‹ Parlons ainsi de la voix et du gesteChapitre 66 sur 122 · Legouvé, T.a lecture en action, 2r>i · texte numérisé non relu

Legouvé, T.a lecture en action, 2r>i

•d'abord sur ses cordes vocales. Sa palette à lui, c'est l'alphabet. Sur tous les sons qu'utilise la parole, il voudra connaître les ressources de son instrument ; il se rendra compte des nuances qu'il peut exprimer et de celles qu'il ne saurait rendre. Parmi les m.étaux dont la voix est faite, et il saura ceux qui lui manquent, et, de ceux qu'il possède, il verra ies imperfections. Guérir ces dernières sera son ambition unique. On n'ajoute rien au métal de la voix, si ce n'est l'adoucissement que donne l'exercice, si ce n'est le revêtement que rend possible l'industrie, a Le métal de la voix ne s'acquiert pas, le velours s'acquiert. Il ne s'agit que de savoir attaquer le son. L'éducation du son est un des grands secrets de l'élude de la lecture... L'art modifie profondément la voix, surtout quand il s'agit de l'adoucir. Le point capital est d'avoir un organe timbré. Le reste est affaire de temps et de travail i. »

214. Pour rire. — Pour assouplir la voix on peut ajouter aux exercices d'articulation et de vocalisation déjà recommandés et indiqués ailleurs des exercices de rire à la manière suivante :

ha ha ha ha ha hé hé hé hé hé hi hi hi hi hi ho ho ho ho ho hu hu hu hu hu hou hou hou hou hou heu heu heu heu heu

Recommencer plusieurs fois, en variant chaque fois le nombre des émissions et la rapidité du mouvement d'ensemble.

. 1. Legouvé, La lecture en action, p. 261.

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215. Le coloris dans la diction. — Avoir reçu du ciel une voix métallique, d'or, d'argent ou d'airain, et s'être fait par l'exercice une voix de velours, est-ce suffisant pour très bien dire? Non. On peut avoir sous la main la plus riche collection de couleurs, savoir étaler sur sa palette la plus admirable série de nuances, et n'être qu'un barbouilleur. On peut avoir, dans son larynx, le moyen d'imiter toutes les résonnances, savoir reproduire à la perfection toutes les harmonies de la voix humaine, et n'être qu'un bredouilleur.

C'est que l'essentiel pour le peintre, n'est pas d'acquérir des couleurs, — question de gros sous ; — ni d'en faire sur la palette un heureux mélange, — question de métier ; mais bien de les appliquer avec art sur un beau dessin : à ce prix seulement, on est coloriste.

C'est que l'essentiel, pour le parleur, n'est pas d'acquérir de la voix, — le ciel seul la donne ; ni de savoir exécuter sur les cordes de son larynx toutes les variations qu'elles peuvent rendre, — gymnastique et discipline ; mais bien de tirer à propos de son organe les accents les plus propres à rendre de nobles pensées : à ce prix seulement on est orateur. Exercez- vous.

La nuit.

Je me suis levé pendant la nuit avec David, ((. pour voir vos cieux qui sont les ouvrages de vos doigts, la lune et les étoiles que vous avez fondées ». Qu'ai-je vu, ô Seigneur, et quelle admirable image des effets de votre lumière infinie! Le soleil s'avançait, et son approche se faisait connaître par une céleste blancheur qui se répandait de tous côtés : les étoiles étaient disparues, et la lune

s'était levée avec son croissant, d'un argent si beau et si vif, que les yeux en étaient charmés. Elle semblait vouloir honorer le soleil, en paraissant claire et illuminée par le côté qu'elle tournait vers lui ; tout le reste était obscur et ténébreux ; et un petit demi-cercle recevait seulement dans cet endroit-ià un ravissant éclat, par les rayons du soleil, comme du père de la lumière. Quand il la voit de ce côté, elle reçoit une teinte de lumière: plus il la voit, plus sa lumière s'accroît. Quand il la voit toute entière, elle est dans son plein ; et plus elle a de lumière, plus elle fait honneur à celui d'où elle I ai vient. Mais voici un nouvel hommage qu'elle rend à son céleste illuminateur. A mesure qu'il approchait, je la voyais disparaître ; le faible croissant diminuait peu à peu ; et quand le soleil se fut montré tout entier, sa pâle et débile lumière s'évanouissant, se perdit dans celle du grand astre qui paraissait, dans laquelle elle fut comme absorbée. On voyait bien qu'elle ne pouvait avoir perdu sa lumière par l'approche du soleil qui l'éclairait ; mais un petit astre cédait au grand, une petite lumière se confondait avec la grande ; et la place du croissant ne parut plus dans le ciel où il tenait auparavant un si beau rang parmi les étoiles.

Mon Dieu, lumière éternelle, c'est la figure de ce qui arrive à mon âme, quand vous l'éclairez. Elle n'est illuminée que du côté que vous la voyez : partout où vos ravons ne pénètrent pas, ce n'est que ténèbres ; et quand ils se retirent tout à fait, l'obscurité et la défaillance sont entières. Que faut-il donc que je fasse, ô mon Dieu, sinon de reconnaître de vous toute la lumière que je reçois? Si vous détournez votre face, une nuit affreuse nous enveloppe, et vous seul êtes la lumière de notre vie...

0 lumière incompréhensible, par laquelle vous illuminez tous les hommes qui viennent au monde, et d'une façon particulière ceux de qui il est écrit : « Marchez comme des enfants de lumière.» Outre l'hommage que nous vousdevons,

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de vous rapporter toute la lumière et toute la grâce qui est en nous, comme la tenant uniquement de vous, qui êtes le vrai Père des lumières ; nous vous en devons encore un autre, qui est que notre lumière, telle quelle, doit se perdre dans la vôtre, et s'évanouir devant vous. Oui, Seigneur, toute lumière créée, et qui n'est pas vous, quoiqu'elle vienne de vous, vous doit ce sacrifice de s'anéantir, de disparaître en votre présence; et disparaître principalement à nos propres yeux : en sorte que, s'il y a quelque lumière en nous, nous la voyions, non point en nous-mêmes, mais en celui que vous nous avez donné « pour nous être sagesse, et justice, et sainteté, et rédemption ; afin que celui qui se glorifie, se glorifie, » non point en lui-même, mais uniquement en Notre-Seigneur, »

Les champs élysées.

Mille petits ruisseaux d'une onde pure arrosaient ces beaux lieux, et y faisaient sentir une délicieuse fraîcheur; un nombre infini d'oiseaux faisaient résonner ces bocages de leur doux chant. On voyait tout ensemble les fieurs du printemps qui naissaient sous les pas, avec les plus riches fruits de l'automne qui pendaient des arbres. Là, jamais on ne ressentit les ardeurs de la furieuse canicule ; là, jamais les noirs aquilons n'osèrent souffler, ni faire sentir les rigueurs de l'hiver. Ni la guerre altérée de sang, ni la cruelle envie qui mord d'une dent venimeuse, et qui porte des vipères entortillées dans son sein et autour de ses bras, ni les jalousies, ni les défiances, ni la crainte, ni les vains désirs n'approchent jamais de cet heureux séjour de la paix.

1. Traité de la Concupiscence, chap. xxxii. Écfit. de Versailles, t. x, p. 443-5.

Le jour n'y finit point, et la nuit, avec ses sombres voiles, y est inconnue : une lumière pure et douce se répand autour des corps de ces hommes justes, et les environne de ses rayons comme d'un vêtement. Cette lumière n'est point semlilable à la lumière sombre qui éclaire les yeux des misérables mortels, et qui n'est que ténèbres ; c'est plutôt une gloire céleste qu'une lumière: elle pénètre plus subtilement les corps les plus épais, que les rayons du soleil ne pénètrent le plus pur cristal : elle n'éblouit jamais ; au contraire, elle fortifie les yeux, et porte dans le fond de l'âme je ne sais quelle sérénité : c'est d'elle seule que ces hommes bienheureux sont nourris; elle sort d'eux et elle y entre ; elle les pénètre et s'incorpore à eux comme les aliments s'incorporent à nous. Ils la voient, ils la sentent, il la respirent ; elle fait naître en eux une source intarissable de paix, de joie : ils sont plongés dans cet abîme de joie, comme les poissons dans la mer. Ils ne veulent plus rien ; ils ont tout sans rien avoir, car ce goût de lumière pure apaise la faim de leur cœur ; tous leurs désirs sont rassasiés, et leur plénitude les élève au-dessus de tout ce que les hommes vides et allâmes cherchent sur la terre : toutes les délices qui les environnent ne leur sont rien, parce que le comble de leur félicité, qui vient du dedans, ne leur laisse aucun sentiment pour tout ce qu'ils voient de délicieux au dehors. Ils sont tels que les dieux, qui, rassasiés de nectar et d'ambroisie, ne daigneraient pas se nourrir des viandes grossières qu'on leur présenterait à la table la plus exquise des hommes mortels. Tous les maux s'enfuient loin de ces lieux tranquilles : la mort, la maladie, la pauvreté, la douleur, les regrets, les remords, les craintes, les espérances mêmes, qui coûtent souvent autant de peines que les craintes ; les divisions, les dégoûts, les dépits ne peuvent y avoir aucune entrée.

Les hautes montagnes de ïhrace, qui de leur front cou-

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vert de neige et de glace depuis l'origine du monde, fendent les nues, seraient renversées de leurs fondements posés au centre de la terre, que les cœurs de ces hommes justes ne pourraient pas même être émus. Seulement ils ont pitié des misères qui accablent les hommes vivants dans le monde; mais c'est une pitié douce et paisible qui n'altère en rien leur immuable félicité. Une jeunesse éternelle, une félicité sans fin ; une gloire toute divine est peinte sur leurs visages : mais leur joie n'a rien de folâtre ni d'indécent ; c'est une joie douce, noble, pleine de majesté ; c'est un goût sublime de la vérité et de la vertu qui les transporte, Ils sont sans interruption, à chaque moment, dans le même saisissement de cœur où est une mère qui revoit son cher fils qu'elle avait cru mort ; et cette joie, qui échappe bientôt à lanière, ne s'enfuit jamais du cœur de ces hommes ; jamais elle ne languit un instant ; elle est toujours nouvelle pour eux ; ils ont le transport de l'ivresse, sans en avoir le trouble et l'aveuglement.

Ils s'entretiennent ensemble de ce qu'ils voient et de ce qu'ils goûtent : ils foulent à leurs pieds les molles délices et les vaines grandeurs de leur ancienne condition qu'ils déplorent ; ils repassent avec plaisir ces tristes mais courtes années où ils ont eu besoin de combattre contre eux-mêmes et contre le torrent des hommes corrompus, pour devenir bons; ils admirent le secours des dieux qui les ont conduits, comme par la main, à la vertu, au travers de tant de périls. Je ne sais quoi de divin coule sans cesse au travers de leurs cœurs, comme un torrent de la divinité même qui s'unit à eux; ils voient, ils goûtent ; ils sont heureuxet sentent qu'ils le seront toujours. Ils chantent tous ensemble les louanges des dieux, et ils ne font tous ensemble qu'une seule voix, une seule pensée, un seul cœur : une même félicité fait comme un flux et un reflux dans ces âmes unies.

Dans ce ravissement divin, les siècles coulent plus rapi-

dément que les heures parmi les mortels; et cependant mille et mille siècles écoulés n'ôtent rien à leur félicité toujours entière. Ils régnent tous ensemble, non sur des trônes que la main des hommes peut renverser, mais en eux-mêmes, avec une puissance immuable ; car ils n'ont plus besoin d'être redoutables par une puissance empruntée à un peuple vil et misérable. Ils ne portent plus ces vains diadèmes dont l'éclat cache tant de craintes et de noirs soucis : les dieux mêmes les ont couronnés de leurs propres mains avec des couronnes que rien ne peut flétrir.

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