ENCEINTE ET PORTES DE PARIS
Philippe-Auguste n'est pas le premier de nos rois qui ait entouré Paris de fortifications. Avant l'enceinte que fit construire ce monarque, il en existait une autre dont on ne connoit, avec certitude, ni l'auteur ni l'origine («). On ignore même quelle étoit l'étendue de cette première enceinte sur la rive gauche de la Seine. Sauvai {h) assure qu'elle commençoit au Petit-Pont, renfermoit la place Maubert , et alloit se terminer à la rue de Bièvre. Mais l'existence, en 1292, d'une ancienne porte située dans la rue Saint-Victor, au bas de la rue de Versailles (c) , reculeroit de beaucoup, vers l'est, les limites assignées par Sauvai à cette première clôture.
Du côté du nord, no'us en connoissons d'une manière certaine trois points principaux, à l'aide desquels on peut facilement rétablir l'enceinte presque entière. Ce sont la porte de Paris , l'Archet Saint-Merri et la porte Baudover, dont j'ai fixé la position dans mes notes topographiques (d).
Depuis la construction de celte première enceinte, plusieurs bourgs, qui existaient tout près de Paris, s'étaient étendus de proche en proche jusqu'à devenir contigus aux murs mêmes de la capitale, et à ne former avec cette dernière qu'une seule et même cité. Tels étaient le bourg de Saint-Germain à l'occident, au nord, le bourg l'Abbé, à l'orient, le bourg Tybout et le beau Bourg. La contiguïté même de ces bourgs rendoit la première clôture de Paris inutile pour Ja défense de la ville. Aussi devoit-on l'avoir laissée
(a) Celle-ci n'étoit même que la seconde enceinte de Paris. Plus anciennement encore il existoil une clôture dont le circuit environnoit seulement la Cité, et qui étoit probablement aussi ancienne que la ville. Mais je ne m'occupe que des murs qui ont été construits, hors de cette limite , sur l'une et l'autre rive de la
Seine. Ainsi quand je nomme la première enceinte de Paris, j'entends parler de celle qui a immédiatement précédé l'enceinte de Philippe-Auguste.
(6) Tome I , page 29.
(c) Voyez pages 164 , 333.
(d) Voyet pages 243 , «58 , 284.
RÉSUMÉ HISTORIQUE dépérir peu à peu , et l'on peut croire qu'il n'en existoit plus que des ruines quand Philippe-Auguste entreprit de faire élever de nouveaux remparts. En effet, tous les auteurs qui parlent des fortifications construites par ce monarque se contentent de dire qu'il entoura sa capitale de murs flanqués de tours, sans que rien, dans leur narration , puisse même faire soupçonner que Paris eût été auparavant protégé par d'autres murailles. Et si l'existence de ces anciens murs ne nous étoit attestée d'ailleurs par d'autres documens authentiques, on pourroit conclure du récit de Rigord, de Guillaume le Breton, de Guillaume de Nangis, que Philippe-Auguste fut le premier de nos rois qui songea à renfermer Paris dans une enceinte de fortifications.
Du reste, on doit l'avouer, aucun prince, avant lui, n'avoit autant fait pour l'ornement et l'agrandissement de la première ville du royaume, et cette considération auroit encore pu servir à Rigord pour justifier l'étymologie du surnom d'Auguste , qu'il a le premier donné à ce monarque (a).
Déjà, l'an n85, ce prince avoit fait paver les rues de Paris en pierres carrées très fortes et très dures, cr entreprise, dit Rigord (£), dont l'exé- «• cution devoit être difficile autant qu'elle étoit nécessaire , et dont les « difficultés et les frais avoient toujours effrayé ses prédécesseurs, m
En 1192, avant départir pour la Terre-Sainte,' il pourvut à la sûreté de sa capitale, en ordonnant la constructiou d'une nouvelle enceinte de murailles, pour remplacer l'ancienne clôture qui étoit devenue insuffisante. Il laissa la conduite des travaux, pendant son absence , aux échevins de la ville de Paris , qui levèrent sur les habitans les sommes nécessaires pour fournir à cette dépense. Les remparts, sur la rive droite de la Seine, furent terminés en peu de temps (c).
L'enceinte méridionale de Paris ne fut entreprise que lorsque le Roi fut de retour de son voyage d'outre-mer. Elle étoit terminée en 1210 (d).
Voici la direction que suivoit ce vaste contour de fortifications.
Sur le quai du Louvre, à l'endroit où débouche aujourd'hui le pont des
(a) Rigord, de Gestis Philippi-Augusti , Préface, dit que te surnom d'Auguste, qu'il lionne à Philippe II , vient du verbe augeo, nitges, parce qu'il avoit augmenté ses États.
(b) De Gestis Philippi-Augusti , dans le Recueil des Historiens de France, tome XVII , p. 16. — Voyez aussi Guillaume le Breton, de Gestis Philippi-Augusti , ibid. , p. 67. — Chroniques de Saint-Denys, ibid., p. 3 $9.
(c) Rigord, de Gestis, etc. , Historiens de France, tome XVII , p. 3i. — Guillaume le Breton , ibid., p. 70. — Chroniques de Saint- Denys, ibid., p. 37a.
(d) Guillaume le Breton , de Gestis , etc. , Histor. de France , tome XVII , page 85. — Chroniques de Saint-Denys , ibid., p. 3<)3 — Guillaume de Nangis, Chronique, Spicilég; , tome III, p. 24.
ET STATISTIQUE. 35i
Arts, étoit la première porte de la Ville, la porte du Louvre, flanquée d'une grosse tour qu'on nomment la Tour de bois. Là commençoit la ceinture de murailles qui environnoit Paris au nord; elle se dirigeoit, en suivant une ligne courbe vers la rue Saint-Honoré où elle venoit aboutir, entre la rue du Coq et la rue de l'Oratoire , laissant hors de l'enceinte la rue du Coq et le château du Lourre. A l'endroit de la rue Saint - Honoré que je viens d'indiquer, étoit la porte Saint-Honoré.
De là , les murs, suivant une direction oblique entre la rue d'Orléans et la rue de Grenelle-Saint-Honoré, arrivoient au coin de cette dernière rue, et se joignoient à la porte au Coquillier, ouverte dans la rue Coquillière.
L'enceinte se prolongeoit ensuite entre la rue du Jour et la rue Jean- Jacques Rousseau, parallèlement à ces deux rues, et débouchoit dans la rue Montmartre, où s'élevoit la porte Montmartre, à peu près entre les noS i5 et 5a.
Ici , les murailles prenoient leur direction vers Test; elles alloient aboutir, en longeant le côté septentrional de la rue Mauconseil, dans la rue Saint- Denys , en face de l'impasse des Peintres. A ce point se trouvoit une des principales portes de la Ville, que notre manuscrit appelle la porte Saint- Denys, mais qu'on a aussi nommée la porte aux Peintres, ce qui avoit fait primitivement donner à l'impasse voisine le nom de cul-de-sac de la porte aux Peintres, nom que nous avons aujourd'hui simplifié. Entre cette porte et la porte Montmartre, il en existait une autre, dans la rue Comtesse-d'Artois. Le rôle de i3i3 lui donne deux noms : la porte Nicolas- A rrode , et la porte au Comte-d'Artois.
De la rue Saint-Denys, la ligne des fortifications alloit joindre la rue Saint-Martin, en longeant, au nord, la rue aux Ours qui restoit ainsi dans l'intérieur de l'enceinte. On arrivoit de l'extérieur dans le milieu de cette rue , par une fausse porte appelée poterne Bourc-l'Abbé. La porte Saint- Martin, nommée aussi porte Saint- Merri, étoit à l'angle méridional formé par la rue Saint-Martin et la rue Grenier-Saint-Lazare. Cette dernière rue se trouvoit hors des murailles, qui la bordoient au midi , en déviant un peu du parallélisme vers son extrémité orientale.
Un peu au-dessous du point où les rues Grenier-Saint-Lazare et Michelle-Comte aboutissent dans la rue Beaubourg, étoit une fausse porte nommée la poterne Nicolas-Huidelon ou la poterne Huidelon (a).
(a) Le nom de Huidelon a lui-même beaucoup varié : c'est tantôt Huidelon, tautôt Huideron. quelquefois Huyderon et même Huidron.
35a RÉSUMÉ HISTORIQUE
Parvenue à ce point, la clôture tournoi t un peu brusquement vers le sudest, et venoit joindre la porte du Temple, ouverte dans la rue Sainte-Avoie, qu'on appeloit alors rue du Temple, à l'angle méridional formé par cette rue et la rue de Braque.
De cet endroit, les murailles alloient aboutir dans la Vieille-Rue du Temple, en suivant l'emplacement de la rue de Paradis. La porte de la ville qui se trouvoit dans la Vieille-Rue-du-Temple , au coin de la rue des Francs-Bourgeois, se nommoit la porte Barbette, à cause de la famille Barbette, qui avoit près de là une maison de campagne nommée la Courtille-Barbeite, dont le souvenir se conserve encore aujourd'hui dans le nom d'une rue moderne, ouverte à peu près sur l'emplacement que devoit occuper cette maison.
Les murs alloient de la porte Barbette à la porte Saint- Antoine , qui étoit située sur la place de Birague, en décrivant une ligne légèrement recourbée, de manière à laisser dans l'intérieur de l'enceinte l'impasse Coquerelle et l'hôtel du roi de Sicile.
Enfin, de la porte Saint-Antoine, la clôture suivoit une ligne perpendiculaire à la Seine, et al loi t se terminer au milieu du quai Saint-Paul, où se trouvoit la dernière porte du quartier d'Outre-Grand-Pont , nommée porte Barbelle, flanquée d'une grosse tour qu'on appeloit la Tour de Billi. Entre la porte Saint-Antoine et la porte Barbelle, étoient deux fausses portes ou poternes, l'une dans la rue des Prétres-Saint-Paul , appelée primitivement porte Saint-Pôl, et, plus tard, porte des Béguines et de l'Ave-Maria, l'autre dans la rue des Barrés, nommée poterne des Barrés (a).
La ligne des murailles recommenœit sur la rive gauche de la Seine, entre le pont de la Tournelle et la rue des Fossés-Saint-Bernard. De ce point jusqu'à la tête du pont des Arts, à l'extrémité orientale du quai Malaquais, où se terminoit la clôture, sa direction est facile à suivre, même sur un plan moderne, puisqu'elle s'est conservée jusqu'à la fin du xvuc siècle, et que toutes les rues qui la bortioient à l'extérieur ont gardé , à l'exception d'une seule, le nom de rue des Fossés. Ce sont les rues des Fossés-Saint-Bernard, Saint-Victor, Saint-Jacques, Monsieur-le-Prince et Saitit-Germain-des-Prés. La rue Mazarine, qui continuoit la ligne des fossés jusqu'à la rivière, s' appeloit aussi anciennement la rue des Fossés.
Ces noms ne doivent cependant pas leur origine aux fortifications construites par Philippe-Auguste. Rigord, Guillaume le Breton, les Chroniques
(m) D. Félibien, tome I, p. 253
de Saint-Denys, Guillaume de Nangis, nous apprennent que ce monarque lit élever autour de Paris des murailles flanquées de tourelles, qu'il les fit percer de plusieurs portes, mais aucun ne dit qu'il ait creusé des fossés autour de ces murailles, soit sur la rive gauche, soit sur la rive droite de la Seine. Ce fut seulement sous le règne du roi Jean, en i556, qu'on recula au nord les limites de l'enceinte de Paris , et qu'on la fortifia par WD fossé et un arrière-fossé. Le circuit des murailles du côté du midi parut assez étendu pour qu'on n'eût pas besoin de l'agrandir davantage ; mais l'on jugea indispensable de creuser des fossés tout à l'entour (a). Lorsque les guerres désastreuses qui, pendant les xiv* et xv* siècles, ensanglantèrent le sol de la France, furent enfin terminées, et que la sécurité commença à se rétablir, on laissa peu à peu combler ces fossés; des maisons s'élevèrent sur leurs bords, et c'est ainsi que se formèrent les rues que j'ai nommées plus haut. Mais quoiqu'elles soient bien postérieures à la construction de l'enceinte de Philippe-Auguste, leur direction n'en est pas moins propre à nous faire reconnoître avec précision celle de cette enceinte elle-même, puisqu'elle subsistoit encore en son entier lorsque ces rues ont été bâties.
Essayons de recoiinoitre maintenant , parmi toutes les portes qui ont existé à diverses époques sur la rive gauche de la Seine, celles dont la construction remontait jusqu'au règne de Philippe Auguste. Nous avons une évaluation des frais qu'avoient entraînés les travaux de l'enceinte exécutée par les ordres de ce monarque sur la rive gauche de la Seine (b), et, dans cette évaluation, il n'est fait mention que de six portes. Notre manuscrit indique également six portes dans la partie méridionale des murs de Paris. La porte Saint-Victor étoit dans la rue du même nom, entre la rue d'Arras et la rue des Fossés Saint-Victor. La porte Saint-Marcel s'ouvrait à l'extrémité méridionale de la rue Descartes actuelle. La porte Sainte-Geneviève donnoit entrée dans la rue de Savoie, qui alors se prolougeoit, à travers le terrain occupé aujourd'hui par le Panthéon, jusqu'à la place de la Vieille- Estrapade. La porte Saint-Jacques se trouvoit dans la rue du même nom, au coin de la rue Saint-Hyacinthe. La porte Gibert ou Gibart, qu'on a aussi appelée porte d'Enfer et porte Saint-Michel , étoit au coin de la rue de la Harpe et de la place Saint-Michel. Enfin la porte Saint Germain étoit située dans la rue Saint-André-des-Arts , qu'on appeloit primitivement la Grant-
(rt) Guillaume de Nangis, Chronique, dans noies et de nos Mesures, par M. fiooatny ; D. Luc d'Acheri , Spicil. , tome III, p. 1 16. Mémoires de l'Académie des Inscriptions et {b) Réflexions sur t évaluation de nos Mon- Belles-Lettres, { . LIX , p. 5t>4 , t «lit iu- 1 a .
Rue-Saint-Germain. L'un des côtés de cette porte touchoit au coin de la rue Contrescarpe, dont les murs de la ville occupoient l'emplacement (a).
Nous savons positivement qu'outre ces six portes , il en existait encore quatre autres dont je fixerai plus bas La position. Sur ces quatre dernières portes , trois au moins remontaient à l'époque de la construction de l'enceinte méridionale. Je conclus de là que l'état des frais de construction , cité plus haut, contient seulement l'indication des portes principales, entre lesquelles on avoit pratiqué quelques poternes ou fausses portes, dont l'ouverture n'avoit pas demandé un surcroît de dépenses, probablement parce qu'elles n'étaient pas, comme les grandes portes, défendues par des ouvrages de fortification.
Avant d'indiquer la position de ces quatre poternes , qu'on me permette quelques observations sur une des six grandes portes dont j'ai fixé plus haut l'emplacement. Je veux parler de la porte Sainte-Geneviève, dont j'ai déjà dit quelques mots ailleurs. Sa situation ne ineparoit pas douteuse; elle est clairement indiquée dans notre manuscrit. Mais si l'on compare cette indication avec le plan de la Tapisserie, sur lequel la porte Papale est marquée, on est forcé de convenir que notre porte Sainte-Geneviève est la même que la porte Papale. L'origine du nom de porte Papale a donné lieu à bien de* conjectures. La plus raisonnable seroit celle qu'ont émise l'abbé Lebeuf et Jaillot (£). Ces deux auteurs ont pensé que la porte dont il s'agit avoit été ouverte pour faire honneur au pape Eugène III , lorsqu'il vint à l'abbaye de Sainte-Geneviève en 1147. Mais alors la porte Papale auroit été pratiquée dans les murs mêmes de l'abbaye > et uon pas dans les murs de la ville, qui n'étaient pas encore construits. Cependant, dans le plan de la Tapisserie, où, comme je l'ai dit, la porte Papale est marquée, elle se trouve en dehors des murs de l'abbaye , à l'extrémité de la rue des Sept- Voies qui se prolonge, à travers l'emplacement actuel du Panthéon , jusqu'à la place de la Vieille- Estrapade , en longeant la clôture occidentale des jardins de Sainte-Geneviève. Il faut donc ou rejeter entièrement l'opinion proposée par Jaillot et
(a) On voit que je ne partage pas l'opinion émise par M. Dulnurc {Histoire de Paris , tome II , p. 3 16) mit les portes qui furent regardées eomme des portes principales dès le temps de la fondation de l'enceinte. M. Dulaure met dans ce nombre la porte de Buci et la porte Saint-Germain. On verra plus bas
que ces deux noms, appliqués dans le sens de M. Dulaure , ne furent en' usage que vers la fin du w siècle , c'est-à— dire environ deux cent soixante-quinze ans après l'achèvement de l'enceinte de Philippe-Auguste.
(i) Lebeuf, tome I , page 386. — Jaillot, tomeIV,quartierSaint-Benoit,p.88.
ET STATISTIQUE. 3Î>5 l'abbé Lebeuf , ou supposer que la porte Papale ouverte, pour donner entrée au pape Eugène UI dans l'abbaye SainterGeneviève, fut refermée dans la suite, et que plus tard on transporta son nom à la porte 4e la ville qui en étoit la plus voisine.
Je reviens maintenant aux quatre poternes ou fausses portes qui s'ouvraient dans l'enceinte méridionale de Paris. lien existait une en 1 29a à l'extrémité méridionale de la rue Clopin; notre manuscrit la nomme la fausse porte de Saint-Marcel. Il est probable qu'elle remontoit à l'époque de la construction des murailles; cependant j'avoue que je ne puis citer aucune autorité h l'appui de cette opinion. Je ne sais sur quel fondement Jaillot a pu avancer que la fausse porte Saint-Marcel étoit située à l'une des extrémités de la rue des Hauts-Fossés Saint-Marcel : je ne connois aucun document qui puisse faire conjecturer ni que l'enceinte de Paris se soit jamais étendue, au midi, au-delà des limites que lui avoit assignées Philippe-Auguste, ni que le bourg de Saint- Marcel ait jamais été circonscrit dans une enceinte particulière dont la fausse porte en question aurait fait partie.
Dans la rue de l'École de Médecine, vis-à-vis la fontaine qui se trame à l'angle de cette rue et de la rue du Paon, s'ouvrait, dès l'an ia54, une poterne appelée la porte des Frères mineurs ou des Cordelière. Cette porte est désignée dans un acte de l'an 1 a54, par lequel un certain Thomas de Mauleon vend à Raoul d'Aubusson une terre, contiguë aux maisons qui touchoient à la porte de Paris nommée des Frères mineurs (a).
Dans un terrier de Saint-Germain-des-Prés, de Tan itiBS, j'ai trouvé la mention d'une maison appartenant à l'archevêque de Léon, située dans la rue Saint-Germain-des-Prés (aujourd'hui Saint-André des Arts), «qui fu « anciennement (la maison) à mestre Symon de Bucy, chevalier, tenant « d'une part à la porte des murs de la ville de Paris, dite la vieille porte « Saint-Germain, une allée entre deux. » Dans un autre article, la même porte est nommée la vieille porte Saint-Germain , dite de Bussj.
Plus loin on lit: « L'hôtel de l'arcevesque de Rouen , joignant la porte de h Saint-Germain par où Von passe de présent, une ruelle entre deux. » Ailleurs, dans le même manuscrit, j'arfrouvé la mention suivante : « La porte « de Saint-Germain, par où l'on passe de présent, jadis appelée la porte « des Cordeliers. »
C'est donc a peu près vers la fin du xve siècle que la porte Saint-Germain ,
(a) Plaleam contiguam domiims titis extra portant parisietuem qnat vocalar FF, Minorum. I). Braillard , Histoire de Saint-Germain, p. 1 29; el pièces justificatives , p. Ixj.
située dans la rue Saint-André-des-Arts, commença à recevoir le nom de porte de Bussy, à cause de la maison de Symon de Bussy qui étoit près de cette porte. Vers le m#me temps, la poterne des Cordeliers avoit été probablement agrandie ou reconstruite, ( car ces mots par où l'on passe de présent, annoncent qu'elle avoit été interceptée pendant quelque temps) et l'on avoit transporté à cette poterne, le nom de porte Saint-Germain qui servoit primitivement à designer la grande porte située dans la rue Saint-Andrédes-Arts.
Aux deux bouts de l'enceinte méridionale, sur les bords de la Seine, il y avoit deux tours, plus grosses que les autres tours qui flanquoient les murs de distance en distance. L'une, si connue depuis sous le nom de tour de Nesle, porta, dès le moment de sa fondation, le nom de tour Philippe- H amelin. Elle est ainsi désignée dans la sentence arbitrale de l'an laio, par laquelle fut terminée la contestation qui s'étoit élevée, relativement aux droits curiaux, entre l'abbaye de Saint-Germain et le curé de Saint-Sulpice, d'une part; l'évéque de Paris, le chapitre de Notre-Dame et le curé de Saint-Séverin, de l'autre (a). Cette tour correspondoit à la tour de Bois, élevée au côté méridional de la porte du Louvre.
L'autre tour, simplement nommée la Toumelle, se trouvoit entre le pont qui a conservé ce nom et l'endroit où débouche sur le quai la rue des fossés Saint-Bernard; elle correspondoit à la tour de Billi, construite à côté de la porte Barbelle, et à une autre tour intermédiaire élevée dans File Notre- Dame (aujourd'hui File Saint-Louis) (b). Pour continuer, en quelque sorte, la clôture, que le cours de la rivière interrompoit en deux endroits, on avoit tendu de grosses chaînes, qui joignoient d'un côté, la tour de Bois à la tour Philippe-Hamelin ; de l'autre, la tour de Billi à la Toumelle, en se rattachant aux fortifications intermédiaires élevées dans File Saint-Louis, sur le bord du grand fossé qui coupoit cette ile en deux parties. Ces chaincs éioient portées par des bateaux liés à de gros pieux, et cet ensemble forment deux ponts qui traversoient la rivière, et complétoient de cette manière la ligne des fortifications (c).
Jaillot assure que la porte Saint-Bernard , à laquelle touchoit la Tournelle, étoit une des portos de Fenceinte de Philippe-Auguste. Il est probable qu'il existoit une antre porte correspondante à l'autre bout de l'enceinte
(a) D. Bouillard , pièces justificatives.
(b) D. Félibien , tome I , p. a5^. — Jaillot , tome IV, quartier de la place Manbert , p. i3i .
(c) Idem, ibid.
méridionale, à côté de la tour Phiiippe-Hamelin. Celle-ci changea de nom plus tard , en même temps que la tour sur laquelle elle s'appuyoit. On les appela la tour de Nesle et la porte de Nesle. Mais, comme je l'ai dit, il faut que, dans le principe, ces deux portes n'aient été considérées que comme de simples poternes, puisque le devis de l'enceinte méridionale de Paris ne fait mention que de six portes, dont j'ai donné plus haut le nom et la position.