‹ Parlons ainsi de la voix et du gesteChapitre 83 sur 122 · Ou mieux encore un bonnet de nuit · texte numérisé non relu

Ou mieux encore un bonnet de nuit

normale et de leur faciliter le travail de la respiration. Le sac pleural adhère fortement au poumon et il est vide de tout fluide aériforme ; que les côtes se soulèvent, entraînant la partie du sac qui les touche, en raison de ce vide, le sac suivra tout entier^ attirant le poumon vers la cavité thoracique ; que les côtes reviennent à l'état normal, plèvre et poumon reprendront aussitôt leur position première. Les faces internes des plèvres, extrêmement lisses, sont rendues très glissantes par la présence, dans la cavité pleurale, d'une petite quantité de liquide lubrifiant. Que le moindre mouvement de bas en haut ou vice versa soit communiqué à l'appareil respiratoire, les deux faces intérieures se meuvent l'une sur l'autre sans frottement, et le poumon exécute avec la plus grande facilité le mouvement alternatif d'abaissement et d'élévation nécessaire à la respiration.

Au centre de la cavité thoracique sur laquelle ils se moulent,et dont ils occupent la partie de beaucoup la plus grande, n'en laissant qu'une portion relativement minime pour le cœur et les vaisseaux sanguins, se trouvent les organes essentiels de la respiration, les deux poumons. Leur forme est celle d'un cône irrégulier dont le sommet étroit et obtus se loge dans le cul-de-sac supérieur des plèvres, au niveau de la première côte, tandis que la base repose sur le diaphragme. Le droit, plus volumineux que le gauche, est divisé par deux scissures en trois lobes inégaux ; le gauche n'a que deux lobes et une scissure. Chaque lobe se subdivise en un nombre considérable de lobules polyédriques, à angles nets, épais de un centimètre environ, séparés les uns des autres par des cloisons de tissu lamineux ; chaque lobule enfin est formé par de petits amas de cellules à air, ou vésicules, ressemblant à des grappes de raisin et si nombreuses que les poumons d'un homme adulte n'en auraient pas moins de six cents millions (Browne), présentant une superficie totale d'environ cent cinquante mètres carrés.

Entre ces cellules, circule, s'épanouit, s'étale, le réseau aux mailles très resserrées des vaisseaux capillaires qui, par les dernières ramifications de l'artère pulmonaire, reçoivent le sang du cœur.

232. Le tube aérien. — L'air pénètre dans les poumons par la trachée et les bronches.

La trachée, longue d'environ douze centimètres et large de deux, est composée de seize à vingt anneaux cartilagineux placés les uns au-dessus des autres et unis entre eux par une membrane fibreuse. La forme générale est celle d'un cylindre comprimé par côté et aplati en arrière. La trachée est à la fois résistante, élastique et mobile, comme on peut le constater en la maniant à travers la peau. La résistance vient des cartilages, l'élasticité tient à la membrane fibreuse, la mobilité s'explique par la situation sur la ligne médiane du cou au devant de l'œsophage.

En pénétrant dans le thorax la trachée se devise en deux branches, l'une à droite, l'autre à gauche ; ces deux branches portent le nom de bronches. Chaque bronche, après être entrée dans le poumon de son propre côté se partage en autant de branches secondaires que le poumon compte de lobes. Les branches secondaires à leur tour, à l'intérieur de chaque lobe se divisent et se subdivisent en un nombre presque infini de branches de plus en plus petites, jusqu'à ce que leurs ramifications se terminent dans les cellules microscopiques à air, simples dilatations allongées d'environ six centièmes de millimètre, qui ont des parois arrondis — de huit à quinze — en cul-de-sac.

A mesure que les canaux aériens diminuent de volume les parois s'amincissent, c'est tout naturel. Les cartilages si résistants de la trachée, fermes encore dans les plus grosses branches, cèdent insensiblement la place à un tissu musculaire qui, diminuant sans cesse dans les branches

secondaires, finit par n'être, dans les cellules, qu'un tissu •d'une extrême délicatesse, une simple pellicule d'un peu moins de un million de millimètre d'épaisseur i.

334. Dilatation et resserrement. — Naturellement aussi en s'amincissant les parois des canaux s'assouplissent. Si les anneaux cartilagineux de la trachée et des grosses bronches offrent une résistance presque invincible aux poussées volontaires qui auraient pour but de les comprimer ou de les dilater, les membranes musculaires des ramifications bronchiques cèdent à un léger effort dans tous les sens, et les tissus des cellules sont d'une souplesse qui n'a d'égale que leur élasticité.

En fait rien ne modifie sensiblement le volume de la tra- •chée et des bronches ouvertes en permanence et pénétrables à l'air, tandis qu'il suffit d'une simple contraction pour réduire notablement, pour fermer presque les ramifications bronchiques. Quant aux parois des cellules, elles obéissent docilement à toutes les compressions de la cage thoracique, comme à toutes les poussées de l'air inspiré.

Dans sa plus grande dilatation possible, après une inspiration qui donne à la poitrine tout le développement dont elle est susceptible, le tube aérien d'un homme adulte et bien développé peut avoir une capacité totale d'environ quatre litres et demi. Comprimé jusqu'à la dernière limite,

1. « Ainsi le sang contenu dans les capillaires est des deux côtés exposé à l'air, car il n'est séparé des cellules que par la pellicule délicate qui constitue la paroi du capillaire et par celle qui limite la cellule aérienne. Il suit de là que nulles conditions ne peuvent être plus favorables à un échange rapide entre les éléments gazeux du sang et ceux de l'air dans les cellules pulmonaires que celles qui sont réalisées dans les vaisseaux capillaires du poumon; et, de la sorte, la structui'e de cet organe nous permet de comprendre nettement comment il se fait que la grande quantité de sang lancée dans la circulation pulmonaire est exposée à l'air en couches très minces sur une très large surf face. » Huxley, p. J4,

après une expiration poussée jusqu'à épuisement de forces, iî garde encore une capacité absolument irréductible d'un litre. A l'état normal d'équilibre et au repos, sa capacité est à peu près de deux litres et demi ; l'inspiration ordinaire l'augmentant d'un demi-litre à peine, cela donne pour le tube aérien doucement dilaté une capacité moyenne d'environ trois litres.

Or ce tube est ouvert en permanence ; l'air y entre donc librement eten sort de même. Nul vide n'est possible, nullecompression non plus. La moindre dilatation force l'air à entrer par le seul fait de la pression atmosphérique ; le plus léger resserrement l'oblige à sortir. L'appareil respiratoire reproduit exactement le jeu du soufflet: Ecartez les parois de ce dernier, l'air entre aussitôt, sous la pression atmosphérique rapprochez-les, il sort immédiatement, chassé par la compression. Le poumon s'emplit et se vide par un mécanisme identique.

335. Modifications typiques de la capacité pulmonaire. — La quantité d'air qu'il renferme subit donc nécessairement toutes les fluctuations de la cavité pulmonaire. Or les limites extrêmes de cette capacité sont comprises, — on s'en souvient, — entre mille et quatre mille cinq cents centimètres cubes, tandis que les limites moyennes oscillent entre- 1500 et 3000. Il n'y aura donc jamais, quelque effort que l'on puisse faire, ni moins d'un litre d'air dans les poumons, ni plus de quatre litres et demi ; et il y en aura en moyenne durant la respiration régulière : après l'inspiration, environ, trois litres ; après l'expiration, deux litres et demi seulement.

Retenons ces quatre modifications typiques de la capacité

pulmonaire : après une expiration extrême, un litre ; —

après une expiration ordinaire, deux litres et demi ; —

"après une inspiration ordinaire, trois litres ; — après une-

inspiration extrême, quatre litres et demi. Naturellement la capacité absolue varie suivant les poitrines, mais les proportions ici indiquées ne changent pas ou changent très peu.

Les physiologistes ont donné le nom d'air résidual à la quantité d'air qui reste dans les poumons après une expiration extrême. Ils appellent air supplémentaire celui qu'y laisse en plus l'expiration ordinaire ; air périodique, celui qu'y ajoute, à intervalles réguliers, l'inspiration ordinaire ; air complémentaire enfin, celui qu'y surajoute extraordinairement l'inspiration extrême.

L'ensemble de toutes ces modifications de la capacité pulmonaire produit la respiration, qui n'est, en définitive, qu'un mouvement de va-et-vient imprimé à une certaine quantité d'air, tour à tour attiré par la dilatation et repoussé par le resserrement du poumon.

La respiration ainsi entendue consiste essentiellement en deux actes : l'inspiration et l'expiration. Le mécanisme de ces deux actes n'a plus de mystère pour qui a présentes à l'esprit les descriptions déjà lues de la cage thoracique, de la plèvre et des poumons. La cage thoracique, on ne peut pas l'avoir oublié, est essentiellement mobile ; la cavité de la plèvre est absolument vide d'air, et ses faces externes adhèrent intimement d'un côté à la cage, de l'autre au poumon ; le poumon est tout à fait passif, mais très élastique.

Impossible, par conséquent, de dilater la poitrine sans entraîner la face externe de la plèvre adhérente aux côtes ; impossible d'écarter un côté de la plèvre sans produire un vide dans le sac pleural ; impossible de produire un vide dans le sac pleural sans appeler l'air dans le poumon. Dès que la cage thoracique se soulève, l'air se précipite dans le tube aérien dilaté par le déplacement de la plèvre : c'est l'inspiration.

Mais à peine écartées, les parois de la poitrine tendent na-

oOO LE SECRET DE LA RESPIRATION

turellement à reprendre leur position première, et les cellules pulmonaires, à peine dilatées, en vertu de leur propre élasticité font effort pour reprendre leur forme primitive. Le diaphragme remonte, les côtes retombent, les plèvres reviennent, les poumons se contractent, et l'air est chassé : c'est Vexpiration.

L'expiration est suivie d'un court momentde repos après lequel l'inspiration recommence, et les mêmes actes de se reproduire indéfiniment et de se succéder dans le même ordre rythmique régulier : l'inspiration, l'expiration et un repos, i

336. Les deux fins de la respiration. — La respiration a un double but : l'un essentiel et permanent, introduire dans le, sang de l'oxygène sans lequel nous ne pourrions pas vivre, et en chasser l'acide carbonique qui nous empoisonnerait s'il y était conservé 2 ; l'autre accidentel et transitoire, emmagasiner le souffle nécessaire à l'émission du chant ou de la parole.

Or — qui peut l'ignorer? — l'échange entre l'oxygène de î'air qui sans cesse nous ranime, et l'acide carbonique du sang qui à la longue nous tuerait, ne peut se faire qu'à travers les parois des cellules pulmonaires. Il est donc souverainement important, quand on respire, de faire en sorte que l'air périodique soit mis en contact avec la plus grande surface intérieure possible, puisque de la fidélité à cette

1. « Si l'on observe un homme adulte respirant avec calme dans la position assise, on verra que l'acte respiratoire se répétei'a de 13 a 15 fois par minute ». Huxley, p. 95.

2. '( On évalue à 108 ou MO mètres cubes l'air qui passe en 24 heures à travers les poumons d'un homme adulte, prenant peu ou point d'exercice. En chiffres ronds l'air qui a été respiré a gagné 5 »/o d'acide car-J bonique et perdu 5 »/o d'oxygène, ce qui élève à environ 5 mètres cubes la quantité de gaz absorbé dans l'organisme ou rejeté en 24 heures. La quantité de carbone ainsi éliminé journellement est assez nettement représentée par un morceau de charbon pur pesant 250 grammes. »

précaution dépendent réellement la santé ou la maladie, la vie ou la mort.

Normalement — prêtez l'oreille — la respiration est silencieuse. Le souffle qui suffit à me faire vivre ne suffit donc pas à me faire parler ou chanter. « L'air est à l'appareil vocal ce que les doigts sont au piano ; il faut que l'air le touche fortement pour qu'il résonne ^ . »

Parler en effet — nous le savons tous par expérience — parler suppose un effort : émettre un son n'est possible qu'à qui consent à faire une dépense de souffle supérieure à celle de la simple expiration. Mais on ne donne que ce que l'on a: dépenser plus, c'est posséder plus. De là, pour le parleur ou le chanteur, la nécessité d'augmenter sa provision d'air et de la renouveler souvent ; partant l'obligation d'utiliser le plus possible toute la capacité du tube aérien.

337. Exigence commune. — Les deux fins de la respiration ont donc une exigence commune, la dilatation de la cavité pulmonaire. Plus le poumon se dilate, plus s'augmente le contact vivifiant de l'air avec le sang à travers les parois des cellules; plus devient abondante la provision d'air destinée à faire vibrer les cordes vocales.

Dilatez donc vos poumons, vous qui aspirez à bien vous porter et à bien dire. Ilespirez largement, profondément,

1. «Peut-être, continue M. Legouvé, quelques-uns de vous ont-ils entendu une harpe éolienne. Comment la fait-on vibrer? On la place dans une embrasure de porte... S'il n'y a que de l'air elle se tait; dès que l'air .se condense et devient du vent, les cordes résonnent. Eh bien ! le même phénomène se produit quand vous parlez. Vous conduisez, vous pressez lair que renferment vos poumons, vous le poussez sur votre gosier, et c'est sous l'empire de ce choc que la parole se produit! Mais qu'avez-vous fait alors ? Vous avez dépensé beaucoup plus d'air que vous ne le faites par le seul acte de la respiration ordinaire. La comparaison d'une source qui coule sans effort n'est plus juste ; il faut penser à l'eau qui jaillit sous le coup d'une pompe, et qui jaillit plus pressée, plus dense, plus rapide ! »

faites circuler à travers canaux et cellules un air sans cesse renouvelé ; à ce prix seulement vous aurez de la vie et vous aurez du souffle.

Mais le seul moyen pratique dé dilater vos poumons, ne l'oubliez pas, c'est d'élargir votre poitrine ; le seul moyen d'activer la circulation de l'air, c'est de développer les mouvements du thorax.

Efforcez-vous donc, car tout est là, d'augmenter la capacité de la cage thoracique, en développant l'élasticité de ses parois mobiles.

Il est possible de développer légèrement cette capacité de bas en haut par l'élévation des côtes supérieures, sous les clavicules ; gardez-vous par conséquent de dédaigner la respiration claviculaire.

Il est possible et même facile de développer la capacité de la poitrine d'avant en arrière et latéralement par l'élévation des côtes inférieures ;vous auriez grand tort de ne pas tirer profit de la respiration costale.

Il est possible surtout et aisé de développer la capacité thoracique de haut en bas, par l'abaissement du diaphragme ; vous seriez impardonnable de ne pas utiliser la respiration diapliraginatique.

338. Le plus irrationnel des modes de respiration. — Le meilleur mode de respiration étant celui qui donne à la poitrme,dans tous les sens, le développement dont elle est susceptible, pour être parfaite, la respiration doit donc être tout à la fois, claviculaire, costale, et diaphragmatique.

On peut hardiment traiter de défectueuse toute respiration qui sacrifie, absolument et de parti pris, l'un quelconque des trois procédés de dilatation du thorax. Mais, de toutes les respirations possibles, la plus défectueuse est évidemment celle qui se contente de dilater le sommet du thorax, négligeant complètement le jeu des côtes inférieures et du diaphragme.

Défectueuse, la respiration exclusivement claviculaire l'est pour plusieurs motifs très graves : d'abord parce qu'elle est insuffisante : insuffisante pour la santé, — elle ne met en contact avec l'air pur et vivifiant du dehors que la minime partie de la surface pulmonaire ; insuffisante pour la parole, — elle n'emmagasine qu'une quantité d'air dérisoire qu'il faut sans cesse renouveler au risque de rendre le discours haletant, haché, insupportable.

Défectueuse ensuite parce qu'elle est fatigante : fatigante pour le thorax, tant à cause du nombre et de la masse des muscles antagonistes intéressés dans la lutte que de la résistance des parois à mouvoir et du poids des membres à soulever 1 ; fatigante pour le larynx qu'elle épuise en l'abaissant violemment à chaque inspiration, « au lieu que la respiration abdominale le laisse parfaitement immobile » '-.

Défectueuse enfin parce qu'elle est dangereuse : dangereuse pour tous, parce qu'en repoussant avec force vers le haut, au niveau de la racine du cou, les parois de la poitrine, elle comprime violemment les conduits dont la liberté est le plus essentielle à la santé, et qui se rencontrent tous en cet endroit : l'œsophage, la trachée et les gros vaisseaux qui portent le sang au cerveau et qui l'en ramènent ; dangereuse pour le chanteur en particulier, parce que de l'abaissement du larynx qu'elle impose, (( résulte un dérangement de la coordination des cavités de résonance pharyngienne, d'où fatigue énorme de ces parties, et congestion intlammatoi-

1. Les côtes supérieures sont beaucoup plus courtes, moins libres et moins élastiques que les inférieures. Non seulement elles sont fixées à la colonne vertébrale comme ces dernières ; mais elles sont directement et fortement unies au sternum, et leurs cartilages, seule partie élastique, sont très courts. « Les omoplates et les clavicules qui supportent les bras, viennent encore mettre des obstacles à leur mobilité, et tout ce poids doit être soulevé, si l'inspiration commence dans cette région. » Browne, p. 186.

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