acte deuxieme
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Mes enfants, je vais vous raconter quelque chose. Tout près du grand mur de clôture de VValdheini, y a un vieux tilleul, et de la « Visitation » — c'est la salle de travail — on en voit un tout petit morceau... et de la cour, où l'on trotte toujours à six pas l'un derrière l'autre... {Fièrement.) bien sûr pas nous, de la première classe : nous allions toujours deux par deux, naturellement... eh ben, de là, en sautant un peu en l'air, tu en vois encore un autre petit morceau — soixante ou quatrevingts feuilles; ça fait que tu sais toujours exactement à quelle saison de l'année qu't'es. Alors,le diable ne cessepas de vous tourmenter, de vous donner envie de voir un jour le tilleul tout entier, car, bien sûr, ce doit être le plus beau tilleul qu'il y ait sur la terre. Il doit être déjà dans les livres d'histoire... Eh ben, quand le jour de la libération est arrivé, quand le cœur vous bat jusque dans la tête, quand on vous ouvre enfin la porte... ben, le v'ià, ce tilleul, il est là... et ce n'est qu'un pauvre vieux
tilleul tout misérable. Eh ben, après, c'est la même chose pour tout... pour toute la liberté.
LOHMANN
Oh !... est-ce que tu sais ça d'avance ?
STRUVE
Savoir... ça sert à grand'chose. L'homme n'est qu'un animal stupide. Quand j'ai été bouclé là, pour la seconde fois, ce sale vieux tilleul me paraissait encore bien plus beau que la première fois.
Tous rient.
SPRENGEL
Alors, si c'est comme ça !
Et puis... tas d'imbéciles, avec votre soidisant liberté ! On t'écorche, on te bouscule à droite, on te houspille à gauche ! Tu te couches au soleil sur une bonne planche ? On te flanque un rabot dans les jambes... Tu n'as pas de travail ? Tu peux t'en aller garnir les fossés