Legouvé, Lart de la lecture, p
lez mal, apprenez à articuler. Nous avons avec clarté formulé des règles et indiqué des exercices. Méditez ces règles avec attention et faites ces exercices avec persévérance.
Pendant huit jours, gardez autant que possible un silence absolu, vous adonnant uniquement à des exercices de respiration. Le poumon discipliné, le jeu du draphragme bien réglé, reprenez l'usage de la parole. Vous voilà peut-être aux trois quarts guéri.
Faites alors pendant huit jours des exercices d'articulation, soit gymnastiques, soit phonétiques. Disciplinez le voile, la langue, les lèvres, en les soumettant à l'entraînement dont nous avons indiqué les règles i. Énoncez lentement, correctement toutes les voyelles et articulez de même toutes les consonnes, lisant alternativement tout haut et tout bas les phrases que nous avons composées sur chacune d'elles '-. Rendez-vous compte en parcourant les combinaisons possibles de voyelles et de consonnes indiquées à la fin de ce chapitre, de celles qui pour vous, offrent une difficulté particulière d'articulation, et, sans violence mais résolument, abordez l'obstacle et supprimez-le.
Livrez-vous ensuite à des exercices suivis de lecture ou de déclamation. Surtout soyez persévérant. Vous devez guérir : vous guérirez si vous le voulez ; mais il faut le vouloir. Ne parler que consciemment, pour le bègue qui veut guérir, c'est la règle, c'est le devoir.
125. Expédient sans grande portée.— Nombre de bègues, le fait est incontestable, cessent de bégayer ou bégaient beaucoup moins, dès qu'il leur arrive de chanter ou simplement de prononcer des mots sur un rythme déterminé.
^ . Voir plus haut, chapitre I, p. 19 et suiv.
?.. Voir chapitre II, p. 42 et suiv., et chapitre III, p. 81 et suiv.
De cette observation que iaut-il conclure ? que le chant ou le rythme constituent contre le bégaiement un traitement normal vraiment efficace? Quelques spécialistes ont dit oui, mais les faits ont dit non, et il a suffi à leurs élèves de cesser de chanter pour redevenir bègues.
Leur remède n'est qu'un expédient, expédient d'ailleurs honorable, consolant et même, à un certain degré, jjienfaisant et salutaire. Lisez donc en battant la mesure, si le cœur vous en dit, récitez de la même manière un morceau appris par cœur, l'entraînement du rythme vous donnera l'illusion d'une marche régulière, mais dés que l'entraînement finira, le bégaiement reviendra. Nous l'avons dit, c'est un expédient, ce n'est pas un remède. Pour guérir il faut remonter jusqu'àlacause ; il fautrendreà la volonté l'empire sur les organes, et pour un pareil résultat la musique est insuffisante.