‹ Parlons ainsi de la voix et du gesteChapitre 19 sur 122 · LA RÉSONNANCE EU · texte numérisé non relu

LA RÉSONNANCE EU

49. Comment on l'obtient. — Le jeu des organes dans l'émission de l'EU tient à la fois de celui de l'O et de celui de l'E : de l'O pour le jeu des lèvres et du voile du palais, de l'E pour celui de la langue. Comme dans l'O les lèvres s'allongent en s'arrondissantet ens'arrondissant creusent les joues, tandis que la langue, comme dans l'E, sans que sa pointe s'éloigne des incisives inférieures, se bombe et se relève en arrière jusqu'à prendre contact avec le palais. Ce double mouvement, en avant pour les lèvres, en arrière et en haut pour la langue, est essentiel à la bonne prononciation de l'EU, et il est d'autant plus accusé que l'EU est plus ouvert. Pour vous en convaincre prononcez plusieurs fois de suite les trois mots je, enjeu, et jeûne.

50. Comment on l'exerce. — Le cœur brisé, l'âme en deuil, ensevelie dans sa douleur, seule, inconsolable, silencieuse, la mère pleure sur un cercueil. — Heureux ceux qui meurent dans le Seigneur ! les deux deviennent leur demeure ; Dieu récompense leurs bonnes œuvres ; un bonheur pur comble leurs vœux. — Que suis-je ? — Je l'ignore. Où vais-je ? — Je ne sais. Peurs, pleurs, sueurs, douleurs, triste vie, tu n'es qu'un leurre. Jeunesse en fleur, vieillesse en deuil, tout meurt, tout meurt.

51. Comment on l'écrit. — L'EU a pour équivalents graphiques :

ŒU, dans les mots : œuf, bœuf, vœu, nœud, œuvre, sœur, cœur, etc.

AI, dans les mots: faisons, faisais, faisan, bienfaisance, etc.

ON, dans le mot monsieur, qui se prononce me-syeu.

E, dit muet, dans les mots : bretelle, besoin, ensevelir, je, me, etc.

152. Les deux types de l'EU français. — L'EU a deux intonations. Tune grave, l'autre douce. La première se fait entendre :

Lorsque EU est marqué d'un accent circonflexe : jeûne ;

Lorsque EU est suivit d'un X ou d'un Z ou d'une S articulés ou non articulés : je veux, heureuse, gracieuse, deuxième, etc.

Avant la diphtongue consonne TR : feutre, pleutre, neutre ;

Dans quelques mots qui sortent un peu de l'usage ordinaire : Deutéronome, Eudiste, Pentateuque, pseudonyme, Teuton, Maubeuge, Neuilly, etc.

La seconde intonation se fait entendre dans tous les autres cas et spécialement :

Devant la lettre R : fleur, sœur, Europe ;

Devant toute consonne finale articulée, neuf, veuf, filleul, etc. ;

Devant une syllabe sourde finale non formée par une S peuple, aveugle, preuve, jeune.

Les dérivés prennent la même prononciation : peuplement, aveuglement, jeunesse, etc. ~.

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