‹ Paris (volume 2)Chapitre 8 sur 10 · LETTRE A UNE FEMME · texte numérisé non relu

LETTRE A UNE FEMME

(^e qui fit la beauté des romaines antiques *,

C'étaient leurs humbles toits, leurs vertus domestiques,

Leurs doigts que Tàpre laine avait faits noirs et durs.

Leurs courts sommeils, leur calme, Annibal prèsdes murs,

Et leurs maris debout sur la porte Colline.

Ces temps sont revenus. La géante féline,

La Prusse tient Paris, et, tigresse, elle mord

Ce grand cœur palpitant du monde à moitié mort.

Eh bien, dans ce Paris, sous l'étreinte inhumaine,

L'homme n'est que français, et la femme est l'omaine.

Elles acceptent tout, les femmes de Paris,

Leur àtre éteint, leurs pieds par le verglas meurtris,

Au seuil noir des bouchers les attentes nocturnes,

La neige et l'ouragan vidant leurs froides urnes,

La famine, l'horreur, le combat, sans rien voir

Que la grande patrie et que le grand devoir ;

Et Juvénal au fond de l'ombre est content d'elles.

Le bombardement fait gronder nos citadelles;

Dès l'aube, le tambour parle au clairon lointain ;

La diane réveille, au vent frais du matin,

La grande ville pâle et dans l'ombre apparue;

Une vague fanfare erre de rue en rue.

On fraternise, on rêve un succès; nous offrons

Nos cœurs à l'espérance, à la foudre nos fronts.

La ville par la gloire et le malheur élue

Voit arriver les jours, terribles, et salue.

Eh bien, on aura froid ! eh bien, on aura faim!

Qu'est cela? C'est la nuit. Et que sera la fin?

L'aurore. Nous souffrons, mais avec certitude

r.a Prusse est le cachot et Paris est Latud-^,

Courage! on refera l'eff'ort des jours anciens.

* Prar-stabat castas humilis fortiina Latinas,

Casula^ somnique brèves, et vellerc tusco Vexatic dura-que inanus, et proxituus urbis Annibal, el stitites Collina in turre marili.

Juvénal.

Paris avant un mois chassera les prussiens.

Ensuite nous comptons, mes deux fils et moi, vivre

Aux champs, auprès de vous, qui voulez bien nous suivre.

Madame, et nous irons en mars vous en prier

Si nous ne sommes pas tués en février.

{L'Année terrible.)

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