DEFAUTS D ARTICULATION
98. La blésité et ses variétés. — « On désigne, dit le D'" Chervin, sous le nom générique de blésité une foule de défauts de prononciation caractérisés par la substitution, la déformation ou la suppression d'une consonne. »
Les cas de suppression complète, sont peu fréquents. Il se rencontre cependant des personnes qui articulent si peu qu'on entend 0... 2... 022... pour sauc2SS023 et o... our, pour bonjour. Poussé à ce degré d'indécision et de mollesse, la prononciation apitoie ou irrite, suivant qu'elle a pour cause l'inintelligence ou la vanité, l'infirmité ou la paresse.
Les cas de déformation sont moins rares, surtout s'il s'agit des soufflantes. Plusieurs font précéder ou suivre l'émission de ces consonnes d'une sorte de sifflement qu'il est très difficile de reproduire exactement par écrit, mais qui ressemble à l'adjonction d'une sorte de LE mouillé. Ils diront équivalemment, par exemple : sîlaii-slli-sUon pour saucisson, zlléro pour zéro, chller-chller pour chercher, etc. Rien de fatigant comme de les entendre, rien de pénible comme de les voir. La langue gémit ; la bouche se contourne ; c'est laid, c'est énervant.
Innombrables sont les cas de substitution. Les plus fréquentes et les mieux connues sont : Le blésement, qui substitue les consonnes douces aux fortes ; le zézaiement qui, à une soufflante, substitue une autre soufflante ; le grasseyé-
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ment qui donne incorrectement le RE, et le mytacisme qui confond l'articulation de certaines explosives.
99. Le blésement proprement dit. — Le blésement proprement dit est « un vice de prononciation qui consiste à substituer une consonne douce à une plus dure. » Littré. — C'est dire que ce défaut ne peut atteindre que la prononciation des explosives et des soufflantes, chez lesquelles seules la distinction entre les douces et les dures est bien marquée. Mais même ainsi restreint le blésement admet, du moins en théorie, les formes les plus diverses. A l'une quelconque des consonnes fortes, soit explosives, QUE, TE, PE, soit soufflantes, CHE. SE, FE, peut, semble-t-il, se substituer l'une quelconque des consonnes douces, soit explosives, GUE, DE, BE, soit soufflante, JE, ZE, VE.
Dans la pratique, un petit nombre seulement de ces substitutions se rencontrent. Le remplacement d'une dure explosive par une douce soufflante, ou d'une dure soufflante par une douce explosive, est presque inouï : on ne substitue pratiquement à une explosive qu'une explosive et à une soufflante qu'une soufflante.
Et encore, dans chaque série, la substitution se fait-elle de préférence et presque toujours d'une consonne douce de tel ordre, gutturale, linguale, labiale, à la consonne dure correspondante i .
C'est ainsi que parmi les explosives, le GUE prend la place du QUE, le DE celle du TE, le BE celle du PE, ce qui permet d'entendre dire ga-bi-daine pour capitaine, et be-dit pour petit.
C'est ainsi encore que, parmi les soufflantes, le JE se subs-
(l) Quelques personnes cependant remplacent la soufflante gutturale forte CHE par la souftlante linguale forte SE. C'est ainsi qu'elles prononcent : Château, chevreuil, chimère, sâteau, sevreuil, simère.
titue plus aisément au CHE, le ZE au SE, et le VE au FE, ce qui explique pourquoi on peut sans grand effort, à chasser substituer /azer, et de ficelle faire vizelle.
Parfois la substitution se fait en sens inverse, et au lieu de remplacer une forte par une douce, on met une douce à la place d'une forte. Mais la loi de substitution reste la même.
C'est ainsi que certains disent poiî-ciîoiir, au lieu de bonjour, remplaçant l'explosive labiale douce de Jbon par l'explosive labiale dure depon, et la soufflante gutturale douce de jour par la soufflante gutturale dure de c/iour.
100. Le chuintement. — La grande similitude qui existe dans le jeu des organes nécessaire à la production des soufflantes amène facilement, dans le langage, la substitution des unes aux autres.
Innombrable est le nombre des méprises de cette nature, dont l'ensemble a reçu de plusieurs grammairiens le nom générique de sesseyement. Trois seulement méritent une mention particulière.
Beaucoup de personnes, en Auvergne surtout, changent le SE et le JE en CHE, et le ZE en JE, et disent couramment ;
Che chéchuite a beaucoup de jèle, pour ce jésuite a beaucoup de zèle ; che chuis chatisfait, pour 7e suis satisfait ; et laiche-moi, laiche-moi, pour laisse-moi. laisse-moi.
On dit qu'elles chuintent. Le chuintement tient surtout à ce qu'en prononçant le SE et le ZE on avance trop les lèvres et on n'approche pas assez la langue des incisives inférieures. Faire avec persévérance les exercices indiqués plus loin sur SE et JE.