LA RÉSONNANCE E
29. Description physiologique. — Pour produire le son assigné à la lettre E il faut se servir surtout de la mâchoire et de la langue. La mâchoire inférieure s'abaisse plus que dans ri mais moins que dans l'A. Déterminer a priori le degré d'abaissement de la mâchoire requis pour la bonne prononciation de l'E, est impossible ; l'E est le protée des voyelles. Du très fermé au très ouvert il passe par bien des nuances. Ce que l'on peut dire avec certitude, c'est que plus les dents se rapprochent^ plus l'E est fermé, et que plus elles s'écartent plus il est ouvert. L'E trop fermé devient un I et l'E trop ouvert devient un A. Exemple : i, é, è, ê, ai, a, â — a, a, ai, ê, è, é, i. — La langue s'élève surtout en arrière de façon à toucher la partie supérieure de la bouche à proximité des trois dernières molaires. Ce contact est essentiel pour la prononciation de l'E, quel qu'il soit, ouvert ou fermé à n'importe quel degré. Dans son ensemble la langue se bombe et se rapproche du palais surtout en arrière, de façon à donner à la bouche la forme d'une fiole à col rétréci. Elle s'arc-boute de la pointe contre les incisives inférieures de façon à réduire à peu près de moitié l'intervalle qui existait entre sa face dorsale et la voûte palatine dans l'émission de l'A. — Le voile du palais garde la position qu'il occupait dans l'A, mais en passant de l'A à l'E le larynx s'élève de quelques milhmètres. — On obtient une bonne sonorité en avançant avec énergie la mâchoire inférieure et en serrant fortement les coins des lèvres appuyés aux dents.
30. Exercices pratiques. — Elèves qui courez écervelés, à travers les blés, les genêts et les haies, en mai désormais votre insuccès est assuré ; mais revenez légers et gais, et écoutez, et étudiez, et écrivez et méditez, et dès l'été, le délégué du préfet satisfait, aura décerné aux plus arriérés des brevets très mérités. — Erèbe, éternel séjour des ténèbres, triste demeure des trépassés, sombre palais gardé par Cerbère, Enée aimé des dieux a pénétré tes noirs mystères. — Ces étais, l'été, étaient superflus. —Les frênes, les hêtres, les chênes, futaies superbes, entremêlés, enchevêtrés, sur nos têtes, formaient un dais.
31. Equivalents graphiques, — L'E est de tous les sons celui qui a le plus d'équivalents graphiques. Il s'écrit :
Ai dans faix, paix, balai, vrai, jamais, frais, j'allais, j'allai, j'irai, j'irais, etc.
Ei dans veine, peine, reine, seigle, baleine, etc.
Œ dans Œdipe, œcuménique, œsophage, etc.
Ed dans pied, trépied, s'assied, etc.
Er dans tous les mots finissant par ces deux lettres : aimer, berger, etc.
Est dans le verbe : il est.
Ez dans les mots : chez, nez, venez, marchez, courez, etc.
E simplement devant une double consonne : effacer, essayer, essor, Emmanuel.
L'E est nul : chaque fois qu'il est précédé d'une voyelle : armée, pie, tortue, jouera, etc. ; — dans les terminaisons en aient et ient : ils chantaient, ils rient ; — lorsqu'il est purement euphonique comme dans bourgeois, geôlier, etc. ; dans les verbes j'ai eu, j'eus, surseoir, asseoir, etc.