Télémaque, livre xiv
312' l'art de la phonation
Il y en avait aussi qui semblaient, dans un recueillement profond, écouter une parole secrète, et puis, l'œil fixé sur le couchant, tout à coup ils chantaient une aurore invisible et un jour qui ne finit jamais. Où sont-ils ? « Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur ! »
Entraînés pêle-mêle, jeunes, vieux, tous disparaissaient,, tels que le vaisseau que chasse la tempête ; on compterait plutôt les sables de la mer que le nombre de ceux qui sehâtaient de passer. Où sont-ils ? « Heureux les morts qui vivent dans le Seigneur ! »
Ceux qui les virent ont raconté qu'une grande tristesse était dans leur cœur ; l'angoisse soulevait leur poitrine, et, comme fatigués du travail de vivre, levant les yeux au ciel, ils pleuraient. Où sont-ils? Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur !
Des lieux inconnus, où le fleuve se perd, deux voix s'élèvent incessament.
L'une dit : « Du fond de l'abîme j'ai crié vers vous, Seigneur; Seigneur, écoutez mes gémissements, prêtez l'oreille à ma prière. Si vous scrutez nos iniquités, qui soutiendra vos regards ? Mais près de vous est la miséricorde et une rédemption immense ! »
Et l'autre: « Nous vous louons, ô Dieu, nous vous bénissons : saint, saint, saint, le Seigneur Dieu des armées, la terre et les cieux sont remplis de votre gloire ! »
Et nous aussi, bientôt nous irons là d'où partent ces plaintes ou ces chants de triomphe. Où serons-nous ? qui nous le dira? Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur ! Lamennais i.
C'était le loup.
Tout à coup le vent fraîchit. La montagne devint violette ; c'était le soir...