‹ Paris voleurChapitre 20 sur 58 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

d'un mari... INonobstani, après le spectacle, je m'attache à leurs pas, jurant de pousser

l'aventure jusqu'à... la porte cochere... Effectivement, elle se ferme entre nous

mais je reconnais la silhouette du monsieur à l'entresol, au-dessus d'une enseigne amsi conçue : Baldaquin, tapissier.

ALBERT, étonné. Baldaquin?... rue...

BOURDALOUE. >" U... c'est Cela... tu le

connais? .

ALBERT C'est le tapissier qu on m a recommandé... qui doit venir... aujourd'hui je crois... poser des rideaux dans notre petit

salon ! . . , • . u t

BOURDALOUE. Tieus ! ticns! tiens!... ah!

ce monsieur pose des rideaux... pose, mon bonhomme, pose!... j'abuserai un peu de son absence * 1

ALBERT. Comment! est-ce que...

BOURDALOUE. Oui, mon ami, om, jeu suis là ; car il est impossible qu après les quaire pages violentes que j'ai lancées a cette femme... [Récitant avec complaisance.) « Madame, le jeune homme blond qui n a ., cessé de vous dévorer de l'œil, dani la loge

ALBERT. Imprudent!... une lettre!...

BOURDALOUE. N'aie donc pas peur!...

Crois-tu que je l'ai mise à la petite poste pour qu'elle tombe entre les mains de... Allons dune!... J'ai soudoyé un certain petit commissionnaire , qui m'a dit d'un air ma- Un • « Soyez tranquille, bourgeois; il est en « bonnes mains, votre poulet. » Et j attends la réponse. {Avec fatuité.) y o\h, mon petit, comme ca se joue.

ALBERT. Ah! tu es bien heureux, toi!... tu es libre, et tu t'adresses à une femme mariée. . . la plus forte peine que tu puisses subir, c'est un coup d'épée.

BOURDALOUE. Fichtre!... je trouve ce maximum déjà fort élevé.

ALBERT. Tandis que moi, à peu près marié ie me trouve exposé à une femme tout à fait disponible... ça peut avoir des suites

graves. . ,

BOURDALOUE. Allons donc ! est-ce qu on épouse ?. . . Je n'ai jamais épousé, moi !. . . {A lui-même.) Ce n'est pas toi qui t y laisserais pincer, grand vicieux ! j , ,

ALBERT Cet oncle, cette tante, dont on m'a menacé... ils me font une peur du diable... S'ils m'interrogent sur mes intentions, s'ils me parlent mariage?. . .

BOURDALOUE. ïu tilcras.

ALBERT. Quand cet amour, qui n'est peutêtre encore qu'un caprice, sera devenu une affection profonde sérieuse ?. . . aurai-je a'ors le courage de tenir mes serments?... Non ,

* Albert, Lourdaloue.

OLEUR. 1^

non !... Aline m'attend à Dijon, et je suis un honnête homme : je n'irai pas dans cette mai

son.

BOURDALOUE. Ah ! tu caponucs !

ALBERT. Eh l que diable ! s'il est facile d'étouffer un sentiment que notre raison condamne, n'est-ce pas surtout ici, dans cette "rande ville, dont le bruit nous étourdit et dont l'activité nous entraîne? {S' animant.) Après tout, suis-je venu à Paris pour aimer sans espoir une femme sans nom ?... ou pour livrer mon cœur, ma tête, mes sens à tous les plaisirs, à toutes les émotions?... Et il en est une, dit-on, si brûlante, si fiévreuse!... BOURDALOUE. x\h ! dis-la-moi ! dis-la-iiioi ! ALBERT. Que penseras-tu, si demain je viens t'apprendre que je ne possède pius cinquante mille francs, mais deux cent , trois cent mille?...

BOURDALOUE. Ah! bah!

ALBERT, continuant. Si tu me vois, hardi spéculateur, m'élancer aussi dans cette arène, où l'on se bat à coups de millions ?. . . non pour être plus riche... je n'y tiens pas... mais pour développer en moi ce génie nouveau, ce génie des affaires, qui éclipse la gloire du poëte, celle du soldat, qui porte un homme si haut, que... {S' interrompant.) Ah! mon Dieu!

deux heures!... et je ne suis pas encore parti!... {Courant prendre son chapeau.) Adieu, mon ami, adieu!... je cours...

BOURDALOUE. OÙ donC?

ALBERT. A la Bourse !

Il sort.

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