) Statistique du département de la Seine, année 1828 , tabl. 9.
Portéeurs de perche, i . Si le mot perche doit être pris ici dans le sens le plus ordinaire, c'est-à-dire s'il signifie un brin de bois long de dix à douze pieds et de la grosseur du bras (a), on chercheroit en vain une profession qui répondit à l'ancien métier de porteur de perche. Si le mot perche désigne un instrument d'arpentage correspondant à l'ancienne mesure du même nom , alors le porteur de perche seroit un homme aux gages d'un arpenteur, pour porter les instrumens d'arpentage, ce qu'on appelle aujourd'hui , en termes de géométrie-pratique , un portechaîne.
Portéeurs de plastre , a. Porteurs de plâtre. Portéeurs de sel, i . Porteurs de sel. Portiers, i3. Portiers, concierges.
Potiers, 54. Potiers de terre, de cuivre ou d'étain. Parmi les 54 contribuables qui sont mentionnés comme exerçant la profession de potier , deux seulement sont distingués des autres par l'indication de la matière sur laquelle ils travailloient. L'un est qualifié potier de terre , l'autre potier de cuivre.
Poulaillers, (y. Marchands de volailles.
Pouletières, poletiers , 3. Ce mot a probablement la même signification que le précédent.
Pouquetéeurs, 1 . Marchands ou fabricans de sacs.
Prestres , a. Prêtres. Les gentilshommes et les ecclésiastiques cessoient d'être exempts d'impôt , s'ils exerçoient un commerce quelconque. II en étoit de même des gens qui étoient au service du Roi , d'où il faut conclure que les officiers du Roi qui se trouvent dans notre manuscrit parmi les contribuables, joignoient à leur charge l'exercice d'une profession industrielle.
Prévost, prévôté. Notre manuscrit renferme 3 prévôts et 1 prévôté. Cette dernière désignation s'applique évidemment à la femme < l'un prévôt. Mais quel sens a le mot prévôt dans le rôle de 129a? C'est ce qu'il est impossible de décider, à cause du grand nombre et de la diversité des charges dont les titulaires étoient qualifiés de prévôts. Voyez Dacange , au mot Prcepositus.
Procuréeurs, 1. Défenseurs, procureurs, avoués.
(a) Dictionnaire de V Académie , au mot Perche.
Qualandréburs , kalendréeurs, 2. Ouvrier qui calendre les draps.
Quarreliers, i . Le quarrelier éloit un tailleur de pierres, ou un marchand de pierres propres à être taillées. Quarrel signifioit pierre de taille.
Quartiers , 18. Carriers , ouvriers employés à l'extraction de la pierre. Il peut signifier aussi propriétaire de carrières.
Quarribresse , 1 . Femme d'un carrier. Ce mot désigne peut-être aussi une propriétaire de carrières.
Queus, keusy 2 3. Cuisiniers, traiteurs. Voyez Taverniers.
Quiriers, cuiriers, 3. Marchands de cuirs.
Ramandéeurs, i. Rapetasseurs.
Rbcouvréeurs ,21. Couvreurs. On compte aujourd'hui dans Paris 65 couvreurs entrepreneurs. Voyez Couvréeurs.
Regratiers, regratières, 120. Regratiers, revendeurs de pain, de sel et autres menues denrées, dont nous trouvons l'énumération dans Jean de Garlande (a), w I^s regratiers, dit-il, envoient dans les rues leurs do- » mestiques, servos et servas, qui trompent les clercs en leur vendant, à des n prix exorbitans, des cerises, des prunes blanches et noires, des pommes « qui ne sont pas mûres, des poires, des laitues et du cresson. » Outre ces marchandises, que les regrattiers fa i soi eut colporter dans les rues , ils en avoient encore d'autres qu'ils vendoient dans les boutiques; c'étaient des pâtisseries, du fromage de toute espèce, des chandelles soufrées avec de grosses mèches (b).
Retondéeurs, 9. Tondeurs de drap. Cette profession se perd tous les joun, grâce à l'invention des machines appelées tondeuses , qui actuellement fonctionnent en paix , mais dont l'établissement a causé de sanglantes collisions dans plusieurs villes manufacturières. Voyez Tondéeurs .
Roulliers, 1 . Le mot roullier vient très probablement des mots latins rotulus, rutulus et rullus qui ont la même signification , et qu'on traduisoit en
(a) Append. a, n° xxix. (4) fbid., n° xxx.
ET STATISTIQUE. 535 vieux langage par roolle et rolle (a). La première signification de rotulus est rouleau de papier ou de parchemin. C'est dans ce sens qu'on dit encore un rôle d'écritures. Mais rotulus ou rutulus signifioit encore, i°. une espèce de rouleau qu'on passe sur une mesure de grain trop pleine, afin de niveler la surface du grain , et de le mettre au niveau des bords de la mesure; a\ un poids, et 3°. une mesure pour les liquides. Le mot rouUier pourrait donc signifier soit un mesureur ou un peseur juré, soit encore un fabricant de poids ou de mesures.
Saaciers, a. Ouvriers qui font des sacs.
Sauges (qui fet les), fabricant de serges. Cette profession se trouve une seule fois mentionnée dans notre manuscrit.
Sauniers, i i . Marchands de sel. Il est possible qu'autrefois les espiciers et les pévriers vendissent du sel en détail comme les épiciers d'aujourd'hui. Cette denrée est si indispensable et si fréquemment employée, que, s'il en étoit autrement, il faudroit supposer aux sauniers mentionnés dans notre manuscrit un commerce extraordinairement étendu relativement à leur petit nombre. En 1827, il s'est consommé dans Paris seulement plus de huit millions de livres de sel gris ou blanc (b) .
Sausiers, 7. Marchands de sauces préparées, cuisiniers, traiteurs.
Savonniers, 8. Marchands ou fabricans de savon.
Sf.rlléeurs, 8. On avoit traduit en vieux français par sèel le mot latin sigillum , qui signifie sceau , cachet, ornement en relief, d'où je conclus que les séelléeurs étoient des graveurs sur bois et sur métaux.
Ségibrs, i. Fabricans de sièges, chaises, fauteuils ou tabourets. Voyez Tourneurs.
Seliers, 5i. Selliers. Voici encore une industrie dont les développemens n'ont pas suivi une proportion analogue à ceux de la population. On ne compte aujourd'hui dans Paris, comme en 1292, que 5i ateliers de sellerie proprement dite. Les selliers -carrossiers et les selliers-harnacheurs sont au nombre de 109; mais les deux professions, s'occupant
(a) Voyez Ducange, au mot Rotulus.
(b) Statistique de Paris, ann. 1839, tabl. 101.
presque exclusivement des harnais propres aux chevaux de trait, n'ont qu'un rapport très éloigné avec l'ancienne profession de sellier, dont toute l'industrie consistait dans la fabrication des selles et des brides.
Serjants, serjents. Ce mot se trouve 47 fois dans le recensement, sans aucune autre désignation spéciale. Il signifie alors domestique, serviteur, savions. Ainsi, parmi les contribuables de la paroisse Saint-Nicolas-des- Champs, nous trouvons les mentions suivantes : « Denyse lecoutier. — » Jehannot, son serjant. »
Le mot serjant avoit aussi la signification d'écuyer, c'est le sens qu'on pourroit lui donner dans les exemples suivans tirés de notre manuscrit : « Ijç serjant l'évesque; le serjant monseigneur Phelippe d'Artais; le serjant « monseigneur Loys. »
Nous trouvons deux fois le même mot avec la signification de gardien ou concierge : « Le serjant de Saint-Ladre ; le serjant du cimetière aus « juis. »
Le mot sergent avoit de plus, à cette époque, la signification qu'il conserve encore aujourd'hui , celle d'appariteur, d'huissier, de porteur d'exploits et de contraintes. On lit dans un éditde Philippe-le-Bel, de Tan i5oa: « Nous défendons aux sergens de faire aucun ajournement ni aucune cita- « tion, sans l'ordre du sénéchal, du bailli , ou de tout autre juge (a). » Chaque juridiction avoit ses sergens attitrés. I^e recensement renferme 2 serjants au chantre, a3 serjants du Chastelet, et 4 serjants du Four-l'Évesque. I>a qualité de sergent n'étoit pas incompatible avec l'exercice d'une autre profession. Plusieurs sergens du Châtelet sont désignés dans notre manuscrit comme des marchands ou des artisans : « Nicholas , le doréeur, « serjant du Chastelet; — Phelippe, le saunier, serjant du Chastelet; — « Thomas, le barbier, serjant du Chastelet, etc. »
Les sergens du Roi ou sergens d'armes étoient les massiers qui précédoient le roi dans les cérémonies et qui faisoient partie de sa garde. Boutiller, dans sa Somme rurale, définit ainsi cette charge : « Les sergenv- « d'armes sont les maciers que le Roy a en son office, qui portent mares « devant le Roy. Sont appelés sergens -d'armes , par ce que ce sont les ser- « gens pour le corps du Roy (b) ». Boutiller ajoute, il est vrai, qu'ils doivent être quittes de toutes tailles; mais les ecclésiastiques en étoient exempt*
(a) Inhibemus ne Seivientes faciant adjornamenta seu citationes , sine praeepto senescalli . ballivi aut alterius jutiieis. Durange, au mot Servùns.
(A) Voyez Ducanpc , aux mots Seruientes armorum et Serpentes Regts.
ET STATISTIQUE. 537 aussi , et cependant nous trouvons deux prêtres et un grand nombre de clercs parmi les contribuables. Tout individu, même exempt d'impôt, y devenoit sujet aussitôt qu'il exerçoit un commerce ou une industrie quelconques (a). C'est probablement le cas dans lequel se trouvoient les quatre contribuables que notre manuscrit mentionne avec la qualité de serjants le roy.
Les sergens à cheval, servientes équités (b), faisoient aussi partie de la cour du roi de France, et a voient, sans doute, le même grade et les mêmes fonctions que les sergens d'armes à pied. Cette qualification se rencontre cinq fois dans notre manuscrit.
Le guet, ou garde de nuit, avoit aussi ses sergens. C'étoit une milice bourgeoise chargée de faire la police de la ville, particulièrement pendant la nuit. Ce service étoit obligatoire pour tous les citoyens, on voit pourtant dans les réglemens des métiers que quelques professions en étoient exemptes. Dix sergens du guet sont inscrits dans le recensement de la taille en 1292. Ces sergens se divisoient en deux classes : sergens à pied, sergens à cheval. Les cinq contribuables nommés avec cette dernière qualification dans notre manuscrit, pouvoient aussi bien appartenir au guet qu'à la cour du monarque. Leur désignation n'est pas assez précise pour qu'il soit possible de déterminer exactement la nature de leur charge.
Serruriers, 27. Serruriers. On en compte aujourd'hui près de 5oo dans la capitale.
Sieeurs , 7. Scieurs.
Soie (ouvrières de soie, qui oevre de soie), ouvrières en soie, couturières en étoffes de soie. C'est probablement cette profession que désigne Jean de Garlande, par les mots suivans , lextrices quœ texunt serica lexta. Elles fabriquoient des ceintures et des chapeaux de soie pour les femmes riches, et des étoles pour les prêtres (c).
Sommeliers, 2. Les sommeliers étoient, comme on sait, des ofliciers de l'échansonnerie du Roi , qui avoient dans leur département la cave et ses dépendances. Leur nom venoit, suivant Ducange (d), de ce que leur fonction principale étoit de recevoir le vin qu'on leur portoit sur des sommiers ou bêtes de somme. L'on appeloit aussi sommeliers ou sommetiers, somarii,
(a) Voyez plus bo$ , l'article Impositions. (c) Append. 2 , n° lxiv.
(£) Voyez ces mots dans Ducange. (</) Aux mots Sauma, Saumarii, Somarii.
les gens qui condui soient les sommiers, et c'est peut-être dans ce sens que
le mot sommelier doit être pris dans uotre manuscrit. SooFLKTfE*8, 2. Fabricans de soufflets. Le nombre des fabriques de soufflets
de toutes espèces se monte aujourd'hui, dans Paris, à 19. Sueurs, 25. Le mot sueur vient évidemment du mot latin sutor, cordonnier,
dans la basse latinité sueor (a). Voyez, plus haut (page 499), l'article
Cordouaniers .
Tabellions. Notaires. Un seul contribuable est ainsi qualifié dans notre manuscrit , il étoit attaché à la juridiction du chantre de l'église de Paris.
Tabletiers, ai. M. de la Tjnna prétend qu'on appeloit anciennement tabletiers ceux qui faisoient des tables pour écrire. Je ne sais jusqu'à quel point cette explication peut être fondée. Voici le seul renseignement que j'aie trouvé sur la professsion des tabletiers dans les réglemens d'Étienne Boylesve : « Nul tabletier ne puet ne ne doit prendre œuvre viez de merif cier ne de gainier, pour appareillier ne pour refaire, se ce n'est oeuvre «f que gaynniers ou merciers face faire pour son porter ou pour son user '< tant seulement, » Les objets que fabriquoient ou réparaient les tabletiers étoient donc de nature à être portes, et rentraient dans le commerce de la mercerie et des marchands de fourreaux et de gaines.
Tabourérurs , 9 . Tambours , ou fabricans de caisses de tambours .
Taconnéeurs, 1. Savetiers, rapetasseurs.
Taieres, toieres, 7. Peut-être étoient-ce des faiseurs de taies d'oreiller. Loti a vu, à l'article Crespinniers , qu'antérieurement à 129a les enveloppes d'oreillers étoient déjà connues sous le nom de toies.
Tailléeurs, 124. Tailleurs. Si l'on ajoute à ce nombre de 124 tailleurs, les 57 couturiers qui sont compris dans le recensement (b), et les 1 5 tailleurs de robes dont je vais parler tout à l'heure , on verra que la profession de tailleur s'est accrue depuis le Ziii* siècle dans uue proportion à peu près égale à celle de la population. Le nombre de tailleurs avant un atelier et une enseigne s'élève aujourd'hui, dans Paris, à 680 environ. Il est vrai que, dans cette appréciation, ne sont pas compris les portiers qui exercent le métier de tailleur, et les ouvriers en chambre qui , tous ensemble, forme-
(a) Voyez le mot Sueor dans Ducange. (b) Voyet page Soi .
ET STATISTIQUE. 53g 1-oicnt probablement un chiifre assez fort. Mais outre que tous les ouvriers tailleurs de Paris, en 1 292, ne sont peut-être pas mentionnés dans le recensement de la taille, il faut observer que dans la comparaison que je viens d'établir, je n'ai pas tenu compte des chauciers, qui coufectionnoient une des principales parties de l'habillement de nos pères, et dont le nombre augmenterait de beaucoup celui des couturiers et des tailleurs. Je ne parle pas des couturières , quoique j'aie émis l'opinion qu'elles étoient aussi employées par les tailleurs. Leur nombre peut se compenser par celui des femmes que les tailleurs actuels emploient à la confection des pantalon set des gilets.
Tailléeurs de dras, i. Tailleurs de draps j probablement la même chose f[ue tailléeurs.
Tailléeurs d'or. Un seul contribuable est ainsi qualifié. Est-ce un ciseleur en or ou un raonnoyeur?
Tailléeurs de pierre, 12. Tailleurs de pierre.
Tailléeurs de robes, i5. Tailleurs en robes. Ces robes étoient un vêtement long, à l'usage des hommes. Les chevaliers, lorsqu'ils n'étoient pas revêtus de leur armure ou de leurs riches habits de cour, se couvroient d'une longue robe fourrée.
Taillbrbsses, 1. Tailleuses, couturières. Peut-être ce mot signifie-t-il tout simplement la femme d'un tailleur.
Tainturiers. Teinturiers. i5 contribuables sont désignés avec la simple qualification de tainturiers ; 2 sont appelés tainturiers de robes. On compte actuellement, dans Paris, a8 teinturiers en gros et 17a teinturiers dégraisseurs.
Talemeliers, 62. Boulangers qui faisoient eux-mêmes le pain, pour le vendre ensuite aux consommateurs. Ces mots talemelier et boulanger n'ont aucun rapport avec le nom du pain, soit dans le grec et le latin, soit dans les diverses langues vivantes; une courte discussion sur leur étymologie ne sera donc pas déplacée ici. Les moulins, quoiqu'ils aient toujours été ù peu près ce qu'ils sont aujourd'hui, n'étoient pas autrefois pourvus de cette machine ingénieuse qu'on appelle bluteau , et qui , à mesure que le grain est écrasé par la meule, sépare, seule et sans la coopération du meunier, la farine du son. I>es boulangers étoient donc obligés d'avoir chez eux un tamis pour passer la farine avant de l'employer (a). Les personnes qui pétrissoient
(a) Voyez Jean deGarlande, Append. 2, n* xxxu.
54o RÉSUMÉ HISTORIQUE
elles-mêmes leur pain, n'avoient pas toujours un tamis pour faire subir à la farine cette épuration indispensable; elles appeloient alors le boulanger qui , moyennant un salaire, se chargeoit de ce soin, et c'est de là que ces artisans furent nommés d'abord tamisiers , talmisiers, et plus lard, par corruption , talmeliers ou talemeliers (a).
Quant au mot de boulanger qui étoitdéjà usité du temps de Saint-Louis concurremment avec celui de talemelier, il vient, suivant Ducange (6), de ce que les pains qu'ils fabriquoient dans le principe a voient la forme d'une boule. Legrand d'Aussv (c) assure que la coutume d'arrondir ainsi le pain a duré fort long-temps en France. Aujourd'hui encore les pains de gruau que font nos boulangers de Paris ont, pour la plupart, une forme hémisphérique.
En 182 1, on comptent déjà dans Paris 56o boutiquesde boulangerie (d). Avec cette donnée et le chiffre exact de la population parisienne en 1821, il paroît possible, au premier abord, d'établir une proportion au moyen de laquelle on arriveroit à la connoissance exacte de la population de Paris en 1392. J'aurais bien désiré pouvoir vérifier de cette manière l'exactitude des calculs que j'ai donnés plus haut à ce sujet (e); mais un court examen m'a convaincu que cette marche ne pouvoit conduire à un résultat satisfaisant. Il existoit à Paris, outre les 62 talemeliers mentionnés dans le rôle, une quantité de fours banaux et de fours publics, dont chacun nourri ssoit certainement plus de personnes qu'une boutique de talemelier. Les propriétaires ou les tenanciers de ces fours étoient nommés fourniers , et notre manuscrit en mentionne 94. Mais, comme je l'ai observé, le mot Journïer signifioit quelquefois un garçon boulanger. Ainsi donc, pour arriver au résultat désiré, par le moyen d'une proportion basée sur la consommation du pain, il aurait fallu : i°. déterminer combien d'individus, parmi les 94 fourniers portés sur notre rôle, étoient réellement des propriétaires d'un four public ou des tenanciers d'un four banal ; 20. dans quelle proportion un four public ou banal et une boutique de talemelier fournissoient le pain aux consommateurs ; 3*. connoître d'une manière précise la quantité de blé ou de farine que chaque talemelier mettoit annuellement en œuvre. Or, les élémens manquent entièrement pour ces calculs préliminaires.
(a) Legrand d'Aussy, tome I, p. 98 et suit., (d) Statistique du département de la Seine, uvclle édition. année i8a3, tabl. 81.
(b) Au mot Bolendegarii. (e) Voyez pages 470 et suiv.
(c) Tome I , page 96.
ET STATISTIQUE. 54i
Outre le froment , le seigle et l'orge , on réduisoît anciennement en farine, et l'on employoit pour faire du pain l'avoine, les vannures des grains et le son. (Voyez le Dictionnaire de Jean de Garlande, au mot Pistores.)
Tanéeurs, a. Tanneurs. On comptoit dans Paris, en 182a, 3o établissemens de tannerie occupant ensemble 3oo ouvriers (a). Voyez Conréeurs.
Tapiciers, 34. Fabricans de tapis ou de tapisseries. Dans les Statuts des métiers, les tapissiers sont divisés en trois classes : i°. tapissiers de tapiz nos très (fabricans de tapis proprement dits); a0, tapissiers de tapiz sarrazinois (marchands de tapis de Perse ou de Turquie); 3*. les tapissiers au métiers de haute lice (fabricans de tapisseries de haute lice).
Tartrieres. Cette profession se trouve une seule fois dans le recensement. Je suppose que le mot tartrière est mis pour tartière, marchande de tartes et de menue pâtisserie.
Taupiers, 1. Taupiers, preneurs de taupes.
Tavermers, 86 (b). Du mot latin taberna, qui signifie boutique et cabaret, nous avons fait taverne et tavernier. Ce dernier mot commence à vieillir ; il est synonyme de cabaretier ou gargotier. Je donne ici un petit tableau présentant le nombre des contribuables qui , sous des qualifications diverses, donnoient à boire et à manger dans Paris, en 1 293.
Oiers. 3
Queus a3
Taverniers 86
Total 157
En 1821, on comptoit déjà dans Paris 937 restaurateurs, traiteurs, aubergistes et gargotiers (Y). Leur nombre s'est, sans aucun doute, accru depuis. On voit, au premier coup d'oeil, que ce genre d'industrie, aux deux époques que nous considérons, est dans un rapport d'environ
(a) Statistique du département de la Seine, ces deux professions , je n'en ai tenu compte année i8a3, tabl. 88. ni à l'article des Merciers, ni à celui des
(b) Parmi les contribuables de la paroisse Taverniers, me contentant de l'indiquer ici Satnt-Séveriu , se trouve un certain Jehan avec sa qualification douteuse.
du Bois , tavernier ou mercier : comme on ne (c) Statistique du département de la Seine, peut le ranger avec certitude dans aucune de année i8a3 , tabl. 81 .
5/p RÉSUMÉ HISTORIQUE
i 1/2 à 9, tandis que le rapport de la population aux mêmes époques est seulement d'environ a à 7.
Mais le mot tavernier avoit encore anciennement une signification que je n'ai trouvée dans aucun glossaire, pas même dans Ducange. Voici quelques mentions extraites de notre manuscrit où ce mot s'écarte évidemment de sa commune acception : et Marguerite, la chanevacîcre ; Macyot, son « tavernier ; — Lepage, tavernier chiés la Marche-Boë ; — Jehan d'Or- « liens; Raoul, son tavernier) — Richard Blondel; Gautier, son taver- « nier. » Pour expliquer ces dénominations , il faut encore avoir recours à l'étymologie du mot tavernier. Taberna, dans son acception primitive, signifie boutique; le sens que le mot tavernier présente le plus naturellement à l'esprit est celui de boutiquier ou garçon de boutique, et c'est ainsi, je crois, qu'il faut l'entendre dans les quatre passages de notre manuscrit que je viens de citer.
Te mers ,11. Marchands ou fabricans de toile.
T KssEK ans , tesserandes , 82. Tisserands. Parmi ces 82 artisans plusieurs dévoient être exclusivement occupés à la fabrication du drap. Les tisserands fabricans de toile sont plus particulièrement désignés par la qualification de tisserands de linge. Voyez l'article suivant.
Trsserams de linge, 4. C'est ce que nous appelons proprement aujourd'hui des tisserands, des ouvriers qui fabriquent de la toile. Si l'on admet l'opinion que j'ai émise dans l'article précédent, on pourroit trouver bien petit le nombre des ouvriers occupés à tisser de la toile. Mais il faut observer que les teliers et les chanevaciers pouvoient aussi être des tisserands pour la toile, ce qui porteroit à ai le nombre des tisserands proprement dits, et à 36, en comptant les contribuables dont il va être fait mention dans les articles suivans (a).
Tiretainiers, 4. Fabricans de tiretaine.
Tissus (qui fait). Un seul contribuable est mentionné avec cette désignation. Un autre nom est suivi de la qualification suivante : fésere&se de tissus. Ce sont encore deux tisserands.
Toières. Voyez Taières.
Toiles (qui bat les), 1 . Blanchisseurs de toiles.
Toilliers, 3. Fabricans ou marchands de toiles.
(a) Voy. Tissus, Touchers et Trenchéeurs .
ET STATISTIQUE. " 54$ Tondéeurs, 30. Tondeurs de draps. Voyez Retondéeurs . Le nombre de ces artisans suppose nécessairement un grand nombre de tisserands exclusivement occupés de la fabrication des draps. Tonneliers. Voyez Tonneliers.
Toueliers , touailliers , toueUères , 5. Tisserands fabricans de toiles.
Touneliers , 70. Tonneliers. On compte aujourd'hui dans Paris 94 artisans de cette profession.
Tournéeuhs, 12. Tourneurs sur bois ou sur métaux. Paris possède actuellement 99 tourneur» sur métaux et 1 33 tourneurs sur bois.
Treffiliers, 8. Tréfileurs. Les Statuts des métiers distinguent les treffiliers de fer et les treffiliers d'archal. Ce sont des fabricans de fil d'archal et de fil de fer. Il existe aujourd'hui à Paris trois ateliers de tréûlerie , mais je n'ai aucun renseignement sur le nombre des ouvriers qu'ils emploient.
Trenchéecrs, 7. Roquefort donne au mot trenchéeur la signification de mineur, sapeur, qui tranche , qui ouvre, et il cite à l'appui de cette explication le passage suivant d'une vieille traduction de la Bible : « Ma géném ration est soustraite et est tournée de moy ausi corne d'w/i trancheur ; <( elle m'a brisic endementre que je commençasse encore. » Or, voici le texte latin. C'est le chant d'Ezéchias dans Isaïe, chapitre xxxvm, v. 12. « Generatio mea ablata est, et convoluta est a me quasi tabernaculum « pastorum : prœcisa est velut à texente vita mea : dum adhuc ordirer, « succidit me. » Il est évident que les quatre mots français ausi corne d'un trancheur, sont la traduction des trois mots latins velut à texente. Mais alors trancheur doit signifier tisserand. C'est aussi par le mot tisserand qu'est traduit le mot latin texente dam l'édition de la Bible, donnée en i8o5 par les pasteurs et les professeurs de l'Église et de l'Académie de Genève (ai.
« Mon habitation a été détruite, elle a disparu, comme on enlève la «< cabane d'un berger; le fil de ma vie a été coupé, comme on coupe la toile « du tisserand; Dieu l'a retranchée lorsqu'elle ne faisoit que commencer. »
Tripiers, 3. Tripiers.
Trompéeurs, 3. Les Statuts des métiers rangent les trompéeurs parmi les jugléeurs et les meneslriers. C'étoient donc non pas des faiseui-s de trompes ou de trompettes, mais ce que nous appelons des trompettes, c'est-à-dire des musiciens qui jouoient de la trompette ou de la trompe.
(a) Tome II , page a4, col. i.
Trumelibrs, i. Fabricans de cuissards, partie de l'armure qui couvrait les cuisses et les jambes et qu'on appeloit trumiaus.
Tuiliers, ia. Fabricans de tuiles. Le vaste espace occupé aujourd'hui par le palais et le jardin des Tuileries étoit, à l'époque où se rapporte notre manuscrit, un vaste terrain consacre à la fabrication de la tuile et qu'on appeloit, comme on nomme encore aujourd'hui h demeure royale, les Tuileries.
Uiliers, uilières, 43. Marchands et marchandes d'huiles. Paris compte aujourd'hui autant de marchands d'huiles que d'épiciers. En 1827, la population parisienne a consommé plus de 78 mille hectolitres d'huile fine de toute espèce (a).
Uissiers, 8. Dans les palais des rois et dans les hôtels des grands, on appeloit huissiers, ou uissiers du vieux mot uis, des officiers préposés à la garde des portes des appartemens. Les huissiers de nos tribunaux ont conservé ce titre qui a même fini par prévaloir sur celui de sergent , parce qu'une de leurs principales fonctions est d'ouvrir les portes de l'audience et de veiller ensuite à la porte de l'enceinte du barreau. U est même probable qu'anciennement les fonctions de sergent et d'huissier dans les tribunaux étoient distinctes et remplies par des personnes différentes.
On appeloit aussi autrefois huissiers les ouvriers qui fabriquoient des portes. Nous en trouvons la preuve dans les Statuts d'Étienne Boviesve, qui rangent au nombre des charpentiers , les huchiers, les huissiers, les tonneliers, les charrons , les couvreurs de maisons, etc.
Usuriers, j . Le mot usurier étoit déjà en usage au ix* siècle pour désigner un préteur à gros intérêts (b). Mais comme ils étoient rigoureusement poursuivis et punis avec sévérité par la juridiction ecclésiastique, je pense que dans notre manuscrit , où du reste la qualification d'usurier ne se trouve qu'une fois , ce mot est plutôt un sobriquet que le nom d'une profession.
Vachiers, 10. Nourrisseurs de vaches. Voyez Leitiers.
Vallets. Nos anciens chevaliers étoient nommés, dans le latin du moyen âge, milites, soldats, parce que c'étoit sur eux que reposoit principalement
[a) Statistique de Paris, année 1829, tabl. 101 . (A) Voyez Dueange , au root Usurtni.
ET STATISTIQUE. 545 le soin de la défense du territoire. Lorsqu'un prince étoit menacé d'une guerre ou méditoit une expédition , il appeloit à lui ses chevaliers , et c' étoit par leur nombre que se calculoit la force d'une armée. Chacun emmenoit avec lui un certain nombre de ses vassaux , qui étoient tenus de l'accompagner dans la guerre , et c'est la réunion de ces vassaux armés qui fbrmoit ce que nous appelons proprement aujourd'hui les soldats. Mais les chevaliers eux-mêmes n'étoient soumis à l'obligation du service militaire qu'en vertu des concessions des fiefs ou des bénéfices qu'ils tenoient de leur suzerain. Ils étoient donc eux-mêmes vassaux, aussi les appeloit-on indifféremment milites ou vassalli{a). Ensuite on donna le nom de vasseleti ou vasleti, diminutif de vassalli, aux fils de ces grands feudataires qui n'avoient pas encore obtenu le grade de chevalier. Ainsi la première signification du mot vaslet ou vallet est celle d'écuyer, grade qu'on obtenoit après avoir passé un certain temps dans la condition de page. Voici deux passages empruntés, l'un à l'Histoire de France de Guillaume Guiart, l'autre à la Chronique de Bertrand Duguesclin {b) , où la hiérarchie , dans l'ordre de la chevalerie, est parfaitement marquée.
Mètent à mort ès heberjages Chevaliers, escujers et pages.
Et en cèle heure commença un estris (c)
Des valeU et des pages qui gardoient les roucis (d).
La même hiérarchie se retrouve parmi les artisans et les commerçai» qui composoient la bourgeoisie. Dans les Statuts d'Étienne Boylesve 011 distingue les maîtres, les valets et les apprentis. Ceux-ci représentoient les pages. Les valets étoient ceux qui , ayant fini leur apprentissage, travailloient chez les maîtres moyennant salaire, jusqu'à ce qu'ils eussent les moyens d'acheter une maîtrise, ou bien ceux qui demeuraient, en qualité de commis, chez les marchands , jusqu'à ce qu'ils pussent ouvrir une boutique pour leur compte. C'est dans ce sens que le mot valet doit être pris dans notre manuscrit. Il s'y trouve 391 fois sans aucune désignation particulière. Il paroit aussi que dans quelques ateliers il y avoit, outre le maître, un chef-ouvrier qui avoit sur les autres ouvriers une certaine autorité; c'est du moins ce que me fait présumer la dénomination de mestre-vallet qui du reste ne se présente qu'une seule fois dans le manuscrit.
(a) Ducange , aux mots Miles, haletas . (c) Un combat.
{b) Cités parDuraoge, au mot Pagius. [d] Les roussins, les chevaux.
Voici maintenant la nomenclature et le nombre des vallets dont la profession est désignée.
Vallets armenriers , 2 .
Vallets barbiers , 7.
Vallets baudraiers , 1 .
Vallets bouchiers , 1 .
Vallets bourreliers , 1 .
Vallets boursiers, 3.
Vallets çavetiers, 1.
Vallets cervoisiers, 2.
Vallets chandeliers, 1.
Vallets chapeliers de feutre , 2.
Vallets chapuiséeurs, 1.
Vallets charrons , 1 .
Vallets chauciers, 2.
Vallets cirier, 1.
Vallets cordiers , i .
Vallets cordoaniers, 7.
Vallets doréeurs , 1 .
Vallets drapiers , 1 .
Vallets escrivains , 1 .
Vallets escueliers, 3.
Vallets espiciers , 6.
Vallets estuvéeurs, 1 .
Vallets fa ni ers , 1.
Vallets ferpiers, 2.
Vallets feutriers, 1 .
Vallets du fruit, 1.
Vallets fourniers , 1 .
Vallets gantiers, 2.
Vallets hiaumiers , 1 .
Vallets leitiers , 1 .
Vallets lombards, 1 , Vallets mnrehônn s , 1 .
Vallets marescha us , 3.
Vallets merciers , 1 .
Vallets monnoiers, 1 .
Vallets mouléeurs, 1.
Vallets orfèvres , 2.
Vallets pasteers, 4.
Vallets paumiers , 2.
Vallets péletiers , 5.
Vallets péTriers, 4.
Vallets poissonniers, 1.
Vallets queus, a.
Vallets recouvréeurs , 1.
Vallets séelléeurs, a.
Vallets séliers, 7.
Vallets tailléeurs, 7.
Vallets talemeliers , 5.
Vallets taverniers, 7.
Vallets tonneliers, 2.
Vallets uiliers, 1.
Vallets vinetiers, 1 .
Le mot vallel commençoit déjà, vers la fin du xme siècle, à être pris aussi dans le sens de domestique , mais alors on y ajoutoit une désignation particulière afin d'en mettre hors de doute la véritable signification. Ainsi nous trouvons, dans le recensement de la paroisse Saint-Jean , un contribuable nommé Raoul , qualifié de va II et à servir.
Lu désignation de vallet apprentis se trouve une fois dans notre recensement. Quoique la condition de valet et celle d'apprenti fussent parfaitement distinctes, on pouvoit les confondre quelquefois dans le langage ordinaire, comme on confond plus d'une fois aujourd'hui les apprentis et les ouvriers qui , ayant fini leur temps d'apprentissage , commencent à gagner un salaire pour leur travail.
Il ne me reste plus qu'à dire quelques mots sur les désignations suivantes, trop vagues pour pouvoir être expliquées d'une manière précise : « Jehan- « nequin, vallet le Roy; — Guillaume Roussiau, vallet monseigneur « Ghalles. » Ce que l'on peut dire de plus certain sur ces deux désignations , c'est que le nom seul des contribuables auxquels elles s'appliquent ne permet pas de supposer que le mot de valet y doive être pris dans lesensd'écuyer. Les écuyers, et surtout ceux du Roi et des princes du sang, étoientpris dans les familles les plus distinguées par la célébrité de leur nom et l'ancienneté de leur noblesse. On ne peut pas non plus expliquer ici le mot
de valet par son acception la plus commune , celle d'ouvrier ou de commis. Sa signification la plus probable est celle de serviteur, officier, minister, famulus.
Va nier s , 4» Vanniers.
Vanrtiers, i. Même signification ; on compte aujourd'hui, dans Paris, 44 principaux fabricans de vanneries.
Vanéeurs, i . Ce mot a-t-il la même signification que le précédent, ou bien désigne-t-il un ouvrier qui vannoit les grains?
Veilubrs, 3. Fabricans de vrilles. Les Statuts des métiers mettent les veilliers au nombre des fcvres.
Veluet (qui fet le) , i . Fabricant de velours.
Ventrières, a. Sages-femmes.
Verriers , voirriers, 17. Fabricans de verres. Le département de la Seine ne comptoit encore, en i8a4> que àwa. verreries occupant ensemble 190 ouvriers (a). Mais peut-être l'ancien mot verriers ou voîrrier avoit-il la signification de marchand de verres aussi bien que celle de fabricant.
Vignerons, a. Le mot vigneron, suivant Carpentier et Roquefort, signifioit anciennement cabaretier; la signification de marchand de vin me semblerait répondre d'une manière plus précise à son élymologie.
Vin ( vendéeurs de ) , 1 . Marchands de vin.
Vinetïers, 4. Marchands de vin. En récapitulant tous les individus désignés dans notre manuscrit comme exerçant cette profession, nous trouvons :
Bufetiers 5i
Vignerons 2
Vendéeurs de vin 1
Vinetiers 4
Total. nS
Paris , en 1821 , comptoit plus de a,5oo boutiques ou caves de marchands de vin en détail {b).
Vintres , 1 . Geôliers.
Viroi.iers, 3. Faiseurs de viroles. Voyez Garnisseurs.
Voiturirrs d'yaub, i. Voituriers par eau ou porteurs d'eau à voitures.
{a) Statistique du département de la Seine, année 1826 , Ubl. 98. UW ,a.ui« i8a3, ubl. 81.
Ymagiers, 24. Peintres ou sculpteurs.
Je ne puis terminer cet article sur la population de Paris à la fin du xiii* siècle, sans dire quelques mots d'une partie de cette population qui étoit à la fois la plus riche et la plus misérable. Je veux parler des Juifs, dont le recensement forme dans notre manuscrit un chapitre à part. Ils étoient au nombre d'environ 124, hommes, femmes ou enfans, et habitaient la rue de la Juiverie, le Petit-Pont, la rue de la Tacherie, la rue de Moussy et celle du Renard Saint-Merry.
Déjà, sous les rois de la première race, les Juifs avoient commencé à être , dans toute l'Europe, l'objet de l'aversion des peuples et des persécutions du pouvoir (a). Ces persécutions redoublèrent vers la fin du xie siècle. En France, en Angleterre, en Espagne, en Allemagne, partout ils étoient regardés comme le rebut de l'espèce humaine et ravalés per les lois à la condU tion des plus vils esclaves. Le jurisconsulte anglois Bracton s'exprime ainsi sur leur compte : « Le Juif ne peut rien avoir en propre; tout ce qu'il « acquiert devient la propriété du Roi , non la sienne : Les Juifs ne vivent m pas pour eux, mais pour les autres; ainsi c'est pour les autres qu'ils acquiert rent et non pour eux (b). »
La haine universelle dont ces malheureux furent si long-temps les victimes s'étoit développée en même temps que la dévotion guerrière qui poussent vers la Palestine l'élite des populations européennes. Cette haine grandit encore à mesure que le fanatisme des croisades poussa de plus profondes racines dans les cœurs. Les Sarrasins reprochent aux Français de souffrir dans leurs États les bourreaux de ce Dieu même dont ils viennent reconquérir le tombeau (c) : aussitôt, du fond de l'Orient, Saint-Louis envoie une ordonnance à Paris pour faire chasser les Juifs duroyaume. Cette ordonnance, il est vrai, neparoîtpas avoir été exécutée; le bon roi pensoit qu'il lui seroit plus méritoire de convertir les Juifs à la vraie religion , que de les expulser de ses États. II n'épargnoit pas la dépense pour arriver à ce noble but ; et, s'il faut en croire Sauvai, des familles entières se laissèrent gagner par ses
(a) Sauvai, 1. IX, pag. 5n. sed aliij, et sic aliis acquirunt , et non sibi
(b) a Judœuj vero nihil proprium haberc ipsis. » (Ducange, au mot Judcci. ) potest , quia quicquid acquirit , non sibi ac- (c) Sauvai, 1. IX, page r>\.\. quirit, sed régi : quia non vivunl sibi ipsis,
55o RÉSUMÉ HISTORIQUE
libéralités. Mais en rendant justice aux pieuses intentions du saint monarque et à ses bontés pour quelques Juife convertis, on ne peut s'empêcher de reconnoitre qu'il fut un des persécuteurs les plus ardens de la secte judaïque.
Les personnes des Juifs et leurs biens furent déclarés la propriété des seigneurs sur les terres desquels ils vivotent. Ensuite, comme si la condition d'esclave eût encore été trop bonne pour eux, on les contraignit à porter une marque extérieure qui devoit servir à les faire distinguer des fidèles. Une ordonnance de Saint-Louis, rendue à la requête d'un moine, peut-être le confesseur du Roi, présenta tous les baillis, vicomtes, sénéchaux, prévôts, et généralement à tous les dépositaires de l'autorité publique, de forcer les Juifs à porter ostensiblement sur leurs habits deux rouellesou cocardes dedrap jaune, de la grandeur de la main , l'une sur le dos, et l'autre sur la poitrine. Si quelqu'un surprenoit un Juif dans la rue sans cette marque d'infamie , le délinquant étoit condamné à 10 livres (a) d'amende, et à la perte de son habit, qui étoit confisqué au profit du dénonciateur (b). Philippe-le-Hardi ajouta à la rouelle une coiffure ridicule qui exposoit les malheureux Juifs, toutes les fois qu'ils sortoient, aux moqueries et aux insultes de la populace.
L'exemple du monarque fut imité par tous les seigneurs qui , comme il arrive presque toujours en pareil cas, renchérirent encore sur la sévérité de Saint-Louis. LesJuifs furent écrasés sous le poids des impôts de toute espèce, et il ne fut pas rare de les voir vendre et acheter comme des meubles d'un produit considérable. Henri III, roi d'Angleterre, au rapport de Mathieu Paris, vendit pour quelques années les Juifs au comte Richard son frère, pour que le comte éventrdl ceux que le Roi avoit écorchés (c). Les seigneurs françois n'étoient pas en arrière de leurs voisins d'outre-mer. Il n'étoît pas d'exaction qu'ils ne crussent légitime contre ceux de leurs malheureux vassaux qui suivoient la religion de Moïse.
Ceux-ci se vengeoient à la vérité en ruinant, par des prêts usuraires, ceux que leurs besoins forçoient de recourir à eux ; ils prétoient aux sujets, aux seigneurs, et quelquefois même aux monarques. Si leurs débiteurs de haut rang furent presque toujours infidèles, ils trouvèrent sans doute le secret de se dédommager sur les emprunteurs des classes inférieures, car le commerce de l'argent les mit dans tous les pays en possession de richesses considérables,
(a) Environ ?.6o francs.
(b) Ordonn. des Rois de France , tome I , p. 294. — Ducange attribue cette ordonnance, qu'il rapporte mot pour mot , à un comte de Poitiers.
(r) Ut qtws rex excoriaverat , cornes evisceraret . Math. Paris , cité par Ducange, an mot Jttdai.
ET STATISTIQUE. 55i et il serait difficile de déterminer si ces richesses leur ont été plus nuisibles que profitables. En effet, pour ne parler que des Juifs de France, leurs immenses possessions ont presque toujours servi de prétexte à leur expulsion du royaume, mais toujours aussi elles leur ont fourni les moyens d'y rentrer.
Philippe-Auguste à peine sacré, s'étoit emparé des meubles des Juifs, de leur or et de leur argent, les avoit fait emprisonner, et ne leur avoit rendu la liberté que moyennant une rançon de 1 5 mille marcs d'argent (a). Ensuite il les avoit chassés du royaume; il avoit confisqué leurs terres et leurs maisons, et réduit à un cinquième toutes les créances qu'ils possédoient sur ses sujets (b). En 1 198 ils achetèrent à force d'argent la permission de rentrer en France. La rue de la Tacheric, le Pclit-Pont et la rue de la Juiverie furent, dans la capitale, les lieux où les Juifs s'établirent en plus grand nombre. Ils eurent deux synagogues : l'une dans la rue de la Bùcherie, l'autre dans le voisinage de la Grève; et deux cimetières: le premier dans la rue Galande, le second dans la rue de la Harpe, près de la rue Pierre-Sarrasin» Us parvinrent à se maintenir dans le royaume pendant les règnes de Saint-Louis et de Philippc-le-llardi, quoique toujours persécutés et menacés d'une nouvelle expulsion. Mais dès les premières années du règne de Philippe-le-Bel, ils durent s'apercevoir que ces menaces, jusque-là sans ellèt, ne tarderaient pas à se réaliser. L'an 1 290 un arrêt du Parlement, rendu en présence et sur le commandement exprès du monarque, ordonna qu'à la mi-Carême tous les Juifs d'Angleterre et de Gascogne qui étoient venus s établir en r rance sortiraient du royaume. Ce ne fut pourtant qu'en 1 r>o6 que cet arrêt fut exécuté contre tous les Juifs sans exception dans l'étendue de la France entière.
Rentrés en i5i5, sous le règne de Louis X, qui leur accorda, moyennant des sommes considérables, la permission de s'établir de nouveau en France pour treize ans, ils devinrent bientôt l'objet de nouvelles persécutions. Philippe VI voulut les obliger à sortir de France ou à se convertir à la religion chrétienne. Mais cette fois, l'émigration ne fut que partielle. Sauvai (r) assure que Philippe VI prit sous sa protection les Juifs de Paris; et les besoins sans cesse renaissans du trésor pendant les guerres ruineuses que ce prince eut à soutenir contre la Flandre et l'Angleterre, rendent cette assertion plus que probable- Quant aux autres Juifs, ils ne rentrèrent en France qu'en i5()o, rappelés par le rai Jean, qui tira d'eux une partie de sa rançon. Ils
(a) Chroa. de Saint-Dcnys, Hist. de France, tome XVII, page 35o. — Radulf. de Diceto, ibid. , p.ige 617.
(6) En 1 182. Ce cinquième ne fut pas payé
aux légitimes créanciers , mais au roi luimême. (Rigord, Hist. de France, t. XVII. p. 8, 9. — Philippide, livre I, vers 3;5, 376. (c) Lîv. IX , pnge 5 18.
vécurent en France sans être fort inquiétés pendant le règnede Charles V et les premières années du règne de Charles VI. Ce dernier monarque sembla même vouloir leur donner un gage de sa protection, en supprimant un ancien usage d'après lequel les biens de tout Israélite converti à la religion chrétienne étoient dévolus au fisc. Mais ces bonnes dispositions ne furent pas de longue durée ; une nouvelle sentence d'exil vint bientôt frapper les malheureux Juifs (a); ce fut la dernière, mais ses effets dévoient durer toujours. La cause ou le prétexte de ces proscriptions, sans cesse renouvelées, étoient toujours les usures excessives des Juifs. Charles VI les accusoit, en outre, d'avoir violé les conditions attachées par ses prédécesseurs à la permission qu'ils en avoient obtenue de rentrer dans le royaume.
On ignore la date précise de l'expulsion définitive des Juifs sous Charles VI (b). Sauvai assure que ceux qui habitoient Paris quittèrent immédiatement cette ville. Pendant les siècles suivans, les Juifs firent diverses tentatives pour obtenir leur rappel en France et surtout à Paris. Leurs efforts furent inutiles. Cependant le fanatisme, qui avoit aiguisé contre eux le fer de la persécution, s'étoit considérablement affoibli dans le cours de deux siècles. I^s antipathies du pouvoir s'étoient peut-être éteintes devant les importans services que les Juifs, par leurs richesses immenses, avoient été à même de rendre à l'État; peut-être les idées d'ordre , de justice et d'humanité s'étoient-elles développées. Toujours est-il que l'expulsion des Juifs sous Charles VI fut entièrement différente de ce qu'elle avoit été sous Philippe-Auguste. Ni le fisc, ni les débiteurs des Juifs ne s'enrichirent de leurs dépouilles. Leurs personnes furent respectées; leurs biens furent inventoriés avec soin , et la confiscation n'atteignit que ceux qu'ils ne purent pas emporter ; enfin , leurs débiteur* furent contraints de s'acquitter envers eux dans un délai fixé. L'on voit que, si les préjugés contre cette race malheureuse n'étoient pas entièrement détruits , ils n'étoient plus pour elle aussi redoutables qu'ils l'avoient été sous les règnes précédens. Aussi, ne pouvant pas réussir à se faire ouvertement rappeler en France, ils ne tardèrent pas à s'y introduire furtivement, et l'on ferma les yeux sur cette contravention.
Bientôt enfin les hérésies du xvie siècle , en attirant d'un autre côté l'attention de l'Église et des gouvernans dont les doctrines nouvelles menaçoient de renverser l'autorité, favorisèrent le retour des Juifs, et leur assurèrent une tranquillité que le fanatisme religieux, occupé ailleurs, ne devoit plus troubler.
(n) Ordonn. des rois de France, t. VII, p. 675. — (b) L'ordonn. est du 17 septembre 1