SAINT-PAUL
L'ancienne église paroissiale de Saint-Paul étoit située dans la rue du même nom sur l'emplacement où se trouve aujourd'hui un passage public nommé passage Saint-Pierre, qui va de la rue Saint-Paul à la rue Saint-Antoine. C'étoit primitivement une chapelle que saint Éloy avoit fait construire en cet endroit vers l'an 633, dans un lieu destiné par lui à la sépulture des religieuses qu'il avoit établies dans la Cité. Jaillot (a) regarde comme probable que cette église fut érigée en paroisse vers l'an 1 1 a5, époque où elle retomba sous la dépendance de l'église de Paris, après avoir été possédée pendant dix-huit ans par l'abbaye de Saint-Pierre-des-Fossés. Cette église étoit reconstruite depuis peu de temps , à l'époque où notre manuscrit se rapporte. Depuis lors, le quartier qui environnoit l'église s'étant considérablement augmenté, surtout lorsque Charles V eut fait bâtir l'hôtel Saint-Paul, elle devint trop étroite pour le nombre des paroissiens. On la reconstruisit vers le commencement du xv' siècle, et depuis on y fit de nombreux embellissemens en i54a, en \S^t et enfin en 1661 . Aujourd'hui il n'eu reste presque plus de traces.
Voici les noms modernes des rues qui, d'après notre manuscrit, composoient la circonscription de la paroisse Saint-Paul. Ce sont les rues Saint-Antoine, de Fourcy, Percée, des Prétres-Saint-Paul, des Fauconniers, du Figuier, des Nonaindières, de la Mortellerie, Geoffroy- l'Asnier, Grenier-sui -l'Eau , le cul-de-sac Putigncax, les rues de Moussy, Sainte-Croix, Bourtibourg, Vieilledu-Temple, de la Croix-Blanche, du Puits, des Singes, des Blancs-Manteaux, Regnaud-Lefèvre, Tiron, du Roi de Sicile, des Ballets, Saint-Paul, Neuve- Saint-Paul, Saint-Anastase, des Jardins et Culture-Sainte-Catherine.
Abbaye Saint-Antoine (b). — Cette abbaye fut fondée vers la fin du m* siècle pour douner asile aux femmes débauchées que convertissoient les prédi-
te) Tome III, quartier Saiut-Paul, p. 3a. quoique rien dans notre manuscrit ne m'y
{b) Je mets à l'article de la paroisse Saint- autorise , paTce que c'étoit ln paroisse la plus
Paul ce que j'ai à dire de l'abbaye Saint-An- voisine de ces trois localités.
toine , de l'île Saint-Louia et de l'île Lourier,
39a RÉSUMÉ HISTORIQUE
cations de Foulques, curé de Neuilly . Cette maison n'eut d'abord qu'une petite chapelle, sous l'invocation de Saint-Pierre; mais le quartier devenant de jour en jour plus peuplé, on construisit une grande église qui fut dédiée en ia33, sous le titre de N. S., de la Sainte-Vierge et de Saint-Antoine. Les bâtimens de l'ancienne abbaye ont été convertis en hôpital au commencement de l'année 1795 (a).
Les Béguines. — En 1264, Saint-Louis établit dans la rue des Prétres- Saint-Paul, sur un terrain que lui avoit cédé l'abbé de Tiron, une communauté de Béguines. G'étoit , comme je l'ai dit , des femmes dévotes qui sans être soumises à aucune règle sui voient dans leur conduite une régularité monastique. En 1480, Louis XI les remplaça dans la même maison par des religieuses de l'ordre de Saint -François, qu'on nomma les religieuses de Y Ave -Maria. La maison elle-même prit alors le nom de Y Ave -Maria, nom qu'elle a conservé de nos jours quoiqu'elle ait une destination bien différente. C'est une caserne de cavalerie, qu'on appelle Caserne de Y Ave- Maria ou simplement YAve-Maria.
Les Carmes ou Barrés. — Saint-Louis, à son retour de la Terre-Sainte, amena avec lui quelques religieux du Mont-Carmel , qu'il établit a Paris, en i25g, dans un petit couvent bâti pour eux, au coin de la rue du Petit-Musc et de la rue de Sully. Les habits de ces religieux , bigarrés ou barrés de grandes bandes blanches et noires, leur fit primitivement donner le nom de Barrés. Au commencement du xiv* siècle, ils représentèrent à Philippe-le-Bel qu'ils étoient trop éloignés de l'Université , et que d'ailleurs les moindres débordemens de la rivière les incommodoient au point qu'ils ne pouvoient sortir qu'en bateau. Ce prince leur donna, en i3oq, une maison dans la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, et cette donation fut eucore augmentée par Philippe-] e-1 .on g en 1 5 1 7. Deux ans après, les Carmes vendirent leur ancien couvent à un nommé Jacques Marcel, qui le donna à une communauté de religieux de l'ordre de saint Benoit , nommé les Cé- ' lestins. Leur nom est resté au quai qui fait la continuation du quai Saint- Paul et à la maison qu'ils habitaient , dont on a fait de nos jours une caserne de cavalerie.
Sainte-Catherine du Val des Écoliers, ou Sainte-Çath brise de la
(a) Dulaure , tome II , p. 273.
ET STATISTIQUE. 393 Couture. — On préteud qu'au commencement du xiu' siècle, quatre professeurs de l'Université, dégoûtés du monde et saisis d'un vif désir de se sanctifier dans la solitude, choisirent pour retraite une vallée déserte de la Champagne, où, du consentement de l'évéque de Langres, ils fondèrent un oratoire et se bâtirent des cellules. Le bruit de leurs vertus attira autour d'eux une grande quantité d'écoliers, et leur réunion donna naissance à l'ordre du Val des Ecoliers, qui fut approuvé par le pape Honorius III, en 1219. Cet ordre fit des progrès rapides. En 1229, un bourgeois de Paris, à l'instigation de Jean de Milly, trésorier du Temple, fit don aux chanoines du Val des Écoliers de trois arpens de terre cultivée qu'il possédoit près de la porte Saint- Antoine. Sur ces entrefaites, les sergens d'armes de Saint- Louis voulurent, dit -ou, accomplir un vœu qu'avoienl fait les sergens d'armes de Philippe-Auguste pendant la bataille de Bouvines, de bâtir une église s'ils triomphoieut de leurs ennemis. Us construisirent donc l'église destinée aux chanoines du Val des Écoliers , dont Saint-Louis posa la première pierre. Elle fut dédiée sous le nom de sainte Catherine que l'ordre avoit prise pour patronne, et le prieuré prit le nom de Sainte-Catherine de la Couture (culture), ou de Sainte-Catherine du Val des Écoliers. En 1767, les chanoines de la Couture furent transférés dans la maison des Jésuites, dont l'église est aujourd'hui une paroisse sous le titre de Saint-Paul-Saint-Louis, et l'on destina l'emplacement du prieuré Sainte-Catherine à l'établissement d'un marché qui fut créé quelques années après, et qui se tient encore au même endroit.
L'Ile Louvier. — Les recherches qu'on a faites sur cette lie n'ont pas amené de grands résultats. M. Dulaure, qui est, à ma connoissance , le dernier auteur dont nous ayons sur Paris un ouvrage étendu , se contente de répéter ce qu'en a dit Sauvai (a), qu'on la nommoit en 1730 YJsle des Joviaux, puis Ylsle aux meules des Javeaux, et enfin Tlsle aux Meules. Quoique Jaillot(Z>) observe, d'après le Dictionnaire de Trévoux, que le mot javiaux signifie, en terme des eaux et forêts, une île nouvellement formée, on ne peut rien en conclure relativement à la date de la formation de l'île* Louvier, parce qu'on ignore l'époque où l'on a commencé à la désigner sous ce nom.
Quant à l'origine de la désignation actuelle de l'île Louvier, Lebeuf (c)
(a) Livre I, p. 89 ; Preuves, p. (c) Tome I, p. 532.
(b) Tome I, quartier de la Cité, p. 212.
prétend l'avoir trouvée dans un acte de vente remoutant à l'an i4ga, par lequel un certain Charles de Louvier, seigneur du Ghastelet et de Nangis en Brie, vendit a André dÉpinay, qualifié cardinal de Lyon et de Bourdeaux, une maison située rue des Barrés, et une île en deux pièces sise devant le» murs de la clôture de Paris, de devant les Célestins, aboutissant d'un côté ii la rivière proche l'île aux Vaches (à), depuis dite de Notre-Dame. Ainsi l'Ile Louvier auroit pris le nom qu'elle porte aujourd'hui de l'un de ses anciens propriétaires, et ce nom remonterait à la fin du xv' siècle.
Ile Saint-Louis. — Cette île n'a été couverte d'habitations que sous Louis XIII. L'entreprise des constructions fut exécutée par un sieur Marie, entrepreneur des ponts de France, dont le pont Marie a conservé le nom. Deux rues de l'île ont également gardé le nom des deux associés de Marie, Le Regrattier, trésorier des Cent-Suisses , et Poulletier , commissaire des guerres. Avant ce temps, l'île Saint-Louis étoit partagée en deux îles incultes et inhabitées. M. Dulaure prétend que cette séparation avoit été pratiquée à dessein par Philippe- Auguste , pour continuer les fortifications de Paris par un fossé que la Seine devoit remplir ; mais, à son ordinaire, cet auteur ne cite aucune autorité. Quoi qu'il en soit , le fait de la séparation de cette île en deux parties inégales n'en est pas moins constant. Le bras de la Seine qui formoit cette séparation suivoit à peu près la direction de la rue Poulletier. La petite ile qui étoit du côté de l'île Louvier, s'appeloit l'île aux Vaches; l'autre, suivant l'abbé Lebeuf (b), se nommoit Y de Tranchée; mais j'ignore où le savant abbé a trouvé ce nom ; pour moi , j'avoue que je ne l'ai vu nulle part. Godefroy de Paris, qui écrivoit au xive siècle, l'appelle l'île Notre-Dame, et c'est le nom que tous les auteurs s'accordent à lui donner. Ce nom venoit sans doute de ce que, de tout temps, cette ile avoit été la propriété du chapitre de Notre-Dame.
Jaillot (c) conjecture qu'il y avoit, au nord et au midi, des ponts qui communiquoient à cette ile, et qu'ils furent emportés par le débordement de 1 296. Il se fonde sur un cartulaire de Notre-Dame, dans lequel il a trouvé qu'au mois de mars de cette même année (1296), Philippe-le-Bel fit faire deux charrières, l'une allant de la rue Saint-Bernard dans l'île, l'autre de la rue de Bièvre au Terrail , et qu'il affecta le droit du péage pour la réparation des ponts. Jaillot n'a certainement pas voulu dire que les ponts dont
[a) Voyez l'article suivant. (c) Tome I^quarlier de la Cilé, p. ao6.
(A) Tome I, p. 36 1.
ET STATISTIQUE. 5<j5 il est question dans ce passage fussent les communications dont il parle, et qui aboutissoient selon lui à l'île Notre-Dame. Le cartulaire qu'il cite est trop vague pour qu'on puisse rien en conclure en faveur d'une opinion hasardée, et les ponts réparés par Philippe-le-Bel sont plutôt le grand et le petit pont qui existaient de toute ancienneté, que toute autre communication de même nature.
Sont-ce les deux charrières faites par ordre du roi que Jaillot considère comme des ponts? Mais, en supposant d'abord que ces deux charrières fussent deux ponts, il faudrait, à la vérité, convenir que l'ile Saint-Louis ou Notre-Dame communiquoit par un pont avec la rive gauche de la Seine sur le quai Saint-Bernard; mais on ne pourroit en conclure qu'il y eût un pont au nord de l'île, car la charrière de la rue de Bièvre au Terrail (ou Te rrain) ne sauroit être autre chose que le pont de l'Archevêché, qui ne communique même pas avec l'Ile Saint-Louis.
Du reste, le mot charrière ou carrière n'a jamais eu, que je sache, lu signification de pont. Cette expression est encore employée dans plusii urs patois, pour signifier une rue, un chemin public (a). On ne peut donc conclure autre chose du cartulaire cité par Jaillot, sinon que Philippe-le- Bel fit faire deux chemins pour aller de la rue Saint-Bernard et de la rue de Bièvre sur les bords de la rivière, d'où l'on se reudoit ensuite avec de petits bateaux dans l'Ile Notre-Dame et au Terrain. D'ailleurs de quelle utilité auroient été deux ponts pour aller, de la Ville et de l'Université, dans une île qui étoit la propriété exclusive du chapitre de Notre-Dame, cl dans laquelle il n'existoit pas d'habitations? La seule conjecture raisonnable qu'on pourroit former , c'est qu'il existoit un pont qui mettoit en communication le Terrain avec l'île; mais encore cette conjecture ne reposeroit sur aucune autorité.
S'il faut en croire l'abbé Lebeuf, l'île Notre-Dame ne servoit encore en 1 3 1 5 qu'au blanchissage des toiles, dont l'émolument appartenoit à l'cvêque et aux chanoines de la cathédrale. Cependant, à cette époque, cette île avoit été au moins mie fois consacrée à une cérémonie publique et solennelle. En i5i5, lors des fêtes données par Philippe-le-Bel pour la promotion du Roi de Navarre, son fils, au grade de chevalier, ces deux princes, le roi d'Angleterre, et plusieurs seigneurs des deux cours prirent la croix dans l'île Notre-Dame. A cette occasion , les Parisiens construisirent en deux jours un pont de cent
a) C'est le sens que lui donne Roquefort , rière. Ce mot est évidemment de la même fa- Glossaire de la langue Romane, au mot Char- mille que les mots char, charrior, charrier.
soixante pieds de long sur quarante pieds de large. Ce pont ne donnent ni sur la rive droite, ni sur la rive gauche de la Seine; il aboutissent dans la Cité, en face de l'église de Notre-Dame (a). Du reste, Godefroy de Paris, qui nous a transmis ce fait, ne dit pas que ce fût un pont de bateaux, comme l'affirme Jaillot