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Paris vu en ballon et ses environs

La rose des vents ne figure pas dans les fastes de la botanique, et mon savant ami, M. Gravereaux, qui dota notre pays de l'incomparable roseraie de l’Haÿ, ne saurait, j’imagine, à quelle famille des rosacées rattacher cette « espèce » éolienne.

C’est pourtant votre fleur préférée; plus que personne, vous seriez en droit d’en arborer les tourbillonnants pétales aux revers de vos vestons d’aéronautes impénitents. Cette fleur capricieuse vous a cependant déjà joué bien des tours; elle vous en réservait un dernier, le jour où elle vous poussait à mettre le cap sur la rue de Sévigné et à frapper à la porte de mon cabinet, au musée Carnavalet.

Alors que le plus modeste des reporters parle — avec quelle admirable compétence! — d’aérostation, d'aviation, de dirigeables, de biplans et de triplans, au moment même où les journaux prônent une « aéro-redoute » frétillante d’attractions, au lendemain de la triomphale exposition aérostatique... votre malchance vous faisait demander une préface à un ignorant, qui admire ces belles choses sans y rien comprendre.

Comme tout le monde, cependant, j’ai contemplé des ballons : des gros, des moyens, des petits... Tout enfant, j’ai vu le Géant de ce bon et brave Nadar, qui, — entre nous, — me paraît avoir été le Christophe Colomb de ce domaine aérien... Pendant le siège de Paris, j’ai vu s’élever, place Saint-Pierre, au pied de la butte Montmartre, les ballons qui emportaient, au-dessus des lignes d’investissement, non seulement Gambetta et Spuller, mais encore d’héroïques aéronautes, dont plusieurs, hélas! disparurent tués, noyés, perdus, on ne sait où..., nos lettres aux amis éloignés, nos appels aux armées de province : un peu de nos espérances et beaucoup de notre cœur... J’ai feuilleté nombre de vieux livres remplis de belles images, racontant les étapes successives de cette prodigieuse invention, dont vous et vos émules êtes en passe de faire une science admirable et redoutable... Mais, au vrai, les anciennes légendes de l’aérostation me sont plus familières que sa gloire présente. Je suis en retard sur mon siècle !

J’avais lu, vaguement, les Histoires comiques de la lune et du soleil , par Cyrano de Bergerac, et l’Homme volant de Restif de la Bretonne: je m’étais demandé quelle distance pouvaient bien représenter les « cent vingt pas » au bout desquels le bénédictin anglais, Olivier de Malmesbury, s’était brisé les jambes en essayant de voler à l’aide d’ailes « imitées de celles des oiseaux »; j’avais entendu parler de l’appareil « plus grand qu’Avignon et plus haut qu’une

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