La Banlieue et les Environs de Paris
pêcheur se retourne furieux : (c Léocadieî tais-toi donc, tu effrayes le goujon ! »
Tous les dimanches, les gares de Paris sont encombrées, dès la première heure; petits bourgeois, commis et demoiselles de magasins, étudiants et grisettes, s'empilent dans les secondes, dans les troisièmes ou sur l'impériale des trains. Asnières, Bougival, le Pecq ont leur public de canotiers, de cocottes, de crevés et de cabotins; à Saint-Mandé, Nogent et Ghampigny affluent les épiciers, les merciers, les ferblantiers et les sculpteurs sur bois; du côté de Sceaux, de Robinson et de Ghâlenay, les chefs de rayons, les commis-voyageurs, les courtiers en vins; Meudon, Ghaville, Yelizy sont préférés par les artistes et la jeunesse des Écoles; les bois ont leurs mystères, leurs tendresses, leurs persuasions... — Les uns déjeunent sur l'herbe; d'autres au cabaret, sous la tonnelle; d'autres au bord de l'eau au Bas-Meudon, chez les Gonteseine. La friture, la matelotte et le vin blanc rendent Ninie expansive, et décident le cœur de Suzette à faire son choix. Une fête de village déploie-t-elle quelques misérables baraques de forains, ces demoiselles se précipitent sur les chevaux de bois, font grincer les tourniquets, gagnent des coquetiers dorés, des roses en papiers et des midi tons. Ensuite, on gravit les côtes, en chantonnant des refrains de café-concert; on s'égare dans les taillis, on coupe des badines...
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Le soir, vers dix heures, il faut regagner, à tâtons, la gare la plus proche; tout le monde est éreinté, fourbu et heureux. Les trains défilent, les uns après les autres, et vous brûlent la politesse. Plus de deux cents personnes sont entassées, anxieuses, dans Tétroite salle d'attente, se demandant si elles pourront revenir chez elles, et s'en prennent au chef de gare, qui n'en peut mais. Quelques altercations se produisent, étouffées bientôt par des rires et des chansons grivoises. — Le
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sifflet d'une locomotive retentit, annonçant l'arrivée d'un train supplémentaire. Des Ah! Ahl de satisfaction sortent de toutes les bouches. On se précipite à l'assaut des wagons, sans s'inquiéter de la classe du compartiment; il n'y a plus de classe, à cette heure, il n*y a que des gens pressés de rentrer. Les amis ou parents, qui ont fait, aux Parisiens, la conduite jusqu'à la gare, ne tarissent pas en recommandations. « Bien le bonjour à Clément. — Au revoir, Justine, à dimanche prochain, amène les enfants. — Ohé! Sidonie, ohé! — Par ici, père Bougon! » — Une grosse dame, les bras chargés de bouquets, court haletante sur le quai et appelle : « Armand! Armand! » — Les loustics de l'impériale la blaguent, en répétant : Armand! mon Armand, où est mon Armand! — « Allons, madame, il faut monter, nous allons partir; dépêchez-vous! » crie un employé. — « Mais le compartiment est plein. » — (( Ça ne fait rien, montez tout de même. » Et il pousse la femme aux bouquets, qui écrase les pieds des voyageurs, plus qu'en nombre déjà dans l'étroite case. Le signal du départ est donné, le train s'ébranle avec un rugissement de bête féroce. A l'une des portières s'agite un mouchoir au bout d'un bras, et l'on entend encore : Armand, ous' que t'es! Armand, mon Armand!
Lui, essouflé, baigné de sueur, paraît en brandissant l'ombrelle de sa femme qu'elle avait oubliée chez les
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cousins. « Trop tard, monsieur, le dernier vient de partir!... »
Cependant le train file, emportant la cargaison des promeneurs; dans chaque compartiment, l'atmosphère est saturée du parfum des fleurs; la fatigue clôt les yeux des hommes et des femmes. Ninie dort sur l'épaule de Lucien, Suzette sur l'épaule de René...
« Paris! Paris!... d Chacun s'éveille et chacun s'écrie : « Enfin, voici Paris! »