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LA BANLIEUE ET LES ENVIRONS DE PARIS

La verte ceinture de gazon qui entoure Paris a perdu le nom héroïque de rempart, dont on l'avait dotée, pendant le siège; elle a repris son nom de fortifications, dont les syllabes traînent comme le langage des faubouriens qui viennent s'y vautrer. Déserte et mélancolique promenade que celle des boulevards avoisinant la ligne d'enceinte, triste chemin où l'on ne rencontre que des êtres hâves et souffreteux, des mendiants déguenillés aux yeux sanguinolents, des marchands de verre cassé attelés à leur charrette, des Alphonses à casquette de soie, des pierreuses à la marche avinée, des croque-morts mâchonnant un brûle-gueule, des toutous galeux... De place en place, la présence d'un poste-caserne, ou la coupure d'une grande voie aboutissant à la barrière, rassure le piéton isolé qui s'est

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aventuré, pendant la semaine, entre chien et loup, sur cette route perdue. — Chaque dimanche, des familles d'ouvriers viennent flâner par là; sur les talus, sommeillent, étendus en manches de chemise, les philosophes de l'atelier; des fillettes courent comme des folles, en riant et criant, ou bien jouent aux grâces et au volant.

De l'autre côté des fortifications, en bordure des fossés, la zone militaire, dont le terrain ressemble à une moquette fanée et usée ; quelques rares coquelicots, poussés entre des tessons de faïence et des culs de bouteilles, piquent de rouge les verdures étiolées; de vieilles savates trouées et des chapeaux de feutre recroquevillés, croupissent dans des flaques jaunâtres ; une maison roulante de bohémiens stationne, sinistre, au milieu de cette plaine maladive.

Quelques centaines de mètres au delà, apparaissent les premières maisons de la banlieue et des cheminées d'usines, des bicoques croulantes, des guinguettes entourées d'arbres rabougris, une clôture de cimetière où s'entassent les croix noires coifî'ées de couronnes d'immortelles, un pignon de bâtisse, plus haute que les autres, iUustré d'un diable vert distribuant des culottes et des vestons.

Plus loin, des jardins de maraîchers 'd*où s'exhalent des vapeurs de purin; suspendus aux fils télégraphiques de la route, oscillent des cadavres de cerfs-volants.

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Plus loin encore, des maisonnettes blanches, couvertes en tuile, se détachent brillantes sur le velours vert des bois prochains. — Les grelots d'une carriole, les saccades sonores d'un binard de terrassiers cahotant dans les ornières, des coups de fouet stridents, la voix dolente d'une cloche ponctuent, de temps à autre, le silence de ce mélancolique paysage, Puis, au galop pressé de deux chevaux vigoureux, passe, rapide comme un éclair de luxe, la luisante voiture d'un grand magasin de nouveautés, où flamboie, en lettres d'or, la suscription commerciale : Livraison à domicile^ dans Paris et dans les environs. On songe, alors, qu'on a laissé la grande ville derrière soi, on se retourne, et, dans la brume de fumées bleuâtres, l'on aperçoit émerger les dômes et les tours, au-dessus d'une immense forêt de souches de cheminées.

La banlieue ne suffît plus, comme jadis, aux besoins champêtres du Parisien; grâce aux chemins de fer, il peut aller chercher ailleurs, en quelques minutes, un air plus pur et des sites plus réjouissants. Pour les gens riches, la villégiature est une mode autant qu'un plaisir ; pour les moins fortunés, elle est un besoin et même une ressource. Beaucoup d'employés, trouvant que leurs appointements ne suffisent pas aux exigences de la vie, se résignent à habiter extra muros; esclaves de l'heure des trains, ils font, matin et soir, la navette entre leur bicoque et leur bureau; l'été, cela va bien;

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mais l'hiver!... Les bottines trempées racontent, aux poêles et aux cheminées, les charmes des chemins défoncés et des sentiers aux boues grasses et grises.

Par pose, l'homme de Bourse s'installe, pendant la chaude saison, dans une jolie villa située à trente ou quarante minutes de Paris; éreinté par la vie qu'il mène, il ne rentre, le soir, chez lui, que pour somnoler devant son assiette. Parfois, il erre, sous la lune, à travers

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son jardin, en fumant un cigare; les mille voix poétiques de la nuit n'arrivent pas jusqu'à lui, le cricri des grillons, le brékéké de la grenouille, l'aboiement des chiens de ferme, la fanfare lointaine du cor de chasse, tous ces bruits disparaissent devant le bourdonnement du palais monstrueux qui emplit encore ses oreilles. Les jours de fête, il reçoit ses amis, avec faste, il leur montre ses variétés de rosiers, son Montreuil, ses treilles. 11 fait le châtelain, invite le curé à déjeuner, donne des prix aux enfants des écoles, couronne les rosières^ baptise les cloches, jusqu'à l'heure où il sera obligé de bazarder, à vil prix, sa maison de campagne, après une malheureuse spéculation à terme ou en. report.

Le petit commerçant, lui, n'a que le dimanche pour jouir de sa maisonnette; il y part, le samedi soir, et transforme le repos dominical en corvée de nettoyage; il arrache les mauvaises herbes, ratisse, sable les allées, déterre les vers blancs, échenille la gloire de Dijon, arrose sa pelouse, fait fonctionner le jet d'eau; il siffle aux merles, dit des blagues à sa femme, et se sonne la cloche à lui-même, pour s'avertir qu'il va dîner.

Dès que le commerçant s'est retiré des affaires, il habite, été comme hiver, sa propriété champêtre : il ajoute deux tourelles en brique et pierre à la façade de sa maison, pour laquelle il cherche la plus gracieuse appellation, (c J'ai trouvé! » se dit-il, un beau matin.

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et il fait poser sur la grille d'entrée, les lettres d'or du nom de baptême : La Mignonnette. Ingénieuse dée ! il a vendu du poivre, toute sa vie. — Il devient, alors un enragé pêcheur; se lève, avant l'aurore, pour amorcer, passe, des journées entières, en contemplation devant les bouchons flottants de quatre ou cinq lignes posées à ses pieds.

Son épouse l'accompagne, quelquefois, au bord de l'eau; assise sur un pliant, le dos appuyé contre un arbre sans feuilles, elle pionce ferme, malgré les rhoustiques qui l'assiègent. — Quand elle ronfle trop fort, notre

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