SAINT-JEAN-EN-GRÈVE
L'église de Saint-Jean n' étoit, dans le principe, qu'une chapelle baptismale de Saint-Gervais. Elle fut érigée en paroisse sous Philippe-Auguste; la date de cette érection est de l'an 1212. En 1290, l'église de SaintJean devint dépositaire d'une hostie miraculeuse qui avoit été profanée par un Juif de la rue des Billettes. Cet événement y attira un si grand concours de fidèles qu'il fallut en reconstruire l'édifice au commencement du xiv" siècle. Les reconstructions de cette époque s'y reconnoissoient encore lorsqu'on a démoli cette église à la fin du siècle dernier (c).
La circonscription de cette paroisse étant fort irrégulière, je renvoie, poulies détails, à l'histoire du diocèse de Paris, et je me contente de nommer ici
(a) Livre III, p. 222, 225. (c) Voyez Lebeuf, tome I, page i4o. —
(6) Ibid., p. 225. Jaillot, tome II, quartier de la Grève, p. 35
et suir.
■j6o résumé historique
les rues dans lesquelles, d'après notre manuscrit, l'église Saint-Jean avoit des paroissiens. Côtoient les rues de la Vannerie, de la Coutellerie, Jean-del'Épine, le carrefour Guilleri, les rues des Vieilles-Garnisons, du Tourniquet- Sain L-Jean , du Martroî, le quai de la Grève, la place de l'Hôtel-de- Ville, les rues de Bercy, RenauxUe-Fèvre , le Marché-SainUÏean , la rue de la Tixcranderie, le cul-de-sac Saint-Farou, les rues des Coquilles, des Mauvais-Garçons, Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, des Billettes, du Puits, de l'Homme-Armé, des Blancs-Manteaux et la Vieille rue du Temple.
Les Blancs-Manteaux. — Vers le milieu du xni* siècle, Saint-Louis établit à Paris les religieux serfs de sainte Marie, plus connus sous le nom de Blancs Manteaux , nom que leur fit donner la couleur de leurs vête mens. C'étoient des moines mendians qui ne su i voient, aucun ordre, et qui furent supprimés en 1274 Par le concile de Lyon. Il n'en resta que trois et le prieur, qui furent incorporés aux hermites de Saint-Guillaume, auxquels Boniface VIII, par une bulle du 18 juillet 1297, confirmée l'année suivante par Philippe-lc-Bel , donna la maison des Blancs-Manteaux. Quoique le manteau de ces derniers religieux fût noir, l'usage se perpétua de les désigner sous le même nom que leurs prédécesseurs. Les Guillelmites suivoient la règle de saint Benoît : en 161 8, ils demandèrent à être incorporés-à la congrégation réformée des bénédictins de Saint-Maur, et ce nouvel ordre s'établit à son tour dans le monastère des Blancs-Manteaux , où il est demeuré jusqu'à l'an tj$o(a). L'établissement principal du Mont-de-Piété est aujourd'hui dans le bâtiment de cet ancien couvent , dont l'église seule a conservé sa destination primitive. Elle est une succursale de "Samt-Merry, sous le nom de Notre-Dame des Blaucs-Manteaux.
Le Marché ou vieux Cimetière Saint-Jean. — La place du Marché-Saint- Jean a été autrefois un lieu de sépulture. Mais quand a-b-elle changé de destination , c'est ce qu'il n'est guère possible de déterminer. Le nom de Vie* Cimetière Saint-Jean que notre manuscrit lui donne, et les rubriques de ce manuscrit, qui attestent qu'il étoit entouré d'édifices en 1292, prouvent suffisamment que cette place n'étoit plus consacrée, à cette époque, à la sépulture des morts. Jaillot (b) cite un rôle d'impositions de l'an i3i5, où elle est nommée le Marciai Saincl-Jehan (le marché Saint-Jean) (c).Eu
[a) Dulaure, tome II, p. 473. (c) Ce rôle est un résume de celui qu'a pu-
(*) Tome III, quartier de la Grève, p. 3g. blié M. Bucbon. Il en existe une copie au dé-
1 593 , on fit pour la paroisse Saint-Jehan un cimetière neuf, qu'on appela le cimetière Verd. 11 étoit à l'angle occidental formé par la rue Bourtibourg et la rue de la Verrerie (a).
Les religieux de Sainte-Croix. — La maison des chanoines réguliers de Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, fondée en ia58, a subsisté jusque vers la tin du siècle dernier, à l'angle occidental formé par la rue des Billettes et celle à laquelle les religieux de Sainte-Croix ont laissé leur nom. Ils suivoient la règle de saint Augustin, et leur église a voit été dédiée sou* le titre de l'Exaltation de la sainte Croix. Un passage public traverse aujourd'hui l'emplacement de cet ancien couvent, qui a été supprimé en 1778 (b). Une remarque importante à faire , c'est que l'extrémité de ce passage qui donne dans la rue des Billettes se trouve marquée dans tous les anciens plans. 11 servoit à conduire de la rue des Billettes dans le monastère de Sainte-Croix. Cette circonstance rend plus probable, ce me semble, l'emplacement et la direction que j'ai cru pouvoir attribuer, dans mon plan , à la rue Ànès-la- Buchière. Il est très possible, en effet , que le monastère des religieux de Sainte-Croix ait été, dans le principe, limité au midi par la rue Anès-la- Buchière. Les agrandi ssemens successifs du couvent auraient fait disparoitre plus tard cette rue, dont l'extrémité seule se seroit conservée, afin de servir de communication entre la rue des Billettes et le jardin du couvent.
Hôpital des Haudriettks. — En parlant de cet hôpital, je ne prétends pas affirmer qu'il existât déjà en 1292. Le premier acte dans lequel il en soil fait mention est une charte de Philippe-le-Bel , donnée à M illy, au mois d'avril 1 3o6, par laquelle ce monarque permet à Etienne Handry, son pannetier, de bâtir une chapelle sur la place qu'il a nouvellement acquise à la Grève, tenant d'un long à l'hôpital des Pauvres qu'il a fondé. Jaillot (c) observe, avec raison, que l'hôpital devoit être fondé depuis peu de temps, puisqu'il n'avoit pas encore de chapelle. Cependant, comme nous voyons , par la charte de 1 5o6, '[qu'Etienne Haudry venoit d'acheter tout nouvellement un terrain pour la chapelle qu'il vouloit construire, il peut se faire que la fondation de la chapelle eût été différée assez long-temps par la seule difficulté de
partement des manuscrits de la Bibliothèque da Roi , dans le volume portant le n° 9475 de l'ancien fonds.
(a) Jaillot , tome HT, quartier de la Grève, page 3g.
(A) Dulaure, tome II, p. 470.
(c) Tome III, quartier de la Grève , p. a5.
58a RÉSUMÉ HISTORIQUE
trouver un emplacement propre à sa construction, et Ton pourrait croire, avec assez de vraisemblance, que l'hôpital des Haudriettes existait déjà en 1 292, c'est-à-dire quatorze ans avant la chapelle. Cet établissement étoit situé à l'angle oriental formé par la rue des Haudriettes et celle de la Mortellerie.