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DES IMPOTS

Les sources des revenus publics en France, au xiii* siècle, étoient bien plus nombreuses et bien plus fécondes qu'on ne pourroitse le figurer, si Ton considéroit seulement l'imperfection de l'administration financière à cette époque. Les bases de l'impôt étoient à peu près les mêmes qu'aujourd'hui. Le Gouvernement pcrcevoit des droits sur les transmissions des immeubles ou les mutations de propriétés, sur la vente des marchandises en général , sur le sel , sur les boissons , les comestibles , etc. Les villes , les communes et les seigneurs avoient des péages et des bureaux d'octroi sur les routes, le long des rivières, à la téte des ponts. L'artisan qui devenoit acquéreur d'une maîtrise devoit acheter le droit d'exercer son industrie. La noblesse même et le clergé, ces deux classes privilégiées, qui levoient, pour leur compte, sur les biens et les personnes de leurs vassaux, des contributions considérables , n'étoient pas dispensés de concourir à l'alimentation des revenus de l'État.

Alors comme aujourd'hui, l'impôt direct, quelle que fût sa dénomination, aide, taille ou subside, se plaçoit en tête des divers élémens de la fortune publique. La signification seule des mots aide et subside indique la nature des prestations auxquelles on les avoit primitivement appliqués. C'étoient, dans le principe, des secours gratuits que le vassal fournissoit volontairement à son seigneur; avec le temps ces secours devinrent obligatoires. L'aide, dit Ducange (a), ditferoit de la taille, en ce que la taille dépendoit uniquement de la volonté du seigneur, et pouvoit être levée par lui pour quelque besoin que ce fût, sur ceux de ses vassaux qui y étoient soumis , tandis que l aide ne pouvoit être exigée que dans les cas prévus par la loi ou par la coutume. Ces cas étoient ordinairement au nombre de cinq : i°. pour le Roi , la défense du territoire; pour les seigneurs, l'obligation d'aller à la guerre sur l'ordre ou l'invitation de leur suzerain; a°. le mariage de la fille aînée du seigneur; 3°. la promotion de son fils aîné à la dignité de chevalier; 4°- le voyage de Palestine, pour la conquête ou la défense des Saints Lieux; 5°. la rançon du seigneur dans le cas où il seroit devenu prisonnier de guerre.

Une charte de i3io, citée par Ducange, atteste qu'à cette époque l'on distinguoit encore l'aide de la taille : « Tailles ne sont raie aydes, ne de nom, « ne leur semblent : car tailles sont levées pour cas de nécessité et de volenté « de prince. Mais celles aydes nul ne puet lever, si ce n'est u cas pour quo)

(a) Au mot Auxilium.

h elles sont deués. n Cependant l'aide levée en 1 3 1 3 par Philippe-le-Bel sur les habitans de la ville de Paris , pour la promotion du roi de Navarre , son fils, au grade de chevalier, est qualifiée de taille dans le rôle original de cette contribution. Ainsi c'est dans les premières années du xive siècle qu'on a commencé à ne plus tenir compte, dans le langage ordinaire, de la différence qui existoit entre l'aide et la taille, et que le mot taille est devenu un terme générique pour désigner toute espèce d'impôts directs. Mais la qualification inexacte de la contribution levée en i3i3 ne pou voit induire en erreur sur sa nature , parce que les motifs de cet impôt sont indiqués par le titre même du rôle original , et par un mandemeut de Philippe-le-Bel , inséré dans le recueil des Ordonnances des rois de France (a).

Ces ressources me manquoient pour déterminer la nature de l'impôt levé sur les Parisiens, en 1292. Mais, en consultant l'histoire, on voit que Philippe-le-Bel ne se trouvoit, à cette époque, dans aucun des cinq cas prévus par la coutume , où les sujets dévoient l'aide au monarque. La guerre avec l'Angleterre étoit imminente, il est vrai; on ne peut cependant pas dire que la sûreté et l'inviolabité du territoire fussent encore en danger, puisque la première descente des Anglois en France ne date que de 1 396. Néanmoins la suite des contestations qui s'élevèrent en 1 292 entre la France et la Grande-Bretagne étoit facile à prévoir, et il est fort probable que l'impôt levé dans le courant de cette année fut une taille dont le produit étoit destiné aux préparatifs de la guerre qui ne devoit pas tarder à éclater.

J'ai défini la nature de la taille; c'étoit une prestation exigée par le seigneur dans un cas de nécessité. Les grands ne tardèrent pas à abuser de cette ressource, et le droit de taille devint, entre leurs mains, un moyen d'exaction dont ils se servoient a leur gré, sans autre règle que leur bon plaisir. Froissart, qui écrivoîtau xiv» siècle , leur reproche déjà d'avoir redoublé d'avarice et d'oppression : « Ils trouvent pour le présent, dit-il , plus grande « chevance que nefesoient leurs prédécesseurs, car ils taillent leurs peuples à « volenté, et du temps passé ils n'osoient, fors de leurs rentes et revenus (b). •

On distidguoit les tailles réelles et les tailles personnelles. Les premières portoientsur les biens des taillables, les secondes étoient sur le chef et la personne (c). L'imposition dont je publie le rôle original étoit à la fois réelle et personnelle. Nous avons dans le manuscrit même la preuve qu'elle frap-

(a) TomeI,p. 534- (c) Coutume du Bourbonnois , dans Du-

(b) Dans le Recueil des Ordonnances, cange, au mot l'allia. tome XVI , préface, page xxij.

ET STATISTIQUE. 555 poit les biens des contribuables. Ainsi , nous trouvons parmi les lombards de Saint-Germaiu-des-Prés (à) nn contribuable désigné de cette manière : « Nie ho las Mainnet : ses biens sont en la rue aus Fèves. » D'un autre côté la taille est certainement personnelle, puisqu'elle atteint une foule de chambrières , de valets, de domestiques , qui tous étoient des gens à gages et n'avoient probablement pas de propriétés imposables.

J'ai parlé des imperfections de l'administration des finances à l'époque où se rapporte notre manuscrit ; il eût été plus exact de dire qu'il n'existoit pas encore d'administration proprement dite. Le premier établissement qui révèle un commencement d'organisation dans cette branche importante du gouvernement est l'institution de la cour des aides, sous le règne du roi Jean. Auparavant , l'assiette et la levée des tailles étoient faites par des prud'hommes auxquels on donnoit pour cet objet une mission spéciale. En 1292, l'ordonnance que Saint-Louis avoit portée pour régulariser dans ses domaines l'assiette et la perception de la taille devoit être encore en vigueur. En voici la substance -J>).

On élisoit dans chaque ville, par le conseil des ecclésiastiques et des principaux bourgeois, trente ou quarante hommes probes et loyaux , plus ou moins, suivant que la population de l'endroit étoit plus ou moins considérable. Ces élus , après avoir prêté serment sur les saints évangiles , choisissoient parmi eux ou parmi les autres habitans, douze répartiteurs d'une probité reconnue, qui juroient à leur tour de bien et fidèlement asseoir la taille, sans épargner ni surcharger personne , et sans se laisser guider par aucun sentiment de haine, de crainte ou d'affection. On choisissoit en même temps quatre autres commissaires, dont l'élection demeuroit secrète jusqu'à ce que les douze premiers eussent achevé la répartition de la taille. Alors, et avant la publication du rôle, les quatre commissaires nommés en dernier lieu, après avoir préalablement prête le serment de rigueur, fixoient eux-mêmes la quotité de l'impôt qui devoit être à la charge des douze premiers répartiteurs. Quant à la proportion des cotes avec le revenu imposable des contribuables, il n'en est pas question. L'ordonnance porte seulement que la taille sera répartie au marc le franc (c), et que les biens meubles seront estimés à

(a) Page 4 , col. i . et 292. On trouve encore le texte latin dans

(b) Cette ordonnance se trou voit en francois Ducange, au mot Tallia, et le texte francois dans le registre de la Chambre des comptes, dans la préface que M. Buchon a mise en tète et en latin dans D. Lac d'Àchery. Les compi- du rôle de i3i3.

lateurs du Recueil des Ordonnances ont pu- (c) Ad libram equaliter. blié les deux textes en regard, tome I , p. 291

la moitié des immeubles. Quatre ou cinq ans après la levée de la taille dont je publie le rôle original , Philippe-le-Bel ordonna , à l'occasion d'une taille nouvelle, de lever le cinquantième des biens dans toute l'étendue du

royaume (o). Plus anciennement , suivant M. de Pastoret, on avoit exigé seulement le centième du revenu (£). Il paroit, du reste, que la proportion du cinquantième, que nous regarderons comme la proportion légale pendant tout le règne de Philippe-le-Bel, se perpétua sous le règne des rois ses successeurs. En i 1 1 - , Charles YI confirma une trausaction passée entre Ie9 habitans de Pézenas et leur seigueur , sur des contestations relatives à l'assiette et à la levée de la taille. On y fixa, relativement à la quotité de l'impôt, la proportion du cinquantième du revenu. Il fut convenu : i°. que tous les immeubles, même fictifs , seroient soumis à la taille , à l'exclusion des autres biens; a0, qu'on paieroit deux sous pour cent de la valeur d'une propriété, si cette valeur étoit au-dessus de cent livres tournois; 3°. qu'au-dessous, on ne devroit qu'une obole (c) par livre; 4°- <lue ^es deux sous pour cent et l'obole pour livre seroient dus également pour les tailles royales.

On n'avoit pas encore les estimations du cadastre pour apprécier la valeur des propriétés imposables. Le contribuable étoit tenu de déclarer et d'affirmer par serment l'état de ses héritages et de ses meubles. la déclaration éfoit-elle reconnue fausse , le délinquant perdoit la partie de ses biens qu'il avoit cherché à soustraire à l'impôt. La confiscation en étoit prononcée au profit de la commune, du seigneur ou du Roi, suivant que l'impôt étoit une taille loyale, une redevance au seigneur ou une contribution communale. Seulement, dans les deux premiers cas, on faisoit un prélèvement d'un dixième au profit de la commune. Quelquefois, la peine de la fausse déclaration étoit une simple amende perçue par la commune , le seigneur ou le monarque (eï).

En 1292 la taille n'étoit encore qu'un impôt accidentel qui se levoità des époques indéterminées , suivant les besoins des villes ou les caprices des seigneurs. Le principe étoit que toute personne devoit la taille hormis les ecclésiastiques et les nobles. C'étoit encore une différence capitale qui existoit entre la taille et l'aide. Ce dernier impôt étoit dû par tous les ordres de l'État. Beaumanoir (e) , qui écrivoit au xin' siècle , sous le règne de Phil»ppe-le- Hardi , désigne ainsi les personnes qui étoient exemptes de la taille ; « Ex-

(a) Ordonn. , tome XII , p. 333 et 334. (4) Ordonn., tome XVI , Préf., p. xviij.

(6) Ordonn., tomiîXVII, Préf. , p. ij, note b. («) Coutume du Beouvoisis, cb. 5o. (cj L'obole étoit ta moitié du denier.

ET STATISTIQUE. 557 n cepter chils qui ne sont pas de la quemune ; ou gentix-hommes liquel ne « s'entremettent de marcheandir, a in chois se chérissent de leur héritage que « ils tiennent en franc fief de leur seigneur; ou clercs qui ne marcheandent « pas, ainchois se chevissent des francs fiefs que ils ont de leur patrimoigne ou « de bénéfices que ils ont en sainte église ; ou chil qui sont au service le Roi, h car li service, en tant comme ils sont, les franchist a que il ne paient ne toulte « ne taille. » Les bourgeois, vilains ou manans qui prenoient la croix étoient aussi exempts de la taille pendant l'année où ils s'étoient croisés, ou bien l'année suivante, s'ils n'avoient pris la croix que depuis la publication du rôle de la taille. L'on voit que l'exercice d'un commerce ou d'une industrie quelconques faisoit perdre aux nobles et aux clercs le privilège d'être exempt* de l'impôt. Les nobles, pour leurs maisons qu'ils n'habitoient pas, et les clercs mariés, pour tous leurs biens , étoient encore soumis à la taille réelle. Ceci explique le grand nombre de clercs que renferme notre manuscrit.

J'ai déjà dit que la taille fut long-temps un impôt accidentel, qui se levoit, suivant le besoin, à des époques indéterminées.

Ce fut seulement le 19 juin 1445 qu'une ordonnance de Charles VII déclara la taille établie à perpétuité (a). Tous les citoyens dévoient y être soumis , marchands, artisans, laboureurs, procureurs, praticiens, officiers, tabellions, notaires et autres , excepté seulement les pauvres , les officiers ordinaires et commensaux du Roi , les nobles, les ecclésiastiques et les écoliers.

Les bornes de mon travail ne me permettant pas de m'occuper des autres impôts qui , avec l'impôt direct , formoicnt la masse des revenus publics au xinc siècle, je passe de suite à l'évaluation en valeurs actuelles, de la taille dont notre manuscrit renferme la répartition. Je dois signaler avant tout une erreur dans laquelle est tombé M. Buchon , en évaluant la somme de la taille de 1 3 1 3 , afin d'expliquer à ceux qui seraient peu familiers avec cette sorte de calculs, la différence énorme qui va se trouver entre mon évaluation et celle de M. Buchon , quoique nous ayons opéré sur des quantités à peu près égales.

M. Buchon (b) admet que la livre, depuis Charlemagne, n'étoit plus qu'une livre de compte, équivalant à 10 s., dont chacun valoit 12 deniers, et que la valeur réelle du marc d'argent, en i3i3, étoit de a livres 10 s. (o). Ensuite, ne tenant plus compte de ces données, il suppose aux 10 mille livres

(a) Ordonn., tome XIII, p. ^iS. (c) Ceci est inexact : le marc d'argent, en

{h) Rôle de i3i3, Préf. , page ix. i3i3 , valoit a liv. i4 »ous 7 den. tournoi*.

de son rôle une valeur réelle de deux marcs chacune , et multipliant ces 20 mille marcs par 55 fr. 5o c, valeur actuelle du marc d'argent, il obtient,

pour la valeur nominale en monnoie de nos jours, des 10 raille livresde 1 5i3, 1 million 1 10 francs. Mais, puisque sous Philippe-le-Bel la livre n etoit plu* qu'une monnoie fictive, si le marc d'argent, à cette époque, valoit 2 livre* 10 sous, les 10 mille livres du rôle de i5i5ne contenoient que 4 raille marcs d'argent, qui multipliés par 55 fr. 5o c. , valeur actuelle du marc, donneroicnt seulement 222 mille francs de notre monnoie. Encore, dans ce calcul, aui oit-il fallu tenir compte de la plus-value de la monnoie parisienne sur la monnoie de Tours, et de la difJërence du titre de l'argent aux deux époques, « hoses dont M. Buchon ne s'est pas occupé.

Mon premier soin, avant d'aborder l'évaluation de la taille de 1292, a dû être de rechercher quelle étoit la nature des livres, des sous et des denier* qui la composent. Il est raisonnable de penser qu'un impôt levé à Paris, et payé par les habitans de Paris, l'a été en livres, sous et deniers parisis. Mais notre manuscrit ne nous fournit pas à cet égard la moindre indication, et, s'il faut en croire Leblanc, les sous parisis d'argent n'ont été frappés qui sou Phi lippe-de- Valois; jusqu'à ce prince, on n'auroil connu que le denier parisis, petite monnoie composée de 4 parties 1/2 d'argent et de 7 parties r/a de billon (a). Et Ducange, dans l'énumération des monnoies de Philippe- Ic-Bel , ne parle que du denier parisis à 4 deniers 1 a grains de fin , et ne fait aucune mention du sou parisis. Cependant, il existe des titres (Leblanc luimême (ù) en a rapporté deux) qui prouvent que la monnoie parisienne étoit déjà en usage vers le milieu du xi* siècle. 11 fautdoneque le sou parisis lorsqu'il a été réalisé par Philippe-de- Valois , fût déjà depuis long-temp> une valeur fictive , en usage dans la capitale, et dont l'équivalent étoit i5denier> tournois. Il me seroit facile de fournir une foule de textes antérieurs au règne de Philippe-dc-Valois, dans lesquels il est fait mention de la monnoie parisienne. En voici quelques uns que j'emprunte aux pièces originales publiées dans le IIP volume de Sauvai.

Dans une transaction passée au mois de juin de l'an 1 200 , entre l'église de Paris et l'abbé de Sainte-Oeiieviève, il est convenu que l'église de Roissy , dépendante de l'abbaye, paiera tous les ans à l'évétnie de Paris une redevance de quatre livres en monnoie de Paris (c).

{a) Leblanc, Traité historique des Mon- (c) In ecclesia de Roissiaco , quatuor Ubra ..

noirs, IntroH., page xi v, et p. mi , parisieosis mooeta? accipiet pradtetus ept-

(A) Ihid. , page r 54- scopus annuatim. | Preuv. de* Aotiq.,p 53.'

Une charte de Guillaume, évéque de Paris, donnée au mois d'octobre 1 243, constate un don de 10 livres parisis de rente annuelle, fait pour le service d'une prébende de fondation réceute (a).

Dans un autre acte du mois de décembre 1212, l'évêque de Paris cède à une veuve nommée Odoarde , six toises de terrain dans la partie supérieure du Petit-Pont, pour y bâtir une maison qui sera grevée, en faveur du cédant, d'une redevance annuelle de 3osous parisis (b).

Philippe-le-Bel,àla suited'unerixesurvenueentredes clercs de l'université de Paris et des habitans du bourg de Saiut-Gennain-des-Prés, rixe qui avoit coûté la vie a deux clercs de l'université, ordonna, au mois de juillet i386, que l'abbaye de SainUierroain fonderoit deux chapelles où un service perpétuel seroit établi pour le repos de l'Ame des deux écoliers, et que chacun»' de ces deux chapelles seroitdotée par l'abbaye de Saint-Germain d'une rente annuelle et perpétuelle de vingt livres parisis (c).

Je pourrois multiplier ces citations, mais les quatre passages que je viens tic rapporter et les deux titres cités par Leblanc suflisent, je pense, pour établir que la livre et le sous parisis étoient en usage en 1 29a , et même longtemps auparavant. Dès lors nous sommes autorisés, jusqu'à preuve contraire, à croire que le montaut de la taille levée à Paris en 1 292 est exprimée en muunoie parisienne. Quanta la valeur de cette monnoie, elle ne peut faire l'objet d'une difficulté. Ou sait qu'elle étoit d'un quart plus forte que la monnoie de Tours. Ainsi, par exemple, x livre et 1 sou parisis valoient Jt5 sous et quinze deniers tournois (d).

Maintenant il sera facile d'évaluer en monnoie actuelle les 12,218 livres 14 sous parisis (e) qui forment le total de la taille dont notre manuscrit renferme la répartition.

(a) Maria dicta Theuloruca et Hemicus, presbyler, cjus films, dederunt et nonces serunt, ad a pus uni us prabender, ab titdtm in nostra tapella Pansas de novo fundata, dectm libras parisienses anaux redditiu. (Preuv. dei Antiq. , page 57.)

(4) lia ut ipsa Odoardis et hteredes sus, nobis et successoribus nostris, pro domo ibi œdificata, triginta solidos parisienses, annuatim infesto sancti Remigu solvere tenebunlur. ( Preuv. des Antiq. , pag. 59.) ' (c) Et quod utramque capellaniam dictas

abbas et conventus (Sancti Gcrmani de Pratis juxta Parisios) de viginti libris parisiensibus annut et perpetui redditus dotarent, ( Preuv. des Antiq. , pag. 6a et 63.)

(d) Voyez Ducange , aux mots Parisienses. — Leblanc, Traité historique d*s Monnaies, pag. 192.

(«) La somme totale du râle de 1 «92 est de i2ta43 liv. 8 sous dans le manuscrit original , mais, par suite des erreurs d'additions que j'ai relevées dans les sommes partielles, le produit entier se réduit à 12,218 liv. i/4 sous.

56o RÉSUME HISTORIQUE

L'argent monnoyé, en 1292, étoit à 11 deniers 12 grains ou ~ de tin ; le marc valoit 55 sous 6 deniers tournois (a), et par conséquent 44 sous

5 deniers parisis. 1J y avoit donc, dans les 12,218 livres 14 sous parisis de la taille, environ 5,5o2 marcs d'argent à 1 1 deniers 13 grains de fin.

Aujourd'hui le kilogramme d'argent pur, c'est-à-dire à 12 deniers de fin , vaut 222 francs 22 centimes, ce qui porte la valeur de l'ancienne livre d'argent à 108 Pp. 77 centimes, et à 54 francs 38 centimes le prix du marc d'argent. En déduisant de celte dernière évaluation ^, nous aurons la valeur actuelle du marc d'argent à ou 1 1 deniers 12 grains de fin, c'est-à-dire r>2 francs 10 centimes. La multiplication de 5,5o2 marcs d'argent formant le montant de la taille de 1292, par 5? 10 nous donnera, pour la valeur représentative de la somme de cette taille en monnoie actuelle, 3o3,i6o fr. 20 cent.

Ce n'est là que la valeur nominale du montant de la taille de 1 292. Lorsque je dis qu'à cette époque 1 2,218 liv. 14 s. parisis valoient 3o3, 160 fr. 20 cent., cela signifie qu'avec 5,5o2 marcs d'argent au titre de 1 1 deniers 12 grains, employés en 1 292 à faire une somme de 1 2,218 liv. 14 s. parisis, on fabriqueroit aujourd'hui 3o3, 160 fr. 20 cent. Mais cela ne signifie pas qu'on puisse se procurer aujourd'hui, avec 3o5,iGofr. 20 centimes, la même quantité de certaines denrées de première nécessité, qu'on s'en pou voit procurer à la fin du xnie siècle avec 12,218 livres 14 ». parisis. Depuis la découverte de l'Amérique, la valeur commerciale de l'argent a considérablement diminué.

Supposons, par exemple, que dans les premières années du règne de Pbilippc-le-Bel , deux pièces de terre d'une superficie égale et d'une égale bonté eussent été affermées, l'une moyennant une rente de 6 sous 1 denier tournois, l'autre moyennant une redevance annuelle d'un setierdeblé. A cctteépo-

(o) Leblanc, Traité des Monnoies, Inlrod., y. xij , xiij , et p. 206, 208. En 1292 , Philippe—le— Bel n 'avoit pas encore altéré les monnoies. Le titre de 1 1 deniers 1) grains étoit depuis long-temps le titre légal de l'argent ; c'est ce qui avoit fait donner à l'argent au titre de ~ de fin le nom d'argent le Roy. (Dupré de Saint-Maur, Essai sur Us Monnoies, 1746, in-4", p- '24- — Ordonnances, tome III , préface, page cxj.) Toutes les fois que l'altération des monnoies , sons Philippe— le-Bel et ses successeurs, excitoit le méconten-

tement du peuple , on drniandoit toujours lr rétablissement de la mon noie sur le même pied qu'elle étoit sous le règne de Saint-Louis. Or, nous voyons par un ancien manuscrit de Longchamps , cité par Dupré de Saint-Maur, pages 200 et suiv. , que du 1" mars 1 3i - au 7 mai i322 , c'est-à-dire pendant plus de cinq ans , on remit le marc d'argent à peu près nu même prix qu'il étoit trente ans auparavant , et qu'on rétablit pour l'argent monnoyé l'ancien titre de 1 1 deniers 1 1 grains de fin.

ET STATISTIQUE. 56i que i setier, ou a, ai i ,840 grains pesant de blé , et 6 sous 1 denier, ou 507 grains pesant d'argent, formaient le même revenu. Aujourd'hui, si ces deux terres étoient encore affermées de la même manière, celui qui pai croit en nature, continueroit à donner un setier ou a,ai 1,840 grains pesant de blé, tandis que celui qui paieroit en espèces , serait obligé de donner a, 536 grains d'argent, au même titre qu'autrefois, c'est-à-dire une somme près de cinq fois plus forte.

C'est cette valeur relative de l'argent, ou, en d'autres termes , le rapport entre l'argent et les denrées, qu'il importe de connoîtreen iaga et en 1837, pour apprécier à sa juste valeur la somme de ia,a 18 livres 14 sous, qui, à la première de ces deux époques , avoient une valeur absolue de 5o3, 1 60 francs ao centimes de notre monnoie.

Pour arriver à une exacte appréciation de ce rapport, il faudrait d'abord trouver un terme de comparaison fixe et invariable, c'est-à-dire une denrée dont la valeur n'eût pas changé depuis 1 39a jusqu'à nos jours. Dans une évaluation, où je n'ai pas la prétention d'atteindre à une précision mathématique, j'aurois peut-être pu adopter pour base de mes calculs le prix du setier de blé aux deux époques dont j'ai à m'occuper. Plusieurs auteurs, dont l'opinion fait autorité, regardent la valeur du blé comme invariable. Garnier, dans ses notes, à la suite de son excellente traduction d'Adam Smith, tout en reconnoissant que la valeur du blé changerait , si , au moyen de perfectionnemens introduits dans l'agriculture ou dans les procédés de mouture et de panification , on parvenoit à tirer du blé une plus grande quantité de substance nutritive, considère cette hypothèse comme absurde et irréalisable. C'est cependant ce qui est arrivé. Les progrès qu'a faits l'art de cultiver la terre ont augmenté d'abord la valeur du blé, en obtenant des grains pluspesans, parce qu'ils sont mieux remplis. Ensuite, les perfectionnemens introduits dans la mouture et dans la fabrication du pain , ont encore augmenté la valeur des céréales, en tirant des grains une plus grande quantité de substance nutritive qu'on n'en obtenoit anciennement. Ce sont des faits que personne actuellement ne voudrait contester. Toutefois , il est essentiel de remarquer que les perfectionnemens dont je viens de parler ne remontent guère, pour la plupart, au-delà du siècle de Louis XIV.

Il serait peut-être difficile de trouver une seule denrée dont la valeur n'ait pas, comme celle du blé, subi quelques variations. Mais je pense qu'on peut regarder la consommation d'un homme ordinaire, à deux époques différentes, comme deux quantités à peu près égales. Cette base, prise dans la nature même, est moins que toute autre sujette à varier. Cependant, tout en

l'adoptant, je ne puis me dissimuler qu'on ne peut la considérer comme un guide infaillible pour arriver à une évaluation rigoureuse. La consommation d'un homme eu matières solides se compose généralement de pain, de viande, de légumes et de fruits; maia dans quelles proportions chacun de ces élémens est-il employé? c'est ce qu'il seroit impossible de déterminer, même d'une manière approximative, un pareil calcul ne pouvant se faire sans tenir compte d'une foulede circonstances dont l'influence échappe à toute espèce d'appréciation. J'ai dû, en conséquence, écarter toutes les données trop vagues pour pouvoir conduire à une évaluation satisfaisante, et m'en tenir à la consommation en blé d'un individu. Les causes qui peuvent souvent restreindre l'usage de la viande, des fruits et des légumes, n'agissent pas sur le blé. d'une manière sensible. Le pain est le premier élément de la nourriture pour toutes les classes et dans tous les temps. C'est un aliment indispensable et que rien nepeut remplacer. On ne sauroitdonc choisir, pour calculer approximativement la valeur relative de l'argent, à des époques différentes, une base plus large, et par conséquent plus solide que la valeur de la quantitéde blé nécessaire à la nourriture d'un homme. Cette manière d'envisager la valeur du blé ne nous expose pas aux erreurs qu'on pourroit commettre eu prenant pour terme de comparaison la valeur intrinsèquedusetierà diverses époques; car, si le blé, par suite des perfectionnemens introduits dans l'agriculture et dans l'art de moudre le grain et de le réduire en pain , fournit aujourd'hui une plus grande quantité de substance nutritive, dans ce sens qu'une même mesure de blé suffit à la nourriture d'un plus grand nombre de personnes , nous tenons compte de cette différence en comparant aux deux époques dont nous nous occupons, non pas une même quantité de blé, mais la quantité de cette denrée, différente aux deux époques, qui est nécessaire pour nourrir un seul individu {a).

Un ancien polyptique de l'abbaye de Saint-Pierre-de-Corbie, remontant à l'an 83a , fixe la quantité de 5,5oo modius de blé pour la nourriture annuelle de 400 religieux (b) , ce qui donne pour chacun d'eux i3 modius Le poids de chaque modius, d'après les calculs inédits que M. Guérard a bien voulu me communiquer, étoit de 4* kil., ce qui revient à 83 livres

(a) En comparant , a la page précédente, le prix du setier de blé pour 1292 et 1 836, j'ai été conduit à conclure que le pouvoir de l'argent étoit aujourd'hui diminué a peu prés dans la proportion de 5 à 1 . Ou verra que le résultat

que je vais obtenir par un calcul différent ne s'éloigne presque pas de cette appréciation.

{b) Voyez le Polyptique de l'abbé Irminon, publié par M. Guérard, 1" livraison, Append., pag. 3 1 1 , 3 1 a.

ET STATISTIQUE. 563 12 onces. Nous avons donc, pour la nourriture annuelle de chaque religieux, i8,4a5 onces de blé, ee qui, en estimant l'ancien setier de douze boisseaux à 340 livres pesant , donneroit 4 setiers £ , ou environ 5 setiers pour la nourriture en blé d'un individu au ix* siècle.

Au xvi" siècle , cette proportion s'étott déjà réduite de près d'un cinquième. Budée , qui écrivoit en i5i4» estime la dépense annuelle d'un individu en blé à 4 setiers. Cet auteur dit que, de son temps, un boisseau de blé produisoit 16 pains qui sursoient pour nourrir un homme ordinaire pendant huit jours. Ainsi, 4 boisseaux dévoient fournir à sa nourriture pendant un mois et 48 boisseaux ou 4 setiers complétoient sa dépense annuelle (a).

Prenons un terme mojcn entre ces deux évaluations et fixons à 4 setiers ; par an, la dépense annuelle en blé d'un individu en 1292. Le poids moyen de l'ancien setier de douze boisseaux est de 340 livres (b) ; son prix moyen , tiré de quinze évaluations faites pendant les années 1 203 , 1 s56, 1 389, 1 390, et 1294, est de 6 sous 1 denier tournois , ce qui revient à 4 sous 1 1 deniers parisis. A ce compte , les 4 setiers \ nécessaires à la dépense annuelle d'un individu auroient pesé r,o8o livres , poids de marc, et coûté 33 sous ou 264 deniers parisis. Or, nous avons vu que le marc d'argent monnoyé valoit à cette époque 44 som 5 deniers ou 533 deniers parisis, ce qui donne pour chaque denier parisis une valeur équivalente à peu près à 8 grains j d'argent monnoyé , en sorte que les 264 deniers , prix de 4 setiers 7 de blé , répondoient à un poids d'argent d'environ 3,388 grains.

Aujourd'hui qu'on est parvenu, en perfectionnant le* procédés de mouture et de panification, à tirer d'un poids donné de Wé un poids égal de pain, la consommation annuelle d'un individu en pain égale sa consommation annuelle en blé. Or , on a calculé qu'un habitant de Paris consomme par année 167 kilog. 99 de pain (c), ce qui revient à 343 livres 3 onces, poids de marc, i5 onces 36 grains par jour environ. Mais il faut nécessairement tenir compte des changemens survenus, depuis le xin* siècle, dans Fétat des fortunes, changemens qui, en répandant une plus grande aisance dans toutes les classes, ont produit une amélioration sensible dans la nourriture, même

(a) Singulis modiis senideni parut rediguntur, qui octonis dUbus viritim suffieiunt. Hoc igitur ratione comperimtu quaiernorum modiilm excretam farinam, affatim, in mensem , suppetere. (Cité dan» Dupré* de Saint- Maur, page 57.)

(6) Dupré de Saint-Maur, Averti»., p. 19, et Rapport entre l'argent et le* denrée* , p. 5o, a la note.

(c) Statistique du département de la Seine, tome II , tabl. 73.

parmi| les ouvriers et les pauvres. La majorité de la population parisienne ayant actuellement les moyens de se procurer une nourriture variée , la consommation du pain , pour un individu , doit être évidemment moindre qu'en x 392. A cette époque, l'art de se nourrir n'avoit pas encore fait assez de progrès pour que le pain, qui est naturellement le premier et le principal élément de la nourriture de l'homme, fût réduit, comme il l'est généralement aujourd'hui, à n'être qu'un aliment accessoire. Le nombre des individus pour qui le pain étoit le principal et souvent l'unique objet de consommation , dépassoitde beaucoup, sans doute, celui des personnes assez riches pour se donner une chère abondante et choisie. De nos jours nous ne trouverons un pareil état de choses que dans la population des campagnes. C'est là qu'il faut prendre un terme de comparaison.

M. Dureau de la Malle , dont le concours bienveillant ne m'a jamais manqué dans la solution des difficultés que présentoient certaines parties de mon travail , m'a fourni une moyenne tirée d'un grand nombre de calculs qu'il a faits et vérifiés lui-même sur des registres de familles agricoles , en France et en Italie. Ecartant de son calcul les dépenses des familles chez lesquelles, le maïs en Italie, la pomme de terre en France, formulent la base de la consommation , il n'a tenu compte que des registres des ménages où le pain de froment étoit la principale nourriture. Il a reconnu que la consommation journalière d'un individu des campagnes étoit de 1 livre 7, ou de 26 onces. Des renseignemens que j'ai pris moi-même sur divers points de la France, m'ont prouvé qu'un cultivateur consomme journellement une quantité de pain indéterminée , qui ne dépasse pas deux livres et n'est jamais moindre d'une livre et demie. La nourriture du soldat , en France , ne se compose que de 24 onces de pain par jour. Mais le pain de munition étant plus pesant et plus nourrissant que le pain ordinaire, on peut supposer que 26 onces de ce dernier ne dépassent pas, en valeur nutritive, 24 onces de pain de munition. J'adopterai d'ailleurs la quantité la plus forte , afin qu'on ne m'accuse pas d'avoir restreint sans raison les bases de mon calcul, pour attribuer au pouvoir de l'argent une dépréciation plus grande qu'elle ne l'est réellement. La consommation journalière en pain d'un individu étant de 26 onces, sa consommation annuelle doit s'élever à 9,49° onces, un peu plus de 5g3 livres. Soit un nombre rond de 600 livres.

Nous considérerons donc la quantité de 600 livres de pain, ou de 600 livres de blé, ce qui est aujourd'hui la même chose, comme la mesure de la consommation annuelle d'un individu. Examinons maintenant la quantité d'argent que représente cette consommation.

ET STATISTIQUE. 565 Le prix moyen de l'hectolitre de blé , pesant environ 76 kilogrammes ou i55 livres, est de 19 francs (a), ce qui met à 1 a centimes environ le prix de la livre de blé. Les 600 livres nécessaires à la nourriture d'un homme, pendant une année, coûteroieiit donc 7a francs.

Or, nous avons vu que le marc d'argent fin , valant ajourd'hui 54 francs 38 centimes, la même quantité d'argent au titre de 11 deniers 11 grains vaudroit seulement 5a francs 10 centimes. Un centime représente donc une partie du marc d'argent exprimée par la fraction -—^ ; en d'autres termes , le marc étant égal à 4>6o8 grains, un centime équivaut à ^ de grains d'argent ; par conséquent 7a francs ou 7,300 centimes représentant la quantité de blé nécessaire pour nourrir un homme ordinaire pendant l'espace d'une année, valent 6,356 grains d'argent.

Nous avons donc :

Quantité de blé nécessaire à la consommation annuelle d'un individu en 1292, 1080 livres.

Poids de la quantité d'argent équivalente, 2,388 grains.

Quantité de blé nécessaire à la consommation annuelle d'un individu en 1837, 600 livres.

Poids de la quantité d'argent équivalente , 6,536 grains.

Avec ces données , il est facile de déterminer la dépréciation qu'a éprouvée la valeur de l'argent depuis la fin du xm" siècle. Le rapport de la consommation individuelle en blé, aux deux époques, est exprimé par la fraction qui revient à j ou à 7^. Le rapport de la valeur en argent équivalente est représenté par la fraction qui se réduit à - ou à 7^. On voit au premier coup d'oeil que la valeur du blé, comme nourriture, s'est accrue d'une manière sensible, 600 livres de cette denrée faisant aujourd'hui le même usage que 1,080 livres d'autrefois, tandis que la valeur relative de l'argent a considérablement diminué, puisque 6,336 grains d'argent sont aujourd'hui nécessaires pour payer ce que l'on auroit eu en 1292 avec 2,288 grains du même métal. Pour évaluer au juste cette dépréciation , il ne nous reste plus qu'à comparer entre eux les deux rapports que je viens d'énoncer , et nous trouverons que le pouvoir de l'argent en 1292, est au pouvoir de l'argent en 1837 :: 3a4 : 65 ou, à £près, comme 5 : 1. C'est-à-dire qu'en supposant l'existence d'une denrée dont la valeur intrinsèque n'eût pas varié depuis 1 29a, on auroit eu à cette époque, pour une certaine somme

(a) Ces deux évaluations sont des moyennes tirées du poids et du prix du blé pendant les vingt dernières années.

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