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PRONONCIATION DES MOTS ET BREDOUILLEMENT

126. Les mots. — Les syllabes forment les mots. Tout mot qui, comme la, ne demande pour être prononcé qu'une seule émission de voix, est dit monosyllabe ; celui qui en demande deux, comme toutou, est dissyllabe : celui qui en veut trois, comme parasol, est trissyllabe ; ceux qui en exigent quatre et au-dessus, comme maternité, invraisemblable, sont dits polysyllabes.

Les syllabes, dans les mots, — le timbre mis à part qui dépend de la voyelle, — diffèrent les unes des autres par la durée, la hauteur et l'intensité. Le temps que doit durer l'émission d'une syllabe constitue sa quantité ; un seul mot, mal défini, équivoque, mal choisi, l'accent, sert à désigner Ja hauteur et l'intensité, deux qualités pourtant très distinctes. La distinction sera faite en temps opportun. Retenons seulement, pour le moment, que la bonne prononciation des mots exige le respect des lois de la quantité et des lois de l'accentuation, et que, pour être corrects, le lecteur et le parleur doivent savoir durer sur chaque syllabe

1. D'Olivet (abbé). Remarques sur la langue françoise, Prosodie française, Paris, Bai'boux, 1783 ; — L. Dubroca, Traité de la prononciation des consonnes et des voyelles finales des mots français suivi de la prosodie de la langue française, Paris, 1824, 1 vol, in-8"; — L. Bran- GHEREAU, La lecture à haute voix, p. 91-114.

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le temps nécessaire, et donner à chaque élément, en hauteur et en intensité, l'accent qui convient.

127. La quantité. — La quantité du temps à donner à la prononciation d'un élémei:\tphonéliquen'arien d'absolu. L'homme se meut librement dans le temps comme dans l'espace, et sa parole, sous l'action du mouvement intérieur qui l'anime, hâte sa marche ou la ralentit, se resserrant ou s'étendant dans la durée, tributaire du temps sans doute, mais affranchie de toute limitation chronologique, et délivrée de l'obligation de remplir exactement les cadres inflexibles baptisés par nous des noms d'heures, de minutes et de secondes. "Tout, dans le discours, étant mobile parce que libre, et l'indépendance, ou plus exactement le flottement dans la durée dont l'ensemble est susceptible, se distribuant au détail, la quantité de chaque élément subit nécessairement l'influence du mouvement général et n'a jamais, comme ce dernier, qu'une valeur changeante et relative.

Il n'est ni humain ni possible de donner à toutes les syllabes une durée absolument identique. Vivante et libre, la parole aura toujours les allures de la vie et de la liberté. Or la vie et la liberté sont inconciliables avec l'uniformité des allures et l'isochronisme des mouvements. Rien donc de moins uniforme, de moins isochrone que la voix humaine. Attendons-nous par conséquent à la voir essayer toutes les allures et reproduire tous les mouvements. On conçoit cependant un minimum de durée sans lequel l'articulation cesse d'être distincte, et un maximum, au delà duquel elle n'existe plus. Toutes les émissions correctes se placent entre ces deux extrêmes. Plus rapprochées du premier, elles sont brèves ; plus près du second, on les dit longues.

a Entre la longue la plus longue et la brève la plus brève, il y a comme une échelle de durée dont les degrés sont nom-

breux. Le plus simple en théorie est de s'en tenir à la division reçue de brèves et de longues ; dans la pratique, l'usage apprendra comment il convient de nuancer la longueur et la brièveté des syllabes i . »

Entre les longues et les brèves, l'écart peut être plus ou moins considérable; plus ou moins brusque peut être aussi le mouvement qui fait passer des unes aux autres. L'italien, négligeant les articulations moyennes, donnera volontiers aux extrêmes une préférence marquée, passant sans transition des très longues aux très brèves ; le français, dédaignant les articulations extrêmes, utilisera surtout les moyennes, passant sans secousse d'une longue qui ne traîne pas à une brève qui n'a rien de convulsif. Question de nuances, affaire de goût.

Le latin et le grec ont l'allure cadencée des légionnaires, l'italien sautille, le français marche. Moins compassé que celui des latins et des grecs, plus digne que celui de la plupartdes peuples modernes, notre idiome obtient sous la plume de nos prosateurs et de nos poètes d'admirables effets de mouvement et de vie. Qui n'a présents à la mémoire et à l'oreille les beaux vers de Boiieau dépeignant la mollesse? La quantité des syllabes y est si bien marquée que l'abbé d'Olivet a pu l'indiquer avec les signes de la prosodie latine de la manière suivante :

La Mollesse oppressée Dans sa bouche, à ce mot, sent sa langue glacée ; Et, lasse de parler, succombant sous l'effort. Soupire, étend les bras, ferme l'œil et s'endort.

Ce serait donc se priver d'un des plus puissants moyens d'expression que possède notre langue que de ne pas tenir

•1. Branchereau, p. 93-94.

compte des lois de la quantité; ce serait encore bien souvent se condamner à de fâcheuses amphibologies. Que de mots français ne se distinguent l'un de l'autre phonétiquement que par la quantité. Ce cordonnier tire l'alêne à perte d'haleine ; l'air de l'aire sur plusieurs acres est acre ; Un homme d'une grande beauté, botté, etc., etc., etc. Pour dire juste autant que pour dire, bien étudions les règles. Voici les principales :

128. Syllabes longues. — La voix s'arrête plus ou moins longtemps sur une voyelle, et en fait par conséquent une syllabe longue, dans les cas suivants :

i" Quand elle est nasale : entreprendre, peindre, répondre, penser, etc.

2" Quand elle est surmontée d'un accent circonflexe : pâtre, être, île, nôtre, mûre, jeûne, goût, etc. sauf dans le mot hôpital, où, par exception, l'o est bref.

3" Lorsque, à l'intérieur ou à la fin d'un mot, elle est suivie d'un e muet : je prierai, joie, plaie, vie, crue y joue, queue, etc.

4° A la fin des mots, quand elle est suivie d'un x, comme dans ceux et dans dix ; ou d'un z, comme dans nez et dans riz ; ou d'un s, comme dans bas, mes, mis, nos, nous, bleus ; et cela, alors même que Vs ne serait que la caractéristique du pluriel d'un mot dont la dernière syllabe, au singulier, serait brève, comme dans arts, sels, conflits, complots, statuts, atouts, voleurs, etc. Par exception l'a dans bras, canevas et taffetas, bien que suivi de s, est bref au singulier ; mais le pluriel rentre dans la règle.

1. L'accent circonflexe rappelle en crénéral une lettre retranchée, voyelle ou consonne, et quelquefois plusieurs : âge, pour aage, rôle pour rooUe, sûr pour seûr, âne pour asne de asinus, apôtre pour apostole de apostolus, etc. etc.

5" A la pénultième, quand la finale fait entendre, ou une soufflante, soit gutturale, comme dans hache, pêche, biche, bouche, bâche, tige, prodige, collège, siège, etc. ; soit linguale, comme dans base, braise, bise, rose, buse, douze, creuse, etc. ; soit labiale, comme dans rave, rive, trêve, etc. ; ou une nasale, comme dans carême, opime, atone, matrone, axiome, etc. ; ou surtout la vibrante RE — soit seule, comme dans gare, maire, pire, encore, dure, coure, moire, meure, etc. ; soit redoublée, comme dans barre, pierre, myrrhe, abhorre, bourre, leurre, etc. ; soit précédée d'une explosive labiale, comme dans zèbre, âpre, Chypre, etc. ; ou d'une explosive linguale, comme dans cèdre, mitre, outre, etc.

6° A l'antépénultième des mots terminés en asion, assion, et ation : occasion, passion, tentation.

1" Le son o est toujours long, — à la fin des mots quand il s'écrit o, seul ou suivi d'une consonne muette, comme dans ordo, quiproquo, escroc, paletot, billot, etc., — où qu'il soit, quand il s'écrit au ou eau : beau, chapeau, haut, pauvre, manteau, chaud, etc.

8° En général, les voyelles écrites par deux ou plusieurs lettres, au, eau, ai, ei, sont longues : pauvre, bateau, laine, vaine, reine, peine. Mais ce n'est pas une règle absolue.

129. Syllabes brèves. — La voix passe, plus ou moins rapide, sur une syllabe, en faisant par là même une syllabe brève.

1" Quand elle est suivie d'une voyelle autre que l'e muet: oui, hier, huit, ouvrier, féal, pieux, etc.

2» Toutes les fois que, faisant partie de la première syllabe d'un mot, elle ne porte pas l'accent circonflexe : abatis, ajouté, étique, italien, oblation, unique, jbaliveau, Jboutique, curieuse, façon, dilemme, potence, etc.

3" Quand elle est suivie de deux consonnes différentes

dont la seconde se rattache à la syllabe suivante : at-las, bor-dure, cer-ceau, mas-que, respec-tueux , protecteur, infir-me.

A" Quand elle est suivie de deux consonnes semblables — toutes les fois que les deux se prononcent : il-légal, illégitime, im-mense, hor-rible, essence, ter-reiir, etc. ; et même lorsqu'on n'en prononce qu'une : affreuse, collège, offre, belle, collation, etc. ; sauf quand les deux consonnes sont deux rr ou deux ss, car alors la voyelle qui précède est tantôt longue, comme dans barreau, carreau, classe, chasse, et tantôt brève, comme dans arrêt, barrière, embrasse et confesse, etc.

5» Dans les finales masculines non terminées par une des caractéristiques du pluriel : sac, bec, œil, contour, tribu, fauteuil, etc. — Exceptez les finales sonnant o qui sont toujours longues.

6° Sur les signes, quels qu'ils soient et où qu'ils se trouvent, des sons E moyen, E fermé, EU doux et EU muet.

7" Sur les voyelles e, i, o, u, suivies de la désinence tion : discrétion, pétition, potion, comparution, etc.

8'' Sur les pénultièmes des désinences suivantes :

ADE : aubade, ballade, cascade, fade, pommade.

AFE, APHE ; agrafe, carafe, épitaphe, girafe, épigraphe.

AGUE : blague, dague et vague.

AS QUE : bourrasque, casque, masque, fantasque, tarasque.

ASTE et ASTRE : chaste, faste, astre, pilastre.

AVE : brave, grave, rave, entrave, conclave.

AX et AXE : Agax, thorax, taxe, syntaxe.

ÉBRE : Èbre, funèbre, ténèbre.

ÈCE : pièce et nièce.

ÉCLE : dans siècle.

ÈDE : tiède, remède.

ÈGLE : espiègle, règle, seigle.

ÈGRE et AIGRE ; maigre, nègre, intègre, aigre, vinaigre.

AIGNE : châtaigne, saigne, baigne, daigne, etc. EPTE. EPTRE : précepte, accepte, sceptre. IBLE : Bible, cible, sensible, risible.

OBE : gobe, robe, globe, dérobe, lobe.

OBLE : noble, Grenoble, ignoble, vignoble. OCHE : galoche, proche, reproche.

OCLE : binocle, socle. Thémistocle.

UBLE : chasuble, affuble, soluble.

UCE : astucieuse, puce, suce.

UDE : exactitude, rude, étude.

OUBLE : double, rouble, trouble.

EULE : gueule, meule, seule. Exceptez veule. EUE : neuf, veuf. EUL et EUIL : tilleul, seuil, fauteuil, deuil.

130. Syllabes tantôt longues et tantôt brèves.— Un certain nombre de syllabes, bien que graphiquement les mêmes,, suivant les circonstances, sont longues ou brèves. Pareils changements n'atïectent que la pénultième. Voici les principaux :

Abe, bref dans arabe, crabe, syllabe, souabe, est long dans astrolabe.

Able, bref dans les adjectifs sans exception : affablCr aimable, etc. ; est long dans les verbes : accable, cable, etc. ; et dans les substantifs : fable, diable, etc. ; excepté dans table et étable.

Ace, bref généralement : audace, grimace, tenace, etc. ; est long par exception dans espace, grâce, lace et les dérivés, délace et entrelace.

lÊ^ LA SCIENCE DE L'ARTICULATION

Ache, bref pour l'ordinaire : tache (souillure) vache, cache, moustache, etc. ; est long dans : tâche, (mesure de travail) bâche, fâche, tâche, mâche, rebâche, relâche.

Acle, bref dans habitacle, oracle, etc., n'est long que dans racle et débâcle.

Acre, bref dans diacre, nacre, fiacre, etc., est long dans acre, (aigre) et macre (plante aquatique).

Adre, bref dans ladre, est long dans cadre et escadre.

Age, bref toujours : bocage, engage, etc. ; sauf dans âge.

Agne, bref partout: Espagne, cocagne, etc.; excepté dans gagne.

Aille, bref généralement : travaille, médaille, etc., est long dans bataille, funérailles, rimaille, Versailles.

Aillon, tantôt bref: bataillon, médaillon, etc., et tantôt long : bâillon, haillon, etc.

Al, aie, aile, brefs partout : bal, balle, royale, etc. ; sauf dans hâle, pâle, râle.

Ame, bref : dame, rame, etc. ; excepté dans âme, blâme, infâme, et dans toutes les formes verbales en âmes.

An, bref au singulier : ruban, pélican, cran ; long au pluriel : rubans, pélicans, crans.

Ane et anne, brefs dans cabane, sultane, Suzanne, panne etc., sont long dans crâne, mânes, et Manne.

Ape, hrei: frappe, sape, pape, etc. est long dans râpe.

Acques et aques, brefs dans Andromaque, Nicomaque, etc., est long dans Jacques et Pâques.

Asse, bref généralement ; paillasse, chasse, bécasse, etc., est long dans amasse, basse, casse, entasse, châsse, grasse, lasse, passe, tasse et dans les imparfaits du subjonctif terminés ainsi que j'aimasse, etc.

At, bref partout: avocat, plat, etc., sauf dans appât, bât, dégât, mât.

Ate, aies, long généralement : hâte, gâte, aimâtes, etc, est bref dans agate, date, frégate, régate.

Atre et attre, long partout : idolâtre, pâtre, sauf dans quatre, battre et ses dérivés.

Ai, bref quand il se prononce comme E fermé : gai, geai, chantai, est long quand il se prononce comme E ouvert : vrai, essai, quai, etc.

Aigre, bref dans aigre et vinaigre, est long dans mai- ^re.

Aine, bref dans capitaine, fontaine, plaine, souveraine, est long dans chaîne, gaîne, haine, traîne.

Ait, aite, brefs dans attrait, fait, faite, retraite, etc., est long dans paît, plaît, naît, faîte.

Èche, bref dans brèche, calèche, crèche, flammèche, flèche, lèche, sèche, pèche, est long dans bêche, dépêche, pêche, empêche, prêche, revêche.

Èfle, bref dans trèfle, et long dans nèfle.

Ème, bref dans crème et sème, est long dans baptême, chrême, diadème, même, problème, système.

Ène, long dans alêne, cène, chêne, frêne, gêne, pêne, scène, rêne, et dans les noms propres d'origine grecque : Diogène, Mécène, Athènes, etc., est bref dans ébène, catéchumène, noumène, paralipomène, phénomène.

Èpre, long dans vêpres et bref dans lèpre.

Èque, bref généralement : chèque, hypothèque, etc., -est long dans évêque, archevêque et obsèques.

Er, long dans amer, enfer, fer, hiver, mer, ver, est bref dans cancer, cher, clerc, ether, Jupiter, Lucifer, magister.

Esse, long dans abbesse, cesse, compresse, confesse, empresse, lesse, presse, professe, est bref dans les déri-

vés : cesser, confesser, empresser, presser, professer ^ et dans les mots caresse, kermesse, messe, paresse,, tendresse.

Et, bref, règle générale : Jbidef, cadet, hochet, etc., est long dans acquêt, apprêt, arrêt, benêt, forêt, genêt,, intérêt, prêt, protêt, têt.

Eté long généralement : bête, enquête, fête, prophète,. etc., est bref dans poète et comète.

Etre, bref: diamètre, lettre, mettre, pénètre, est long quand il porte l'accent circonflexe : être, hêtre, salpêtre, etc.

Eve, long dans grève, têve, trêve, et dérivés, est court dans : achève, brève, crève, fève, lève.

Ode, bref dans code, mode, ode, etc., est long dans il rôde, et dérivés.

Oge, bref dans éloge, horloge, est long dans doge.

Ole, bref dans désole, frivole, parole, obole, etc., est long dans drôle, contrôle, geôle, enjôle, môle, pôle, tôle.

Osse, bref dans bosse, brosse, caresse, crosse, rosse, etc., est long dans désosse, endosse, fosse, grosse et dérivés.

Ote, bref dans capote, dévote, ergote, tricote, etc., est long dans côte, maltôte, Pentecôte.

Otre, long dans apôtre, nôtre, etc., est bref, par exception, dans votre placé avant un substantif; votre maison.

Uche, hreMdins autruche, peluche, perruche, est longdans bûche et embûche.

Ule, bref dans Jbascuie, formule, mule, recule, n'est long que dans brûle.

Ute, utes, bref dans bute, culbute, débute, dispute, est long dans flûte, et dans les parfaits : vous eûtes, vous fûtes.

Ut, bref dans comput, preciput, statut, sauf dans les imparfaits du subjonctif, qu'il mourût, qu'il lût, qu'il se tût.

Isse, bref toujours, excepté au subjonctif: que je fisse, que y écrivisse.

Ite, bref dans bronchite, frite, etc., est long dans bénite, gîte.

Ive, bref d'ordinaire : rive, qu'il vive, etc., est long dans les adjectifs féminins, pensive, maladive.

EU

Eule, bref d'ordinaire, gizeizie, seule, etc., est long dans meule, et veule.

Eune, bref dans jeune homme, est long dans jeûne quadragésimal.

131, Rien d'absolu. — Classifications qui n'ont rien d'absolu Non seulement la durée de chaque élément subit toutes les oscillations du mouvement général du discours, s'allongeant quand il se ralentit, s'abrégeant, quand il s'accélère. 11 suffit même assez souvent de déplacer un mot pour modifier sa quantité relative, pour faire d'une syllabe longue, une brève et d'une brève, une longue.

Quelques exemples :

Régulièrement è pénultième est long dans honnête. Faites-le précéder d'un substantif, il garde sa quantité : Un

Jiomme honnête ; faites-le suivre du substantif, il devient bref: Un honnête homme.

Régulièrement aussi e pénultième est bref dans caresse. Dites: caresses perfides, il reste court; dites perfides caresses, il est long.

Quelques règles :

En général on allonge les syllabes accentuées suivies d'une syllabe muette, quand elles se trouvent à la fin de la phrase, ou du membre de phrase.

Je me souviens toujours que je vous dois l'empire L'avenir ? l'avenir, mystère, Toutes les choses de la terre, Gloire, fortune militaire. . .

Souvent on allonge la pénultième dans les adjectifs poly- •syllabes terminés en able, destinés à produire une impression prolongée.

<( Je te plains de tomber dans ses mains redoutables, Ma fille... » En achevant ces mots épouvantables...

432. Acceptions diverses du mot accent. — A s'en tenir au «ens étymologique — ad-cantus — « au chant », l'accent désigne tout ce qui a trait à la musique, toutes les qualités du son. Or, contrairement à ce qui a lieu pour l'ordinaire, J'étymologie du mot dans le cas présent explique admirablement son histoire.

Les qualités du son sont au nombre de quatre : le timbre, la hauteur, l'intensité et la durée. Accent, adcantus, désignera donc nécessairement, s'il reste fidèle au sens primitif, l'une ou plusieurs de ces qualités ou toutes ensemble.

On dit d'un homme qu'il a de l'accent et tel accent, lors- .qu'il a une manière particulière et connue de prononcer les «consonnes et surtout de former les voyelles, un timbre par

conséquent révélateur de son origine : auvergnat, picard^ alsacien, breton.

On dit d'une parole qu'elle a de l'accent, ou plutôt des accents lorsqu'elle sait donner à l'expression phonétique de la pensée, avec la durée et le ton, l'intensité convenable : les accents de l'autorité, de la passion, de la colère, etc.

On dit d'une période qu'elle est donnée selon les règles d'une bonne accentuation lorsque chaque mot y est prononcé avec l'intensité sans doute, mais surtout sur le ton le plus propre à faire ressortir le rôle qu'il remplit, sa raisoa d'être et ses relations.

On dit d'une syllabe qu'elle est accentuée lorsqu'elle nécessite, pour être bien prononcée, une insistance qui modifie presque invariablement avec le ton et ïintensité, la durée même de l'émission.

On dit enfin d'une voyelle qu'elle est accentuée, lorsqu'elle porte un signe adopté pour rappeler au lecteur que la syllabe dont cette voyelle fait partie doit être prononcée de telle ou telle façon, cette façon alïectant tantôt une seule et tantôt plusieurs des qualités du son vocal.

Ainsi s'expliquent et se développent les cinq principales, acceptions du mot: accent proyinciai ; acceni pathétique ; accent périodique, rationnel ou logique; accent proso digue ou syllabique ; et accents ou signes orthographiques.

Il n'est question, pour le moment, que de l'accent prosodique.

« L'accent prosodique en général, dit M. Grouslé, est une sorte de chant, qui consiste à donner à certaines syllabeset à certains mots plus d'importance qu'aux autres,

(( Il n'est marqué dans l'écriture par aucun signe. On se gardera bien de le confondre avec les signes graphiques appelés accents.

« En français, l'accent tonique, ou simplement l'accent.

est l'appui de la voix sur certaines syllabes qu'on appelle fortes ou toniques. Les syllabes non accentuées sont faibles ou atones ^ . »

133. Règles de l'accent français. — Les monosyllabes sont accentués quand ils expriment une idée, comme rat, lait, lit, chaud, fut, tout, meurt ; — ils ne le sont pas quand ils ne servent qu'à exprimer un rapport, comme dans, très, pour, mais, dont, et, etc. ; — ils ne peuvent l'être quand leur voyelle est l'e muet ; me, te, se le, que, de, etc.

Dans tout mot de deux syllabes il y a une syllabe accentuée, et cette syllabe est toujours la dernière si la voyelle n'est pas un e muet, et l'avant-dernière, si la dernière est muette : toujours, victoire, donnait, courage. Appuyez sur ou, oi, ai, a.

Dans les mots de plus de deux syllabes sonores, c'est toujours sur la dernière qu'on appuie le plus fortement : géné-ral, au-to-ri-té, cons-ti-tu-tion, Na-bu-cho-do-nosor. Appuyez sur rai, té, on, sor. Mais cet accent principal est souvent précédé, suivant le nombre des syllabes, d'un ou de plusieurs autres accents de moindre intensité.

Les accents secondaires frappent, en général, de deux en deux syllabes, en remontant, à partir de celle qui porte l'accent primaire. Ainsi, les syllabes se suivent de telle sorte qu'il y en ait une accentuée et une non accentuée.

Quand le mot de plus-eurs syllabes est un mot composé, l'accent secondaire porte de préférence sur la syllabe du préfixe ou du mot qui aurait eu un accent principal, si les deux parties composantes étaient restées séparées. Paratonnerre, par exemple, aura l'accent principal sur l'e médial de tonnerre et l'accent secondaire sur le second a de para. Dans abat-jour, pour la même raison, Vou ôejour a l'accent

1, E. Crouslé, Grammaire, p. 29.

principal, et l'accent de l'a dans abat devient secondaire i .

L'accent principal, quel que soit le nombre des éléments du polysyllabe en question, ne recule jamais au delà de la pénultième. Aucun mot français ne peut finir par deux syllabes muettes.

Pour éviter cet accident, on fera, s'il le faut, subir une modification au radical lui-même. Recevoir, qui admettras bien recevons et recevez, parce que la dernière syllabe de ■ces deux formes est sonore, devient reçoivent à la troisième personne du pluriel, parce que la dernière syllabe de cette forme est muette. On transformera même une muette finale en sonore quand la construction en fera phonétiquement une pénultième, et c'est pour cela que parle-je, chante-je ? devient parlé-je et chanté-je ?

a Dans tout groupe de mots réunis par le sens, le dernier mot reçoit l'accent le plus fort.

Dis-le-moi. — Le ciel en soit loué. — Honore tes parents. — Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon cœur.

« Tout mot sur lequel on veut appuyer particulièrement reçoit un très fort accent :

Dans un si grand revers, que vous reste-t-il ? MOI ;

MOI, dis-je, et c'est assez.

Et VOUS, l'un des soutiens de ce tremblant État, VO US, nourri dans les camps du saint roi Josaphat. . *

Aucune phrase ne pouvant se terminer par un monosyllabe muet, quand l'un de ces derniers est régulièrement appelé par le sens, ou on le déplace, à l'aide d'une inversion disant : il me mord pour il mord me, envoie-le-nous, pour envoie-nous-le ; — ou on le rend sonore, en le transformant, disant ôte-toi pour ôte-te, crois-leu pour crois le.

l. Louis Favre, Traité de diction, i, 291. 1. Crouslé, 1. c, p. 30.

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. Je étant muet et tu, il, ils n'ayant qu'une médiocre sonorité, ces pronoms sont régulièrement remplacés quand le sens demande un accent très fort, parjnoi, toi, lui, eux. Que vous reste-t-il? — Moi. — Qui te l'a dit ? — Toi. — Qui le demande ? — Lui. — Qui le fera ? — Eux.

134. Le bredouillement. — Le bredouillement est un vice de la parole directement opposé à la bonne prononciation des mots. Le bredouilleur altère les mots en ne prononçant qu'imparfaitement certaines syllabes ; à l'opposé du balbutieur qui, avec hésitation et non sans effort, laisse tomber de loin en loin les mots lents à venir d'une phrase qui ne finit pas, le bredouilleur, comme entraîné par une force irrésistible, se précipite à la poursuite d'un but à atteindre au plus vite, au risque de brouiller ou de briser les mots en faisant les syllabes se tamponner, s'écraser ou chevaucher les unes sur les autres.

Absolument pris sur le vif les exemples suivants empruntés au D'" Colombat.

J' s'ual à l'sal stoi natrel d'Jard d'plan, pour : Je suis allé à la salle d'histoire naturelle du Jardin des plantes. — Bon j' m' s' sieu', d'seraispalé pat'clier, pour : Bonjour, monsieur, je désirerais vous parler en particulier. — Je m'ap' Josep J'iien : je s' d' Lyon, pour : Je m'appelle Joseph Julien, je suis de Lyon. — Voir troup' ligne q' pass' dans r rue, pour: Voilà la troupe de ligne qui passe dans la rue.

Les causes du bredouillement sont multiples. , Il en est de physiques. Certaines affections nerveuses et en particulier la surexcitation que produit chez plusieurs le fonctionnement laborieux d'un estomac fatigué, rendent très difficile la récitation mesurée de telle ou telle formule ou l'articulation tranquille de telle ou telle phrase.

Il en est de morales. Une certaine paresse physique na-

turelle qui recule devant l'effort, jointe à une vivacité d'esprit innée qui précipite vers les idées, voilà ce qu'on retrouvera presque toujours à l'origine de cette infirmité vocale, quand elle relève de la volonté.

L'influence des causes physiques se fait surtout sentir dans la parole publique; tout bas, posément, sans difficulté,, je récite cette prière ; obligez-moi à la dire tout haut, devant les fidèles ; je cours, je vole, j'arrive ; arrêtez ! impossible. Que dites-vous? rien.

L'action des causes morales paraît plus décisive dans l'intimité. Nette et mesurée dans la lecture ou dans le discours parce que je me surveille, ma parole devient confuse et précipitée dans la conversation parce que je m'abandonne. Mes auditeurs m'entendent parfaitement; mes familiers me devinent à peine.

Le moyen de se préserver ou de se guérir du bredouillement sera donc, suivant le cas, de soigner son estomac et ses nerfs, ou de combattre énergiquement la précipitation de l'esprit et la paresse de l'organisme: de l'hygiène et de la volonté.

« Cette infirmité, nous dit le docteur déjà cité, sera facilement combattue, et pourra, dans un grand nombre de cas, cesser entièrement, si on a le soin d'accorder quelque attention à la prononciation des mots, qui devra être toujours allongée afin de combattre le défaut par des habitudes contraires.

« On préviendra le bredouillement chez les enfants en les faisant lire à haute voix et en les forçant à rythmer tous leurs mots.

« Ces moyens seront plus efficaces si l'on y joint de plus l'étude des langues étrangères, et si l'on oblige les jeunes bredouilleurs à s'exercer le plus possible dans l'une de ces langues.

a On recommandera également aux dysphones de cegen-

re de desserrer les dents et d'ouvrir convenablement la bouche pour laisser sortir la voix i .»

Encore un conseil pratique. Pour prévenir ou réprimer le bredouillement dans la récitation en public d'une formule familière, tenir constamment les yeux sur cette formule, Ifépeler pour ainsi dire, et, durant ce travail positif de lecture, tenir un doigt, de préférence l'index, légèrement posé sur les lèvres, comme pour recommander le silence.

1* Ouvrage cité, p. 299.

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