‹ Paris sous Philippe-le-BelChapitre 82 sur 147 · LA VILLE DE SAIN T-G ERM AIN-DES-PRÉS · texte numérisé non relu

LA VILLE DE SAIN T-G ERM AIN-DES-PRÉS

Premièrement de la rue de la Boucherie jusques au Pilori.

Les boucheries de Sainb-Germain furent établies par l'abbé Gérard de Moret, en 1274. Il permit de dresser seize étaux des deux côtés du chemin par où l'on alloit de l'abbaye au couvent des Frères mineurs (a). C'est de la que ce chemin prit le nom de rue de la Boucherie, nom qu'il porte encore de nos jours.

Le Pilori de Sain^Gennain-des-Prés se trouvoit à l'endroit qui forme aujourd'hui le milieu du carrefour de Bussy.

Note 2, Page 173.

La rue du Champ-dMa-Bucherie.

Je n'ai trouvé aucune indication de cette ancienne rue, ni dans les ouvrages publiés jusqu'à ce jour, ni dans les documens manuscrits relatifs aux possessions de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés , que j'ai consultés aux Archives du Royaume. Aussi , je ne donne mon opinion que comme une conjecture. Il paroît qu'avant rétablissement des boucheries de Saint-Germain, il n'existoit aucune construction sur le vaste terrain renfermé entre les rues de Bussy, des Boucheries et des Fossés-Saint-Germain ; c'est pour cela qu'en parlant des boucheries, D. Félibien s'exprime en ces termes : » On peut

(a) D. BouilUrt, Hist. de t Abbaye de Saint-Germain-des-Prés , p. » 3^. — D. Félilnen, Hist. de Paris, t. I , p. 429; ibid. , pièces justificatives, Ir* partie, p. 487.

« juger de ce que nous venons de dire que cette boucherie de Saint-Germain « se tenoit d'abord en rase campagne. » En effet , dans le plan de la

Tapisserie, qui remonte cependant à l'an 1 540 ou environ, le côté méridional de la rue de Bussy n'est pas encore construit, et tout l'espace compris entre cette rue et la rue des Boucheries , est un vaste enclos cultivé qui paroît dépendre des maisons des bouchers. Le chemin sur l'emplacement duquel est aujourd'hui la rue des Mauvais-Garçons, traversoit ce champ du sud au nord. Ce vaste emplacement s'appeloit primitivement la place d'sfubusson , du nom de ses propriétaires (a). Il peut se faire que l'établissement des boucheries en 1274, lui ait fait donner un nouveau nom avec une destination nouvelle. Sa position , par rapport aux boucheries de Saint-Germain , me fait croire qu'il en dépendoit et qu'il pouvoit peut-être servir d'abattoir ; c'est de là que lui seroit venu le nom de Champ de la Bucherie ou de la Boucherie, ce qui revient au même (A). I.a rue des Mauvais-Garçons, qui le traversoit, se seroit nommée alors rue du Champ-de-la-Bucherie.

Note 5, Page 174.

En la rue du Pilori jusque* à VAhbeye.

La rue dont il est question dans cette rubrique doit aboutir au carrefour de Bussy, où étoit anciennement situé le pilori , et s'étendre dans une direction opposée à l'Abbaye, puisque la rubrique est conçue de manière à prouver que l'Abbaye étoit un des aboutissans de cette même rue. Trois rues remplissent aujourd'hui ces conditions, ce sont celles des Boucheries, du Four et de Bussy ; la rue des Boucheries est déjà comprise sous la première rubrique, nous trouverons plus bas la rue du Four sous un autre nom. Il ne reste donc que la rue de Bussy à qui notre rubrique puisse s'appliquer.

Corrozet (c) appelle encore la rue de Bussy , rue devant le Pilori.

(a) D. Bouillard, p. 129, i43.

(6) Dans les anciens titres on trouve aussi souvent l'une que l'autre , les deux désignations suivantes s'appliquant à la même rue, rue

Voyez le texte du rôle de 139a, page 75, col. 1 , lignes 3 7 et 4 1 (c) Fol. 207, verso.

Note 4> Page 174.

La rue du Perron jusques à Saint-Père.

En l'autre renc, revenant ou Perron et par devant V Abbaye, jusques a

Saint-Père.

Voici encore une rue dont j'ai vainement cherché le nom dans les auteurs , dans les manuscrits , et dans les anciens plans. Pour en déterminer la synonymie avec une certaine probabilité, il est important, je crois, de fixer d'abord avec précision les points extrêmes qui nous sont donnés par nos deux rubriques , c'est-à-dire Saint-Père et le Perron.

La chapelle de Saint-Père (Saint-Pierre), qui donna son nom, des la fin du xme siècle, à la rue que nous nommons très improprement rue des Saints-Pères, étoit située à peu près à l'angle d'intersection de cette dernière rue et de la rue Taranne.

Je ne crois pas que, par le mot de Perron , on puisse entendre ici autre chose que l'entrée principale de l'Abbaye. Mais où se trouvoit cette entrée? En i635, on construisit un portail à l'extrémité de la petite rue Sainte- Marguerite, en face de l'église de Saint-Germain-des-Prés : jusqu'à cette époque, s'il faut en croire Jaillot, on ne seroit entré dans l'abbaye que par la porte qui étoit dans la rue Saint-Benoît (à l'endroit à peu près où débouche aujourd'hui le passage Saint-Benoit). Cette assertion n'est pas exacte. Il existoit, il est vrai, dans la rue Saint-Benoît, une porte nommée la porte Papale. On l'avoit ouverte pour faire honneur au pape Alexandre III, lorsqu'il vint, en l'année 1 163, faire la dédicace de l'église de l'Abbaye (a). Mais l'ouverture même de cette porte, pour une cérémonie solennelle, prouve qu'il devoit en exister une autre antérieure, et nous voyons en effet, dans les plans de l'Abbaye publiés par D. Bouillard (b), que l'entrée principale se trouvoit à l'angle de la rue Sainte-Marguerite et de la place de l'Abbaye.

Maintenant je dis qu'il ne peut pas être question dans notre rubrique de la rue Saint-Benoit, où s'ouvroit la porte Papale en 1 292 : i°. parce que cette rue n'étoit encore alors qu'un chemin, bordé, d'un côté, par les fossés de l'abbaye, de l'autre, par un vaste enclos appartenant aussi à l'abbaye, et qui s étendoit par derrière jusqu'à la rue des Saints-Pères (c); 20. parce que la

(a) Lebeuf, tome I, page 43>- (c) Cet enclos n'a été vendu qu'en i63^ ,

(ù) Plan de l'abbaye de Saint- Germain , et c'est postérieurement à cette époque qu'il

en i368, D. Bouillait, p. 161. — En 1640, s'est couvert de constructions D. Félibien ,

ibid., p. 201 . tome II , page 1 372.

rue Saint-Benoit ne pouvoit, en aucune manière, aller aboutir à la chapelle de Saint-Pierre, qui se trouvoit bien loin de l'alignement de cette rue.

Je pense donc que nos rubriques désignent le chemin qui suivoit le bord du fossé méridional de l'abbaye, et se prolongeoit ensuite au-delà de l'abbaye, vers l'ouest, suivant ainsi remplacement des rues Sainte-Marguerite et Taranne. La première rubrique s'appliqueroit au côté méridional de ces deux rues, et la seconde au côté septentrional, dont une partie longeoit l'abbaye dans toute sa longueur.

Note 5, Page 174.

La rue Neuve-Saint-Père.

La chapelle de Saint-Pierre (ou de Saint-Père, suivant le langage du temps) avoit donné son nom à la rue qui passoit devant l'entrée de ce petit oratoire. Insensiblement, le nom de Saint-Père a paru bizarre, et, au lieu d'y substituer celui de Saint-Pierre, que devroit aujourd'hui porter notre rue, on a adopté la dénomination de Saints- Pères, qui présentant un sens moins étrange et pouvoit recevoir diverses applications.

Les deux rubriques suivantes ainsi conçues : De la rue Saint-Père revenant ou bout de la ville. — En l autre renc de celle rue revenant au chans, doivent s'appliquer à la rue actuelle du Colombier, qui abontissoit anciennement, vers l'orient, à l'extrémité du bourg de Saint-Germain, du côté de Paris, et dont le bout occidental , donnant dans la rue Saint-Père, arrivoit ainsi jusqu'à la campagne, qui commençoit à cette dernière rue.

Note 6, Page 175.

En la rue de la Blanche-Oë.

Dans un vieux registre , renfermant les comptes des recettes de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, pendant les années i485 et i486 (a), f ai trouvé les indications suivantes :

La rue de Blanche-Oye, commençant au pilory jusques au carrefour de Sainct-Souplice .

Maison dans ladicte rue faisant le coing de la rue par où Von va a Sainct-Souplice.

Et de l'autre côté de la même rue :

(a) Archives du Royaume.

Maison fesant front devant le pilory-, tenant, d'autre part, à la ruelle qui descend de dessus les fossez de V Abbaye à ladite rue de la Blanche-Qye.

L'on voit déjà que notre rue aboutit à l'est devant le pilori , c'est-à-dire au carrefour de Bussy, et que , par conséquent , Sauvai s'est trompé en assurant (à) que le nom de la Blanche-Oie s'appliquoit à la partie de la rue des Boucheries comprise entre la me des Mauvais-Garçons et le pilori.

Les limites occidentales de notre rue de la Blanche-Oie sont, d'un côté, la nie par où l'on va à Saint-Sulpice; de l'autre, la rue par où l'on descendoit jadis sur les fossés de l'abbaye, dont l'emplacement est occupé aujourd'hui par la rue Sainte-Marguerite; enfin, entre les deux, le carrefour de Saint-Sulpice.

Dans la direction que suit la rue dont nous recherchons la synonymie, la communication la plus directe, pour arriver à Saint-Sulpice, est la rue des Canettes. Cette rue est désignée sous le nom de rue Saint-Souplice dans le plan de la Tapisserie, et sous celui de rue Neuve-SaintSulpice dans un plan manuscrit de i65i , dont Jaillot s'est servi dans ses recherches topographiques (b). La ruelle par où l'on descendoit aux fossés de l'abbaye doit donc être aujourd'hui représentée par la petite rue des Ciseaux, et le nom de carrefour de Saint-Sulpice ne peut s'appliquer qu'au carrefour formé par l'intersection de la rue du Foui' et des deux rues des Ciseaux et des Canettes.

Maintenant que les deux limites extrêmes de la rue de la Blanche-Oë sont connues, nous connoissons aussi la rue elle-même. Il est hors de doute que cet ancien nom s'appliquoit à la partie orientale de la rue du Four, comprise entre la rue des Canettes et le carrefour de Bussy .

Quoique la rue du Four ne soit pas mentionnée dans notre manuscrit , elle devoit cependant exister en 1292 : peut-être même portoit-elle déjà le nom qui sert à la désigner aujourd'hui. Ce nom vient d'un four, qui étoit situé dans cette rue, et qui appartenoit à l'abbaye de Saint-Germain. 11 en est question dans un acte d'échange passé entre l'abbé de Saint-Germain-des- Prés et la famille Cornu , en 1 218 (c). Parmi les objets cédés à l'abbaye, se trouve la maison d'un certain Pierre, située sous le four : domum Pétri sut furno.

Note 7 , Page 175.

La rue Saint-Souplice jus que s au bout de la ville. J'ai dit, dans la note précédente, que l'ancienne rue Saint-Souplice étoit

(a) Livre II , page 1 18. (c) Cartons de Saint-Gerraain-des-Pn'rs au»

(6) Jaillot, tome V, quartier du Luxem- Archives du Royaume, bourg, p. »7-

aujourd'hui la rue des Canettes. Ces mots, jusques au bout de la ville, me feraient conjecturer qu'elles s'étendoient jusqu'au chemin de Vaugirard , actuellement représenté par la rue du même nom.

Note 8, Page 175.

La rue du Colombier, etc.

Cette rue , dans le censier de Saint-Germain que j'ai déjà cité, est désignée de cette manière : la rue du Coulombier, devant Sainct-Souplice y c'est aujourd'hui la rue du Vieux-Colombier.

Note 9, Page 176.

C'est la quête des gens de Saint-Marcel outre l'eaue.

» 11 est assez ordinaire, dit l'abbé Lebeuf (a) , lorsqu'il y a un pont sur » une rivière , qu'il se forme un village à chacun des deux bouts de ce pont. « C'est ce qui est arrivé sur les bords de la rivière de Bièvre, que l'on passe « en approchant de Paris , lorsqu'on vient du Gatinois, un peu avant qu'elle « se jette dans la Seine. Les deux villages qui s'y sont formés sont ce qu'on a » appelé depuis le bourg Saint-Marcel et le bourg Saint-Médard. »

Nous avons déjà vu le recensement du bourg Saint-Médard , anciennement nommé Saint-Maart ; il étoit au nord du Pont-aux-Biches , du côté de Paris. Le bourg Saint-Marcel étoit situé de l'autre côté du même pont; il forme aujourd'hui un des plus vastes faubourgs de la capitale , qu'on appelle le faubourg Saint-Marceau.

Note 10, Page 177.

Cest la queste du Temple dehors les murs.

Le Temple (b) n'avoit pas été compris dans l'enceinte de Philippe-Auguste. C'étoit primitivement la demeure du grand-prieur de l'ordre des Templiers et des chevaliers du Temple, qui, dès le principe, dévoient se trouver en assez grand nombre dans la capitale, puisqu'ils assistoient, au nombre de i3o, à un chapitre tenu à Paris vers le milieu du xir* siècle.

Après l'extinction de l'ordre des Templiers, leur maison devint la résidence du grand-prieur de l'ordre de Malte, et enfin , plus tard, on en fit une prison d'État. Aujourd'hui se tient sur son emplacement un des marchés les plus connus de la capitale.

(«) Tome I , page 4 10. (A) Sauvai , livre VII , page 270.

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