‹ Parlons ainsi de la voix et du gesteChapitre 69 sur 122 · Février · texte numérisé non relu

Février

— Déjà ! dit la petite chèvre ; et elle s'arrêta fort étonnée. En bas, les champs étaient noyés de brume. Le clos de

M. Seguin disparaissait dans le brouillard, et de la maisonnette on ne voyait plus que le toit avec un peu de fumée. Elle écouta les clochettes d'un troupeau qu'on ramenait, et se sentit l'àme toute triste... Un gerfaut, qui rentrait, la frôla de ses ailes en passant. Elle tressaillit... puis ce fut un hurlement dans la montagne :

— Hou 1 hou !

Elle pensa au loup ; de tout le jour la folle n'y avait pas pensé... Au même moment une trompe sonna bien loin dans la vallée. C'était ce bon M. Seguin qui tentait un dernier effort.

— Hou 1 hou 1... faisait le loup

— Reviens ! reviens !... criait la trompe. Blanquette eut envie de revenir, mais en se rappelant le

pieu, la corde, la haie du clos, elle pensa que maintenant elle ne pouvait plus se faire à cette vie, et qu'il valait mieux rester.

La trompe ne sonnait plus...

La chèvre entendit derrière elle un bruit de feuilles. Elle se retourna et vit dans l'ombre deux oreilles courtes, toutes droites, avec deux yeux qui reluisaient... C'était le loup.

Alph. Daudet,

Le vent

l'été

Entendez-vous le vent qui chante?

Son haleine chaude et tremljlante Nous vient du grand ciel qui m'enchante. .De la terre superbe et méchante

314i l'art de la phonation

Flore se berce au vent qui chante.

Si j'étais le vent, je voyagerais Aux pays que Dieu bénit de plus près, Aux villes d'Asie, aux îles de Grèce ; J'irais m'embaumer aux fleurs du levant, Mon souffle serait comme une caresse Si j'étais le vent.

l'automne

Entendez- vous le vent qui gronde?

Et de sa voix rauque et profonde On dirait qu'il apporte au monde Les plaintes de ceux qui, sur l'onde, Ont péri dans le vent qui gronde.

Si j'étais le vent, j'irais sur les flots Écouter d'où vient le bruit des sanglots ; J'irais vous guider, voiles solitaires Des marins perdus au désert mouvant ; Tous les naufragés reverraient leur terre, Si j'étais le vent.

l'hiver

Entendez-vous le vent qui pleure?

Il nous dit que rien ne demeure.

Que toute espérance nous leurre.

Et qu'il faut qu'on passe ou qu'on meure. Comme passe le vent qui pleure.

Si j'étais le vent j'irais dans la nuit Rêver morne et seul, loin, bien loin du bruit; J'irais m'égarer dans les cimetières Et, dernier écho du monde vivant.

Je dirais aux morts des chants de prières, Si j'étais le vent.

Haraucour.

Oceano nox.

Oh! combien de marins, combien de capitaines Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines, Dans ce morne horizon se sont évanouis ! Combien ont disparu, dure et triste fortune ! Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune, Sous l'aveugle océan à jamais enfouis !

Combien de patrons morts avec leurs équipages I L'ouragan de leur vie a pris tous les pages, Et d'un souftle il a tout dispersé sur les Ilots ! Nul ne saura leur fin dans l'abîme plongée. Chaque vague en passant d'un butin s'est chargée ; L'une a saisi l'esquif, l'autre les matelots !

Nul ne sait votre sort, pauvres tètes perdues ! Yous roulez à travers les sombres étendues. Heurtant de vos fronts morts des écueils inconnus. Oh ! que de vieux parents, qui n'avaient plus qu'un rêve, Sont morts en attendant tous les jours sur la grève Ceux qui ne sont pas revenus !

On demande: — Où sont-ils? sont-ils rois dans quelque ile? Nous-ont-ils délaissés pour un bord plus fertile? — Puis votre souvenir même est enseveli.

Le corps se perd dans l'eau, le nom dans la mémoire. Le temps, qui sur toute ombre en verse une plus noire, Sur le sombre océan jette le sombre oubli.

Bientôt des yeux de tous votre ombre est disparue. L'un n'a-t-il pas sa barque et l'autre sa charrue '.' Seules, durant ces nuits où l'orage est vainqueur, Vos veuves aux fronts blancs, lasses de vous attendre, Parlent encor de vous en remuant la cendre De leur fover et de leur cœur 1

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