LA RÉSONNANCE A
23. Comment on l'obtient. — Dans le mécanisme de l'A, c'est la mâchoire inférieure qui joue le rôle essentiel ; plus elle s'abaisse plus l'A est ouvert. Les lèvres écartées restentsans mouvement; la langue demeure immobile, abaissée et molle, sauf dans sa partie moyenne, qui, légèrement bombée et durcie, se retire un peu en arrière pour faciliter l'écoulement du son ; le voile du palais se relève et intercepte le passage du son par les fosses nasales. En aucun point cependant la langue ne touche la voûte palatine et l'occlusion des fosses nasales n'est pas hermétique. Dans la cavité buccale largement ouverte, la résonnance se produit principalement à l'aide de la voûte du palais et des dents. Pendant l'émission la bouche figure un entonnoir ouvert en avant. On obtient une excellente sonorité sur l'A parle soulèvement des côtes sternales inférieures qu'on tire en arrière au moment qu'on abaisse le diaphragme.
24. Comment on l'émet. — Ah ! que d'A, que d'A au pays de Ranavalona : Radama, Antalahana, Manakaranana, Mananantanana, Vaabazaha, Tsaratananana, Majunga, Tamatave, Tananarive et Madagascar. — Abraham chassa Agar pensant par là calmer la jalouse colère de l'acariâtre Sara sa femme. — Fidèle à sa loi, cent et cent fois, tourné vers la Caaba, le marabout chanta : (( La ilàha illa 'Uàh, wa Mouhammadou Rasoulou 'Uàh ». En plein Sahara, ahuri et hagard, l'Arabe Abdallah par trois fois cria : « Al^ Jah Akhbar, Allah Akhbar, Allah Akhbar ! )>
25. Comment on l'écrit. — En dehors de sa forme ordinaire l'A se présente sous deux aspects graphiques.
Il s'écrit E dans certains mots : — quand il est suivi de deux 222m comme dansfei22me, réce2n2î2ent, prude/iiœent; — ou d'un m et d'un 12, comme dans inde22222ité et son dérivé inde22222iser; ou de deux 22, comme dans sole2222el, roue22nerie, he2222ir, etc. ; — ou de deux t, comme dans couette.
Il s'écrit I dans les sons composés que traduisent les signes oi, comme dans roi, et eoi, comme dans bourgeois.
II est nul dans les mots toast, taon, saoul, curaçao, Saône, août.
En combinaison, le signe A suivi d'un U représente un 0 : suivi d'un I il sonne E ; joint à un 0, il ne vaut qu'un E. Ainsi pauvre se lit povre ; faire est l'équivalent défère ; et aedicule ne diffère d'édicule que par l'orthographe.
26. Les deux types de l'A français. — Après l'E, nul son ne retentit plus souvent que l'A sur nos lèvres ; nul ne se prête à une plus riche variété d'intonations similaires plus finement nuancées.
Il n'est pas cependant impossible de ramener tous les A français à deux types assez nettement définis : l'A bref et l'A long, caractérisés, le mot le dit, par la plus ou moins grande rapidité de l'émission.
L'A bref très souvent se prend plus haut, et, étant haut et bref, il est comme nécessairement plus sonore ; et c'est pour cela que l'on dit presque indifféremment l'A bref, l'A aigu et l'A ouvert.
L'A long, au contraire, peut-être parce qu'il dure, se tient plus bas, et, se tenant plus bas, il fait moins de bruit. Pour ce motif, dans le langage des grammairiens, A long, A grave et A fermé sont à peu près synonymes.
27. Du type fermé, long et grave. — De ce type sont les A représentés :
Par le signe A surmonté d'un accent circonflexe : âne, pâle, mâle, mâtin; à l'exception des terminaisons en âmes, âtes et ât des verbes de la première combinaison : nous aimâmes, vous aimâtes, qu'il aimât.
Par le signe A sans accent : — quand il est suivi de tion^ sion ou ssion, comme natation, nation, invasion, passion ;
— quand il est suivi de la soufflante linguale ze, représentée par z ou par s, devant une voyelle: phrase, gaze, topaze, blase, masure, écrase ; — quand il appartient à une terminaison en aille, comme dans mitraille, taille, broussaille ;
— dans les finales en as surtout quand Vs est muette : bas, appas, repas, hélas, Léonidas, Midas ; — dans quelques finales en at, avec un t muet : climat, béat, chocolat^ nougat ; — dans les monosyllabes sans accent et sans consonne finale : le la, et ah !, excepté la, article.
Par le signe I surmonté d'un accent circonflexe dans la diphtongue 02 ;croitre,cloitre, etc.; et mêmesausaccentdans quelques monosyllabes comme pois, bois, trois, noix, etc.
28. Du type ouvert, bref et aigu. — De ce type se rapprochent les A représentés :
Par le signe A marqué d'un accent grave ; çà et là, déjà, holà ! voilà, à, etc.
Par le signe E suivi de mm, mn, ou nn : femme, indemnise, couenne, etc.
Par le signe I ou Y dans les diphtongues oi et oy, presque toujours: roi, loyal, froid, moyen.
Par le signe A sans accent, — au commencement du mot presque toujours: halte, ami, abbé, hagard, etc. ; — dans le corps du mot, le plus souvent: abattre, quatre, carafe, scandale, déclare, madame, etc. ; — à la fin du mot quand il est suivi d'un son-consonne terminal : crac, frac, bar, nabab, Goliath, fat, mat, vivat ; et même généralement quand il est le dernier son du mot : opéra, tabac, angora, soldat.