Le zézaiement. — Nombre d'individus font entendre
le son ZE plus souvent qu'il ne faudrait : zuzepour juge et zeize pour seize. On dit qu'elles zézaient. Trois soufflante» cèdent facilement la placeauZE :1e JE, — zeune pour jeune, zouzou pourjoujou,etc., leCHE, — cevai pour cheval, sarge pour charge, etc., et le SE, — ze zuis zaze pour je suis sage, se zoue avec mon sat, mon seval et mon sien, pour, je joue avec mon chat, mon cheval et mon chien.
Le zézayeur avance trop la langue et pas assez les lèvres, il fait, par conséquent, tout le contraire de celui qui chuinte.
102. Le grasseyement et ses variétés. — De tous les sons consonnants de notre langue, celui dont l'émission demande aux muscles phonétiques le plus grand effort, est assurément le RE. Et c'est sans doute pour cette raison que le grasseyement — terme générique servant à désigner tous les défauts dans lesquels on tombe par rapport à l'articulation de cette lettre — est un des vices de la parole les plus répandus.
Peu de personnes prononcent le RE avec toute la pureté désirable. D'aucuns le suppriment plus ou moins complètement, et disent, Pa-hi, Mad-hi, Lond-he, pour Paris, Madrid et Londres, substituant au RE qui s'efface une H vaguement aspirée. « Ce vice de la parole, dit le D'' Golombat, de tous les grasseyements le moins pénible à l'oreille, est souvent le résultat de cette fureur de vouloir copier certaines gens de prétendu bon ton qu'une inspiration maladroite porte à se donner des défauts dont voudraient se débarrasser ceux qui en sont réellement affligés. »
D'autres sont portés à confondre RE avec LE, et à dire pèle et mêle, pour père et mère.
D'autres ont pris l'habitude de substituer au RE une soufflante labiale, de préférencele VE, etde direéquivalemment tvois pour trois et vave pour rare.
D'autres font précéder le RE d'une soufflante linguale,
surtout du RE et disent zrizre et faizre, pourrira et faire.
Mais le plus souvent, chez le plus grand nombre, ce qu'on entend, en guise de RE, c'est un son sourd et traînard formé dans l'arrière-bouche, et où ia gutturale GUE joue un rôle prédominant.
Grasseyer, c'est prononcer le RE, uniquement avec le gosier, c'est faire vibrer la luette à l'exclusion de la langue et des lèvres ; c'est donner à RE, le plus possible, le son de GUE, pur ou suivi d'une aspiration qui le mouille : tguente tgois pour trente-trois, Paghis pour Paris, fgançais pour français, etc.
103. Que le grasseyement est un vice. — Peu sensible^ cette manière d'articuler a quelque chose de doux ou plutôt de mignard qui fait qu'on en laisse trop souvent contracter l'habitude aux enfants, surtout aux jeunes filles.
Poussé à un certain degré, elle constitue un des défauts les plus désagréables chez ceux qui la subissent, et un des ridicules les plus achevés, chez ceux qui, en étant exempts par éducation, comme la plupart des méridionaux, ont la naïveté de se donner beaucoup de peine pour l'acquérir.
« Il est raisonnable, dit le docteur déjà cité, de critiquer ceux qui grasseyent, puisque ce vice de la parole, étant rarement naturel, est presque toujours le résultat de l'affectation, de l'imitation ou d'une habitude dont on peut se défaire. )) Un des maîtres de la parole, croit devoir nous prévenir que « de tous les défauts de prononciation le grasseyement est un des plus difficiles à corriger, parce qu'il tient ou à une habitude contractée, ou à un vice organique. On en vient cependant à bout avec des efforts. » — Surtout du grasseyement qui vient de l'habitude. Il suffit de savoir et de vouloir. Dans le RE guttural « la langue ne fait aucun mouvement et cet élément a l'aspect du K. d Là est le vice du grasseyement. Pour le guérir il faut donc avant tout
s'occuper de la langue, et lui donner, dans l'émission du RE, un rôle actif et dominant. Il faut à tout prix sortir le HE du gosier, le pousser en avant, imposer silence à la luette et faire vibrer le bout de la langue le plus près possible des lèvres.
104. Trois remèdes efficaces. — « D'abord on fait porter ■la langue vers la voûte palatine, à peu près à trois ou quatre lignes plus en arrière que la partie postérieure des dents incisives de la mâcboire supérieure, de manière que la face ■dorsale de l'organe phonateur soit concave et que sa pointe •élevée soit libre et puisse seule vibrer. Ce résultat est obtenu sans beaucoup de difficulté, si on a le soin de dire à la personne de laisser l'arrière-bouclie dans l'inaction, et surtout ■de ne pas vouloir d'abord articuler l'R, mais seulement se contenter de chercher à faire osciller la pointe delà langueen ■chassant une grande masse d'air, comme pour imiter le ronflement des chats, ou encore mieux le bruit sourd produit par le mouvement de la corde et de la grande roue d'un "émouleur. Lorsque par le moyen de cette gymnastique on est parvenu à faire agir seulement le sommet de la langue, il résulte alors un son naturel qui imite à peu près celui de la syllabe re, à laquelle on fait ajouter une autre syllabe, tour par exemple, ce qui donne retour, ou tout autre, selon la dernière syllabe ajoutée.
a Quand on a obtenu ce résultat, il s'agit de faire prononcer l'R, précédée d'une autre consonne, comme le mot français ; pour y parvenir, on fait prononcer l'F seule, et l'on dit d'imiter ensuite le bruit dont nous venons de parler, et enfin d'ajouter les deux dernières syllabes, ançais, ce qui donne fe... rrrrr... ançais, français, que l'on prononce bientôt convenablement. 11 en est de même pour toutes les autres lettres qui peuvent se trouver avant l'R » ^ .
-1. Colomljat, p. 274-5.
« Il va deux lettres, dit M. Legouvé "^ , que tout le monde prononce toujours et naturellement du bout de la langue c'est le T et le D. Eh bien ! Talma qui grasseyait, imagina l'exercice suivant : prononcer vivement et alternativement ces deux lettres t et d, puis peu à peu leur adjoindre la lettre r... c'est-à-dire la tirer pour ainsi dire du fond du gosier où elle s'enfouit ; la forcer de répondre à l'appel de ses compagnes, d'entrer, si j'ose ainsi parler, en danse avec elles. » Ce qui l'obligeait à dire rapidement plusieurs fois de suite dr, tr. Cela fait, il abandonnait sucessivement, d'abord la lettre d, puis la lettre t, et de cette façon, la lettre r, après avoir vibré avec les autres, vibrait toute seule. Libre à nous d'imiter Talma.
i05. Exercices variés. — Prononcez donc un certain nombre de fois une quelconque des labiales b, p, f, v, m, en les faisant suivre du RE de plus en plus redoublé, br, brr, brrrr; pr, prr prrr... frrr, vrrrrr, etc.
Articulez un nombre indéfini de fois et de plus en plus •vite les deux linguales t, d, suivies de RE. Dites en augmentant sans cesse de vitesse, d'abord : d, t, d, t, d, t ; puis dr, tr, drr, trr, drrr, trrr ; puis seulement tr, trrr, trrr, trrr ; puis enfin r, rr, rrr, rrrr, rrrrr... etc.
{( Pour enlever à la langue, dit M. Bourgain, l'épaisseur qui, l'alourdissant, l'empêche de se déplacer, il faut faire beaucoup d'exercices sur les r. D'abord prononcez l'r, en •disant, pendant des demi-journées entières : re, re, re, re ; puis faites vibrer des séries d'r, rrr, rrrrr, rrrrrrrrrr ; puis prononcez des mots entiers ; trois gros rats — Raminagrobis, rrrr ; enfin ajoutez des lectures où se Irouvent beaucoup d'r à rouler.
1, Legouvé, L'Art de la lecture, p. 60.
iSQ LA SCIENCE DE L'ARTICULATION
106, Défauts moins fréquents. — Quelques personnes, en maintes circonstances, dénaturent l'articulation du VE en lui substituant la voyelle ou, principalement lorsqu'elle est précédée ou suivie de la voyelle ou ou de la diphtongue ai. Elles diront par exemple : épououante pour épouvante, ouoùte pour voûte, ouoir pourvoir, et deouoir pour devoir.
« Fait bizarre, remarque M. Branchereau, mais qui pourtant se reproduit fréquemment dans le langage ; les mêmes personnes qui suppriment le VE dans les circonstances dont nous venons de parler, l'articulent indûment au commencement de certains mots où il ne se trouve pas. Par exemple, tandis que l'on prononce une ouoûte au lieu d'une voûte, on dira de la vouate au lieu de dire de la ouate, voui au lieu de dire oui, vut, au lieu de ut ».
D'aucuns vont même jusqu'à substituer une explosive à une soufflante. Un riverain de la Garonne pourra être lente, surtout s'il est familier d'un des dialectes de la langue d'oc qui n'ont pas de VE, de dire, en français, du bin pour du vin, et bibier au lieu de vivier. — Nous avons tous entendu de petits enfants dire du tucre pour du sucre, taititement pour saisissement, et même teval pour cheval, et étertite pour exercice.