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L'INTENSITE ET LE MOUVEMENT

216. A quoi tient l'intensité des sons en général. — La force d'un son dépend, de l'amplitude des vibrations qui l'engendrent, de la densité du milieu où il se produit, et de la distance à laquelle il est entendu.

Faites agir vigoureusement un archet sur une corde. Qu& voyez-vous ? des vibrations d'abord très grandes qui diminuent peu à peu et cessent bientôt complètement. Qu'entendez-vous? un son d'abord très fort qui va faiblissant par degrés et qui bientôt s'éteint tout à fait. La preuve est faite que l'intensité du son dépend bien réellement de l'amplitude des vibrations.

Le son d'un timbre placé sous le récipient d'une machine pneumatique faiblit à mesure qu'on fait le vide, et grandit à mesure que l'air revient. Tout le monde sait que la violence du son est moindre dans l'air raréfié des hautes montagnes que dans l'air plus épais des vallées profondes. N'est-ce pas la constatation que l'intensité du son dépend de la densité du milieu où il se produit?

Que la force du son enfin, augmente quand on approche et diminue quand on s'éloigne, cela est trop manifeste pour qu'il soit permis d'en donner la moindre démonstration. N'en faisons-nous pas l'expérience mille fois le jour?

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217. De l'intensité de la voix humaine.— L'amplitude des vibrations des cordes vocales dépend surtout de la vitesse de l'air expiré. Or la force de l'expiration dépend elle-même de la puissance de dilatation et de compression des cavités thoraciques. L'expérience établit que l'emploi intelligent des résonnateurs naturels, pharynx, bouche et fosses nasales, peut encore dans une large mesure augmenter l'énergie des sons laryngés. L'intensité de la voix dépend donc, en dernière analyse, de l'amplitude de la cage thoracique, de la force des muscles expirateurs, et de l'heureux emploi des résonnateurs. Toutes choses égales d'ailleurs, la voix sera d'autant plus puissante que l'expiration sera plus large et plus profonde, l'expiration plus énergique, et la prononciation plus parfaite. Le moyen de corriger la faiblesse de la voix, d'en augmenter la puissance et la portée, ce n'est donc pas, comme trop souvent se le figurent, soit l'orateur effrayé des dimensions de l'auditoire, soit le chanteur étouffé par les bruits de l'orchestre, ce n'est pas d'agir directement sur les cordes vocales par des contractions violentes — l'infaillible conséquence de cette maladresse serait de les malmener, de les érailler, de les user en pure perte — c'est bien plutôt d'activer en la réglant la respiration, et de mettre à contribution, par une articulation correcte, toutes les résonnances de l'appareil phonateur. Une meilleure aération favoriserait sensiblement la sonorité de la voix ; et on économiserait bien des fatigues à certains orateurs en les tenant moins éloignés de leur auditoire.

218. Sages conseils. — « Comme le corps a trois dimensions, écrit un auteur anonyme déjà cité, aussi la voix a trois principales différences : celle de la hauteur ou de la bassesse, celle de la contention ou de la douceur, et celle de la vitesse ou de la tardiveté. En toutes les trois l'orateur doit garder la médiocrité, et toutefois y observer aussi la variété

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que nous avons dit être si nécessaire en toute l'oraison. Je dis premièrement qu'il y doit garder la médiocrité, parce que les extrémités en sont vicieuses et désagréables.

a II les doit donc éviter, à l'égard de la hauteur, en n'élevant jamais sa voix jusques aux plus hauts tons où elle peut monter, ni ne la ravalant jamais jusques aux plus bas où elle peut descendre. Car aller jusques aux plus hauts, ne serait pas plaider ou prêcher, mais crier ; comme ces orateurs criards du temps de Cicéron, desquels il disait qu'ils faisaient comme les boiteux, qui montent à cheval parce qu'ils ne peuvent aller à pied ; qu'eux aussi criaient parce qu'ils ne savaient pas parler; et comme il faisait lui-même avant qu'il eût passé par les mains des maîtres, poussant souvent sa voix jusques à des sons trop aigres et trop éclatants. Car outre que cela est indécent et de m.auvaise grâce, il offense grandement le gosier de celui qui parle, et les oreilles de ceux qui l'écoutent.

« Descendre aussi jusques aux tons les plus Ijas, serait murmurer et non pas parler, et ferait, ou qu'il ne serait point du tout entendu, ou qu'il ne le serait que de fort peu de gens, et que tout le reste de l'auditoire en demeurerait incommodé.. .

{( Pour la contention, il ne se doit non plus jamais efforcer jusqu'à l'extrémité. Car il ne pourrait continuer longtemps un si violent effort, mais la voix lui manquerait tout à coup, comme les cordes d'un instrument rompent quand elles sont trop tendues. Il lui arriverait comme à cet Adrien le Phénicien, dont parle Philostrate, qui se laissait quelquefois emporter à une prononciation tellement tragique, qu'en un instant il perdait la voix, et était contraint de se taire^ ou de parler si faiblement et si bas qu'à peine pouvait-on l'entendre ; ou comme à ce Zozime, affranchi de Pline le jeune, qui s'étant efforcé trop violemment en ses récitations, vint à vomir du sang, si bien que son maître fut obligé de

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lui interdire pour quelque temps cel exercice, et de lui faire faire un petit voyage en Egypte pour se reposer et se remettre: et au retour de son voyage ayant recommencé de réciter avec la même contention, il retomba au même accident. Un homme particulièrement qui se sent d'une faible complexion, et qui se voit dans un âge fort avancé, doit bien prendre garde à cela, de peur de tomber en l'inconvénient de ce roi Attalus qui, en une harangue qu'il fit àThèbes en une assemblée publique, s'étant emporté à une action plus véhémente que la faiblesse de son âge ne pouvait porter, demeura tout d'un coup sans mouvement et sans voix, si bien qu'il fallut l'emporter à son logis, d'où peu de temps après il se fit conduire à Pergame, oia il mourut.

« Mais de l'autre côté, l'orateur se doit bien garder de se trop relâcher. Car son oraison serait sans force, et comme il ne paraîtrait point ému, aussi n'émouvrait-il personne ^. »

Ne nous contentons pas de murmurer, c'est insuffisant; mais évitons de crier, c'est superflu. Tertullien a connu des avocats aboyeurs: causas elatrant, dit-il ; Quintillien se plaint d'enlendre ses collègues mugir: clamant tiblqiie et emugiunt. Cet excès serait particulièrement odieux dans la ■chaire chrétienne. « L'importance du ministère, dit excellemment le P. Gaichiés, veut autre chose que du bruit. Les cris et les clameurs ne plaisent qu'à un peuple grossier, mis en mouvement par le son des trompettes et des tambours. Le ton de déclamation étourdit ; celui de la conversation s'insinue. On peut crier au village, mais dans la ville il faut parler 2. »

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