LES RESONNANCES DITES NASALES
57. Comment elles se forment. — Durant l'émission de toutes les voyelles pures, sans exception, la communication est interrompue entre les fosses nasales et le larynx. Dans la plupart des cas l'occlusion est complète. Si on verse de l'eau dans le nez pendant qu'on prononce nos sept voyelles, c'est à peine si quelques gouttes arrivent au gosier, dans TE et l'A seulement. — Dans tous les cas l'occlusion est poussée assez avant pour empêcher le passage de l'air expiré : la glace d'un miroir devant l'orifice des narines pendant qu'on prononce ou qu'on chante A, E, I, 0, U, OU, EU, n'est même pas ternie. Rien de plus facile que de s'en convaincre par expérience.
Cette occlusion est le fait du voile du palais qui, se relevant au moment de l'émission d'une voyelle, vient s'appliquer contre la paroi postérieure du pharynx. Pour certain nés voyelles, le mouvement ascensionnel du voile s'accomplit fatalement jusqu'au bout : impossible de les prononcer tant que toute communication n'a pas été interrompue entre le pharynx et les fosses nasales ; pour certaines autres, au contraire, le mouvement du voile peut être interrompu à une distance plus ou moins grande du terme : on peut les prononcer sans fermer complètement les fosses nasales.
Les premières n'ont qu'un son fondamental toujours buccal ; les secondes en ont deux, l'un buccal, l'autre nasal. Essayez de faire passer par le nez, à un degré quelconque, le son de l'OU, de l'U, de l'I ; impossible. Dés que vous ouvrez les fosses nasales, l'OU, l'U et l'I, ou nesortentplus^-
OU sortent méconnaissables, transformés en bruits qui n'ont rien d'humain : OUN, UN, IN.
Rien de plus facile, au contraire, que d'émettre par les narines une partie du son constitutif de l'EQ, de l'A, de l'E, de rO. Exemples : un, en, dinde, on (1). II y donc deux manières de prononcer l'EU, l'A, l'E et l'O ; uniquement par la bouche, comme l'OU, l'U et l'I ; par la bouche et par le nez, comme dans EUN, AN, EN, ON. Dans ce dernier cas, les voyelles EU, A, E, 0, sont dites nasales.
58. Que le nez n'est pour rien dans l'émission des nasales. • — Le passage de l'air à travers le nez n'est nullement nécessaire à la production du son dit nasal ; l'expérience prouve au contraire que la nasalité devient plus forte à mesure que faiblit l'émission par le nez du souffle respiratoire. Vous n'avez pour vous en convaincue qu'à parler quelque temps en rétrécissant graduellement l'orifice des narines, par une pression progressive sur les parois extérieures du nez ; plus cet orifice se rétrécira, plus la nasalité deviendra puissante. C'est qu'en réalité la résonnance dite nasale se produit surtout dans la partie supérieure du pharynx et ne re- <i[uiert pour éclater qu'un simple déplacement du voile. Ce déplacement a toujours lieu d'arrière en avant puisqu'il s'agit de prévenir ou de supprimer le contact du voile avec l'arrière-pharynx que l'émission des voyelles pures amène naturellement. Cela ne va pas sans un effort assez énergique qui se traduit toujours par une augmentation de l'intensité du son. Aussi la voyelle nasale retentit-elle plus éner-
(1) On peut voir clairement par ces exemples le peu de cas qu'il faut faire pour découvrir le \Tai son d'une voyelle nasale, du signe graphique qui le représente. Sur quatre sons, un seul, l'O, est représenté ici par le signe qui lui convient. L'EU phonique, graphiquement devient un U, dans un ; l'A devient un E dans en, et lE un I dans dinde.
gique et plus sonore que la voyelle pure correspondante : A, AN ; E, IN ; 0, ON ; EU, UN.
59. Deux précautions essentielles. — Pour bien prononcer les nasales, deux précautions s'imposent, également essentielles :
La première, est de respecter toujours la voyelle fondamentale, et de faire entendre, suivant les cas, un A, un E, un EU ou un 0 parfaitement net ;
La seconde, est de ne pas séparer les deux résonnances buccale et nasale, en décomposant le son de façon à dire^ comme dans le Midi : A-NE, E-NE, EU-NE, 0-NE. Leo-ne passera u-ne a-ne à Mila-ne, pour : Léon passera un an à Milan.
Le moyen d'éviter l'inconvénient d'une double résonnance dans l'émission des nasales, est de faire en sorte que le larynx ne commence à vibrer qu'à l'instant même où le rapprochement se fait entre le voile du palais et la face posterodorsale de la langue. « On peut le constater, dit M. Goguillot, en touchant simultanément le larynx et les ailes du nez. Dans la bonne émission des nasales, les vibrations s'accompagnent toujours, ne se suivent jamais. »
C'est un grand enfant qu'un rien ébranle, qu'un rien enchante. — C'est un inconscient ; son imprévoyance fait qu'il se lance avec entrain dans les dangers les plus certains. — C'est un dindon ; indolent, inintelligent, tout à l'instinct, il n'entend rien aux desseins les plus transparents de son prochain.
60. Comment s'écrivent les quatre nasales. — Les voyelles pures susceptibles de nasalité n'étant qu'au nombre de quatre : l'A, l'E, l'EU, et l'O, et le signe expressif de toute nasalité étant la consonne N, si notre orthographe fran-
^aise reposait uniquement sur les lois de la phonétique, nous n'aurions besoin pour écrire toutes nos nasales que des quatre signes graphiques : AN, EN, EUN, ON.
Malheureusement il n'en est rien. Nulle part, mieux que tians la manière dont nous écrivons les nasales, n'éclate la déroutante fantaisie de notre orthographe.
Parfois l'N devient une M, comme dans jambon, sempiternel, sombre, parfum. Souvent il est ; suivi d'une ou de plusieurs consonnes muettes, telles que — l'S, caractéristique du pluriel: les ans, les uns; — leT, commun à beau- •coup d'adjectifs, à la troisième personne du singulier de certains verbes et à plusieurs autres mots : mécha.nt, geint, défunt, Dupo22t. — le C, comme dans jonc ; — le CT, comme dans instinct ; — le G, comme dans long , — le GT, comme dans vingt ; etc., etc.
Mais ces changements sont insignifiants à côté des transformations que subit la voyelle radicale. Qu'on en juge.
A s'écrit aussi souvent Eque A : tant, lent, camp, temps. E ne s'écrit E que par exception, pour ainsi dire, dans mien, tien, sien, bien, lien, gardien, maintien. Le plus souvent il s'écrit I, comme dans simple, divin, indu ; — ou Y, comme dans tympan ou syntaxe ; — ou AI, comme dans pain, demain, lointain ; — ou El, comme dans sein, •dessein, peintre, frein, etc.
EU s'écrit presque toujours U: un, parfum, alun, humble, etc. Par exception, il s'écrit EU dans Meung et jeune.
0 seul s'écrit toujours comme il doit s'écrire, c'est à dire par un 0, sauf dans le mot punch, prononcez ponch.
Mais les caprices de l'orthographe ne peuvent rien contre les lois de la phonétique. Elles ne feront jamais qu'il y ait plus de quatre syllabes nasales. De quelque signe gra- • 'phique qu'on les revête, toutes nos nasalités sont donc ou ■des A, ou des E, ou des EU, ou des 0, modifiés sans doute «par les résonnances du pharynx, mais toujours reconnais-
sables sous leurs modifications et restant quand même des A, des E, des EU, des 0.
Le difficile est de savoir exactement laquelle de ces quatre syllabes représente tel ou tel signe graphique. Mais c'est là affaire de mémoire et d'habitude. Quand on saura que parmi les équivalents graphiques de l'E ne se trouve jamais l'U, on ne sera plus tenté de prononcer un, en et chacun, chaquèn, et quand on aura appris que l'EQ nasal s'écrit UN, on dira tout naturellement comme il faut dire : eun, chaqueu22, et ainsi de toutes les nasalités.
9â LA SCIENCE DE L'ARTICULATION
l'accent provincial
61. Altérations de voyelles. — Les voyelles se différencient les unes des autres par le timbre et par la durée. Chaque voyelle résonne ainsi, c'est sa loi essentielle, constitutive, car elle est cette résonnance ou elle n'est rien ; et cette résonnance s'arrête ici ou là, suivant les cas, tantôt brève, tantôt longue et tantôt moyenne, c'est sa loi accidentelle et conventionnelle. Le parleur correct respecte ces deux sortes de lois, donnant à chaque voyelle la résonnance nécessaire et, à chaque fois, s'arrêtant où il faut.
Cela nous autorise à mettre en garde le lecteur contre deux sortes de fautes, dans l'émission des voyelles : celles qui consistent dans l'altération du timbre, de beaucoup les plus graves, et celles qui constituent un simple changement dans la juste durée.
Le respect des lois du timbre nous interdit: 1° de faire résonner ailleurs que dans la bouche les voyelles buccales ou pures, c'est-à-dire, de nasiller.
2^ De faire résonner ailleurs que dans le nez les voyelles nasales, de les transformer, par conséquent, en voyelles pures, ce que plusieurs appellent nasonner : bodabi pour222on ami.
3° De substituer une voyelle pure ou nasale à une autre voyelle du même ordre, de prononcer chacun, chaquin et œuvre, uvres, substituant dans le premier cas, à la nasale de l'EU, celle de l'E, et dans le second, mettant un U à la place de l'EU.
4" De confondre, parmi les résonnances pures, dans le même groupe, celles qu'on désigne par le qualificatif d'où-
vertes avec celles qu'on appelle fermées, de prononcer pâte patte, haute, hotte et tête, tette^ etc.
Le respect des lois de la durée défend, de faire longue une brève, de dire, par exemple: du pâlai d'un jeune lapin, pour, du palais d'un jeune lapin; et de faire brève une longue en disant: d'un polie à Votre, pour: d'un pôle à. 2' autre, etc.
Il ordonne de donner à chaque voyelle, dans chaque cas, la durée que lui assigne l'usage, de prononcer l'a long, dans vague, moyen dans lame, et bref, dans acte, etc.
62. Comme à Paris ? — « Le français, dit l'abbé Rousselot, n'a pas encore réussi à imposer son système vocalique. En adoptant la langue de Paris, la province a pu remanier ses consonnes : elle avait, en général, peu à faire, et puis les différences étaient choquantes, mais elle n'a guère touché aux voyelles.
a Le Français, du reste, ne s'est pas montré exigeant sur ce point. Dans sa patrie même, il ne semble pas tenir à une homogénéité parfaite. Il permet pour les voyelles quelque chose de vague et de flottant... La province non plus ne tient pas à reproduire les voyelles parisiennes, et, pour ne parler que de moi et de mes compatriotes, nous avons l'oreille blessée par certaines voyelles de Paris.
« Mais ce n'est pas le français parlé qui se répand; c'est le français des livres ; et celui-ci est plus accommodant encore. Chacun n'y lit que les voyelles de son propre parler. L'enseignement vient rectifier quelques points ; mais ces points sont peu nombreux, tant est grande notre indulgence en cette matière! Du reste les maîtres ont souvent les défauts de la région où ils enseignent, s'ils n'en ont pas de pires. Au surplus, l'enseignement ne corrige pas toujours. Plus d'un son barbare peut invoquer sa paternité. A côté de rinlluence des maîtres, il y a la tendance trop général!-
satrice des élèves qui est une nouvelle source d'erreurs. Je disais : 222e pér « mes pères ». Corrigé pour pèr, j'ai cru qu'il fallait de même changer mé en mè et je dis : mè mèr... Il n'y a pas de règle précise pour fixer le timbre des voyelles 1 ».
Celle que Legouvé nous propose n'a donc que la valeur d'une indication générale :
ft II faut donner aux voyelles l'intonation acceptée par Paris. Paris donne la loi en fait de voyelles. Presque toutes les provinces, surtout les provinces méridionales, ont, en prononçant les voyelles, un accent qui prête au ridicule 1. »
Pratiquement on fera bien de relire attentivement la description physiologique donnée plus haut, de l'émission de chacune des voyelles, et de faire, avec méthode et persévérance, seul ou avec un maître, en vue de rectifier ou d'améliorer sa prononciation, les exercices indiqués, insistant surtout sur les voyelles dont la juste émission offrirait pour nous des difficultés particulières.
4. Les modifications phonétiques, etc , p. 54. 1. L'ai't de la lecture, p. 51.