SAINT-GERMAIN-L'AUXERROIS
Cette église est la plus ancienne église paroissiale et canoniale de Paris. L'abbé Lebeuf (b) croit que son existence peut remonter jusqu'au temps de saint Germain, évéque d'Auxerre. Suivant ce judicieux auteur, l'église de Saint-Germain-l'Auxerrois auroit été d'abord une simple chapelle dans laquelle le saint évéque d'Auxerre se seroit signalé par quelque miracle, et qui auroit été ensuite reconstruite en son honneur par saint Germain, évéque de Paris. La plupart des auteurs pensent qu'elle a été bâtie, ou , tout au moins, dotée par Childebert et Ultrogothe sa femme.
Jaillot, sans rien diminuer de l'antiquité qu'on attribue généralement à cette basilique, a émis une opinion nouvelle qui me paroit appuyée sur des argumens fort plausibles (c). C'est que l'église de Saint-Germain-l'Auxerrois a été bâtie par Chilpéric Ier en l'honneur de saint Germain , évéque de Paris. Le fait de la construction d'une église nouvelle par Chilpéric l*r, pour y déposer le corps de saint Germain , évéque de Paris , n'est pas révoqué en doute par les auteurs. Il est attesté par le testament de Bertrand, évéque du Mans , disciple de saint Germain , testament dont Jaillot a donné la teneur, ta question est de savoir quelle étoit cette nouvelle église. Mabillon (d) a pensé que Chilpéric avoit fait reconstruire l'église de Saint-Germain-des- Prés; mais cette église porto it primitivement le nom de Saint-Vincent, et le testament de l'évéque du Mans la distingue de l'église nouvelle, bâtie par — . 1 »
(a) Tome I , p. i o4 et i o5. (c) Tome 1 , quartier du Louvre , pages *4
(A)TomeI,p.36etsuiv. et suiv.
{d) Ann. bénéd., tome I , livre VI, n» 69.
Chilpéric. Dom Bouillard a prétendu (a) que c'étoit simplement l'oratoire de Saint-Symphoricn , dans lequel saint Germain avoit été enterré , que Chilpéric avoit fait agrandir. Mais il est question dans le testament de Bertrand d'une église neuve, dans laquelle doit être transporté le corps de saint Germain , ce qui ne peut évidemment s'appliquer à l'oratoire de Saint-Symphorien, où la dépouille mortelle du saint évéque fut déposée aussitôt après sa mort, et d'où elle ne fut tirée qu'en 754.
Je ne rapporterai pas les autres preuves que donne Jaillot à l'appui de son opinion qui, si elle n'est pas absolument certaine, me paroit du moins fort probable. Il pense que si le projet de Chilpéric ne reçut pas son exécution, c'est d'abord parce que le prince, n'ayant survécu que huit ans à saint Germain, ne put finir la basilique qu'il avoit commencée, et que, d'un autre côté, les religieux de Saint-Germain-des-Prés , jaloux de conserver les reliques de leur saint patron, firent tout leur possible pour s'opposer à la translation de ce précieux dépôt.
Les anciens historiens et les anciens diplômes ne donnent aucun surnom à l'église de Saint-Germain-l'Auxerrois. Elle est nommée Saint-Germainle-Rond , Sanctus Germanus teres dans le poème d'Abbon (b), et cette dénomination ne peut avoir eu d'autre motif que la forme de l'édifice. Le premier aote où on trouve le surnom de YAuxerrois, appliqué à l'église dont il s'agit, est un diplôme de Charles-le-Chauve en faveur de l'église de Paris, daté de l'an 870. Cette église y est ainsi qualifiée : Quod a priscis temporibus Autissiodorensis dicitur. Mais l'abbé Lebeuf et Jaillot (c) pensent que ce passage a élé ajouté après coup au diplôme, et inséré, sans discernement, dans les copies qu'on en a faites par la suite. Il paroit que le surnom de YAuxerrois n'a commencé à être généralement en usage que depuis le règne du roi Robert.
L'église de Saint-Germain-l'Auxerrois, située hors de la première enceinte de Paris, fut prise par les Normands, qui s'y retranchèrent et l'environnèrent de fossés (d). C'est de là que la rue des Fossés-Saint-Germain-l'Auxerrois a pris son nom. En quittant Paris, les barbares détruisirent la basilique qui leur avoit servi de forteresse. Elle fut rebAtie par le roi Robert (e). Mais
(a) Histoire de Saint-Germain-des-Prés , même du diplôme ne paroit pas revêtu d'un
page 9. caractère d'authenticité bien établi.
(è) Livre 1 , v. i^5; livre II , v. 35. (d) Abbon , livre I , v. 1^5.
(c) Lebeuf, tome I, page 4°« — Jaillot, (e) Jaillot, ibid., p. 34tome I , quartier du Louvre , p. Î2. Le corps
l'édifice qui existe encore aujourd'hui, et qui est consacré à un emploi bien éloigné de sa destination primitive (a), ne remonte guère au-delà du xvic siècle. Lebeuf croit cependant que le grand portail peut avoir été construit sous le règne de Philippe-le-Bel.
La circonscription de cette paroisse , en 1 292 , étoit bornée au midi par la Seine et au nord par la rue Saint-Honoré. Elle s'étendoit en longueur depuis les Tuileries, qui n'étoient encore qu'un terrain nu où l'on fabriquoit de la tuile , jusqu'à la place du Chàtelet.
Les Aveugles ou les Quinze-Vingts. — G'étoit un hôpital, fondé par Saint-Louis pour trois cents aveugles, à l'angle que forment aujourd'hui la rue .Saint-Honoré et la rue de Rohan. Le chapitre de Saint-Germain-l'Auxerrois, l'évéque de Paris et divers particuliers enrichirent cette maison, qui s'agrandit considérablement, et dont les bâtimens et les jardins finirent par occuper une grande partie de l'espace compris entre la rue Saint-Thomas et les Tuileries. En 1779, le cardinal de Rohan, grand aumônier de France, qui a laissé son nom à la rue où étoit autrefois l'hôpital des Quinze-Vingts, le transféra dans le faubourg Saint-Antoine, rue de Charenton, n° 38, où cet établissement subsiste encore aujourd'hui.
Collège des Bons-Enfans. — Ce collège fut fondé vers le commencement du xiue siècle par un bourgeois de Paris nommé Etienne ficlot ou Rcrot, qui y établit treize pauvres écoliers. Le proviseur devoit être le chanoine de Saint-Honoré, pourvu d'une prébende que le même Ktienne Berot avoit fondée en 1 208 , et la collation des bourses appartenoit à l'évéque de Paris (b). Cette maison qui devoit se trouver à peu près sur l'emplacement des bâtimens compris entre le cloître Saint-Honoré et la rue Montesquieu, a été détruite dans la première moitié du xvn* siècle; il n'en resta plus que la chapelle que la révolution a fait disparoitre aussi.
Le grand Chàtelet. — La première construction du grand Chàtelet remonte, s'il faut en croire Sauvai (c) , au temps de Julien l'Apostat. C'étoit primitivement la seule porte de Paris au nord de la Cité; c'est pour cela que la porte du Chàtelet, sous laquelle on passoit pour arriver an pont au Change en venant des Innocens, a toujours porté le nom de porte de Paris.
(a) Il renferme la mairie du IV* arrondissement.
(b) Jaillol, tome II , quartier Saint-Eustache , p. ao. — Lebeuf, tome I , p. 89.
(c) Livre XIV, page 11.
Le Châlelet, CcutelUtum, étoit, dans le principe, une tour de bois destinée
à défendre l'entrée de la ville. Les Normands la brûlèrent sous Charles-le- Gros; mais elle étoit si nécessaire à la sûreté de la capitale qu'elle fut immédiatement reconstruite. Aussi voyons-nous qu'après l'incendie dont je viens de parler, les Normands se représentèrent deux fois devant Paris , dan» l'espace de quatre ans, sans pouvoir parvenir a forcer le passage. Sauvai, à qui j'emprunte ces détails , ne dit rien sur les accroissemens successifs du grand Chàtelet, et l'abbé Lebeuf garde le même silence. Il est certain néanmoins qu'à l'époque où remonte notre manuscrit , le Chàtelet devoit être un édifice considérable puisqu'il étoit devenu le siège de la juridiction royale.
La création de celte juridiction remonte à une époque fort ancienne; Jaillot avoue qu'il n'a pu en découvrir l'origine, et ce n'est que par conjecture qu'il recule cet établissement jusqu'au règne d'Henri I*r. En 1460 , les bâtimens du grand Chàtelet tombant en ruines, Charles VU transféra au Ixmvre le siège de cette juridiction. Les réparations, commencées par Charles VIII , ne furent terminées que sous Louis XII , et c'est alors que les officiers du Chàtelet y allèrent reprendre leurs séances (a). La cour du Chàtelet ayant été supprimée dès l'an 1 793 , ses bâtimens ont presque tous été démolis en 1802 (b).
La Croix-du-Tiroir. — Quoique je n'aie pas jugé nécessaire de parler des diverses croix qui s'éle voient dans Paris en 1 29a , ces sortes de monumens ne pouvant en général fournir aucun détail intéressant , je n'ai pas dû pourtant passer sous silence la croix qui se trouvoit à l'extrémité septentrionale de la rue de l'Arbre-Sec, et dont le nom est resté à la petite place qui termine cette rue. Je ne discuterai pas ici les étymologies que l'on a données du nom de cette croix. Aucune ne m'a paru entièrement satisfaisante. Je me contenterai de dire que la croix du Tiroir, qui n'a été détruite qu'à la révolution de 17B9, remontoit à la plus haute antiquité. Le lieu où s'élevoit cette croix étoit , suivant l'abbé Lebeuf (e), la seule place de Paris où l'évêquc pût exercer sa justice, encore ne pouvoit-il y faire exécuter de sentence capitale.
L'école Saint-Germain. — Il existoit anciennement des écoles dans les cloîtres de la plupart des églises, mais, après celle de la cathédrale de
(a) Voyez Jaillot, tome I, quartier Saint- (b) Duiaure, HUtoirt de Paris, tome III . Jacques-de-la-Boucherie> p. i5 et 16. p. 126, seconde édition.
(c) Tome I, page 60.
Paris, la plus célèbre étoit l'école de Saint-Germain-l'Auxerrois, dont le nom est resté à un quai et à une place qui avoisineut cette ancienne église. L'école étoit située dans le cloître même de l'église et devoit avoir son entrée par le bout oriental de la rue des Prêtres ; les chanoines de Saint- Germain nommoient le maître de cette école et le recevoient dans leur chapitre en lui mettant une férule à la main (a). L'abbé Lebeuf (b) pense que l'école de Saint-Germain pouvoit exister du temps même du saint évèque d'Auxerrc; « au moins on ne peut douter, dit-il, qu'elle ne subsistât sous « le règne de Charlemagnc, temps où les études commencèrent à refleurir, « avec l'introduction du chant romain ». Il ne précise pas l'époque où cette école a cessé d'exister; cependant il semble croire qu'en 1 268, il n'en rcstoit plus que le nom. Or, notre manuscrit et les passages mêmes que cite l'abbé Lebeuf, prouvent évidemment que l'école subsistoit encore postérieurement à cette époque. Le rôle de 1292 nomme expressément l' escole Saint- Germain, et par ces mots il est impossible d'entendre la place actuelle de l'Ecole, puisque dans ce même rôle, cette place est nommée la place aux Marchands. Le cartulaire et le registre de la cour des comptes, auxquels l'abbé Lebeuf a emprunté les passages par lesquels il cherche à prouver son opinion, servent au contraire à la détruire, puisque tous les deux , parlant de notre place de l'École, au lieu de lui donner le nom qui sert à la désigner aujourd'hui,
l'appellent la place située près de V école de Saint-Germain (c).
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Le For-l'Éveque. — Le For-l'Évêque, situé dans la rue Saint-Germain l' Auxerrois , n'étoit ni un fort ni un four, comme quelques auteurs l'ont pensé, c'étoit le siège de la juridiction épiscopale,yôram episcopi. Ce château étoit la résidence du prévôt ou du premier officier de justice de l'évêque de Paris. Tous les membres du clergé, jusqu'aux simples clercs , tous les écoliers de l'Université relevoient de la juridiction ecclésiastique (d) qui devoit même s'étendre sur les laïques domiciliés dans les lieux dépendant immédiatement de l'autorité épiscopale , tels que le clos Bruneau et la culture l'Évêque. Reconstruit en i652, l'édifice du For-l'Évêque devint une prison destinée aux détenus pour dettes, aux comédiens, etc. Il a été démoli en 1780 (e).
(a) Sauvai, livre III , page îjfc-
(A) Tome f , p. 48 et 49.
(/-) Pi nu a siia adscholam Sancti Germani auliss. — Platea prope se ho las S. Germani autiss. — Lebeuf, l. e.
(d) Voyez le privilège de l'Université, daos les Statuts des Métiers d'Étienne Bovlesve , troisième partie.
{e) Dulaurc , tome II , p. 22a.
ET STATISTIQUE. 367 Saint-Honoré. — L'église collégiale de Saint-Honoré avoit été fondée, au commencement du xni# siècle, par un certain Renold Cheray, dans la cour qu'on appelle encore aujourd'hui le cloître Saint-Honoré (a). C'étoit une dépendance de Saint-Germain-l'Auxerrois, et tous ceux qui alloient habituellement à la chapelle Saint-Honoré étoient tenus d'aller reconnoitre l'Église mère, aux quatre grandes fêtes de l'année. Près de l'église étoit la demeure du chapelain et le cimetière, qui touchoit à la rue des Bons-Enfans. L'église collégiale de Saint-Honoré étoit, au rapport de l'abbé Lebenf (b), une des plus petites, et en même temps une des plus riches de la capitale. Elle a subsisté jusqu'en 1792. La rue Montesquieu et les passages qui communiquent de cette rue à la rue Saint-Honoré, ont été établis sur l'emplacernent de cette église et de ses dépendances.
Saint-Leufroy. — C'étoit une église située sur la place du Chatelet, et dont la rue de la Joaillerie avoit tiré son ancien nom , comme je l'ai fait observer ailleurs (p. a65). Les auteurs qui ont écrit l'histoire de Paris ne s'accordent pas sur les motifs qui avoient fait placer cette chapelle sous l'invocation de saint Leufroy. Il paroit certain seulement que sa fondation remontoit au règne de Charles-le-Simple. Elle fut détruite en 1684 pour l'agrandissement des prisons du Chàtelet (c).
Le Louvre. — On ne sait rien de bien positif sur l'origine de ce palais. Quelques auteurs, l'abbé Lebeuf entre autres (d)t ont pensé qu'il devoit sa fondation à Philippe-Auguste. Mais ce monarque n'a fait au Louvre qu'un seul ouvrage bien constaté; c'est une tour, que Rigord appelle la tour Neuve, ce qui implique évidemment l'existence de constructions antérieures. Cette tour Neuve étoit la grosse tour du Louvre, si fameuse depuis dans notre histoire comme prison d'État. Elle occupoit le point central de la cour du palais. Le palais lui-même étoit au milieu d'une vaste cour carrée, qui étoit bornée à l'orient par les murs de Paris. La rue de l'Oratoire-du- Louvre, anciennement nommée rue d'Hosteriche, passoit devant te Louvre, parallèlement aux murailles de la ville, et se prolongeoit jusqu'à la Seine. C'est dans celte rue qu'étoient le palais du Petit-Bourbon et l'hôtel des comtes d'Alençon. Le concierge de ce dernier hôte) est en effet porté dans notre manuscrit sous la rubrique de la rue d'Hosteriche. Ces deux hôtels ont été
(a) Corroiet , fol. 68 , recto, édit. i56i . de-la-Boucherie , pages 55 , 6a. — Lebeuf ,
(b) Tome I , p. 87 et mut. tome I , page 7 1 .
(c) Jaillot , tome I , quartier Saint-Jacques- (rf) Tome T , p. 4 1 .
détruits pour faire place aux agrandissement successifs qu'ont fait exécuter au château du Louvre les rois de France, depuis François Ief , qui le fit reconstruire sur un nouveau plan, jusqu'à Louis XIV, qui termina les embellissemens du Louvre par la belle colonuade, qu'on admire sur la façade orientale du palais.
La paroisse de Saint-Germain-l'Auxerrois contenoit encore un grand nombre d'hôtels de grands seigneurs. Notre manuscrit en indique deux, qui sont celui du comte de Dreux, dans la rue Froidmanteau , près du Louvre, et celui des comtes de Ponthieu, dans la rue de Bétizy.
Saint-Nicolas-du-Louvre et Saint-Thomas-du-Louvre. — Ces deux églises, qui ne sont pas mentionnées dans notre manuscrit, avaient été fondées par Robert de Dreux, frère de Louis VII (a). Saint-Thomas étoit une église canoniale, et Saint-Nicolas un collège, ou hôpital pour quelques pauvres étudians. Ces deux établissemens pieux étoient réunis, dans le principe, et n'avoient qu'un même enclos. Mais la mésintelligence ne tarda pas à se glisser entre eux, et ils étoient séparés de fait dès l'année 1217, quoiqu'on trouve encore, dix ans après, des titres où le collège de Saint-Nicolas est désigné sous le nom d'hôpital de Saint-Thomas-du-Louvre. Ce collège, comme celui des Bons-Enfans, commença à être négligé, lorsque les maisons d'éducation se multiplièrent dans le quartier de l'Université. En 1 c>.\ 1 , il fut converti en chapitre. En 1744» les canonicats de Saint-Nicolas furent réunis à Saint-Thomas-du-Louvre; mais les deux églises n'en continuèrent pas moins à subsister ensemble. Celle de Saint-Thomas fut reconstruite, de 1755 à 1744» et dédiée sous l'invocation de Saint-Louis. La révolution de «789 fit fermer ces deux églises, qui ont été détruites depuis pour les travaux du Carrousel.
Le Parloir aux Bourgeois. — On donnoit ce nom au lieu dans lequel se réunissoient les officiers municipaux de la ville de Paris. Ainsi le Parloir aux Bourgeois étoit anciennement ce qu'on appelle aujourd'hui l'Hôtel-de- Ville ou la Maison Commune.
C'est en 1 55y seulement que les assemblées du prévôt des marchands et des échevins ont été transférées à la place de Grève, dans une maison qu'on appela d'abord la Maison aux Piliers, ensuite la Maison du Dauphin, puis enfin X H6tel-de-Ville (b).
(a) Lcbeuf, tome I , p. 90.
(A) Sauvai , livre IX , p. 482. — Jaillot , t. III , quartier de 1a Grève , p. ai.
ET STATISTIQUE. 36g Mais où étoit le Parloir aux Bourgeois avant Tannée i35y? C'est ce qu'il
n'est pas facile de déterminer. Deux maisons ont porté le titre de Parloir aux Bourgeois ou de Maison de la Marchandise. La première étoit située entre la porte d'Enfer et la porte Saint-Jacques , derrière le couvent des Jacobins («). S'il faut en croire Félibien et Jaillot {b) , elle n'auroit été détruite que vers le commencement du xvie siècle; nous avons au moins la preuve qu'elle existoit encore huit ans après que les assemblées des ofliciers municipaux eurent été transférées à la Grève. Cette preuve se tire d'un compte du mois de septembre i365, dans lequel une somme est allouée « à u Robert de Pierrefons, pionnier, pour faire vider et porter hors les terres « des douves des fossés qui sont derrière la Maison de la Fille, qui est h derrière les Jacobins (c). »
L'autre Maison de Ville étoit sur la rive droite de la Seine; elle touchoit d'oïl côté le Gr.-Mid-Chàtelet , de l'autre la chapelle Saint-Leufroy (rf). Cet autre Parloir aux Bourgeois ne fut détruit qu'en 1684, en même temps que la petite église à laquelle il étoit contigu (*).
Mais on ignore l'époque où chacun de ces deux édifices a commencé et a cessé d'être le siège de la juridiction municipale; aussi est-il difficile de décider lequel des deux a été le premier investi de ce privilège, et quel est celui qui en étoit encore en possession en 1292. D'après Jaillot (y), les religieux de l'abbaye de la Croix-Saint-Ouen , au diocèse d'Evreux , chassés de leur maison , sur la fin du ix* siècle , par la crainte des Normands , se réfugièrent à Paris avec les corps de Saint-Ouen et de Saint-Leufroy. Ils s'adressèrent probablement au Roi, ou au comte, ou aux officiers municipaux pour avoir un asile, et ceux-ci purent leur donner V ancien Parloir aux Bourgeois et la chapelle qui en dépendoit, où ils déposèrent leurs reliques. C'est par cette conjecture que le judicieux auteur des Re cherches sur Paris cherche à expliquer l'origine du nom de Saint-Leufroy, donné à l'église qui étoit en avant du grand Châtelet 11 suit de là que, dans son opinion, le Parloir aux Bourgeois de la place du Châtelet étoit déjà abandonné sur la fin du
(a) Félibien , tome I, p. 633. — Jaillot , (d) Jaillot , tome I , quartier Saint-Jacques-
îome V, quartier du Luxembourg, p. 67 ; et de-la-Boucherie, p. i5, 62.
quartier Saint-André , p. 81. (e) Félibien , Dissert. , tome I , p. lxxij.
(A) Fébbien, ibid. — Jaillot, tome IV, (f) Tome I, quartier Saint-Jacques- de-laquartier Saint-Benoît, p. 127. Boucherie , p. 55, 57.
(c) Sauvai , Preuves , p. 1 26.
57o RÉSUMÉ HISTORIQUE
ixe siècle. Ailleurs (a), le môme auteur, énumérant les divers HôteU-de-Ville qui ont successivement existé à Paris, met en dernier lieu celui de )a porte Saint-Michel , qui par conséquent auroit immédiatement précédé celui de la place de Grève.
M. Le Roy, dans la savante dissertation qu'il a placée en tête de V Histoire de Paris, par D. Félibien , ne parle que d'un seul Parloir aux Bourgeois, celui qui se trouvoit sur la place de Grève, d'où on pourroit peut-être conclure qu'il a regardé celui de la porte Saint-Jacques comme trop ancien pour qu'il eût besoin de s'en occuper. M. Bonamy (b) pense, en elFet, que c'est à la Maison-Commune de la porte Saint-Jacques que se sont tenues d'abord les assemblées municipales , et qu'on les a transférées sur la rive droite la Seine postérieurement aux ravages des Normands. Cette opinion me paroit mériter une entière confiance.
En effet , on s'accorde généralement à croire que la rive méridionale de la Seine a été la première habitée. L'existence, sur cette rive, d'un palais et d'un superbe établissement de bains , dès les temps les plus reculés de la domination romaine, l'avantage de la position qui plaçoit les eaux de la Seine et les fortifications de la cité entre les nouvelles habitations et les hordes barbares qui, sorties des régions septentrionales de l'Europe, venoient souvent porter leurs ravages jusques sous les murs de Paris ; enfin les nombreuses sépultures qu'on a découvertes, à diverses époques, sur la montagne Sainte- Geneviève, tout porte à croire que le premier faubourg de Paris a été construit au midi de la Cité. Nous savons d'ailleurs, par Grégoire de Tours (c) , que, sous le règne de Childebert, les maisons des marchands étoieut au midi du Petit-Pont. C'étoit de ce côté que s'étoient établis les Juifs que le commerce avoit attirés à Paris. Ils avoient deux cimetières dans l'Université, l'un dans la rue Galande, l'autre dans la rue de la Harpe, près de la rue
(a) Tpnw III, quartier delà Grève, p. ».
Ville : le premier situé à la vallée de Misère, et connu sous le nom de Maison de la Marchandise; le second, près l'église Saint-Leufroy et du Grand-Cbâtelet, nommé te Parlouer aux Bourgeois; le troisième , sous le même nom , à la porte Saint-MicbeJ. Mais la Maison de la Marchandise, située à la vaUée de Misère, n'étoit pas différente du Parloir aux Bourgeois de la place du Châtelet. (Félibien, Dissert.,
p. lxxij.) Cette maison, qu'on appeloit aussi la Maison de la Marchandise du Sel, de voit évidemment renfermer le bureau administratif, d'où relevoient les mesureurs de sel de la ville de Paris et le dépôt des matrices de leurs mesures. Or, on sait que déjà, en 1 187, la mesure qui servoit d'étalon pour le sel étoit déposée dans la chapelle de Saint-Leufroy.
(b) Histoire de ï Académie des Inscriptions, tome X, p. 3i4, édit. in-ia.
[c) Histoire, VIII, 33.
ET STATISTIQUE. 37r Pierre-Sarrazin , et une synagogue près de Saint-Julien-le-Pauvre. Enfin, des ports étoient établis sur les bords de la rivière, depuis la rue de la Bùcherie jusques au quai des Augustins (a).
Or, le corps des officiers municipaux de la ville de Paris étoit une assemblée de prudhommes, chargée de veiller à la police générale de la navigation et du commerce des marchandises amenées à Paris sur les rivières (b). Le chef de cette juridiction se nommoit encore, sous la troisième race, le prévôt de la marchandise de l'eau. Les citoyens mêmes de Paris, qui, sous la domination romaine, formaient un corps de commerçans connus sous le nom de nautie ou négociatores parisiaci , étoient désignés, au xiu" siècle, sous le nom de mercalores, ou mercalores aqu.ee, et cette dénomination étoit synonyme de celle de burgensis , en sorte que marchand, marchand de l'eaue , ou bourgeois de Paris , signifiaient la même chose.
Il est donc vraisemblable que le siège de la juridiction municipale dut toujours être dans la partie de la ville qui renfermoit les maisons des négocians, où se débarquoient les marchandises arrivées par eau, où étoit, en un mot, le centre du commerce de la capitale; et, d'après ce que j'ai dit plus haut, on doit admettre que le Parloir aux Bourgeois a très probablement existé, sous les deux premières races, dans la partie méridionale de Paris.
Lorsque, vers le milieu du ixe siècle, ce faubourg méridional se vit en proie aux ravages des Normands, le corps de la municipalité dut chercher ailleurs, pour ses réunions, un lieu moins exposé que celui qu'il occupait d'abord. Se transporta-t-il immédiatement près de Saint Leufroy ? ou bien ses assemblées eurent-elles lieu pendant quelque temps dans un local provisoire, qu'il quitta, dans la suite, pour s'établir au Parloir aux Bourgeois attenant au grand Châtelet? Cette dernière opinion me semble plus probable. On ne fait généralement remonter la construction de la première enceinte de Paris, sur la rive droite de la Seine, qu'au temps de Louis-le-Gros. Or, tant que le faubourg septentrional de Paris ne fut pas environné de murailles, ce fut une habitation moins sure encore que le faubourg du midi. Il est donc présumable qu'après les ravages exercés par les Normands sur la rive gauche
(a) Bonamy , Histoire de C Académie des Inscriptions, tome X , p. 3 1 5. — Voyez aussi les Mémoires du même auteur sur U célébrité de Paris avant les ravages des Normands, Mémoires de t Académie des Inscript, et Belles- Lettres, tome XXIV, p. 83 , 109 , ii2 , 1 13.
(6) Voyez la Dissertation de M. Le Roy, qui est en léte du premier volume de X Histoire de Paris, par D. Félibien ; et les pièces justificatives qui sont à la suite de cette dis-
57a RÉSUMÉ HISTORIQUE
de la rivière, les assemblées municipales durent se tenir dans la cité, jusqu'au temps où la partie de la ville située sur la rive droite fut entourée de fortifications.
Ceci, du reste, n'est qu'une simple conjecture; mais ce qui paraît plus certain , c'est que le Parloir aux Bourgeois existoit déjà près du grand Châtelet et de l'église Saint-Lcufroy, sous le règne de Louis-le-Jeune (a). A cette époque , la place de Grève servoit déjà de port pour les marchandises qui arrivoient à Paris par la Seine (£), et dan S la période qui s'écoula depuis ce temps jusqu'à la fin du xm* siècle, nous voyons que le commerce qui se faisoit anciennement dans la partie méridionale de Paris s'étoit transporté tout entier de l'autre côté de la rivière.
En effet, en 1292, la rue de la Bûcherie avoit remplacé le port aux Bûches, et des habitations s'étendoient tout le long de la rivière, depuis le Petit-Pont jusqu'au couvent des Sachetins, qui fut depuis la maison des Grands-Augustin». Les Juifs avoient abandonné le quartier d'outre Petit- Pont. Ils s'étoient établis dans la Cité et dans la ville, où ils occupoient, entre autres, les rues de Moussy, du Renard-Saint-Merry et de la Tacherie (c); ils avoient une synagogue dans cette dernière rue. Les changeurs, les orfèvres et les drapiers avoient choisi le pont au Change pour siège de leur commerce (d). Les Lombards (e) et les bourgeois, ou marchands les plus riches, demeuroient dans la partie septentrionale de Paris. C'est là que nous trouvons les familles de Jehan Arrode, Jehan Popin, Guillaume Bourdon, Adam Paon, Estienne Barbette, Guillaume Piz-d'Oë, qui tous ont rempli des fonctions municipales de 1290 à i3oi (/).
On peut donc regarder comme très probable que le Parloir aux Bourgeois, situé près du grand Châtelet, est postérieur à celui de la porte Saint-Jacques, et que c'est celui où, se sont tenues les assemblées du prévôt des marchands et des échevins de la ville de Paris jusqu'en 1 55;, époque où Étienne Marcel acquit, sur la place de Grève, la Maison aux Piliers, sur l'emplacement de laquelle fut construit, pendant le règne de Henri IV, l'Hôtel-de-Ville qu'on y voit encore aujourd'hui.
(a) Voyez Lamarre , Traité de la Police, tome I , troisième plan de Pari». — Histoire de r Académie des Inscriptions, tome X, page 3i5.
(6) Lamarre, ibid., tome II, pag. 703. — Félibien , Dissertât. , p. lix et suit.
(e) Voyez plus haut, pages 178, 179.
(d) Voyez Append. , II , n°* 35 , 37 ; et le Rôle de i3i3, p. 1 10.
(e) Voyez pages i-3.
(/) Voyez p. i5, 17, 18, aa, 27, 117- — Félibien , Dissertât. , p. cv, cvj , crij, cil, cxj ; et Histoire de Paris, tome I , p. 633.