‹ Parlons ainsi de la voix et du gesteChapitre 71 sur 122 · V. Hugo · texte numérisé non relu

V. Hugo

Les Limbes.

Comme un vain rêve du matin, Un vague parfum, un bruit lointain, C'est je ne sais quoi d'incertain Que cet empire ;

Lieux qu'à peine vient éclairer

Un jour qui, sans rien colorer,

A chaque instant près d'expirer,

Jamais n'expire.

Loin de Dieu, là, sont renfermés Les milliers d'êtres tant aimés, Qu'en ces bosquets inanimés, La tombe envoie.

- Le calme d'un vague loisir.

Sans regret comme sans désir, Sans peine comme sans plaisir.

C'est là leur joie.

CH. IX. — LE TIMBRE ET SES NUANCES i3îV

Leurs sanglots ne troublent jamais De l'air l'inaltérable paix ; Mais aussi leur rire jamais N'est qu'un sourire.

De leurs yeux, qui charment d'abord, Mais dont aucun éclair ne sort, Le morne éclat n'est pas la mort, N'est pas la vie.

Rien de bruyant, rien d'agité ^ Dans leur triste félicité ; Ils se couronnent sans gaîté De fleurs nouvelles.

Ils se parlent, mais c'est tout bas ; Ils marchent, mais c'est pas à pas; Ils volent, mais on n'entend pas Battre leurs ailes.

Casimir Delavigne.

Au Rossignol.

Quand ta voix céleste prélude Aux silences des belles nuits, Barde ailé de ma solitude.

Tu ne sais pas que je te suis !

Tu ne sais pas que mon oreille, Suspendue à ta douce voix, De l'harmonieuse merveille S'enivre longtemps dans les bois !

Tu ne sais pas que mon haleine Sur mes lèvres n'ose passer, Que mon pied muet foule à peine La feuille qu'il craint de froisser !

eus l'art de la phonation

Et qu'enfin un autre poète, Dont la lyre a moins de secrets, Dans son âme envie et répète Ton hymne nocturne aux forêts !

Mais si l'astre des nuits se penche Aux bords des monts pour t'écouter, Tu te caches de branche en branche Au rayon qui vient y flotter ;

Et si la source qui repousse L'humble caillou qui l'arrêtait Elève une voix sous la mousse, La tienne se trouble et se tait.

Ah ! ta voix touchante ou sublime Est trop pure pour ce bas lieu :

Cette musique qui t'anime Est un instinct qui monte à Dieu !

Tes gazouillements, ton murmure Sont un mélange harmonieux Des plus doux bruits de la nature, Des plus vagues soupirs des cieux.

Ta voix, qui peut-être s'ignore, Est la voix du bleu firmament, De l'arbre, de l'antre sonore.

Du vallon sous l'ombre dormant.

Tu prends les sons que tu recueilles Dans les gazouillements des flots.

Dans les frémissements des feuilles.

Dans les bruits mourants des échos.

Dans l'eau qui filtre goutte à goutte Du rocher nu dans le bassin, Et qui résonne sous sa voûte En ridant l'azur de son sein,

Dans les voluptueuses plaintes Qui sortent la nuit des rameaux, Dans les voix des vagues éteintes Sur le sable ou dans les roseaux ;

Et de ces doux noms où se mêle L'instinct céleste qui t'instruit, Dieu fit ta voix, o Philomèle, Et tu fais ton hymne à la nuit.

Ah ! ces douces scènes nocturnes, Ces pieux mystères du soir, Et ces fleurs qui penchent leurs urnes, Gomme l'urne d'un encensoir.

Ces feuilles où tremblent des larmes, Ces fraîches haleines des bois, 0 nature, avaient trop de charmes Pour n'avoir pas aussi leur voix !

Et cette voix mystérieuse Qu'écoutent les anges et moi, Ce soupir de la nuit pieuse.

Oiseau mélodieux, c'est toi !

Oh ! mêle ta voix à la mienne !

La même oreille nous entend ; Mais ta prière aérienne Monte mieux au ciel qui l'attend.

Elle est l'écho d'une nature Qui n'est qu'amour et pureté, Le brûlant et divin murmure.

L'hymne flottant des nuits d'été.

Et nous, dans cette voix sans charmes

Qui gémit en sortant du cœur,

On sent toujours trembler des larmes

Ou retentir une douleur ! Lamartine,

32Q l'art de la phonation

Résignons-nous.

C'est la saison des avalanches ;

Le bois est noir, le ciel est gris,

Les corbeaux dans les plaines blanches,

Par milliers, volent à grand, cris ;

— Mais bientôt de tièdes haleines Descendront du ciel moins jaloux ; Avril consolera les plaines...

Résignons-nous.

C'est l'orage ! Les eaux flamboient En se heurtant comme des blocs, Les dogues de l'abîme aboient Et hurlent en mordant les rocs ;

— Mais demain tous ces flots rebelles Se changeront unis et doux,

En miroir pour les hirondelles...

Résignons-nous.

C'est l'âge où l'homme nie et doute :

Soleils couchés et rêves morts !

A chaque tournant de la route, Ou des regrets, ou des remords !

— Mais bientôt viendra la vieillesse Élevant sur nos fronts à tous

La lampe d'or de la sagesse...

Résignons-nous.

Ceux qu'on aima sont dans les tombes, Les yeux adorés sont éteints.

Dieu rappelle à lui nos colombes, Pour réjouir des cieux lointains...

— Mais bientôt, d'une âme ravie, Seigneur ! pour les rejoindre en vous, Nous nous enfuirons de la vie...

Résignons-nous.

Henri de Bornier.

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