LES COTEAUX MODÉRÉS DU SYMBOLISME
1. Moréas. — Le succès du symbolisme fut considérable, entre 1890 et 1900, mais il fut loin d’être unanime. De même que, vers 1830, Casimir Delavigne et Béranger
avaient autant de lecteurs, pour le moins, que V. Hugo ou bien que Lamartine, de même il y eut, au plus beau temps du vers libre, des poètes et des lecteurs qui restaient attachés à la tradition parnassienne ou même à la vieille tradition romantique. Tous ne furent pas intransigeants dans cet attachement aux images poétiques et aux formes rythmiques du passé. Beaucoup, et parmi eux ceux qui comptent vraiment, se laissèrent gagner, au moins un temps, par l’ardeur des modernes réformateurs. ë !
- Il était bien difficile à un jeune poète qui fréquentait - les autres « jeunes » de n’être pas entraîné par les dis- - cussions de cénacle et de café littéraire. Les écoles - pullulaient ; il était bien malaisé de n’être pas embrigadé, au moins quelques semaines, dans l’une d’elles ; et il en
- était de plus modérées que les autres. Ces écoles avaient,
en général, une revue, éphémère comme elles ; et c’était là-seulement qu’un jeune poète estimait pouvoir $e produire convenablement devant l'audience de ceux qui
étaient de son âge : quelle tentation ! S’il arrivait de sa province ou bien de l’étranger, par fausse honte, il était plus vite encore saisi par la contagion de la mode; il rougissait d’habitudes, pourtant devenues bien chères déjà ; son libre jugement était pour quelque temps brouillé, et il donnait, d'enthousiasme, des adhésions dont il devait être fort étonné quelques mois après. Il osait alors. des concessions : il s’essayait sur les thèmes du jour ; il déplaçait légèrement ses coupes ; il dédorait un peu ses rimes ; on l’applaudissait flatteusement ; il finissait par commetttre de timides vers libres. Mais, déjà, la mode était moins forte ; les vraies habitudes et
les vrais goûts du poète n’avaient été nullement entamés; .
il avait au contraire pris conscience de son originalité et de ses préférences intimes d'art ; il sentait le ridicule des exagérations qu'il avait frôlées. Alors commençait un « retour », retour vers le Parnasse, retour vers le romantisme ; si son éducation de jeunesse et ses goûts y prêtaient, il pouvait même être entraîné vers un idéal
bien plus ancien, et, par fatigue des outrances symbo-
listes, revenir jusqu'aux modèles de l’âge classique.
C’est, du moins, l’histoire de Moréas (1). Il joua un
rôle important dans la bataïlle symboliste, il fonda plusieurs écoles successives. Maïs, à distance, et si l’on s’en tient à ses recueils de vers, en négligeant la lecture des: manifestes et les anecdotes de l’histoire littéraire, on est précisément frappé par ce que son œuvre a de peu symboliste : volontiers, en l’absence de précisions chronologiques. on imaginerait que Moréas à vécu avant ou après la période symboliste ; et l’on tiendrait pour des pastiches moqueurs les quelques pages qui, dans son œuvre, portent la marque des environs de l’année 1890.
Il était Grec de naissance, mais sa première éducation
avait été toute française. Notamment, il avait lu très
(1) Voir page 195 : Notes complémentaires.
jeune nos poètes de la Renaissance, de l’époque classique, du Romantisme ; à dix ans, il formait le rêve d’être un « poète français », et un poète comme ceux dont il avait les œuvres en mains. Il y eut là, bien vraisemblablement,
une influence essentielle. Ces vieilles œuvres, entourées de tout le prestige de leur révélation, à l’étranger et dès l'enfance, lui imposèrent des manières de pens?2r, des images, des rythmes, au pouvoir desquels il ne pourrait se dérober que pour peu de temps, et par un effort très
factice de la volonté; vite il devait retourner aux modèles si longtemps admirés. Pour un observateur indifférent ou peu sympathique, la plus grande partie de l’œuvre de Moréas donne l’impression d’une galerie de pastiches des poètes français du quinzième, du seizième et du dix-septième siècle.
- Mais, à vingt-cinq ans, il vivait à Paris ; et les cafés
- littéraires étaient décadents. On libérait alors le vers ;
laire ; on était neurasthénique, péssimiste et anarchiste. *. Moréas, encore qu'il fût de culture très classique, de tempérament méditerranéen, ami des paysages clairs, des sentiments simples et forts, des formes syntaxiques etrythmiques robustes, avait trop envie du succès immé- diat pour ne pas devenir décadent. Il publia les Syrtes. Ce premier recueil est fait, naturellement, de souvenirs de jeunesse et de vers d’amour. Il fallait que cet amour fût baudelairien, et quelque peu satanique ! C’est ce que signifiait le titre du recueil : le poète se flattait d’avoir fait « souvent naufrage près du port », le long de la « syrte inhospitalière »; et ces naufrages ne pouvaient être que l'effet de ses péchés, de ses «vices »! Mais il s’en faut que l’inspiration du volume réponde à ce titre désespéré. Moréas ge fait alors une âme d’esthète décadent ; il dit le mépris de la femme, l’horreur du désir, l'amour triste et mystique, le dégoût de la vie. A côté
MARTINO : Parnasse et Symbolisme. 12
on désarticulait la phrase, on bouleversait le vocabu-
d’images d’une netteté toute parnassienne, il fait passer des visions troubles, des « correspondances » de sensations. Il se conforme aussi à l’art poétique de Verlaine, nouvellement révélé, et qui est la loi du moment : rimes assez libres, séquences de rimes masculines ou féminines, : vers impairs... On n'avait pas encore inventé le symbolisme ni le vers libre. :
Le second recueil, les Cantilènes, parut au moment où le symbolisme se substituait au décadisme, et où l’on était en quête de définitions et de formules. Le titre affirme le goût de Moréas pour les très vieux poètes français, pour les rythmes lyrico-épiques très élémentaires : ses cantilènes sont des espèces de « complaintes »,: ennoblies par le recul du temps, où tout l’art est de parvenir à la naïveté de la phrase, à l’ingénuité des mots et des rimes, à la monotonie du rythme ancien. L'époque symboliste raffola de cette poésie populaire, dont la simplicité faisait si vivement contraste avec la technique trop perfectionnée du Parnasse. Un certain nombre de poèmes des Cantilènes ne sont que des « airs et récits » sur de vieilles légendes. Dans d’autres poèmes, Moréas, après avoir imité Verlaine, s’avise de l’existence de Mallarmé : il croit, et il dit, dans un manifeste paru presque en même ternips qué son livre, que l’art du poète est un art de suggestion et d’allusion ; il fait effort pour atteindre à l’Idée et pour effacer les images trop: nettes que les paysages ont laissées à sa mémoire. Tout un groupe de poèmes a pour titre le Pur concept, ce qui est on ne peut plus mallarméen. La dernière pièce, Mélusine, est d’un symbolisme bien compliqué : une chevauchée fantastique et allégorique. Précédée d’un cortège de mots étranges, apparaît, à la fin, « Entélékhia pure, en le Jour vertical et vain ». Il est assez inutile de chercher le sens de ce poème ; il suffit de se plaire, si Pon | peut, au miroitement des images, qui, malgré l'effort du
poète pour les envelopper de grisaille, restent souvent nettes et éclatantes.
Mais ces pièces ambitieuses sont rares ; et les procrès de Moréas dans la foi symboliste sont surtout notables dans les rythmes. Il est plus audacieux ; les grands vers de 13 et de 14 pieds s'installent à côté de l’hendécasyl- - labe ; la rime est traitée beaucoup plus cavalièrement ; il y à des variations curieuses sur l’e muet. Évidemment Moréas, qui semblait prendre la direction du mouvement symboliste, était en route pour de plus grandes audaces ; mais il se Sentit bien vite dépassé ; les dissidences commencèrent à se manifester ; on demanda aux mots des réalisations de plus en plus inouïes.… Tentement, il commença à s'éloigner du symbolisme, qui, par suite de la concurrence, n’était plus sa chose, et ne se tenait pas à la hauteur moyenne où il eût aimé à le tenir. Le Pèlerin passionné (1891) marque le début des renoncements de Moréas. te I y a, à vrai dire, quelques vers libres dans le recueil ; et, dès 1893, Moréas dut le remanier pour en faire disparaître les poèmes qui choquaient ses convictions nouvelles. Mais c’est peu de chose ; la grande nouveauté de ce recueil, c’est le souci qu’a le poète des questions de - Jangue, sa volonté de renouveler les moyens d'expression par un usage raisonné et intense de l’archaïsme. Moréas réimaugure alors quantité de mots du xv® siècle, plus vieux même, et si bien morts qu’il faut, pour le lire, recourir quelquefois à un lexique. Il ne se borne pas, en - effet, aux mots dont la forme avoisine celle des mots » d’aujourd’hui, ni à ceux que le contexte peut éclairer ; il - utilise le plus possible des mots qu’il a notés au cours - de ses lectures érudites. Il à fait, pendant des années, un
« pèlerinage passionné »; il veut revivre et dire les - émotions de son pèlerinage et les joies de son initiation aux secrets de la vieille langue française.
Aussi présente-t-il, dans le Pèlerin passionné, des pastiches de Villon et de Marot, de claires allégories, des églogues très graciles. C’est une partie fort vétuste de son œuvre ; lui-même, bientôt, il n’y verra qu’une étape qui était nécessaire pour le conduire à autre chose : il fallait, pour revenir à la simplicité classique, passer par la naïveté médiévale. Les symbolistes, en général, ne furent pas indifférents à ce goût ; mais ils ne le poussèrent pas bien loin. Moréas, lui, y vit une possibilité de régénération.
Bientôt il annonça la fondation de « l’école romane » (1).
L'École romane française revendique le principe gréco-latin, principe fondamental des Lettres françaises, qui florit aux xIe, XIIe, xiIIe siècles avec nos trouvères; au XVI® avec Ronsard et son école ; au XvII® avec Racine et La Fontaine. Aux XIVe : et xve siècles, ainsi qu’au XVI, le principe gréco-latin cesse d’être une source vive d'inspiration et ne se manifeste que * par la voix de quelques excellents poètes, tels que Guillaume de Machaut, Villon et André Chénier. Ce fut le romantisme qui altéra ce principe dans la conception comme dans le style, : frustrant ainsi les Muses françaises de leur héritage légitime.
L'école romane française renoue la chaîne gallique, rompue | par le romantisme et sa descendance parnassienne, naturaliste | et symboliste.… £ |
Je me sépare du Symbolisme, que j'ai un peu inventé. Le | Symbolisme, qui n’a eu que l’intérêt d’un phénomène de tran- « sition, est mort. Il nous faut une poésie franche, vigoureuse * et neuve, en un mob ramenée à la pureté et à la dignité de son ascendance.
La « Romanité » de Moréas comprend, dès lors, l'époque classique ; les nouveaux maîtres qu’ilreconnaît, À c’est Virgile ét Dante, Homère, Pindare, Ronsard, La 1 Fontaine, André Chénier.…. Il les rassemble dans son respect, à cause de leur commune inspiration antique. Lui-même, ressaisissant sa vraie tradition intellectuelle, : il revient aux pures légendes antiques, qu’il n'avait.
(1) Voir page 195 d L’école romane.
trouvées que bien déformées chez les poètes français du
moyen âge. Il écrit Énone au clair visage, Ériphyle ; il
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renonce tout à fait à la « modernité », qui, depuis Baudelaire, était l’article essentiel du Credo de la poésie
nouvelle. Bravement, il décide de traiter les grands lieux
communs classiques : l’immortalité de la poésie, le pouvoir de la douleur, le regret du pays natal, la tristesse de l’automne ; il bourre ses vieux thèmes d’allusions antiques. Comme Chénier, il pare sa langue d’une mosaïque d'expressions grecques et latines : Horace, Pindare, Homère, Virgile. Le vers libre, bien entendu, disparaît ; les coupes redeviennent régulières ; quelques libertés
seulement, surtout la non-alternance des rimes masculi-
nes et féminines. Il s’en faut de peu, dès alors, que le vers de Moréas ne soit devenu tout à faitracinien. Les Stances marquent la dernière étape de ce retour au
classicisme. C’est un titre fort classique, et qui désigne
une forme, non un thème ou une série de thèmes. Le recueil est fait de courtes pièces, généralement des quatrains d’alexandrins, ou bien des quatrains à clausule, de facture très exactement traditionnelle. Le poète dessine quelques jolis tableaux de plein air, simples et qui paraissent tracés au trait ; il commente des maxi-
mes d’éternelle sagesse ; surtout, — et c’est la note
la plus originale de ce recueil, — il dit son angoisse de voir s’enfuir les jours de sa vie et monter la mort.
: L'amour de la lumière et de la vie, chevillé dans l’âme,
- dece Méditerranéen artiste et voluptueux, s’est désor-
mais affranchi de toutes les désespérances symbolistes ;
il n’en veut plus à la vie que d’être si brève et si peu
donneuse. Ce sont des thèmes bien rebattus et que la poésie classique, ancienne et moderne, à développés en cent manières : Moréas réussit à les rendre une fois de plus lisibles, grâce à la simplicité de ses effets, à la pureté racinienne de sa langue.
ne
Racine était devenu son modèle unique, du moins l’image, pour lui, de la perfection poétique ; il ne lui restait plus qu’à écrire une tragédie, et sur un st jet racinien ; il l’écrivit, ce fut Iphigénie. Le nom d’'Euripide n'apparaît point sur le titre, mais seulement celui de Jean Moréas ; et pourtant l'adaptateur a suivi de bien près le texte original, se bornant à éliminer ce qu’il avait de trop philosophique, de trop particulier. $
Une fois achevé ce href inventaire de l’œuvre de Moréas, et si l’on élimine tous les poèmes qu’il a lui-même condamnés, comme vers de début ou comme œuvres exagérément symbolistes où « romanes », il ne reste plus grand’chose : une série d'efforts avortés, quelques beaux vers d’anthologie, qui ne révèlent point une personnalité puissante, qui n’ont aussi que bien peu de rapports avec les sentiments et les goûts de l’époque à laquelle ils ont été écrits. Moréas s’y manifeste comme un virtuose des mots plutôt que comme un artiste du rythme ; son idéal de poésie est quelque chose de bril: lant et de sonore. La génération actuelle l’ignore ou le dédaigne ; seuls, ses compagnons de l’École romane, où quelques critiques, qui furent jeunes quand il était jeune, sont touchés par la mélancolie des Stances. À tous, dès à présent, il apparaît étranger à la poésie symboliste. :
2. Henri de Régnier. — Henri de Régnier (1), eomime Moréas, débuta par des recueils tout parnassiens de facture et de rythme : les Lendemains (1885), Apaisements (1886), Sites (1887) sont vraiment purs de toute atteinte décadente ou symboliste, Le très jeune poète dit ses souvenirs d’amour, ses tristesses ; il dessine les images de la nature qui lui plaisent : de calmes paysages de France, de beaux parcs, d’indolentes rivières ; il Stylise, en tableaux ordonnés et lumineux, ses rêveries
(1) Voir page 196 : Notes complémentaires,
in, VOL
eur l’antiquité. La forme et le rythme sont tout à fait traditionnels ; l'expression de la pensée est toujours directe ; les images sont choisies pour elles-mêmes et présentées de façon à donner toujours une impression de sereine. beauté.
Mais, une fois qu’il eut publié ces vers de prime jeunesse, — l’habituel cahier d'exercices des apprentis-poètes entre 1875 et 1885, — Henri de Régnier, qui fréquentait chez Mallarmé, ne put rester indifférent aux ardeurs et aux curiosités symbolistes. D'ailleurs, dès ses premiers recueils, il avait laissé paraître une nonchalance hautaine et distinguée, qui pouvait l’engager à aimer les formes voilées et atténuées de l’expression poétique, Dans Épisodes (1888), son imagerie se complique et s’obscurcit un peu: on voit s’avancer des princesses lointaines, des nefs médiévales, des bêtes de légende ;
on erre dans des jardins mystérieux... Le poète, évidem-
meut, préfère encore les thèmes antiques, mais il fait effort pour changer, du tout au tout, leur caractère. Le.
# nu est fort peu symboliste, le goût ingénu de vivre et.
l'amour païen de la volupté, non plus : les visions antiques se voilent de tristesse. Des intentions philosophiques s’avouent, assez discrètes d’ailleurs, très aisément. saisissables, comme celles qu’enferment, à la même. époque, les gracieux Contes à soi-même et les emblématiques histoires du Trèfle noir.
Un roman ou un conte — dit le poète dans la préface de la Canne de jaspe, et l’on peut appliquer ces mots aux poèmes aussi — peut n'être qu’une fiction agréable. S’il présente un
sens inattendu au delà de ce qu’il semble signifier, il faut jouir de ce surcroît x demi intentionnel, sans y exiger trop de suite
Les symboles très simples des Poèmes anciens et romanesques ou de Tel qu’en songe aboutissent, la plupart du temps, à des réalisations précises. Le poèto pianote sur des « motifs de légende et de mélancolie »;
mais, quels que soient ces motifs, il se laisse entraîner à peindre ses images préférées : des pierres précieuses, des | bijoux d’or, de belles verreries, de beaux meubles, de belles robes, de beaux jardins... D'abord, il conserve le » rythme traditionnel ; mais il ne tarde point à entrer . dans le goupe de ceux qui se disent les disciples de Ghil ; et, bien qu'il reste, en fait, très indifférent à la doctrine « instrumentiste », il cherche à renouveler la » musique de son vers, en la faisant un peu plus semblable « à celle que la mode a mise en valeur, Il consent au vers libre : un vers libre très réglé, où il reste beaucoup de rimes, ou bien avec de très sonores assonances ; de IoneS fragments sont entièrement réguliers.
Là s’arrêtèrent les concessions d'Henri de Régnier au symbolisme, Jamais, d’ailleurs, même pendant la période où il essaya ces airs et ces thèmes, il ne renonça à ses belles visions antiques. Que de faunes, de centaures, d’ægipans et de sirènes, qui viennent sans cesse se mêler à la vie des hommes ! Combien d’apparitions de nudités, voluptueuses, sensuelles ! Henri de Régnier ne pouvait se priver de ces images ; ses rêves d'enfant, dans un port brumeux du Nord, ne se dirigeaient-ils pas sans cesse, par une préférence invincible, vers « les pays de musique et d’azur » Le
Bou pays ! ton mirage enivra ma jeunesse, Et mon cœur a connu tes aubes et tes nuits ;
: Devant moi, ta Sirène a dénoué sa tresse, Et j'ai goûté tes fleurs, tes sources et tes fruits.
F O toi, dont nul regret n’a terni le mensonge, Parce qu'il me suffit que je ferme les yeux | Pour sentir en mon rêve et pour voir en mon songe Ta forme, ton parfum, ta lumière et tes dieux !
A) a Re at À pt Eee Me no Pt he EU dr
PPT a
D’autres parfums, d’autres formes, d’autres lumières vivaient aussi dans son souvenir, aussi peu symbolistes | que possible, toutes choisies et conservées pour la joie
ha urernete m
qu'elles avaient donnée aux sens et qu’elles étaient capables de donner encore :
Si tu veux parler à ma tristesse.
Parle-lui du soleil, des arbres, des fontaines,
De la mer lumineuse et des bois ténébreux
D’où monte dans le ciel la lune souterraine,
Et de tout ce qu’on voit quand on ouvre les yeux. Dis-lui que le printemps porte toujours des roses. Car la forme, l’odeur et la beauté des choses
Sont le seul souvenir dont on ne souffre pas.
4 On croirait volontiers que le poète, ainsi que les héros - de la plupart de ses romans, ait vécu toute une longue - vie d’enfant et d'homme dans d’admirables maisons, au milieu de grands parcs où les jets d’eau retombent dans - des vasques, où les fontaines chantent, où les statues de - È
marbre et de bronze se dressent devant le promeneur ; il
semble qu’il ait dormi toujours sous de riches plafonds, dont les entrelacs enserraient des peintures galantes ; qu'il ait soupesé « des épées, des miroirs, des bijoux, des robes, des coupes de cristal » ; caressé-de belles reliures et vécu parmi des fleurs magnifiques. Ce sont, - en tout cas, les images qu’il préfère — avec les évoca: tions d’une antiquité tout adonnée à l’amour et à la beauté ; c’est pour faire apparaître ces images qu'il est
sisouvent penché vers le passé, proche ou lointain. Très vite, après 1895, H. de Régnier s’affranchit de l’obligatoire grisaille symboliste; comme Moréas, il avoue ses vraies préférences, un moment comprimées ; comme lui, il trouve ses vrais maîtres, Ronsard et Chénier ; il est sensible au prestige de Heredia et essaie ‘souvent d’enfermer en des sonnets, pareils à ceux des … Trophées, des visions antiques fort somptueuses. Le vers libre,qui avait fini par prendre une placeimportante | dans son œuvre, devient plus rare, et finit par disparaître ; le plus souvent, d’ailleurs, il se présente sous l’as- pect de stances assez uniformes, avec quelques vers
s'hlr lie