LA PAROISSE SAINT-LAURENT
Note i , Page 58.
La parroisse Saint-Lorenz , si comme èle se comporte.
L'église paroissiale de Saint-Laurent est aujourd'hui dans la rue du Faubourg-Saint-Martin , n° 123. J'ai d'abord hésité à croire qu'au xin* siècle les divisions ecclésiastiques de Paris , qui étoient en même temps les divisions administratives , s'étendissent aussi loin . Je savois par l'abbé Lebeuf et par Sauvai (a) que la nomination à la cure de Saint-Laurent apparlenoitau prieur de Saint-Martin-des-Champs, et je trouvois dans la paroisse les rues G rené ta t, Guérin-Boisseau, et les Filles-Dieu. J'en concluois qu'il falloit chercher dans le voisinage les traces de l'ancienne église de Saint Laurent ; et ce qui
(a) Lebeuf, tome I , p. 4?4- — Sauvai , livre II , p. 364 > et Preuves , p. 4a.
NOTES. 22ç
donnoit quelque poids à ma conjecture, c'étoit l'existence d'une rue Neuve Saint-Laurent, faisant la continuation de la rue de Vert-Bois, au nord-est de l'église de Saint-Nicolas-des-Champs , près de laquelle étoient anciennement l'église et le prieuré de Saint-Martin. Cependant, mes recherches m'ont convaincu que l'église de Saiut-Laurent a toujours dû se trouver sur l'emplacement qu'elle occupe aujourd'hui , ou, du moins, dans un rayon très rapproché. Les savans qui ont écrit sur l'histoire de Paris ne s'accordent ni sur l'origine , ni principalement sur la position primitive de l'église de Saint-Laurent.
Deux passages de Grégoire de Tours (a) attestent l'existence d'une église de ce nom au vi" siècle. Quelques auteurs ont soutenu que ces passages avoient été ajoutés après coup ; d'autres ont cru y voir la preuve que l'église dont je parle étoit située originairement sur la rive gauche de la Seine. Dom Duplessis et Hadrien de Valois, qui ont soutenu cette opinion (b)f l'ont encore appuyée sur un passage extrait de la vie de Saint-Lubin, où il est question d'un incendie considérable arrivé en 547, pendant lequel le feu, venant du côté de Saint-Laurent (c), gagna bientôt les maisons qui étoient sur le pont. Mais Hadrien de Valois lui-même est obligé d'admettre en même temps (d) l'existence d'une église de Saint-Laurent au nord de Paris.
Je ne m'arrêterai pas à discuter ces textes, qui ont été suffisamment éclaircis par l'abbé Lebeuf et par Jaillot (e). L'important pour moi , c'est de fixer le plus exactement qu'il me sera possible l'emplacement qu'occupoit au xiii" siècle Véglise paroissiale de Saint-Laurent. Je n'ai pas besoin de démontrer qu'elle étoit dans la partie septentrionale de la ville ; la place que lui assigne le recensement de 1 292 le prouve suffisamment. Je ne prétends pas non plus fixer sa position avec une certitude mathématique , mais il nie paroît certain qu'elle se trouvoit à peu près à l'endroit où elle existe encore aujourd'hui.
(a) Domnoltu Cenomannorum epiteopus , tempore Ciothacarii régis , apud Parisius , ad basilicam Sancli Lu un nui , gregi monasleriali prafuerat. G es ta Franc. VI , 9.
Aquœ extra solitum invaluerunt ; nam tantam inundationem Sequana Malronaque , eirca Parisios intulerunt, ut, inter civUatem et basilicam Sancti Lmtrentii , nau/ragia sape contingerent. Ibid. , c. a5.
{b) Duplessis, Nouv. Ann. de Paris, p. 53. — Vales. , de Basilic, reg., cap. 3 , pag. a 1 .
(c) A parte basilica B. Laurent ii, noctu edax ignis exiliens, etc. Collection des Historiens de France , t. III , p. 4^1 .
(d) Vales. , Deff. Not. Gall., p. 164.
(e) Lebeuf, tome I, pages 472 et suiv. — Jaillot , tome II , quartier Saint-Martin-des- Champs , p. 22 et suiv.
Des tombeaux en pierre qu'on a trouvés, au xvi* siècle, près de l'église actuelle ont fait présumer au savant abbé Lebeuf (a) que c'étoit là l'ancien cimetière des religieux de Saint-Laurent, et, comme anciennement les cimetières étoient toujours voisins des églises, l'église du monastère ne devoit pas être fort éloignée de ce point.
Ja il lot (b) cite une charte de Childebert III , imprimée dans la Diplomatique de Mabillon (c), qui prouve que le marché ou foire de Saint-Denys avoit été transféré à Paris dans un lieu situé entre les églises de Saint- Laurent et de Saint-Martin. Ce document, remontant à l'an 710, ne permet pas de douter que déjà, à cette époque, il n'y eût, au nord de Paris, une église sous l'invocation de saint Laurent.
A ces preuves, j'en ajouterai deux autres tirées des rôles de taille de 1292 et de 1 3 1 3. Le premier fait entrer dans la paroisse de Saint-Laurent la vile de Saint-Lorenz , localité dont le nom indique clairement une situation hors de l'enceinte de Paris, comme étoient alors la ville de Lourcines, la ville de Saint-Germain-dcs-Prés et la ville de Saint-Marcel ; nous connoissons assez les faubourgs de Paris à cette époque pour assurer que cette ancienne vile de Saint-Lorenz ne pouvoit se trouver qu'au nord de la capitale.
Le rôle de i3i3 mentionne encore dans la paroisse de Saint-Laurent la villète Saint-Ladre, autre lieu plus voisin de l'église actuelle de Saint-Laurent que de l'enceinte de Paris, telle qu'elle étoit au xui" siècle.
Je ne prétends pas néanmoins que cette ancienne basilique ait été située exactement à la môme place où nous voyons aujourd'hui l'église paroissiale du même nom. Dubreul , le commissaire Lamarre, l'abbé Lebeuf et Jaillot, pensent qu'elle fut d'abord à l'endroit qu'occupa dans la suite le prieuré de Saint-Lazare , sur l'emplacement duquel s'élève aujourd'hui une maison de correction bien connue. Leur opinion me paroit fondée en raison, et je n'hésite pas à m'y ranger. On peut voir dans leurs ouvrages les preuves sur lesquelles ils l'ont établie et que je ne crois pas avoir besoin de reproduire (dj. Il me suffit d'avoir prouvé que le centre de la paroisse Saint-Laurent, au xiii* siècle, étoit à peu près au même point où il se trouve aujourd'hui; et d'avoir ainsi démontré, ce qui m'a \ oit d'abord étonné moi-même, que les divisions administratives et religieuses de Paris embrassoient à cette époque,
(a) Lebeuf, tome I, p. 47*.
(b. Tome II , quartier Saint-MartiD-des- Champs , p. 87.
(c) DeRe Diplom.,\ib. VI, n° a8.
(d) Lebeuf, tome II , page 474« - JailJot, tome II, quartier Saint-Martin, p. a8.
NOTES. 23i
hors des murailles de la ville , une étendue plus considérable qu'on ne le croit généralement.
Note 2, Page 5g.
La Pissote Saint-Martin.
Sauvai (a) place la Pissote Saint-Martin derrière le Temple (b) , mais il avoue qu'il n'a pu savoir ce que signifioit le mot de Pissote : je n'ai pas été plus heureux que lui dans mes recherches sur la signification de ce mot. Peut-être faut-il entendre par là une petite fontaine qu'on appellerait encore de nos jours une Pissotière. Ce qui pourrait donner à cette conjecture quelque probabilité, c'est qu'à l'endroit même où devoit se trouver la Pissote Saint-Martin existe encore aujourd'hui une rue nommée rue des Fontaines , et qui porte déjà ce nom dans le plan de la Tapisserie.
Au reste , pour ne rien omettre de ce qui peut éclaircir cette question douteuse, je reproduis ici, sans y rien ajouter, l'explication que donne l'abbé Leheuf du mot Pissote, quelque peu satisfaisante qu'elle me paroisse.
« Sauvai, dit- il (c), n'a pas manqué d'observer que, dans plusieurs anciens « titres, il est fait mention de la Pissote Saint-Martin, et il n'a pu dire ce « que c'est. Le glossaire de Ducange en dit assez aux mots Pista et Pergula « pour juger que c'étoit des petites chaumines ou lieux couverts de bran- « chages à qui on donnoit ce nom. Des l'an 1357, j'ai trouvé que pour « désigner des maisons sises en la censive de Saint-Magloire, elles sont dites »< être ab oppositis Pissotœ (d). »
Note 3, Page 5q.
La Grant-Rue devers les Filles-Dieu.
Le couvent des religieuses qu'on nommoit les Filles-Dieu existoil encore en 1792, à l'endroit où sont aujourd'hui la rue et le passage du Caire; mais en 1292, elles habitoient une maison située près du lieu occupé actuellement par la porte Saint-Denys. Un cul-de-sac, nommé cul-de-sac des Filles-Dieu ,
(a) Livre I , p. 67. cluant ; bien plus, il prouveroil , à mon avis ,
(*) Il a probablement voulu dire entre le Tem- le contraire de ce que l'abbé Lebeuf cherche
pie et l'abbaye de Saint-Marlin-des-Champs. à établir : car la Pissote étoit évidemment
(c) Tome II, p. 3 12. une chose distincte des maisons qui étaient
(</) Ce dernier argument n'est pas con- situées vis-à-vis la Pissote.
25a NOTES.
qui donnoit sur le boulevard , et que de nouvelles constructions viennent de faire disparoltre, indiquoit l'emplacement qu'occupoit primitivement cette maison religieuse.
Dans le rôle de i5i3, la rubrique correspondante à celle qui fait l'objet de cette note est ainsi conçue : La chaucié o renc de Fille-Dieu, L'abbé Lebeuf appelle aussi les rues Saint-Martin et Saint-Denys, la chaussée Saint- Martin, la chaussée de Paris à Saint-Denys (a). Cette dénomination a probablement dû son origine aux travaux qu'on a dû exécuter anciennement pour faire psser les rues Saint- Martin et Saint-Denys à travers les marais qui s'étendoient alors au nord de la ville.
Note 4, Page 60.
La rue Gufyin-Boucel.
On dit aujourd'hui rue Guérin-Boisseau. La paroisse Saint-Laurent ne renferme qu'une partie de cette rue, du côté de la rue Saint-Martin. Il en est de même de la rue du grand Hurleur, dont nous avons déjà trouvé la partie ' occidentale dans la paroisse Saint-Leu et Saint-Gilles.
Note 5, Page 6o.
La rue de Dennestal.
11 n'y a peut-être pas de nom, parmi ceux des rues de Paris, qui ait éprouvé autant de variations que celui de la rue Grenctat. L'orthographe ne paroi t pas en avoir jamais été fixée; dans notre manuscrit, il est écrit Darne^stat et Dennestal. Le rôle de i3i5 porte tantôt Darnestal, tantôt Desternetal, et la liste des rues de Paris au xv' siècle Damestati ou à'Arnescati.
Note 6, Page 6o.
La Granche de Fains.
La Grange de Fains étoit peut-être un fief comme la Grange Batelière, où fut bâtie, vers le xv# siècle, une maison de plaisance des ducs de Vendôme. Dans tous les cas, la Grange de Fains devoit être située au nord de Paris, et je ne serais pas éloigné de croire que la rue Grangeaux-Belles lui dût son nom, de même que la rue Grange Batelière doit le sien au fief sur lequel
(a) Tome II, pages 3i2 et a88.
NOTES. a33 elle a été bâtie. Du moins il est certain -que l'emplacement actuel de la rue Grange-aux-Belles faisoit anciennement partie de la paroisse Saint-Laurent, car cette rue est située entre l'église de Saint-Laurent et la Courtille, qui est mentionnée dans la rubrique suivante (a).
Note 7 , Pagb 60.
A la Courtille.
\a Courtille du faubourg du Temple est un lieu trop connu pour que j'aie besoin de donner des détails sur sa position. Le mot Courtille, dans le vieux langage françois, signifioit proprement jardins mais nous voyons dans le plan de la Tapisserie qu'on appeloit anciennement la Courtille, un petit village, ou, pour parler plus exactement, un petit hameau situé à l'endroit même où sont aujourd'hui les cabarets renommés de la Courtille.