ACTE DEUXIÈME
seulement une brosse à habits, toi ? A moi, l'État m'en a toujours fourni une gratis... rien que par considération pour moi... ou seulement une brosse à dents? Ma's moi, pigemoi ça ! Regarde-toi un peu : t'en as une couche de crasse... Mais nous, pour midi, on faisait toujours toilette, et on avait toujours une serviette sur le bras, on allait partout avec, toute la journée... et tout ça, par chic, uniquement, parole. {Tous rient.) Et, en somme qu'est-ce que t'es ici ? Qu'est-ce que je suis ici ? Qu'est-ce que nous sommes tous, ici ? De la crotte de chien. Bien au-dessus de toi, y a d'abord les tailleurs de pierres... et encore bien au-dessus les sculpteurs... et encore audessus le contremaître... et, enfin, par-dessus tout... Ah ! tandis que là-bas, moi, j'ai toujours été dans la première classe... et je portais je brassard blanc... et j'étais le doyen de table : ça vaut mieux que contremaître, ça... C'est comme qui dirait général. Tu peux arriver à tout ça si tu te fais mettre au collège, tu peux t'y faire une situation..parole.
LOHMANN chante en le regardant :
T" fais pas débile, mon vieux fiston, A midi, y a des fayots; Si t'es bien avec le gaffe.
T^auras aussi du hareng.
STRUYE
Parbleu, oui... tâchez d'abord de vous gagner un denii-hareng. Ici, vous allez chez la Laure et vous criez : « Un hareng, mais avec de la laitance... et des oignons... des oignons, un tas d'oignons... »Et ça n'a encore pas de goût... Ben, moi, je vous le dis, si vous voulez manger un vrai hareng, un hareng qu'embaume, faut venir à la cantine du collège. Ils connaissent le truc... Ça vous chatouille la gueule jusqu'au soir, quand on s'endort. Là-bas, tout est bien mieux. Parole.
LOHMANN
Si tout est mieux, pourquoi que tu n'y retournes pas ?
SPRENGEL
Tu y as pourtant tes entrées libres ?