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: semblaient én rien aux pièces à thèse françaises : les pérsonnages s’y promenaient dans l’action comme des Idées vivantes, comme des symboles en chair et en os, faits uniquément pour s'affirmer et pour discuter les idées adverses.— Ce n’était pas là, certes, la grande poésie d’images, ni la musique des mots, révélatrice du mys- > tère que rêvaient alors pour le théâtre les poètes sym- 3 bolistes ; mais c’était bien un appel à l’Idée, par delà la réalité immédiate, une protestation contre cette réalité, . et la suggestion permanente d’une réalité SADENeUrEe Rien de plus «symboliste » !
- Après les traductions d’Ibsen, la réalisation la plus … originale au théâtre de l’effort symboliste a été l’œuvre dé Maeterlinck ; elle eut un franc succès et quelque influence. Aujourd’hui, après trente ans, elle apparaît comme la seule réussite dramatique du symbolisme.
8. Le Théâtre de Maeterlinck. — Maoterlinek (1) commença par publier un recueil de vers, les Serres chaudes, qui ressemble à beaucoup des volumes que publièrent, vers 1890, la plupart des poètes débutants : des thèmes décadents, des allégories, des vers très libérés ou libres, une prose rythmée qui, bientôt, trouvera son emploi dans les pièces de théâtre. Les poèmes disent des lassitudes, des tristesses, des ennuis, des fièvres ; quelques-uns révèlent un souci particulier du mystère, des craintes vagues devant l'inconnu ; ce souci et cette crainte, développés à l’extrême, vont hanter, pendant des années, la pensée de Maeterlinck. Leurs effets, à “vrai dire, étaient unpeu usés déjà en poésie ; mais Mae- fe terlinck eut l’idée, l’année même où il publia les Serres chaudes, de les essayer au théâtre ; et ces ressorts nou- ; veaux manifestèrent aussitôt une puissance singulière.
. Les intentions du poète et ses procédés étaient simples ;
- (1) Voir page 208 : Notes complémentaires, À à
mais une partie du public était toute préparée à admi-
rer ; et l’autre, la majorité, ne demandait pas mieux …
que de s’émouvoir une fois de plus devant des évocations adroites d’inconnu, de mystère et de mort.
Tout le théâtre de Maeterlinck est fondé sur une espèce de philosophie, qui est tout à fait antipositiviste. Maeterlinck croit à tous les mystères qu’autorise l’intelligence moderne ; il transforme, du moins, en mystères l’Inconnaissable, l’Inconscient, le Subconscient que venaient de vulgariser les philosophies spiritualistes du jour. Le domaine du Connaiïssable, croit-il, est infiniment petit ; dès que nous agissons, dès que nous pensons, nous en sortons, eb nous avançons, comme à tâtons, dans une nuit mauvaise. Autour de nous, il y a « d’énor-
mes puissances invisibles et fatales, .. malveillantes, =}
attentives à toutes nos actions, hostiles au sourire, à la la vie, à la paix, au bonheur ». Le rôle du poète dramatique est de« faire descendre dans la vie réelle, dans Ja vie de tous les jours, l’idée qu’il se fait de l’inconnu », Mais l’Inconnu n’est pas seulement au dehors de nous ; il ‘est en nous : nous avons une « vie profonde », que nous ne IVOYONS pas ; « NOUS agissOns presque tous, Sans que rien . de notre âme intervienne » ; à d’autres moments, c’est notre âme qui nous pousse irrésistiblement à agir, sans que nous comprenions rien à nos propres actes.
La première pièce de Maeterlinck, la Princesse Malei-
ne, donne assez bien l’impression, si l’on s’en tient à la À
facture du drame et à la suite des événements, d’un
pastiche shakespearien : personnages royaux, mélange | d'effets tragiques et grotesques, scènes dispersées, :
amours traversées, tuerie finale. Mais le vrai intérêt est. ailleurs. Sans cesse le drame attire l’attention sur l'immense inconnu qui enveloppe les personnages, qui. Jes surveille, qui les conduit malgré eux ; de touves. parts éclatent des présages et se manifestent des syiu-
boles que les héros ne comprennent point. Ces avertissements que font entendre les bêtes, les choses et les gens, sont bien souvent, le poète l’a reconnu, « des naïvetés dangereuses » ; les personnages, avoue-t-il, ont « l’apparence de somnambules un peu sourds, constamment arrachés à un songe un peu pénible » ; leur hébétement tient à «l’idée un peu hagarde qu’ils se font de l’univers ».
Le procédé était trouvé ; il n’y avait plus qu’à le per- fectionner, surtout à en user plus discrètement. D’ail-
pour montrer la hantise de l’inconnu : les plus humbles événements de la vie quotidienne peuvent être éclairés - d’une lumière tragique. La mort nous guette, à chaque heure de notre vie; on ne peut la surprendre, la voir pendant son guet, mais on peut faire sentir qu’elle rôde, montrer des portes qui s'ouvrent ou $e ferment sur son passage, faire craquer la chaise sur laquelle elle s’asseoit. La plupart des pièces qui ont suivi la Princesse Map: leine doivent leurs effets à une atmosphère d'inquiétude ou de terreur ingénieusement créée par l’accord de l’au-
- vent la forme de la Mort. La présence infinie,ténébreuse, | “hypocritement active de la mort remplit tous les inters- : * tices du poème ». L’Intruse : la Mort entre dans une … maison ; sa présence se manifeste en vingt façons, mais les gens de la maison ne la voient point ; seul un aveugle, dont la vie de l’âme est plus active, est troublé par quelqaues-uns des signes avertisseurs. — Les Aveugles : dans = une «ancienne forêt septentrionale », une troupe d’aveugles à été conduite jusqu’à une clairière par un prêtre, qui, soudain, est mort, sans qu'aucun de ses compagnons s’en soit avisé ; peu à peu les malheureux, symboles de À; l'âme humaine désormais sans Foi, comprennent leur … détresse; bientôt, ils entendent approcher des pas qui
ne peuvent qu'annoncer la venue d’une puissance hos-
leurs, les sujets de tragédie n ‘étaient pas nécessaires.
teur et du machiniste. L’Inconnu « y prend le plus sou-.
tile. — Intérieur : une famille ne sait pas qu’un de ses membres vient de mourir ; on rapporte le cadavre à la maison ; dans les minutes qui précèdent son arrivée, « une inquiétude sourde, muette, qui ne se traduit que par des gestes inconscients, les envahit progressivement. — La Mort de Tintagiles : la Mort, devenue une vieille reine méchante, fait enlever le petit Tintagiles à ses sœurs ; l’une d'elles, jusqu’au bout, veut le sauver, mais une porte de fer, sous des voûtes sombres, la sépare à ‘jamais du petit disparu. 3 D'autres pièces sont moins exelusivement pénétrées de : l’idée de la mort ; elles admettent d’autres symboles : l'Amour est uné force obscure comme La Mort ; volontiers il s’associe avec elle. Dans Alladine et Palomides, un grand amour, né dans l’obscurité des âmes, S'ÉVAnouit dès que celles-ci se voient en pleine lumière ; dans Pelléas et Mélisande, l'amour, invincible et mystérieux, passe hagard à travers une humanité qui ne sait pas lui | faire accueil. Aglavaine et Sélysette, Joycelle.… autres symboles, aussi clairement et aussi simplement réalisés. Presque toutes ces pièces se passent en des lieux inconnus, chimériques, à des époques qu’on ne saurait dater 3; il y a des palais magiques, des grottes mystérieuses, des événements inouis... Cela pouvait devenir aisément des féeries musicales, le prétexte à de merveilleux décors, à des « changements à vue »: Maeterlinck écrivit en effet quelques pièces pour les musiciens, les décorateurs et les machinistes : Ariane et Barbe-Bleue, Sœur Béatri ; l'Oiseau bleu surtout.: une promenade à la recher
prennent forme de personnes Eee et ee passé existe encore, l’avenir prend vie, l’Inconnu se figure, notre âme profonde s’illumine. Toute la philo
LE THÉATRE SYMBOTASTE 207
. pièce est en même temps une prodigieuse féerie, | “bonne à à amuser les enfants et les amateurs de spectacles. On pouvait aussi, pour éviter la répétition d'effets vite devenus des poncifs et l’apparence dangereuse d’enfantillage, faire entrer plus de réalité dans ces drames symboliques et atténuer l'expression de cette philosophie ingénue du mystère ; c’est ce que Maeterlinck semble avoir fait dans Monna Vanna, — son plus grand succès. C’est une histoire d'amour, mêlée à un drame d'histoire, avec des rencontres, des péripéties, des surprises ; mais la grande originalité de l’œuvre est que le drame le plus prenant se passe dans l’âme des héros, dans celle de Monna Vanna surtout, et qu’il reste obscur, inexprimé. Le tumulte de la vie, la passion Ces foules ne peuvent rien pour troubler le mystère qui vit dans le sanctuaire de i’âme.
NOTES COMPLÉMENTAIRES
I. FERDINAND HEROLD. — A.-F, FHerold (né en 1865) a réuni ses principales œuvres dans mages tendres et merveilleuses, 1897 (La Légende de Sainte Liberata, 1889 ; la Joie de Maguelonne, 1891 ; Floriane el Persigant, 1894 ; le Victo- -rieux, 1895). Il a publié en outre les Pœans et les thrènes, 1890, recueil de vers tout à fait parnassiens ; Chevalerie sentimentale, 1893 ; Au hasard des chemins, 1900 ; la Route fleurie, 1911, des daptations, des traductions et quelques essais dramatiques. II. QUELQUES PIÈCES JOUÉES A « L'ŒUVRE », DE 1893 À 1899, — 1893 : Ibsen, Rosmersholm et Un Ennemi du peuple; — 1894: Bjoernstjerne Bjoernson, Au-dessus des forces humaines, et Rachilde, L’Araignée de cristal (13 févr.) ; M. Beau- - bourg, l’Zmage, et G. Trarieux, Nuit d'avril à Céos (27 févr.) ; -Jbsen, Solness le constructeur (3 avr.) ; H. Bataille et R. d’Humières, La Belle au bois dormant (24 mai) ; H. Bang, Frères, \ - H. de Régnier, la Gardienne, et Strindberg, les Créancicrs ne (21 juin) ; John Ford, Annabella (6 nov.) ; M. Beaubourg, la EE Vie muctte (27 nov.) ; Strindberg, le Père (13 déc.); — 1895: à … ÿ. Barrucand, Le Chariot de terre cuite, adaptation de l’hindou (22 janv.) ; Macterlinck, Intérieur \ (15 mars); P. Verola, L'École
‘Lorrain, Brocéliande, et Van Lerberghe, Les Flaireurs (7 janv.) ;
Noblesse de la terre (10 févr.) ; R. Rolland, Le Triomphe de la .
1891 ; Pelléas et Mélisande, 1892 (joué le 17 mai 1893): AUa-