‹ Paris sous Philippe-le-BelChapitre 85 sur 147 · SAINT-EUSTACHE · texte numérisé non relu

SAINT-EUSTACHE

L'église de Saint -Eus tache étoit primitivement une simple chapelle sous l'invocation de sainte Agnès ; elle fut bâtie vers l'an 1 200. Le fondateur en est inconnu. On la trouve déjà désignée sous le nom de Ecclesia Sancti- Eustachii dans une charte de l'an iaa3. L'abbé Lebeuf a pensé qu'à % cette époque elle avoit été rebâtie, et qu'on lui avoit donné ce nouveau nom après sa reconstruction; mais Jaillot (a) cite un titre, antérieur seulement de dix années, dans lequel la même église est nommée la chapelle neuve de Sainte-Agnès. On pouvoit qualifier de neuve, en 1 2 1 5, une chapelle fondée vers l'an 1200, et il n'est pas probable que cette chapelle ait été rebâtie lorsqu'elle n'avoit encore que vingt-trois ans d'existence. Ce n'est

(a) Tome II , quartier SainV-E««t.che , p. 28

ET STATISTIQUE. 35g donc pas, je crois, à l'occasion d'une reconstruction que l'oratoire de Sainte- Agnès a voit, été mis sons l'invocation de Saint-Eustache> et qu'il en a voit pris le nom. Peut-être la dénomination de cette église changea-Klle lors» qu'elle fut érigée en paroisse. Alors elle aurait été paroissiale antérieurement à i aa3. Il est du moins certai n qu'elle avoit ce titre dès l'an 1 328.

L'édifice, qui existe encore aujourd'hui, ne remonte qu'au xvr" siècle. Jean delà Barre, prévôt de Paris, en posa la première pierre en 1 53a (a).

La circonscription de cette paroisse renfermoit un vaste parallélogramme borné au nord par les rues Mauconseil , Tiquetonne, Coq-Héron et de la Jussienne, au midi par la rue Saint- Honoré, à l'est par la rue Saint- Denys , à l'ouest par la rue des Bons-Enfens.

Les Augustins. — Le couvent des Grands-Augustins étoit encore, en 1 292, dans la rue des Vieux -Aug ustins, à l'angle méridional formé par cette rue et par la rue Montmartre. Ce ne fut que l'année suivante qu'ils se transportèrent sur la rive gauche de la Seine, où ils ont laissé leur nom à une rue qui iongeoit leur couvent au midi. Le marché de la Vallée occupe I emplacement de cette dernière maison. Quant au premier monastère qu'ils avoient habité dans la paroisse Saint-Eustache, il n'en reste d'autre souvenir que le nom de Vieux- A ugustins par lequel on désigne encore la rue où il étoit situé.

Halles.— Avant <jue Philippe- Auguste fit construire autour de Paris une nouvelle clôture, il existait, au nord de l'ancienne enceinte, un vaste terrain inhabité qu'on appeloit Champeaux. Au commencement du \ 11' siècle, Louis- le-Gros y établit un marché pour les merciers et les changeurs. En 1 1 8 1 , suivant Sauvai (b) , en f 1 83 , selon l'abbé Lebcuf (c) , Philippe-Auguste transporta sur ce terrain la foire de Saint-Lazare. Ensuite il y fit construire de ux halles, fermées de murailles et couvertes, pour que les marchands pussent y vendre pendant les mauvais temps. Sous Saint-Louis, il y avoit aux C hampeaux deux halles pour les draps et une troisième halle avec un appentis. Ce même prince permit aux lingères et aux fripiers d'étaler leurs marchandises le long du cimetière des Innocens, depuis la rue Saint-Honoré jusqu'au marché aux Poirées (d). Enfin Philippe-le-Hardi construisit au même endroit une halle pour les cordonniers et les marchands de peaux.

(a) Lebeuf, tome I , page g5. — Sauvai, (c) Tome I, page 482. livre IV, p. 437. (d) Sauvai, ibid.

{b) Livre VI , p. 647.

56o RÉSUMÉ HISTORIQUE

Le souvenir de ces divers établissemens s'est conservé dans les noms des

rues qui avoisinent aujourd'hui la Halle aux Draps, telles que la rue de la Lingerie, de la Cordonnerie, etc. Ces rues dévoient même exister pour la plupart en 129a, mais notre manuscrit n'en fait aucune mention expresse. Il est probable qu'on ne les regardoit que comme de simples séparations , établies pour qu'on put communiquer avec plus de facilité d'une halle k l'autre, et qu'on n'avoit pas encore songé à désigner chacune d'elles par un nom particulier. Le quartier des Halles s'étendoit donc, comme aujourd'hui , depuis la rue Saint-IIonoré jusqu'à la Poiute-Saint-Eustache.

Il est inutile de rappeler que le marché de Innoeens n'existoit pas encore et que son emplacement étoit occupé par une église paroissiale et par un vaste cimetière.

Il faut encore déduire du terrain que couvrent actuellement les halles, le marché où se vend la marée. En 129a, ce lieu étoit, en partie du moins, consacré aux exécutions judiciaires. C'est au milieu de cette place que s'élevoit le pilori des halles. Il se composoit, s'il faut en croire Sauvai (a), d'une tour avec une écurie, d'un appentis de sept pieds de hauteur sur neuf pieds de longueur et d'une espèce de hangar où l'on gardoit, la nuit, les corps des malfaiteurs avant de les porter à Montfaucon. D'après Jaillot (b), c'étoit une tour octogone avec un rez-de-chaussée et un seul étage au-dessus, percé de plusieurs croisées hautes et égales tout autour. Tous les anciens dessins qui représentent soit le pilori des halles, soit tout autre instrument de supplice du même genre, sont conformes à cette description. Près de là se trou voit une croix qui existoit encore au xvm* siècle : et, quoique la place du pilori ne fût plus, à cette époque, consacrée aux exécutions, c'étoit aux pieds de la croix voisine que les banqueroutiers venoient faire à leurs créanciers la cession de leurs biens, et recevoir le bonnet vert des mains du bourreau.

Hôtel de Flandres. —Cette maison étoit située dans la rue Jean-Jâcques- Rousseau. C'est du moins sous la rubrique de cette rue qu'est mentionné dans notre manuscrit le concierge du comte de Flandres. Elle avoit d'abord appartenu à un bourgeois de Paris, nommé Pierre le Coquillier, dont le nom resta à la rue Coquillièrc et à la porte de la ville qui s'ouvroit dans cette rue. L'ancien nom de la rue s'est conservé jusqu'à nous; mais la porte avoit déjà perdu sa dénomination primitive, vers la fin du xiv" siècle, pour prendre celle

(a) Livre X , p. 58g. (b) Jaillot , tome II , quartier des Halles, p. a7-

ET STATISTIQUE. 5f>,

de porte de Flandre, ce qui indique suffisamment, je pense, qu'elle étoit voisine de cet hôtel , si même elle ne lui êtoit pas continue. L'hôtel de Flandre formoit donc l'un des coins de la rue Coquillière et de la rue Jean- Jacques-Rousseau : c'étoit , suivant toutes les apparences, le coin oriental dè ces deux rues; car, les rues de Grenelle et Jean-Jacques-Rousseau étant situées hors des murailles, la porte au Coquillier ne pouvoit être attenante qu'aux bâtimens situés dans le côté méridional de la rue Jean -Jacques Rousseau. Dès lors, il est difficile de concevoir comment le comte de Flandre auroit pu s'agrandir de la manière que l'abbé Lebeuf l'indique (a), en achetant de l'évêque de Paris le manoir qu'avoient primitivement occupé les Augustins.

Hôtel de Nesle. — Quelques auteurs ont confondu cet hôtel avec celui qui existoit, dans le même temps, sur le vaste terrain compris entre la rue Dauphine et le palais de l'Institut, palais dont une partie se trouve bâtie sur l'emplacement de cet ancien hôtel. L'hôtel de Nesle, dont il est question dans cette note, s'élevoit à l'endroit même où l'on a bâti depuis notre Halle au Blé. La rue d'Orléans, qui longeoit cet hôtel à l'ouest, s'appeloit d'abord rue de Nesle. La reine Blanche, mère de Saint-Louis, avoit habité l'hôtel de Nesle avant d'aller s'enfermer dans le couvent des Cordelières de Saint-Marcel , où elle finit ses jours. Vers le commencement du xiv siècle, cet hôtel devint la propriété de Jean, roi de Bohême, et prit le nom d'hôtel de Behaigne. Charles VI en fit don, quelque temps après, à la maison d'Orléans; c'est alors que la rue de Nesle prit le nom de rue d'Orléans qu'elle porte encore aujourd'hui. Vers la fin du xv siècle, l'hôtel d'Orléans devint la demeure d'une communauté religieuse connue sous le nom de Filles-Repenties. La reine Catherine de Médicis, après avoir transporté ce couvent dans la maison des religieux de Saint-Magloirc, fit reconstruire en entier l'ancien hôtel de Nesle dont elle fit sa demeure. Enfin, il changea de nom une quatrième fois lorsqu'il fut acheté en 1604 par Charles de Bourbou , comte de Soissons. Ce fut en 1749 qu'on démolît entièrement l'hôtel de Soissons pour élever à sa place la Halle ronde qu'on y voit encore aujourd'hui , et dont l'usage est spécialement consacré au commerce des grains et des farines (b).

La Jussienne. — J'ai déjà dit quelques mots de cette chapelle, qui étoit située à l'angle septentrional formé par la rue Montmartre et par Ja rue

(û) Tome I , page 109. (A) Voyez , pour ces détails , Lebeuf, tome I , p. 1 08.

36a RÉSUMÉ HISTORIQUE

de la Jussienne. Du Breul et Sauvai assurent que ce petit édifice religieux étoit originairement sous l'invocation de sainte Marie l'Égyptienne, et que ce fut par suite de ce penchant naturel à abréger les mots et les phrases dont on fait le plus souvent usage, que cette chapelle fut nommée simplement l'Égyptienne et par corruption la Jussienne. L'abbé Lebeuf (a) , dans un acte du xv* siècle, a vu l'église dont je parle désignée par le nom de Y église de l'Égyptienne de Bloisj il pense que cette chapelle a pu être, dans le principe, la demeure d'une de ces recluses , si communes à Paris pendant le moyen âge, qui, après avoir mené la vie errante et aventureuse des bohémiens, se seroit cloîtrée ensuite pour finir ses jours dans la pénitence.

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