Helmholtz, cité par Brown, p
304 l'art de la phonation
tées à d'harmonieux mélanges des couleurs rouge, jaune et bleu ; toutes les harmonies de la parole dues à de splendides successions des voix d'or, d'argent et d'airain.
C'est à l'industrie que le peintre demande ses couleurs ; c'est à son larynx que le parleur emprunte les siennes. La peinture a des fournisseurs ; la parole n'a que des maîtres. L'assortiment des couleurs, mille industriels le produisent ; le métal de la voix. Dieu seul le donne.
« Le coloris dans la diction est autre chose que la verve, l'esprit, l'émotion ; c'est une qualité toute spéciale et qui demande des dons particuliers. Le premier de ces dons, c'est une voix timbrée. Celui qui n'a pas de timbre, je dirais volontiers, qui n'a pas de métal dans la voix, ne sera jamais un lecteur coloriste. Ce métal peut être d'or, d'argent ou d'airain, car à chacun de ces métaux correspond une sonorité différente : la voix d'or a plus de brillant, la voix d'argent a plus de charme, la voix d'airain a plus de force ; mais une des trois est nécessaire. Une voix sans métal ressemble à des dents sans émail ; elles peuvent être solides et saines, elles ne sont pas brillantes ^. » Pas plus donc de diction sans métal que de coloris sans couleur. La faculté de bien dire, avant tout, est un don de nature, et, en un sens très vrai, toute voix vient du ciel.
213. Notre palette, c'est l'alphabet. — Faculté indispensable : comment parler sans voix ? mais faculté insuffisante : on n'est pas plus orateur, pour avoir une voix magnifique, qu'on n'est coloriste pour posséder un assortiment complet de couleurs.
Les nuances dont il veut se servir pour animer et embellir son dessin, le peintre doit tout d'abord les préparer sur sa palette. Les harmonies dont il a besoin pour faire vivre et briller son discours, l'orateur doit les étudier tout