SCÈNE PREMIÈRE
Au lever du rideau^ le chantier est en pleine activité. Les tailleurs de pierres et les sculpteurs travaillent aux blocs de pierre, les premiers en tabliers bleus, les seconds en longues blouses grises, coiffés de bonnets en papier ou de bérets. La grue est en mouvement. Des wagonnets passent, chargés de pierres de taille. Des manœuvres, en vêtements de travail quelconques, aident au transport. Il va être midi. Au premier plan, à droite, devant un bloc, Gœttlingk, dans la tenue des tailleurs de pierres, un modèle en plâtre à côté de lui. Le contremaître Willig mesure un autre bloc. Parfni les manœuvres qui travaillent au fond, Lohmann, Sprengel, Struve.
GŒTTLiNGK, de taille moyenne, mais bien râblé, nuque de taureau, belle moustache blonde, les cheveux ramassés savamment en boucles sur le front. Beau parleur et jouant l'athlète, type du séducteur arrogant \et brutal. Tout en chantant, il travaille avec le ciseau et la masse.
Bon, voilà le soleil qui s'en mêle, maintenant. Holà, vous autres, les aiguiseurs de citron, làbas, derrière, est-ce que je ne vous avais pas dit de me transporter ce bloc à l'ombre ? Eh ! Lohmann, Sprengel et les autres, arrivez un peu ici.
WILLIG
Ne gueule donc pas tant, Gœttlingk, et adresse-toi plutôt à moi.
GŒTTLINGK
Je n'ai pas d'ordre à recevoir de toi, mon fiston.
WILLIG
Et eux n'en ont pas à recevoir de toi.