‹ Paris sous Philippe-le-BelChapitre 88 sur 147 · SAINTS- INNOCENS · texte numérisé non relu

SAINTS- INNOCENS

L'église des Saints-lnnocens est d'une haute antiquité; tous les auteurs s'accordent à dire qu'elle existait déjà sous le règne de Louis-le- Jeune (b). Vers le milieu du xu" siècle, ou déposa dans cette église le corps d'un enfant nommé Richard, que les Juifs a voient martyrisé à Pontoise. C'est depuis cette translation qu'on appeloit cette église l'église de Saint-Innocent, nom que lui donnent notre manuscrit et le rôle de i3i3. Il paroi t qu'à l'occasion de cet événement et des miracles que le jeune martyr avoit opérés dans cette église, Philippe-Auguste la lit reconstruire, et qu'elle a subsisté à peu près dans l'état où ce monarque l'avoit mise, jusqu'à la fin du siècle dernier (c).

La paroisse des Innocens était fort circonscrite ; elle ne comprenoit , suivant l'abbé Lebeuf , qu'environ soixante maisons situées dans la rue de la Ferronnerie, dans la rue Saint-Denys et dans la rue aux Fers.

Cimetière des Innocens. — C'était un des cimetières les plus anciens de la capitale. L'usage, universellement répandu de nos jours, de placer les cimetières hors des villes paroît avoir été suivi dans les temps les plus anciens. Celui des Innocens, comme les cimetières de Saint- Jean et deSaint-Gervais, comme les deux cimetières des Juifs, sur la rive gauche de la Seine, étaient, dans le principe, hors de l'enceinte de Paris. Mais tel était le respect que l'on portait autrefois aux lieux et aux choses qui avoient un caractère sacré , que même après que Paris se fut étendu de manière à ce que les lieux destinés aux sépultures se trouvassent au centre de la ville, au lieu d'être, comme autrefois, hors des murailles , non seulement on n'osa pas les déplacer, mais on ne les détourna même point de leur destination primitive. Philippe-Auguste, en reconstruisant l'église des Innocens, agrandit le cimetière et le fit fermer de murailles, afin que la paix de ce saint lieu ne fût plus troublée par le passage

(a) Voyez l'abbé Lebeuf, tome I, p. i35. (£) Jaillot, tome II , quartier de» Halles, — Jaillot, tome III, quartier de la Grève, p. 12.

p. 5i . (c) Lebeuf, tome I , p. 75.

ET STATISTIQUE. 375 continuel des gens qui se rendoient aux halles, et par le bruit tumultueux qui régnoit toujours dans un quartier aussi vivant (a). Peut-être encore le

monarque espéroit-il, en enfermant dans une clôture de murailles le cimetière des Innocens, prévenir L'effet des miasmes délétères qui dévoient se dégager de ce lieu , surtout dans le temps des grandes chaleurs.

L'église des Innocens fut démolie en 1786. Deux ans après , on enleva les ossemens du cimetière avec plusieurs pieds du terrain qui les recouvrait , et Ton transporta le tout dans les carrières voisines de la barrière Saint- Jacques. A la même époque, la fontaine qui se trouvoit à l'angle de la rue Saint-Denys et de la rue aux Fers, fut placée au milieu de l'ancien cimetière. Cette fontaine, d'après M. Dulaure devoit exister depuis l'an 1280 environ. Mais ce fut seulement vers le milieu du xvie siècle que Jean Goujon exécuta les belles sculptures qu'on y admire encore aujourd'hui.

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